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Habitué des concours de nouvelles, des forums, sites et autres blocs-notes littéraires, Jean-Claude Touray se distingue par sa capacité à chatouiller les redresseurs de torts et à houspiller les tribuns retors. Il se faufile partout où la réalité, considérée sous l’angle de la fiction, reste confinée du côté obscur. Pour une poignée d’e-lecteurs, il a cette triste habitude de combiner les associations d’idées plutôt que d’accumuler les lieux communs. Il aime ainsi colporter sa bonne humeur et distiller son humour grinçant là où d’autres iraient simplement montrer patte blanche et faire œuvre de respectabilité.
Sa nouvelle Brève noire avec Chaussettes à la mode, finaliste au dernier concours Calipso n’est en ce sens qu’une élémentaire aventure de privé où tout est joué d’avance, un peu comme si dans ce monde, communément appelé policier, on ne pouvait échapper à la prédestination ; seulement Jean-Claude Touray se joue de tous les avatars du genre pour n’en retenir que les cabrioles et les pirouettes et, tout bien pesé, offrir au lecteur quelques brefs instants de douce noirceur.
épisode 1/2
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Je faisais le pied de grue sur le trottoir en attendant le client rue Peton, mon meilleur feutre mou vissé sur le sommet du crâne. J’avais dans ma poche revolver, qui n’en contenait jamais, une lettre peu aimable de mon propriétaire me réclamant trois mois d’arriérés de loyer. Et plus un radis en banque. Il était temps que les affaires reprennent sérieusement pour l’agence Nestor Martin, détective privé, si je voulais faire une avance à ma secrétaire, la blonde Stella.
Piétinant devant la " Brasserie-bar du Panaris" dont je venais de sortir, je frissonnais sous mon imper d’exhibitionniste à la Colombo. J’attendais le client qui n’était autre que mon pédicure, monsieur Chou Tsé Toung. Un chinois prenant son pied à s’occuper des arpions des autres.
J’avais du temps devant moi s’il avait besoin de mes services: ma seule affaire en cours était une enquête sur la disparition d’un string en mailles d’or dix-huit carats. Il avait été offert en cadeau d’anniversaire par Fulbert-Félix président du Gombo, petit état d’Afrique Noire, à Mélanie Merteuil, la romancière à succès. Le commissaire Maigrelet, de la Mondaine, y perdait son zoulou dialectal mais moi, le privé, j’avais ma petite idée…
J’avais reçu une invitation de ce Chou mandchou " pour affaire urgente ". Quelle affaire? Mystère et rutabaga. Je l’ai attendu, d’abord à l’intérieur du bar " Le Panaris " en sirotant un Rhum Agricole puis j’ai poireauté dehors.
Au bout d’une demi-heure je pensais que Chou ne viendrait plus lorsque j’ai été accosté par une brune entre deux âges. Elle m’a dit : " C’est bien le pédicure aux doigts de fée que vous attendez ? Il est empêché et m’a confié pour vous un message ". " Empêché ? Mais pourquoi ? " L’accorte brunette me tendit sans répondre un papier sur lequel était griffonné: " Cher Nestor vous avez les plus beaux pieds du monde et je vous ai recommandé comme foot-model pour présenter la collection de printemps des chaussettes Pif Paf Pouf, sous la prestigieuse griffe PPP. Impossible de vous en parler de vive voix. Votre Chou ". En post-scriptum il y avait le numéro d’un portable. Celui de la directrice des boutiques de Haute Couture de PPP. Elle m’a proposé un rendez vous pour un casting où j’ai triomphé devant le pied d’un pompier, une belle pointure pourtant.
Et j’ai signé avec PPP pour une tournée internationale en 25 étapes débutant à Pithiviers. J’allais devenir porte-drapeau de la socquette comme de la chaussette à mi mollet, alias mimolette, dans les défilés de Haute Couture. Intermittent de la mode? Pourquoi pas ! Mais je devais, affaire de déontologie, simultanément ouvrir un dossier d’enquête. Vu la défaillance de Chou je ne voyais que moi comme client…l’argent venant des chaussettes serait en partie versé à l’agence…
Jean-Claude Touray