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Peut-on croire que tout va bien quand rien ne va mal ? C’est la question qui est posée dès la première page par Marie-France Versailles dans son recueil de six nouvelles. Des nouvelles qui n’en sont pas vraiment puisque l’auteure nous présente une sorte de jeu de famille où chacun tour à tour en raconte un épisode. On y éprouve la précarité de ses sentiments et la peur de voir ses rêves s’altérer dans une quotidienneté trop rassurante. On le sait, le bonheur à tout prix et à toute épreuve n’a de réalité que dans le fantasme. On a beau manquer de rien, avoir tout ce qu’il faut, il y a toujours une inadéquation du désir à son objet. A la question " qu’est-ce qui te manque " les uns et les autres se murent dans un silence habité par d’autres questions qui ont toutes à voir avec le doute, la déchirure, le ressentiment. Epouses et maris, pères, mères et enfants sont à fleur de peau, accaparés par une attente qui ne parvient pas à s’énoncer. On entend bien que ce qui se joue en premier lieu c’est cette volonté de ne pas souffrir du manque de l’autre. Marie-France Versailles nous fait toucher au plus près ce sentiment de vide quand il y a tout. Elle fait le constat d’un fonctionnement psychique en circuit fermé où l’autre ne serait là qu’en apparence ou bien pris par sa propre solitude. Mais à aucun moment elle n’abandonne ses personnages dans la nuit, elle prend soin de les accompagner, toujours avec pudeur, dans leur tentative de parvenir à une belle plénitude, comme de les soutenir dans leur renoncement. Car une fois dite sa solitude, son besoin vital de sentir, d’entendre, de toucher en permanence ceux qui lui sont chers, chacun retrouve un peu de couleurs. Mais ce n’est qu’à partir du moment où la douleur provoquée par la menace de la perte ne résonne plus démesurément et que s’installe un espace entre sa propre intimité et l’intimité possible des autres que le souffle de la vie peut enfin s’exprimer. Et on peut quitter ce beau livre heureux, en se disant tant pis si les balançoires ne montent jamais jusqu’au ciel.
A l’ombre de la fête de Marie-France Versailles aux éditions Quadrature, 128 pages, 16€