Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Café littéraire, philosophique et sociologique. Association culturelle dédiée à l'écriture dans tous ses arrangements et engagements : littérature, musique, théâtre, danse, peinture, photo, cinéma...

Publicité

Chemin faisant


Faiseuse d’histoires, nouvelliste inspirée, romancière en herbe, chroniqueuse sur mot Compte Double, Valérie Allam aime mettre des mots sur les images. De passage au café, elle nous a proposé d’en partager quelques uns…

 

Le chemin

par Valérie Allam

 

 

L’homme était aveugle depuis l’enfance. Vieux seulement depuis quelques années. Et usé surtout depuis jeudi dernier. Depuis son rendez-vous à l’hôpital, quand ils lui ont dit que la vue ne suffisait pas. Que sa tête aussi maintenant s’évadait. Par petits bouts, chemin faisant.

Ensuite, justement, il a refait le chemin de l’hôpital à chez lui. La main contre le mur, toujours. Briques, pierres, crépis. Lézardes, chewing-gums, affiches. Portes, vitrines, fenêtres. Tous ses chemins sont faits de murs.

L’homme est entré dans le magasin. Etagères, rayonnages, comptoir. Ils n’avaient jamais vendu d’appareil photo à un aveugle. Enclencher, zoomer, photographier tout le long du parcours, le guide, le compagnon fidèle. Rentrer et sortir les polaroïds un peu froissés de la grande poche de son manteau. Et les coller là, avec des milliers de bouts d’adhésif arrachés entre les dents.

L’homme s’est reculé. Il a laissé ses yeux morts errer loin devant. Frôler et caresser le mur de chez lui, celui du fond. Le mur couvert de murs.

Et puis il a pris une photo. L’a mise dans la poche de sa chemise, contre son cœur. Comme une carte infaillible pour conduire ses pas. Quoi qu’il arrive, toujours retrouver son chemin. Routes, trajets, voies.

Impasse.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
C
pour paraphraser je ne sais plus qui:<br /> "quand le sage montre la lune avec le doigt, la sardine regarde le doigt..."<br /> <br />  
Répondre
A
Je rejoins Laurence: c'est un exercice qui réussit admirablement à la patte de Valérie...
Répondre
L
un texte court et très fort, qui suscite l'émotion. Pas facile en si peu de mots ... mais déjà , un autre texte court de  Valérie publié récemment sur un autre blog m'avait frappée et émue de  la même façon.
Répondre
V
Bah, que ce soit une sardine ou un gros poisson, tout le monde a bien le droit de ne pas aimer. Merci à Patrick de passer mon texte, je viens seulement de le découvrir en ligne. Pardon à ceux qui n'aiment pas d'avoir gaspiller leur temps en lecture inutile, et merci aux autres de leur encouragement.
Répondre
D
Si une sardine suffit à boucher le port de Marseille, celle-ci sera rapidement mise dans l'huile et en boîte chez Calipso !
Répondre