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Il y a quelques jours de cela, Stéphane Laurent encourageait sur son blog la lecture de la revue " Les Saisons d’Alsace " à laquelle il collabore. J’étais par là-bas la semaine passée, dans un petit village où se tient depuis trente ans un festival de cinéma sur la psychiatrie. Festival qui sent l’usure et la fin d’époque, un peu à l’image de ce village où la vie semble s’évanouir inexorablement. Bref, pas de quoi pavoiser. Autre forme de découverte de contrées méconnues, " les saisons " ont habité un séjour qui aurait pu tourner court.
A lire ce numéro 31 consacré à l’invitation au voyage, on retient tout d’abord cette idée d’immortalité que tout voyageur aurait au fond envie de revendiquer et de colporter : être un autre, ailleurs, dans un temps différent.
Le voyage comme renaissance au monde en quelque sorte, comme une belle échappée, un désir impérieux d’être hors de soi.
Etonnants voyageurs que ces écrivains qui font leur numéro à chaque page, ces saltimbanques des faubourgs et des tropiques qui ont dans leur sac bien plus qu’un petit tour d’horizon à proposer. Une sorte de vertige vous prend quand un nomade de la nuit vous invite à scruter les scintillements du monde, quand un passeur de gué vous convainc d’aller prendre des couleurs entre les ombres, de mettre son œil de côté pour goûter simplement aux frissons de la rencontre.
Et puis on revient sur terre, d’un côté ou de l’autre de ce miroir qui nous relie à tous les mondes réels et qui nous y perd tout à la fois. Car aux mots de l’émerveillement succèdent les maux de l’humanité et l’invite au voyage n’est plus affaire d’exotisme, elle devient une manière d’entendre ce désir de naître à la vie qui assaille jours après jours hommes, femmes et enfants de tous les paysages de la planète.
Les aventuriers de l’imaginaire sont les premiers à sortir des sentiers battus en ne se rendant finalement jamais nulle part. Plutôt fugueurs que visiteurs, plutôt promeneurs que baroudeurs, ils sont en fait partout, à commencer par le coin de la rue. Car au bout du monde nouveau n’apparaît finalement qu’un enchevêtrement de ressemblances que le voyageur chevronné se plait à décrire comme fortuites. Et c’est pourtant bien souvent de cet inédit là, si amoureusement protégé, que se créent les contes et légendes du globe-trotter.
Aujourd'hui, la mobilité permanente, le nomadisme urbain, l’accélération du temps, le renouvellement incessant de l’image ne supposent aucune pause dans l’accomplissement d’une vie. Bref passage au travers un brouillard, le voyage moderne ne génère plus que quelques brassées de souvenirs convenus. Toujours en attente d’un nouveau départ, la mémoire devient vite oublieuse. La contemplation d’un dépliant touristique nous rappelle l’exigence nomadismique : court et sur mesure. Vous n’en avez plus pour longtemps, vous n’en aurez pas pour longtemps !
C’est la fin du jour au village : un bistrot, quelques tables avec parasols oasis, deux femmes échangent leurs impressions après une projection ... "C’est bizarre comme le monde est en train de changer …"
Les Saisons d’Alsace 31, l’invitation au voyage, 128 pages, 7,5 €