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11 octobre 2006 3 11 /10 /octobre /2006 18:08

 

1er prix - Désirée Boillot pour " Regard volé "

2nd prix - Dominique Le Gall pour " Plus fort que soi "

3ème prix ex æquo - Dominique Mitton pour " Le tueur des cinés "

3ème prix ex æquo - Karine Zibaut pour " De la sueur et des larmes "

5ème prix François Perrin pour " Collier de perles "

Prix du Dauphiné à Caroline Privault pour " Au bout du monde "

Mention du jury à :

1 - Claire Marlhens pour " Sale bobine "

2 - Jean-Claude Touray pour " Brève noire avec chaussette à la mode "

3 - Désirée Boillot pour " Coup de balai "

4 - Jacques Fénimore pour " Les rats "

Forte baisse de la participation pour ce concours 2006 avec 78 contributions. Les prix calipso étranger et calipso jeunesse n’ont pas été attribués en raison du manque de participants dans ces catégories (2 et 2). Les droits de participation au concours et le coup de pouce de l’association calipso permettent d’octroyer un total de 400 Euros aux lauréats du premier rang. Les auteurs " mentionnés " recevront à parution 3 exemplaires du recueil. Nous réfléchissons au pourquoi du comment de cette désaffection et invitons les visiteurs de ce blog ayant participé ou non à ce concours 2006 à nous faire part de leurs avis, commentaires et propositions pour que l’édition 2007 soit plus florissante.

La soirée de remise des prix intitulée " Jazz et Polar " se tiendra le samedi 21 octobre 2006 à la Médiathèque du Fontanil Cornillon. Bien qu’étant pour la plupart fort éloignés de ce village à flanc de montagne, tous les concouristes sont naturellement invités à cette réception.

Contact : assocalipso@free.fr

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9 octobre 2006 1 09 /10 /octobre /2006 23:53

 

Marcus Malte a l’art de planter un décor. Et de laisser croire au lecteur qu’il va pouvoir s’y promener sans trop se soucier de savoir si les personnages qu’il va rencontrer sont de ceux que l’on peut fréquenter à la légère. Les choses de la vie n’y sont pas plus noires que celles vécues dans l’imaginaire commun et l’on se dit que quelque soient les évènements qui adviendront au cours du récit on aura tôt fait de s’en acquitter. Le côté obscur des personnages n’est dévoilé que par petites touches comme s’il ne fallait rien brusquer, comme s’il fallait prendre soin du lecteur et ne pas contrarier ses habitudes. C’est dans la routine quotidienne que Marcus Malte plante ses banderilles. Presque par effraction. Deux ou trois mots dits à la sauvette, un petit aveu que l’on croit de complaisance, une impression fugitive viennent ça et là bousculer une réalité monolithique. J’exagère en disant que la plage n’est qu’à moi annonce le narrateur, une fois passées les considérations météorologiques, topographiques et ethnologiques inhérentes à la plage des Sablettes, ce lieu d’errances ou vont se dessiner peu à peu les contours d’une vie partie en lambeaux.

Dans cette longue nouvelle, le narrateur se nomme Pehrrson, un flic perdu depuis l’enfance, sans attaches depuis que son seul ami fut retrouvé mort sur une plage, endurant migraines et cauchemars, sans autre dessein que celui de traquer un assassin, fut-il un fantôme.

Publiés en même temps qu’Intérieur Nord, ces Souvenirs d’Epaves sont de la même veine, aiguisés, percutants et intensément sensibles.

Plage des Sablettes, Souvenirs d’Epaves de Marcus Malte aux Editions Autrement, collection Noir Urbain, 90 pages, 5€.

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5 octobre 2006 4 05 /10 /octobre /2006 12:07

 

A l’école, elle faisait des fautes et elle avait envie de se dire que la faute en revenait à sa condition, à ses origines. Famille d’immigrés, famille d’ouvriers prise dans le carcan de l’usine, prise par la seule nécessité de ne pas briser la mécanique de l’atelier. Un père qui fait ce qu’il faut, une mère qui connaît le prix du manque et elle, enfant qui ne sait rien, qui devine peut-être, qui admire le sacrifice des hommes, enfant qui ressent l’abnégation, la servitude, le renoncement, enfant qui lorgne sur l’autre monde, dans l’envers de cette vie-là, enfant qui cherche les mots, qui veut échapper, inventer, découvrir une voie, croiser des voix, rencontrer un ailleurs, un autre, rompre avec le silence, l’enfermement. Et voilà qu’arrivée à l’âge adulte Fabienne Swiatly se met en tête de courir après ses rêves. Elle est pleine de cette énergie qui donne des ailes et qui repousse les obstacles. Heureusement, l’époque incite au rêve et à la désobéissance, dit-elle. Elle s’instruit ça et là de ce qu’elle pressentait, la liberté sous condition, les exigences pliées en quatre, le désir remisé au fond des poches, la condescendance, la mesquinerie, le mépris, le rejet, l’ignorance, mais quand même avec au bout toujours cette idée qu’il faut y aller encore et encore, naviguer à bord de cette mirifique galère des bons à rien, quitte à vivre avec le cœur froissé et la tête dans des étoiles blafardes.

Plus d’une fois elle rendra son tablier sans mot dire, presque sans maudire. Jusqu’à cette idée de reconquérir le verbe et de reprendre la main en s’inventant de nouveaux territoires. Avec la mise en chantier d’ateliers d’écritures elle balaiera les doutes, les tergiversations, la hantise de la faute.

Et alors viendront les mots qui disent l'attente, les pensées, les saignements. Des mots que diront des femmes, des ouvriers, des prisonniers, des malades mentaux rencontrés au nom de l’humanisme et du salariat, des mots qui vont donner du corps à sa voix, faire écho à ses propres turpitudes, résonner au-delà de la nécessité de gagner sa vie. Ecrire, c’est rester éveiller quand tout s’endort. Des mots qui créent l’essentiel, le lien.

 

Gagner sa vie, de Fabienne Swiatly aux Editions La fosse aux ours, 92 pages, 13€

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1 octobre 2006 7 01 /10 /octobre /2006 12:49

 

Après tant d’heures passées à marcher sans même rencontrer l’ombre d’un arbre, ni une pousse d’arbre ni une racine de quoi que ce soit, on entend l’aboiement des chiens.

Pour peu que l’on ait lu la préface de JMG Le Clézio du recueil de nouvelles de Juan Rulfo " Le Llano en flammes ", on ne peut être surpris dès le premier récit, de partir pour la traversée d’un monde où la désolation et la désespérance sont en première ligne.

Ecrites au milieu des années 40 par un jeune auteur mexicain, témoin dans son enfance d’une guerre civile ordonnée autour de questions religieuses, ces nouvelles tentent d’exorciser l’horreur vécue en livrant au hommes encore capables d’entendre quelque chose, des histoires qui disent ce qu’il en est de ceux qui parmi eux n’obéissent qu’à la pulsion et s’enorgueillissent d’être au-delà de toute humanité. Dans ce Mexique des années vingt les belligérants sont à l’image de la terre cette peau de vache aride et hargneuse. Qu’ils la convoitent ou qu’ils la défendent chacun s’enferme dans l’épreuve du sang, s’abandonnant jusqu’à l’ivresse aux pires brutalités, se livrant corps et âmes à des combats dont la mort n’est que l’heureuse délivrance. Certes la guerre est omniprésente tout au long du recueil, mais l’auteur nous convie aussi à ressentir comme jamais la misère de tous les jours, l’abandon d’un père, l’obsession de la vengeance, l’absence de parole, il nous convoque à l’absolue nécessité de penser la vie pour que les plaies indéfectibles du malheur ne rendent pas le désir impossible.

Bien au-delà de la vision de chairs meurtries et de sang expiatoire ces nouvelles nourrissent l’espoir que la douleur exprimée dans l’après-coup puisse participer à un travail non seulement de mémoire mais aussi de renaissance.

Et puis, il y a cette nouvelle, Macario, une des plus féroces et des plus belles qu’il m’ait été donnée de lire. Rien que pour celle-là, ce recueil est indispensable.

Le Llano en flammes de Juan Rulfo aux Editions Folio, 233 pages.

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22 septembre 2006 5 22 /09 /septembre /2006 23:46

Un concours de nouvelles n’est peut-être rien d’autre qu’une tentative de faire croire à une poignée d’auteurs qu’ils ont la possibilité d’accrocher leurs belles phrases noires et leur maux tendres au firmament de la subjectivité. On le sait, le jury est souverain et se réserve le droit d’apprécier comme il lui plaira. Que les uns distribuent des notes et des observations, les autres des commentaires, des appréciations, des interprétations, voire des expertises ne change rien au fait qu’il ne s’agit que d’un concours et non d’un examen, d’un exercice de style ou d’une entrée dans les ordres.

A calipso, nous ne retenons que la capacité de l’auteur à éveiller l’intérêt, à susciter le plaisir de lire et à donner au lecteur épris, le désir de faire partager son émotion.

Pour le concours Calipso 2006 " Enquêtes et Filatures " le jury a distingué les dix nouvelles finalistes suivantes : (par ordre alphabétique)

Brève noire avec Chaussettes à la mode

Collier de perles

Coup de balai

De la sueur et des larmes

Le tueur des cinés

Les rats

Plus fort que soi

Regard volé

Sale bobine

Sans titre (code AA04)

Reste à mettre en liens les penchants des uns et des autres pour arriver au résultat final. Ce sera pour le mercredi 11 octobre 2006.

 

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13 septembre 2006 3 13 /09 /septembre /2006 21:34

Les amateurs de concours de nouvelles connaissent bien Gérard Levoyer et sa capacité, chaque année, à faire renaître de ses cendres le concours " Nouvelle au pluriel ". De naissance, de renaissance, de continuité, de partage et de transmission il est question dans l’édition 2006 intitulée " Quelque chose de grand est né ".

Ecrire, c’est vouloir aller de l’un à l’autre, partir à la recherche de ce qui manque, tenter de capter ou d’inventer une histoire qui fait défaut. C’est l’objet même du propos de l’un des auteurs de ce recueil - Jordy Grosborne - et de sa nouvelle intitulée " Hubert " du nom d’un vieil homme proche de la fin et épris du désir de souffler à son petit fils quelques mots de ce qu’il en a été pour lui et ses contemporains de l’aventure de la vie à une époque ou tout était forcément autrement. De ce beau texte se dégage une force à la fois paisible et fiévreuse que l’on ne pourrait éprouver s’Il ne s’agissait que d’accompagner ou de soutenir un homme dont l’humeur est devenue moins rieuse. Le lien qui s’instaure entre le grand-père et son petit-fils va bien au-delà d’une complicité conquise dans l’épreuve de la perte, tout simplement parce que moi, le jeune, j’aimerais bien savoir et que l’autre, le vieux, est pris dans un fabuleux voyage, illuminé de rires et de cris, où le temps d’avant est retrouvé, partagé, transmis. De cette impérieuse nécessité de feuilleter les souvenirs naîtra un livre et la promesse implicite de faire perdurer l’histoire. Un premier cadeau viendra avec ce saisissant constat du narrateur un jour, j’aurai peut-être moi aussi quatre-vingts ans.

 

  " Hubert " de Jordy Grosborne dans Quelque chose de grand est né, Nouvelle au Pluriel 2006, éditions Editinter, 124 pages, 12 €.

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11 septembre 2006 1 11 /09 /septembre /2006 17:29

 

D’abord, il y a le titre qui nous remet en mémoire l’excellent film de John Huston et par ricochet feu le concours de nouvelles du même nom initié par Stéphane Laurent, ensuite on se dit que l’on a affaire à une nouvelle collection " Suite noire " conçue par des gens qui ont envie de surfer sur la vague du roman court et faire valser de mains en mains ses bouquins grâce à une couverture cartonnée haute résistance, enfin, et ce n’est pas la moindre des raisons, l’action se déroule à Paris dans le triangle - Château Rouge, Barbès, La Chapelle - quartier populaire, cosmopolite et convivial où adolescent je traînais allègrement mes guêtres. Bien évidemment ce Paris là a changé du tout au tout et Marc Villard friand de la forme noire et saignante fait mordre la poussière à mes belles illuminations d’antan. C’est la vie. Ceci dit, il y a dans ce roman une tripotée de personnages hautement vindicatifs et vidés de presque toute substance humaine. On ne se retrouve pas dans l’organisation d’un beau " casse " quand la ville dort comme dans le film d’Huston mais dans une sorte de chronique funeste d’une sale casse des corps, des esprits et des rêves. Les belligérants, principalement des africains, se torturent au crack et à la prostitution, s'arnaquent et s’étripent de jour comme de nuit, s’échangent spontanément coups de feu et overdoses. Pas de flic dans ce polar, ni de détective, de juge, de journaliste, pas de héros salvateur non plus, tout juste un éducateur de rue désabusé qui marche à l’instinct et au fusil à pompe, courant désespérément après un fantasme séculaire, celui d’être un jour l’amant d’une prostituée à la dérive. Pas de vision collatérale, pas de réflexion sur la marginalité, pas de commentaires sur l’oppression. A croire que, dans l’imaginaire communément admis, le Paris d’aujourd’hui serait à l’agonie, noyé dans le sordide et la pestilence. La ville comme lieu de haine et d’anéantissement.

C’est mordant, rapide et économe en paroles, l’auteur va à l’essentiel et monte son histoire comme un bon film de série TV. On en a pour moins de 52 minutes de lecture corrosive et quelques heures pour retrouver sa boussole et digérer les quelques intermèdes poétiques façon Villard, expédiés ça et là sans crier gare.

Elle pense à la mort télévisée.

A Zina, poussière sur une terre lointaine.

Aux hommes qui l’ont soumise.

A ceux qui meurent entre ses cuisses.

A la fillette qu’elle ne fut jamais.

Au sang. Au bruit du sang.

A l’odeur du sang.

 

Quand la ville mord de Marc VILLARD aux Editions La Branche, collection Suite Noire, 95 pages, 10 €

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3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 19:25

Rares sont les revues littéraires qui résistent aux chausse-trappes du temps comme rares sont les éditeurs qui poursuivent l’aventure, une fois passé l’éblouissement des premiers numéros et une fois rassasiés de l’impérieuse nécessité de créer " la revue ". Les gens des " hésitations " ne sont certainement pas à l’abri d’un revers de fortune mais pour l’heure ils n’ont rien d’une bande de ruminants naufragés du désir et ils fêteront dans quelques mois leur première décennie d’existence.

Mais laissons à Eric Latouche et Robert Serrano, directeurs associés, le soin de se présenter :

" Trimestriel crée en 1997, la revue littéraire Les Hésitations d'une Mouche prouve dans la durée combien sa démarche est devenue crédible, combien sa reconnaissance patiemment acquise l'inscrit désormais durablement dans l'univers de la microédition.

De structure modeste, voire artisanale dans sa conception, démarche volontaire au demeurant, ce trimestriel fait la part belle aux nouvelles, poésies et illustrations, sans que ses dirigeants, de l'ombre le plus souvent, ne tirent la couverture à eux. Priorité est donnée aux talents multiples et protéiformes des auteurs, poètes et dessinateurs (ou peintres, ou photographes) qui font le succès d'une revue reconnue au plan international. Qu'ils soient grecs, canadiens, suisses, belges, américains, nigérians, italiens, hollandais, australiens et francophones, les 400 personnes qui ont été publiées dans les 16 pages ont un seul point commun : avoir quelque chose à dire, selon leur propre style, leur vocabulaire, leur envie, et ont tous ambitionnés qu'un jour leurs écrits voient le jour et soient jetés en pâture auprès d'un lectorat de connaisseurs.

La Mouche s'emploie à jouer ce rôle de vitrine, de passerelle entre auteurs et lecteurs. A partir d'échanges nourris, de respect vis à vis de ceux qui s'essaient à l'écriture, exercice ô combien périlleux, la relation de confiance établie s'inscrit dans une démarche de partage. Ici les richesses ne sont que spirituelles et multiples. La langue de bois est exclue d'une philosophie que la Mouche s'évertue à pratiquer. Faite de rencontres, de joie et d'espoir, la destinée de cette revue est un combat quotidien mené par un groupe de bénévoles ouvert sur tout. Toujours aléatoire, aux lendemains incertains, à l'équilibre fragile, l'histoire de ce trimestriel n'est basée que sur l'envie de plaire, de séduire, de prouver, de donner du plaisir.

Tant qu'il y aura des auteurs de talent, et des lecteurs ravis, la Mouche poursuivra son envol gracile au-dessus des mots. Pour deux euros, inutile de bouder son plaisir. Rejoignez-nous. Cette revue est l'affaire de tous. "

Contact : http://perso.orange.fr/hesitations-mouche/

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25 août 2006 5 25 /08 /août /2006 17:20

 

Sans le compte-rendu des lectures de vacances de Stéphane Laurent (22 août), je serais sans doute passé à côté de ce premier livre de Frédéric Boudet " Invisibles ", d’autant que, sorti en avril dernier, ce recueil de nouvelles n’est bien évidemment plus de mise en rayon. C’eût été bien dommage !

Comme beaucoup de jeunes auteurs, Frédéric Boudet aborde la fiction littéraire par la question de la perte, par la nécessaire évaluation de ce qu’il en a été pour lui de la séparation et de la douleur, de l’absence et des réminiscences et de ce qui, peu à peu, glisse dans l’oubli. C’est ce glissement qui semble le plus l’effrayer, la peur que l’objet aimé ne soit plus qu’une chose oubliable parmi d’autres, égaré à tout jamais dans un espace étranger. Ses personnages questionnent, cherchent, revisitent les lieux, poussent des cris d’effroi, de rage, implorent le ciel, se recroquevillent, s’ensevelissent, rompent finalement avec les turbulences du passé pour enfin laisser leurs cœurs battre la chamade.

Ecrire, c’est commencer à perdre l’illusion de l’invincibilité. C’est entamer l’idée d’éternité. Ecrire, c’est à la fois se dessaisir des faux pas comme de l’excès de bonheur, c’est tenter de recréer une parole qui ne peut plus se partager, c’est le désir de contourner une histoire qui ne peut plus être, c’est inventer ce qui peut rester, c’est aller au-delà de l’invisible. En somme, ce à quoi s’essaie Frédéric Boudet.

Les nouvelles de ce recueil ont la vigueur de la jeunesse et son auteur possède la sensibilité et le regard d’un homme attentif, d’un homme qui interroge son rapport à l’autre sans se perdre dans la seule puissance des larmes.

Une chose est sûre, Frédéric Boudet n’écrit pas en pure perte.

 

Invisibles de Frédéric Boudet, aux Editions de l’Olivier, 152 pages, 15€

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22 août 2006 2 22 /08 /août /2006 18:28

" Des raisons, on peut toujours en trouver. Des bonnes ou des mauvaises. En pagaille. Mais c’est pas mon boulot. Il y a des spécialistes pour ça. Il vont sûrement me poser un milliard de questions sur les coups que j’ai pu prendre quand j’étais môme et sur les trucs que je voyais à la télé et sur la fois où j’ai rayé la voiture de ma prof de maths ou encore sur mes poissons que j’ai laissé crever de faim pendant les dernières vacances. Après ça, ils me montreront des taches qui ressemblent à rien et ils attendront que je leur dise à quoi ça ressemble. "

Pas d’état d’âme. Pas de lamentations. Pas de justifications. Une histoire d’adolescent tueur sans doute prise dans le maelström des faits divers médiatisés. Au lecteur de se débrouiller avec les circonstances qui ont conduit un jeune lycéen aux pires extrémités. Un carnage résumé au cours du premier chapitre puis rien d’autre que l’exposé des faits et leurs enchaînements inéluctables avec des protagonistes aux mœurs archaïques jouissant sans retenue de leurs pulsions destructrices. C’est noir, féroce, implacable. Le narrateur ne s’embarrasse pas de fioritures, il décrit, un point c’est tout. Au cours du récit émerge pourtant le désir d’une autre existence. Contrairement à ses congénères, il ne s’accommode pas de la cruauté, de l’injustice, de la misère psychique qui font la vie ici-bas. Mais le climat est si délétère qu’il ne peut à son tour que sombrer. Il aurait préféré n’avoir rien à en dire et rendre l’âme avec la dernière cartouche. Mais voilà, il a basculé au point de plus savoir ce qu’il en est de son cœur, de son corps et de son esprit. Une décompensation comme en endure un certain nombre d’adolescents.

Le livre est le premier d’une collection destinée à un lectorat d’adolescents. On peut se poser la question d’une telle démarche, de cette nécessité qu’il y aurait à écrire ou à publier pour un public ciblé, un public jeune en l’occurrence et qui serait en quelque sorte incapable de penser par lui-même pour décider du choix de ses lectures. Car après tout, ce roman possède suffisamment de qualités pour faire son chemin au delà des sentiers balisés.

 

Je mourrai pas gibier de Guillaume Guéraud aux éditions du Rouergue, collection deAdo Noir, 76 pages, 6,50€

 

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