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Café littéraire, philosophique et sociologique. Association culturelle dédiée à l'écriture dans tous ses arrangements et engagements : littérature, musique, théâtre, danse, peinture, photo, cinéma...

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Le "Ha-you"

Photo Jacques Lamy


Une nouvelle de Jacques Lamy au menu du café en ce froid dimanche de novembre. Une virée dans les mornes faubourgs d’où émergera un souffle de lumière…

 



Samir à quatorze ans, il vit en banlieue Nord. Il est studieux en classe, ou plutôt il essaie… Car Rhaled, son grand frère, a réussi sa vie, et bien : il est dessinateur industriel !

Mercredi, jour de congé scolaire, Samir rêve d'exploit sportif : il dribble, feinte et marque. Mais comment devenir un footballeur célèbre, par exemple Zizou, sans jouer sur un gazon ? Il n'y a que des pierres sur ce terrain vague, nommé pompeusement "Parc de la Résidence ! "

Chez lui, ce jour, pas de télé : tante Sarah est arrivée amenant sa marmaille en prime ! Et même ses copains sont partis au cinoche ; tout ça pour voir un film "réservé aux adultes"... Sa mère ne dirait rien, mais Rhaled veille au grain. Avec lui, pas moyen de tricher, ni mentir : il connaît absolument toutes les combines !

Samir se discrédite auprès de ses copains, qui prétendent n'avoir plus aucun interdit, et narguent ce garçon au retour des "virées ". Mais ils craignent Rhaled qui n'a pas l'air d'un tendre et pratique divers arts martiaux dont la boxe. C'est un admirateur de feu le grand Bouttier, ("dessinateur aussi, qui tint les douze rounds au championnat mondial contre Carlos Monzon…")

Sur sa journée Samir n'a aucune illusion : sûr qu'il va s'emmerder, il le sent, c'est couru !

Il aperçoit Momo qui déambule… seul ! C'est un garçon sans âge (peut-être bien douze ans) "qu'à un pois chiche en tête ", un autiste craintif que sa famille veille. Il a dû échapper à sa sœur, Élisa, qui constamment le tient à l'écart des dangers, en grande protectrice. Elle est belle, hiératique, étrangère aux cabales que se montent parfois les jeunes des cités

 

Sans elle, c'est certain, Momo court à sa perte ! Samir comprend le drame et appelle Momo qui se sent attiré par ce garçon tranquille. Il s'assied lentement en tailleur sur le sol, l'autiste en fait autant, plus maladroitement. "On va jouer au foot avec vingt-deux cailloux, moi je serai l'arbitre et toi les spectateurs." Il trace sur le sol mini-terrain de foot, dispose des cailloux comme on place des joueurs.

Momo ne semble pas entendre, il se balance en cadence, remonté tel un métronome.

"Et voici Zidane qui reçoit le ballon (une pichenette à un petit caillou blanc) qui trompe le goal brésilien (un caillou jaune), et qui du gauche mmmaaaarrrque ! " Un jet de terre parvient aux genoux de Momo, … qui en son mouvement de balancier persiste.

"Bon, ça te plait pas de voir un match de foot ? Putain ! Qu'est-ce qu'elle fout ta princesse, Momo ?"

 

Quand Samir choisit six pierres presque identiques, voulant montrer comment se jouent les "osselets", Momo à quatre pattes essaie de s'en aller… Le garçon fait le clown, l'empêche de partir, puis, comme fait la sœur, le berce un long moment. Momo se calme alors : "t'es pas un mec facile à comprendre, Momo…"

 

Intensément Samir réfléchit, puis soudain : "Je vais faire des dessins avec le caillou." Il montre le silex : "ça sera mon crayon. Le caillou, c'est mon crayon : t'a pigé, Momo ? "

Mais l'autiste a repris ses gestes pendulaires. Samir ne capte pas son regard, mais deux fentes. Samir pourrait partir, mais ne veut "le larguer."

Momo vit dans un monde étrange, évanescent, qui rejoint par instants l'espace du réel. Il regarde ses mains, en agite les doigts, façonne obstinément un tricot invisible.

Et la sœur, Élisa, qui n'est pas arrivée !

 

Elle doit être à peu près de l'âge de Samir, et déjà se comporte en femme responsable, consacrant à Momo beaucoup de temps, bien sûr…

Pour le dessin Samir est doué, il en profite.

Un trapèze, avec la petite base en bas, surmonté d'un triangle : ça fait un bateau. - Un trapèze avec la grande base en bas et, dessous, un rectangle constitue la maison. - Un grand cercle avec des traits extérieurs radiaux : évidemment, ça ne peut être qu'un soleil !

Il trace aussi des bonshommes très rigolos.

Il dessine un avion de chasse, en perspective, plutôt, … très cavalière.

Samir est appliqué : presque allongé par terre.

Momo trouve ça bien et fait tout comme lui.

"Tiens : tu veux dessiner avec le caillou, hein ! ?" Samir tend le silex à Momo qui le prend, et… rature à grands traits l'œuvre réalisée ; puis, très content de lui, porte la pierre en bouche. "Mais c'est pas bon, Momo, recrache ce caillou", dit gentiment Samir en lui tendant la main. Docilement Momo redonne le trophée, son regard se portant derrière son ami.

 

Samir sait qu'elle est là : flotte un léger parfum.

Il n'ose se dresser, tant son trouble est visible ; d'un bref coup d'œil en biais voit deux fines chevilles. Il se relève enfin. Momo en fait autant, se dandine à nouveau de manière incessante.

 

Aussi grande que lui, avec ses cheveux blonds et ses yeux en amande, on dirait une fée. Samir a les yeux verts d'un ancêtre kabyle.

Ils se font face, un peu embarrassés quand même. Ils ne se sont jamais parlé auparavant… "Merci Samir " dit la belle Élisa, souriante ("Elle connaît mon nom ! " s'étonne le garçon.) "L'instant d'inattention a suffit pour qu'il parte et j'étais angoissée qu'il ait pu s'échapper." - Elle parle aussi bien que ma prof' de français, pense Samir séduit et très admiratif, - "Quand je l'ai vu avec toi." un geste achève la phrase signifiant qu'Élisa s'est trouvée rassurée.

"J'ai fait ce que j'ai pu… ", avoue-t-il, humblement.

Soudain, Momo ramasse une pierre et la tend à sa sœur étonnée, en s'écriant : "Ha-you ! "

Il dit : "cailloux " , traduit aimablement Samir.

Élisa est très pâle, des sanglots dans la voix:: "Momo s'est exprimé ! Il a vraiment parlé !"

La jeune fille enlace alors son frère autiste, le caresse, le berce et le cajole encore, tant sa joie est immense. Celui-ci se blottit, heureux de sa trouvaille : les deux enfants sont seuls au Monde fraternel.

Élisa se reprend et regarde Samir affectueusement. Elle ne pleure plus, se décide soudain, s'approche du garçon, … lui donne l'accolade.

Et Samir, ébloui par l'or fin des cheveux, étreint ce corps léger débordant de tendresse qui envahit son cœur…

Momo joue la bascule, interminablement…

 

De retour, ses copains lui disent, goguenards :

Tu ne t'es pas trop emmerdé, pauvre Samir ?

- Non, pour moi ça était super-chouette, les mecs !

Samir vit, en effet, sur son petit nuage. Ils se regardent tous, vraiment abasourdis…

Jacques LAMY

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C
<br /> Jacques Lamy avez-vous fait des photos des enfants des rues au Rwanda ? J'en garde un souvenir brûlant, et de notre rencontre à Besançon, à la Ste Famille aussi.   Norbert<br />
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L
Un grand Merci pour ton appréciation, Gilbert Marques ! Je deviendrai, grâce à toi, bientôt bénéficiaire de 1,43 € (droits d'Auteur...) Non, je ne suis pas le chanteur-compositeur de La Rochelle, même si j'apprécie beaucoup la musique (de Josquin des Près au New-Orleans) mais un rimailleur-écrivaillon de Marseille...Jesuis né à Paris (il y aura bientôt 76 ans), d'origine bourbonnaise (la forêt des Mile Poètes où je possède un petit chêne à mon nom) et je demeure depuis 45 ans à Marseille : ça ne me rajeunit pas, tout ça !
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M
Comme je suis curieux de nature et que ta nouvelle m'a mis l'eau à la bouche, je suis allé sur le site de ton éditeur et j'ai commandé ton recueil dont il est dit du bien.Question : il existe un site au nom de Jacques LAMY qui semble un auteur/chanteur/compositeur/interprète qui serait du côté de La Rochelle. Serait-ce-toi alors que ça ne semble pas te correspondre ?Merci d'avance pour ton éventuelle réponse et si tu veux me joindre directement, je pense que Patrick pourra te communiquer mon adresse.Cordialement
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M
Quelle belle histoire !
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L
Et je dirais même plus : Ce recueil riche de 35 nouvelles vous fera "voyager" . "Une virée en cabriolet" ou en "break" pour un "safari" chez "les Martiens" en "attendant Elsa" "une nuit de Noël" pour une "romance en fa" ça vous dirait ? ". Une "embuscade", ou "un drame d'amour"... "au-delà de nos désespoirs", "plus dure sera la chute"....                  
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