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Faiseuse d’histoires, nouvelliste inspirée, romancière en herbe, chroniqueuse sur mot Compte Double, Valérie Allam aime mettre des mots sur les images. De passage au café, elle nous a proposé d’en partager quelques uns…
Le chemin
par Valérie Allam
L’homme était aveugle depuis l’enfance. Vieux seulement depuis quelques années. Et usé surtout depuis jeudi dernier. Depuis son rendez-vous à l’hôpital, quand ils lui ont dit que la vue ne suffisait pas. Que sa tête aussi maintenant s’évadait. Par petits bouts, chemin faisant.
Ensuite, justement, il a refait le chemin de l’hôpital à chez lui. La main contre le mur, toujours. Briques, pierres, crépis. Lézardes, chewing-gums, affiches. Portes, vitrines, fenêtres. Tous ses chemins sont faits de murs.
L’homme est entré dans le magasin. Etagères, rayonnages, comptoir. Ils n’avaient jamais vendu d’appareil photo à un aveugle. Enclencher, zoomer, photographier tout le long du parcours, le guide, le compagnon fidèle. Rentrer et sortir les polaroïds un peu froissés de la grande poche de son manteau. Et les coller là, avec des milliers de bouts d’adhésif arrachés entre les dents.
L’homme s’est reculé. Il a laissé ses yeux morts errer loin devant. Frôler et caresser le mur de chez lui, celui du fond. Le mur couvert de murs.
Et puis il a pris une photo. L’a mise dans la poche de sa chemise, contre son cœur. Comme une carte infaillible pour conduire ses pas. Quoi qu’il arrive, toujours retrouver son chemin. Routes, trajets, voies.
Impasse.