Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
18 mars 2007 7 18 /03 /mars /2007 17:51

 

Si lire c’est être poussé par le désir d’une connaissance des êtres et des choses, écrire pourrait être l’art de contempler ces choses et ces êtres qui sont en nous, à la fois effacés et vivaces, éparpillés, morcelés, transfigurés, bref à s’illusionner sur ce que nous sommes. Quelle sorte de mémoire est attachée à l’écriture ? Qu’est-ce que les écrits viennent débusquer, expulser, glorifier, éliminer de nous-mêmes ? Que viennent confier en définitive ces mots arrachés au passé ? Quelle sorte d’espace occupent-ils ? Celui de l’autre possible ou de l’autre hostile ? Est-ce l’annonce d’un changement ou d’un enfermement ? D’une relation au monde devenue hasardeuse ? Pourquoi ce bouleversement subit dans le regard des proches ?

Ecrire, est-ce chercher à attraper au vol l’imprévu qui se montre pour créer un objet sentimental ou est-ce vouloir réinventer sa vie pour en faire quelque chose d’aussi intéressant qu’un roman ?

Qu’attend donc le narrateur si ce n’est d’être, sous le masque, quelqu’un de désirable ?

A quoi penses-tu, mon chéri ? vient dire une petite voix dans l’ombre de l’intimité. La question fait penser à l’absence et à une demande d’amour mais également, en dissipant le rêve et l’inexplicable battement du cœur, à l’opportunité d’entrer dans la fiction. Que dit l’écrivain de ce qui lui est venu à l’esprit à ce moment là ? Restera-t-il confiné dans la solitude de l’écrit ou se saisira-t-il de ses pérégrinations intérieures pour s’enhardir du côté de la parole ?

Qu’écrirez-vous donc ce soir ? Une page de journal intime, d’autobiographie ou d’autofiction ?

Les écritures du Moi, hors série du Magasine Littéraire

mars-avril 2007, 6,40€

Repost 0
Published by Patrick L'ECOLIER - dans chroniques littéraires
commenter cet article
10 mars 2007 6 10 /03 /mars /2007 11:24

 

S’il existait un livre d’or de l’éloge en littérature, le roman de Milena Agus Mal de pierres y figurerait certainement en excellente position. C’est un beau roman, c’est une belle histoire, assurément singulière et captivante, et l’on pourrait voir dans l’accumulation de louanges qui lui sont consacrés un effet d'engrenage où la surenchère dans le coup de cœur permettrait de se singulariser aux yeux du lecteur indécis. Mais peut-être viennent-ils simplement dire ce qu’il en est de l’excitation du lecteur averti reconnaissant dans ce qu’exprime l’auteure quelque chose de sa propre pensée désirante, quelque chose qui autoriserait le fantasme à prendre corps. Car il est bien question du corps - de ce qui l’anime comme de ce qui l’étouffe - dans les liaisons fugitives qu’entretiennent les personnages. A commencer par ce mal de pierres qui tenaille le ventre de l’héroïne et qui lui barre l’accès à la seule chose qui lui importe, l’amour.

Se délivrer du mal en se livrant à l’homme qui voudra bien l’aider à se tenir debout, voilà bien ce qui l’agite. Elle paye de sa personne pour être quelques instants le jouet d’un mari qui ne la regarde pas et dont elle ne sait même pas s’il est beau ou laid. Dans l’intimité, elle devient une prestataire de service honorée du côté de la seule satisfaction de fantasmes or ce qu’elle voudrait, c’est prendre plaisir à donner la vie, être créatrice plutôt que créature, inventer une vie qui déborde du rêve, être la rescapée d’un naufrage annoncé.

A ce corps qui ne réagit pas comme elle aurait tant aimé, tellement lourd de l’absence d’autrui qu’il lui est impossible d’héberger un petit être vivant, il faudra toute la puissance du désir pour qu’il s’éveille, se remplisse de joie plutôt que de pierres et que le blé puisse lever.

Mal de pierres de Milena Agus aux Editions Liana Levi, 124 pages, 13€

Repost 0
Published by Patrick L'ECOLIER - dans chroniques littéraires
commenter cet article
2 mars 2007 5 02 /03 /mars /2007 16:46

 

Françoise Guérin aime les mots. Elle les aime au point de ne jamais oublier qu’ils ont à la fois cette faculté de libérer et d’enchaîner. Sans doute lui permettent-ils de se revoir dans un passé aux contours douloureux, de revivre l’expérience d’une déchirure, de neutraliser quelques vielles figures menaçantes, de rompre avec les ombres de la mélancolie, d’inventer de nouvelles variations sur l’impossible paix avec soi-même, elle n’en continue pas moins à donner rendez-vous aux éclopés de la vie et d’y inscrire en leur compagnie et contre vents et marées son attachement au monde.

Je est un autre, dit-on quand on a eu affaire à cette sorte de rupture intérieure qui vous rend étranger à vous-même et vous prive à la fois de cet ailleurs et de ce possible qui est dans l’Autre. Heureusement, il arrive parfois que l’écriture soit le lieu du rassemblement et du raccommodage d’une parole écorchée et d’une intimité mise à mal. C’est à une lecture de cette intimité déchue, expropriée et indissolublement liée à la question du sacrifice que nous convie l’auteure au fil de ses nouvelles.

Les personnages sont au bord de l’anéantissement, rongés par une sorte de trop-plein d’émotions. Dans les plis sinueux de la jouissance, des hommes, des femmes, des enfants chavirent, gorgés de passions, de rancœurs et de remords, de désirs et de dégoûts, de ravissements et de chagrins.

La force de Françoise Guérin tient en sa capacité à dire l’étrangeté de l’existence et puis à sortir au milieu de la nuit et se donner toute entière à l'impromptu, à faire signe à l’inconnu, à faire corps avec le promeneur égaré, à stimuler l’élasticité de ses rêves pour que surgissent, au-delà de la peur, ces mots longtemps gardés en dépôt et qu’adviennent enfin des sentiments partageables.

On tourne les pages en pensant à ses propres fantômes. Bientôt un vent se lève. Les ombres disparaissent. La lumière dessine un corps. Une musique monte du dedans. Un visage se réincarne et on entend le murmure de la faim. Françoise Guérin est debout et elle embrasse la vie.

 Mot compte double de Françoise Guérin

recueil de nouvelles publié aux Editions Quadrature, 116 pages

Repost 0
Published by Patrick L'ECOLIER - dans chroniques littéraires
commenter cet article
7 février 2007 3 07 /02 /février /2007 23:55

 

Lorsque l’on veut parler d’une chose, disons préoccupante, et que l’on ne parvient pas à se décider à la rendre entendable par la parole, on se réfugie parfois du côté du l’écrit avec ce qu’il suppose comme prédisposition à faire-part. Pour le porteur des mots, l’excitation qu’induit l’écrit peut compter double : à la fois délivrance d’un secret par l’évocation de la chose en question et effet de brouillage de celle-ci par le recours à des arrangements esthétiques originaux ou tout au moins par l’emploi d’une langue autre, étrangère qui provoque un sentiment d’irréalité. Un écrit qui en quelque sorte se laisserait aller à livrer une pensée désirante en souhaitant qu’elle reste lettre morte.

A la question : qu’est-ce que ça raconte ? le lecteur peut tout autant entrer dans le dispositif de l’auteur en y ralliant sa propre curiosité et trouver une source inespérée de fantasmes, comme il peut être tenté de répondre ça ne veut rien dire du fait d’une certaine candeur, d’une étroitesse d’esprit ou bien sûr d’une trop grande affinité avec cette chose qui l’atteint de plein fouet et qu’il ne peut contenir qu’au prix d’un déplacement incessant de son attention.

Ce jeu de l’endroit et de l’envers se retrouve finement mis en scène dans le roman de Georges Flipo " Le vertige des auteurs ". A commencer par le vertige, cet éblouissement de la pensée fait de désirs impatients et de mystérieuses aspirations pour lesquels des hommes sont prêts à tous les renversements, à toutes les métamorphoses. C’est dans cette spirale de transmutations qu’est entraîné le héros de cette histoire dès lors où, lâché par ses pairs, il entreprend de partir à la conquête de ses rêves de vie. En l’occurrence, être un écrivain, quelqu’un hors du commun, puissant, envoûtant, doté de mystérieux pouvoirs, quelqu’un capable de résister au temps, d’être statufié. Seulement pour être viable, l’entreprise d’écriture réclame une certaine rupture avec le rêve - ne serait-ce que pour profiter de l’expérience singulière du réveil - pour ne se laisser porter que par le souffle des Muses avec ce que cela implique comme nœuds, trébuchements, désordres et altérations.

Ici, le héros de cette expédition romanesque n’en a cure, son œuvre rêvée se construit sur sa seule foi et, occultant le fait que l’écriture se nourrit de rêveries, d’écoute flottante, d’échafaudages instables et de renoncements, il ne parvient à s’engager que du côté des apparences. Il n’a d’autre exigence que de vouloir jouir au plus vite de ses fantasmes, faire ça dans un monde où la chose lui appartiendrait totalement et exclusivement. Seulement voilà, ce monde-là reste désespérément vide d’une histoire à partager et ne subsiste en définitive qu’un pauvre hère virevoltant et s’enflammant devant son seul miroir. Au passage, les dessous du milieu sont férocement exposés à la vindicte des laissés-pour-compte et l’on pourrait se dire que tout cela est affligeant s’il n’était question que de griefs et de rancunes mais Georges Flipo parvient à entraîner le lecteur - auteur en devenir - dans une ronde qui l’intéresse et le préoccupe suffisamment pour qu’il puisse dépasser la répulsion et se sentir éclairé sur ses propres turpitudes.

Un voyage déchirant au cœur de l’espérance littéraire.

Le vertige des auteurs de Georges Flipo aux Editions Le Castor Astral, 273 pages, 15 €

Repost 0
Published by Patrick L'ECOLIER - dans chroniques littéraires
commenter cet article
28 janvier 2007 7 28 /01 /janvier /2007 17:34

C’est une aventure singulière que retracent deux auteurs de bande dessinée avec Un homme est mort : celle de la reconstitution des évènements dramatiques qu’ont vécus les Brestois au milieu du siècle dernier et dans le même temps la naissance d’un cinéma d’intervention sociale avec à la fois la production tumultueuse d’un film réalisé par René Vautier pendant le mouvement au lendemain du décès d’un ouvrier abattu lors d’une manifestation et le récit tendre et chaleureux des projections qui suivirent sur les chantiers en grève.

Ce très bel album se termine par un dossier passionnant sur cet après-guerre à Brest et les différents protagonistes du mouvement social, sur la parole retrouvée et l’expérience transmise et enfin sur la conjugaison entre désir artistique et engagement politique.

Un homme est mort de Kris et Etienne Davodeau

aux Editions Futuropolis, 80 pages, 15 €

Photo, Grenoble, 2005

Repost 0
Published by Patrick L'ECOLIER - dans chroniques littéraires
commenter cet article
15 janvier 2007 1 15 /01 /janvier /2007 19:16

 

Quoi de plus banal que de vouloir gérer et traiter un mal avec un souci d’efficacité et de rentabilité ? Qu’il s’agisse du mal de vivre ne change rien à l’affaire. Il était tentant pour un auteur d’imaginer une société où la mort par suicide ne soit pas qu’une tentative livrée à l’hésitation, à l’incertitude, au ratage mais le résultat d’une décision soutenue, encouragée et assistée par des spécialistes ayant pignon sur rue. Etre au service de la mort pour se sentir vivre, faire partie de ceux qui ont encore une place dans un social en déliquescence, se raccrocher à l’idée qu’une mort réussie rachèterait une vie perdue, invoquer une ultime jouissance pour régler son compte au désespoir, voilà ce à quoi nous convie Jean Teulé dans Le magasin des Suicides.

La société qu’il décrit est en proie aux pires catastrophes et ses habitants sous l’emprise d’une morbidité systématisée. La joie et l’allégresse sont bannis et le malheur, devenu principal moteur de la vie, est érigé en valeur positive. Dans ce contexte, inutile de chercher à comprendre ce qu’il en est de la souffrance, d’entendre la plainte, de s’interroger sur la détresse, seule compte la réussite du passage à l’acte et la bonne marche des affaires. Mort ou remboursé, assure-t-on aux clients désespérés. C’est inventif et drôle, une sorte d’humour noir jovial qui va intrinsèquement servir d’antidépresseur à l’auteur. On le sait, dans les mots d’ordre, les mots ne savent pas toujours ce qu’ils font, et comme toujours, c’est à partir d’un petit grain sable que les choses les mieux ordonnées se dérèglent, en l’occurrence ici, un enfant, facétieux, qui n’entend rien aux grimaces et aux marches funèbres, rétif aux recadrages familiaux et qui dans une joyeuse pagaille va colporter son désir de vivre.

Le magasin des Suicides de Jean Teulé aux Editions Julliard, 157 pages, 17€

Repost 0
Published by Patrick L'ECOLIER - dans chroniques littéraires
commenter cet article
13 janvier 2007 6 13 /01 /janvier /2007 18:42

 

Mon journal de la semaine ou l’actualité vu par Erri De Luca, c’est dans le Libé de ce samedi et c’est l’aventure à la fois tendre et effroyable du monde entier qui nous est donné à lire. En interlude, la journée de mercredi évoque ce lecteur inconnu que les écrivains rêvent un jour de croiser.

Hier, j’ai vu un de mes livres entre les mains d’une femme. Elle était assise dans le métro, ses doigts serraient les pages pour les immobiliser et les tournaient délicatement. J’ai compris hier que les livres ont un sort meilleur que ceux qui les écrivent. Gardés dans les bras, emportés en voyage, peut-être sur une île du Sud ou sous une tente en montagne, fixés avec intensité par deux yeux qui feraient aussitôt baisser les miens. Oui, les livres prennent du bon temps, bien plus que ceux qui les écrivent.

Je bénis mon sort d’écrivain de récits et non d’articles des journaux, car, près de la dame, j’ai vu un homme avec un quotidien. Il le tournait à coups secs, le lisait mécontent, puis il l’a replié et fourré dans sa poche. Avant le soir, il l’aura expédié dans une corbeille à papier, au pilon. Quelle chance, en revanche, pour mes phrases dans les bras de la femme assise ! J’ai eu envie aussitôt d’en écrire une pour l’ajouter au bout de son livre.

Les mots que j’ai écrits ne sont plus à moi, ils sont devenus les siens. Elle les a voulus en pêchant justement ceux-là dans le grand bazar des livres. Elle les a payés avec de l’argent prélevé sur d "autres dépenses, en se passant d’une bouteille de vin, d’une séance de cinéma, d’un concert. Ils ont pour elle une valeur ajoutée, celle de remplacer des choses plus agréables qu’un livre. Et, maintenant, ils sont là, sur ses genoux, feuilletés par une légère caresse, ses cheveux retombent dessus. Les pages ainsi prises et tenues sont les siennes, beaucoup plus qu’elles n’ont été les miennes.

La chance des livres, Erri De Lucca, Libération N°7989

Repost 0
Published by Patrick L'ECOLIER - dans chroniques littéraires
commenter cet article
3 janvier 2007 3 03 /01 /janvier /2007 21:04

On a toujours de bonnes raisons de vouloir écrire même si c’est pour en contester l’objet ou pour dénoncer la vanité de la position d’écrivant. Dans A la vitesse de la lumière, Javier Cercas s’attache à explorer ce qu’il en est de l’écrivain et de ses prétentions. Suggérons ici qu'écrire c’est lire en soi-même quelque chose qui n’arrive pas à se dire, c’est fouiller le côté obscur du discours intérieur, c’est attraper par la queue un passé qui ne veut pas passer, c’est aussi un chemin qui s’ouvre et qui a à voir avec la reconnaissance en soi de quelque chose de désirant, de quelque chose pris par l’excitation, tant du côté de l’investissement de la langue que par le caractère d’irréalité de certaines évocations. Pour les protagonistes du roman, un écrivain en mal de reconnaissance et un intellectuel, criminel de guerre, en quête de rédemption, la recherche du sens de l’écriture est au cœur de leurs échanges. Pour le premier il s’agit de dire, de témoigner, d’être dans une démarche qui se risque à appréhender la réalité, d’être quelqu’un qui dans l’acte d’écrire, donne forme et consistance à une matière engloutie. Pour le second, l’écrivain est un cinglé qui regarde la réalité et qui parfois la voit ; quant au lecteur, il ne fait la plupart du temps qu’avaler de belles phrases en s’imaginant avoir entendu quelque chose de l’ordre de la vérité. La réalité ne se raconte pas, ce que tu imagines, c’est se qui s’est passé, dit-il, persuadé que tout n’est que duperie et imposture, au mieux illusion. La question du mensonge est omniprésente et donne paradoxalement un sentiment d’authenticité à la brutalité des faits évoqués. Pour cet homme habité par ses seules fautes, écrire son histoire est impossible car elle reviendrait à brouiller ce qui s’est passé, à glorifier l'abject en le mettant en scène et à finalement l’absoudre d’une culpabilité qui ne peut se réparer.

Cette histoire irracontable les mènera l’un et l’autre au bord de l’abîme, et l’écrire malgré tout, restera la seule façon de rompre avec l’errance psychique, la seule voie capable de maintenir quelque chose en vie et de dompter un tant soit peu la part d’inhumanité qui demeure en eux. Un roman faux mais plus réel que s’il était vrai, conclut le narrateur. Un livre indispensable.

 A la vitesse de la lumière de Javier Cercas, aux Editions Actes Sud, 287 pages, 21€

 

Repost 0
Published by Patrick L'ECOLIER - dans chroniques littéraires
commenter cet article
16 décembre 2006 6 16 /12 /décembre /2006 15:12

 

La solitude peut se décliner de multiples façons. On peut s’en plaindre, la redouter, la fuir, s’y abandonner, y aspirer ou même la revendiquer et en faire l’éloge.

Dans La grande vie, (nouvelle publiée dans la revue Subjectif en 1979 et rééditée à part entière cet automne) Jean-Pierre Martinet, aborde la question sous l’angle de l’exclusion et du retrait, et s’avance du côté d’une dérive fantasmatique comme mode de temporisation au repli définitif. Le narrateur de cette histoire se présente comme un homme diminué, un nabot égaré dans la multitude de l’espèce humaine, un être étriqué menant une vie étroitement ordonnée autour de son dérisoire pré carré dans le seul espoir de se faire oublier du monde. Ce rétrécissement proclamé de l’optique n’est pas sans effet sur un espace imaginaire en effervescence et ce petit homme, qui ne se sent pas à la hauteur pour rencontrer l’autre, en vient à entretenir une relation foncièrement libidinale avec le social, représenté ici par une concierge aux allures d’ogresse et en prise avec un trop-plein d’amour. Rendu à l’état d’homme-phallus, il tente de s’extraire de l’emprise du réel sexuel en proposant, entre deux engloutissements, la lecture de livres qui évoquent son mal à être. Vous verrez, c’est très beau. C’est l’histoire d’un homme seul. C’est notre histoire à tous. On pleure. Il en résultera une épouvantable humiliation ouvrant la voie à un délire que plus rien ni personne ne pourra contenir.

Jean-Pierre Martinet s’était résolu à vivre le moins possible pour souffrir le moins possible. Sombre pirouette qui le soustraira prématurément à la vie en 1993 à 49 ans. Il lèguera néanmoins à ses contemporains une poignée de livres d’une rare intensité.

La grande vie de Jean-Pierre Martinet aux Editions L’arbre vengeur, 58 pages, 9€

Repost 0
Published by Patrick L'ECOLIER - dans chroniques littéraires
commenter cet article
9 décembre 2006 6 09 /12 /décembre /2006 14:49

 

Brefs récits d’une poignée de maladies que vous avez toujours rêvé de contracter et de quelques autres qui au décours d’une fièvre atypique vous ont été révélées. Tel pourrait être le sous-titre de ce Précis de médecine imaginaire qu’Emmanuel Venet, se propose de conter. Que reste-t-il de nos maladies d’enfance ? Quelles extravagances, quelles résistances, quelles transgressions mettions-nous alors à l’œuvre pour traverser les épreuves de la vie ou pour simplement rester à la maison quand le monde du dehors ne raisonnait pas à notre goût ? De quelles meurtrissures passées tirons-nous aujourd’hui profit pour s’arranger de nos nouvelles indispositions ? L’auteur, devenu médecin psychiatre, égrène avec tendresse et bienveillance, délectation et ironie, ces obscures affections qui de temps à autre nous habitent et qui à l’occasion orientent notre destin.

Il y est bien sûr question des petits arrangements avec le symptôme quand le mal fait irruption du côté d’un manque à être, quand l’émoi vient dire ce qu’il en est du moi, quand la douleur impose silence et obscurité, quand les doux leurres s’effondrent, quand un mot reste en travers de la gorge, quand les nerfs se mettent en pelote et fleurissent sur la peau, quand sifflent les oreilles et que la langue fourche, quand l’œil se met à tourner ou que le sang se fait encre, quand enfin la pesanteur fantasmatique des maux devient un véritable casse-tête.

Ce précis n’est pas un livre chevillé au savoir médical, il explore savamment les effets d’une médecine qui échappe à la raison et qui, au delà de la simple clinique, nous transporte au seuil de l’inconscient.

De quoi en être tout retourné !

 

Précis de médecine imaginaire d’Emmanuel Venet aux Editions Verdier, 122 pages, 12€

Repost 0
Published by Patrick L'ECOLIER - dans chroniques littéraires
commenter cet article