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1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 13:57


Où l’on revient grâce à Suzanne Alvarez sur le fameux Banc aux goélands de Jean-Paul Lamy. Si vous ne l’avez pas encore lu, voilà donc une raison supplémentaire de passer commande auprès de l’auteur :  janpollamy@wanadoo.fr



Alors que dans ce terrible FACE A FACE, Lili, avait, pour contrer la veulerie ordinaire de l'espèce humaine, "besoin de croire à un petit îlot de sincérité", des larmes montaient aux yeux de Paulo et "coulaient abondamment sur ses joues, tombaient, lavaient le visage impassible du mort de la souillure qu'il lui avait infligée"...

"Il les attendait, immense, droit, les mâchoires contractées, le regard dur. Effrayant. Ça vous glaçait le sang".

"Vu d'ici, le paysage tend vers l'abstraction : trois bandes horizontales. La première est verte, la seconde, celle de la mer, d'un gris verdâtre et sale, la troisième est lourde d'un ciel lourd de menaces".

Dans un luxe de détails, le héros nous entraîne dans la PENTE de sa "pauvre finitude face à cet infini d'eau et de temps"...

Et c'est ainsi que, dans le BOIS DOMPTĖ "devant mes yeux, un Christ et toute la souffrance de l'humanité surgissaient lentement de la masse de bois. La tête penchait d'un côté, le masque était douloureux mais il conservait une grande noblesse, une dignité muette : la victime était plus forte que ses bourreaux" ; Loïc, ciseau à bois en main, croyait pouvoir assurer son bonheur à l'image de tous les Colas Breugnon qui honorent notre littérature. Mais le destin en avait décidé bien autrement...
A l'OUEST-EST
il n'y aurait rien eu de vraiment nouveau dans cette histoire d'hommes, sans la présence de ce "petit homme trapu au poil roux et au regard bleu qui inspirait des sentiments contradictoires à ses compagnons", ceux-là même qui "se moquaient de lui mais n'avaient pas honte de profiter de ses petites combines"...

Grâce à ses RENCONTRES, l'auteur du Banc aux Goélands, instruit, sans doute, par ses riches expériences, nous donne ici une formidable leçon de vie et, dans son immense sagesse, nous incite à profiter de chaque instant de cette "vie palpitante et impatiente, la vie éphémère et scintillante, la vie souriante et fragile, la vie qu'elle avait failli perdre de la manière la plus absurde qui fût, la Vie qu'il fallait écrire avec un grand V parce que la certitude lui était venue qu'il n'en était point qui ne méritât qu'une minuscule"...

Face à ses BOUTEILLES VIDES, Antoine, le vieil ours solitaire, sombrera peu à peu dans un désespoir sans fin. "Des messages étaient venus s'échouer là, il en était sûr, mais quelqu'un était passé avant lui et avait tout raflé" donne une note pathétique à cette histoire. "...c'était comme un ricanement de la mer". "Ce qu'il avait attendu toute sa vie ne s'accomplirait donc jamais". Mais la force de cette oeuvre provient sans doute de la compassion du docteur dans sa manière d'aborder la mort...
Me Quantil mène, quant à lui, UNE VENDUE
tambour battant, émaillant ses propos de piques savoureuses, surtout destinées à faire monter les enchères. "De nos jours, on ne prend plus le temps de faire les choses comme il faut... Ah ! Je vois que les dames me comprennent...". Oncques a-t-il jamais connu commissaire-priseur plus spirituel ? Mais attention, ne vous méprenez pas, car derrière cette histoire vaudevillesque, on sent poindre de "vieilles rancœurs rassises et tenaces" qui peuvent mener au désespoir...

Pendant ce temps-là, prenant l'IF à témoin, Folingue, le philosophe indigent, "le chantre des vents d'exception...reprit son souffle et poursuivit : Oui, mesdames et messieurs, un vent à déboiser les cerfs, à déchanter sous la pluie,...à décaler les forts en thème, à décapoter les pharmaciens..."...
M.Peyrot qui "était vieux comme les pierres" tuait le temps en observant de sa fenêtre les allées et venues de ses voisins. Il faut dire qu'
"il jouissait d'une VUE PLONGEANTE sur les jardins ouvriers et les rives de la Borette"...

Dans l'AMOUR POUR TOUJOURS, c'est avec un humour féroce que l'écrivain brosse sans complaisance le portrait d'un bourgeois de province, victime de sa mesquinerie et de son mépris pour les petites gens, non sans avoir évoqué les fables de La Fontaine : "La Cigale et la Fourmi, le Lièvre et la Tortue, oui, il se souvenait mais le Loup et le Chien, non, vraiment, ça n'évoquait rien pour lui... Sans doute une oeuvre mineure, une morale douteuse..."...

PIERRE PAUL ET CIE "Il avait aussi décidé que frugal repas était beaucoup plus chic que repas frugal"..."Viens, tout cela me fait un peu tartir...". M.Paul, est un ministre qui bouscule le protocole et donne une grande claque à la hiérarchie sociale, pour le plus grand bonheur des gens de petite condition.
Grâce, ou plutôt, à cause d'UNE PIERRE DANS SON JARDIN
, Louis, le sceptique, pensait à juste titre que : "Chacun voit midi à sa porte" ; mais c'était sans compter sur le destin qui...

L'OIE SAUVAGE est une histoire douloureuse. Malgré tout "il partit d'un bon gros rire bien gras qui signifiait que c'était là qu'il fallait s'esclaffer". Dans leur DECONFITURE, la honte, la vraie honte pour eux, ce n'était pas tant de se trouver mesquins, mais d'être reconnus comme tels...

C'est sans doute à cause de ce SALAUD D'HUXLEY qu'Edith avait fait sauter une maille. Bien obligée fut-elle de détricoter tout un rang "puis, de nouveau, ses aiguilles se lancèrent dans une danse alerte et gracieuse"...

J'ai eu un HAGUE A L'AME le jour où j'ai rencontré l'énigmatique Geneviève. Mais je n’avais pas capté tout de suite quand elle avait ajouté "comme en confidence, après une hésitation...J'ai toujours froid"...
DE L'AUTRE COTE DE LA HAIE
, le mort trouvé par Roland et son pote, et le p'tit coup de gnole chez M'sieur l'Maire firent que ce dernier ne se sentit
"plus chez lui nulle part"...

L'auteur met en oeuvre une réflexion critique sur la nature humaine et sur l'appartenance sociale sur le BANC DES GOELANDS. "Chloé aime beaucoup la lecture. Et toi ?... Je répondis : je lis le dictionnaire"...
Et puis, voilà un séducteur, qui, à force de jouer au jeu de la séduction, finira à son tour par se laisser séduire. Mais l'histoire de DESIR
 est bien trop douloureuse pour que nous puissions nous en réjouir.

Le mieux, pour se changer les idées, surtout quand elles sont bien noires, est de faire UNE SORTIE PEDAGOGIQUE RICHE D'ENSEIGNEMENT avec le prof de Géo, Mme Humboldt, pour traquer le méridien de Greenwich. "Hélas ! Hélas ! Hélas ! se lamente notre professeur..."

Mais gare à ROMULUS LE TYRAN ! Remarquez bien, pas si tyran que ça ce St Bernard ! "Et bientôt elle tomba d'accord avec son chien : Julien caressait très bien"...

Et pour finir, à vous, je peux bien le dire : QUI ETAIT M.BUHOT ? Un illustre médecin ? Un grand peintre ? Un héros de la Résistance ? Un séducteur ? Un voyou ?...Ou tout à la fois ? Allez savoir !

NON ! Vous n'irez pas savoir puisque je me suis interdit de vous révéler la moindre petite chute de ce recueil avant que vous ne l'ayez lu en entier. Frustrant n'est-ce pas ? Comme je vous comprends, surtout vous, là-bas, dans le fond...les inconditionnels de la chute !

Quant à vous dire mes préférences ? Face à Face, Une Vendue ? Bouteilles Vides ? De L'Autre Côté de la Haie ? L'Amour Toujours ? Bois Dompté ? Pente ? Quoique Consensus, Romulus le Tyran, l'If, Rencontres...me plaisent tout autant. Alors quoi ? Eh bien, je vous répondrais tout simplement...TOUS, ils me plaisent TOUS...Certains récits m’ont émue et m’ont provoqué un frémissement douloureux, et d’autres m’ont laissé bizarrement, un curieux guili au creux de l’épigastre.

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27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 22:15


Cette histoire n’a ni queue ni tête. Elle n’est qu’un prétexte à évoquer le recueil de nouvelles d’un auteur qui aime accompagner en son beau pays et à sa manière, les promeneurs du cru ou d’ailleurs. Cette fausse histoire contient presque tous les titres de l’ouvrage. Saurez-vous les retrouver et annoncer du même coup le titre manquant à cette fable ?

 

 

Au bahut, on les appelait Pierre, Paul et compagnie. Des gaillards venus tout droit du bocage et qui ne s’en laissaient pas conter. Pour Romulus, le tyran en chef de l’établissement ce n’étaient que des chiens sans laisse qu’ils fallait dompter. Son principal adjoint, Monsieur Désiré, était une pierre dans son jardin des châtiments. L’homme versait dans la littérature et peut-être même écrivait-il lui-même des histoires. Allez savoir pourquoi, les filles de terminale l’avait surnommé prince de l’Hague à l’âme. Son côté sentimental peut-être. En tout cas, pas le genre à rédiger un règlement intérieur cassant et tranchant. Ce n’est pas lui qui risquait de s’entendre traiter de peau de vache comme ce salaud d’Huxley, le conseiller d’éducation. Au contraire, comme il semblait toujours comprendre de quoi il en retournait et qu’il s’efforçait de jouer le consensus, ces demoiselles se disputaient l’honneur de lui offrir une vue plongeante sur ce qu’elles possédaient de plus aimable. Seulement voilà, depuis qu’ils s’étaient aventurés de l’autre côté de la haie pour jouir de celle qui officiait près de l’If sous le pétulant pseudo d’Oie sauvage, ces trois-là étaient manifestement sur une mauvaise pente. A voir la quantité de bouteilles vides qui jonchaient les couloirs de l’établissement, on pouvait imaginer l’état de déconfiture dans lequel ils étaient plongés. Chercher l’amour pour l’amour est le plus sûr moyen de se retrouver face à face avec soi-même, leur avait assuré Monsieur Désiré. La sentence les avait fait sourire mais cette fois encore, elle avait opéré. Forts de cette expérience de rencontres indubitablement particulières, ils ne manifestèrent aucune objection à venir en dire quelque chose lors d’un exposé intitulé " Une sortie pédagogique riche d’enseignements ".

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9 octobre 2008 4 09 /10 /octobre /2008 10:24

Illustration, Yvette Vasseur

 

Qui sont ces foules d’êtres humains qui marchent à travers des paysages désolés ? Où les mènera cette longue marche jalonnée de souffrance et de mort ? Est-ce le désespoir qui les pousse ? Est-ce l’espoir ? Et qui est cet énigmatique petit homme rondouillard qui semble tirer les ficelles ?

Quelle est cette planète éclairée par un soleil bas et rouge où vivent des habitants dans des conditions inhumaines ? Le mystérieux étranger qui atterrit un jour au milieu d’eux va-t-il les délivrer ? Ou bien a-t-il d’autres raisons d’avoir accepté cette périlleuse mission ?

Dans la Trilogie du Pouvoir, Gilbert Marquès alterne réflexions personnelles au travers des thèmes récurrents de la mondialisation, de la pensée unique et du sauvetage de la planète, et nouvelles d’anticipation pour illustrer ses propos.

Se situant à la fois dans la tradition des auteurs de " contes philosophiques " et de " récits utopiques ", il dresse un tableau de notre époque transfiguré par le prisme de l’anticipation et nous livre une vision des possibles futurs.

Gilbert Marquès est né à Toulouse où il a exercé ses talents d’homme de théâtre, de musicien et d’auteur. Il publie ici son douzième livre dont la préface a été écrite par l’écrivain Laurent SAUZÉ ainsi que le quatrième de couverture.

Gilbert Marquès, La Trilogie du pouvoir. Essais illustrés de contes d’anticipation. Éditions du Masque d’Or, collection "Paroles d'Hommes" 18,50 franco de port

A paraître en novembre. Commande auprès de l’éditeur Editions du Masque d’Or, Scribo Diffusion 18 rue des 43 Tirailleurs 58500 Clamecy ou de l’auteur Gilbert Marquès Cidex 3651Chemin du Brana d’en Haut 31840 Aussonne

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23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 18:20

S’il est souvent difficile de voyager avec intelligence, les récits produits en retour le sont certainement davantage. Dans son dernier opus de Nouvelles en partance, (Qui comme Ulysse) Georges Flipo a su contourner les obstacles propres à ce genre d’exercice en ne s’aventurant que sur les chemins balisés de son esprit. Pour Ulysse, héros de l’odyssée et pour nous autres, compagnons de route occasionnels, il ne s’agit pas d’un tour du monde alliant la mythologie aux sirènes de la modernité mais bien d’un voyage dans les limbes d’un monde intérieur. Pour autant, il ne faut pas croire qu’un tel périple soit exempt de stupeurs et de tremblements. Disons-le sans détour Ulysse n’est pas un colporteur de rêves exotiques. C’est un voyageur universel. Si ses attributs sont multiples, le héros lui est unique et chacun de ses périples nous donne à réfléchir sur ce qu’il en est de la solitude et les moyens de s’en arranger. Que celle-ci se décline du côté de l’exclusion ou du repli sur soi, de l’effondrement ou de la contemplation, de l’exil ou du deuil, la confrontation se joue tour à tour sur la capacité des uns et des autres à vivre sous la menace de la perte et à supporter, une fois livré au monde, le trop plein du manque.

Georges Flipo n'entraîne pas le lecteur à se reconnaître dans les différents habits du voyageur pas plus qu’il ne lui demande de l’accompagner dans une sorte de double imaginaire de lui-même. Ses nouvelles en partance sont avant tout des fugues. Des échappées belles qui réussissent à subjuguer le lecteur en quelques mots, le temps de brosser le tableau d’une vie misérable, le temps d’éprouver les moyens de ruser avec l’autre, de se mettre à l’abri de son regard, de se soustraire à son désir, bref de le mettre à l’écart. L’important, nous souffle Ulysse, n’est pas seulement de franchir les mers et de s’emmitoufler quelque part dans une sorte de touffeur extatique, tout voyageur un peu sincère en a ressenti un jour l’inanité, l’important c’est ce temps, furtif, proche de l’ivresse, où l’être en partance entend le saisissement du cœur et de l’âme avant d’être projeté en avant vers l’inconnu.

L’auteur, grand voyageur, sait bien qu’il est vain de vouloir partir à la rencontre de l’autre dès lors où celui-là ne l’attendrait pas. La rencontre s’opère toujours avec quelqu’un d’unique, de surprenant, de séduisant et cela vient seulement dire que l’on s’est reconnu dans son désir de partage, qu’on le détermine en quelque sorte. Les voyages n’ont rien à voir là-dedans. Le touriste, bête noire de l’auteur, ne fait que virevolter sur place, en circuit fermé, il n’emprunte jamais ces chemins cachés qui mènent au croisement des battements du cœur de l’au-dedans et de l’au-dehors de soi. Emporté au plus près de la foule, Ulysse voudrait toucher, presser, embrasser en un seul enveloppement l’intimité du monde et, dans l’épaisseur de la nuit, tenter encore et encore d’exorciser tout le mal de l’âme humaine.

Nouvelle après nouvelle, Georges Flipo invite le lecteur à entendre les voix de ce périple intérieur, à percevoir l’incessante errance de l’homme dans la nuit terrestre, son besoin de franchir les frontières, de les déplacer, de les détruire… et à mesurer combien est grande son obstination à les reconstruire.

Pris dans la caricature d’une liberté entrevue, Ulysse interpelle le voyageur avec ces ultimes questions : qu’est-il donc arrivé ? qu’ai-je donc vécu au juste ? Les sentiers de la mémoire deviennent toujours plus âpres, se dit-on en refermant le livre. On peut se sentir désespérément seul mais Ulysse est toujours là, longtemps après, à nous faire des signes de bienvenue ou d’adieu selon notre envie ou non de passer de l’autre côté du miroir et de le suivre dans un hypothétique pays des merveilles. C’est si bon de danser en rêvant, en se rêvant… en tout cas c’est ce qu’on raconte à la Confiteria Ideal.

 

Qui comme Ulysse , Nouvelles en partance de Georges Flipo, éditions Anne Carrière, 255 pages 18€

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11 mai 2008 7 11 /05 /mai /2008 11:09

 

par Jean-Claude Touray

 

Alain Emery récidive dans le polar Costarmoricain : après " Erquy sous les cendres " (2007), voici un second roman qui se déroule au même endroit, mais à une époque antérieure. L’histoire, qui se passe en 1950, a ses racines dans la période troublée de l’Occupation. Sans rien déflorer de l’énigme, on peut écrire que l’ouvrage est placé sous le double signe de la souffrance et de la vengeance.

Comme dans le précédent polar, on appréciera la description des personnages : présentation fouillée du " chevalier blanc ", le capitaine de gendarmerie Henri Fabre, cavalier droit dans ses bottes, esquisse en quelques traits de plume des personnages secondaires : Angèle, petite bonne et pure jeune fille, dont visiblement l’auteur est amoureux, Jeanne Lebrac, ancienne tenancière de maison close et " kollabo " convaincue… L’une des figures les plus pittoresques est celle du fossoyeur : Raoul Marnier, dit " le grand Marnier " : opportuniste, pleutre, il a cependant son franc parler et n’hésite pas à répéter que, s’il n’a rien vu, " c’est qu’il faisait noir comme dans le trou du cul d’un merle ".

Au total, c’est au théâtre que l’auteur nous emmène, avec une galerie de portraits sortis tout droit d’une " tragedia del arte " costarmoricaine, pour jouer une pièce policière dont le scénario, solidement structuré, laisse tout de même aux personnages de l’espace pour un peu d’improvisation.

Un style imaginatif et quasi picaresque au service d’une histoire qui " tient la route ", une évocation de la Bretagne de la collaboration, un décor précis, voilà ce que l’on trouve dans " Le Bourreau des Landes ". Vous avez aimé " Erquy sous les cendres " ? Vous allez adorer.

Le Bourreau des Landes  d’Alain Emery, Collection Breizh noir, Astoure Edition, 192 pages, 8€

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2 février 2008 6 02 /02 /février /2008 10:04


Enchainement-image.jpg

L’amour peut-il être objet d’estimation ? De devis ? D’évaluation ? Il arrive que l’on en fasse l’inventaire, que l’on se divise sur des arriérés, il arrive aussi qu’en lieu et place d’un retour sur investissement on n’encaisse qu’une mauvaise fortune ou que le placement se déprécie par trop de précipitation… bref s’il arrive que l’amour puisse se marchander, il est capital de ne pas spéculer sur sa seule valeur d’économie familiale ou libidinale.

Dans son petit opuscule, " L’amour est très surestimé ", Brigitte Giraud propose onze récits pour éprouver ce qu’il en est de l’amour en bout de course, de l’amour en suspension, de l’amour entre parenthèses, de l’amour qui jouit du désamour. Onze brèves chroniques pour percevoir la lente dépréciation des promesses et toucher du doigt les pertes d’illusion. Onze nouvelles pour estimer la richesse du couple, jauger les hommages et les offrandes, mesurer la bonté de l’autre, et gérer la fuite temps, les dévaluations, les successions…

Onze échos de l’intérieur pour évoquer l’amour quand les amants ne sont plus que des âmes en peine, quand l’essentiel n’est plus d’atteindre les cents ciels, quand la maladresse devient mauvaise adresse, quand les corps n’ont faim que de mots qui augurent la fin, quand les instants volés sont comptabilisés, que les lettres d’engagements ne sont plus que des attestations de gages…

Et puis on se demande ce que sont devenus ces cœurs chevaleresques bruissant de la seule attente et pourquoi ces larmes d’hier si tendrement versées ne résonnent-elles plus aujourd’hui que comme des alarmes… On se demande aussi pourquoi les histoires devraient finir mal en général et pourquoi l’épilogue s’apparenterait forcément à une mise à mort. Heureusement l’auteure a la délicatesse de ne pas se laisser aller au règlement de compte ou à la désespérance, au contraire elle porte son désir d’amour vers de nouveaux cieux, renvoyant les années hypothéquées dans les coffres-fort des pleure-misère. Porter le deuil certes, mais continuer à être regardée comme une femme à conquérir… c’est ce pari hautement estimable que Brigitte Giraud voudrait faire entendre.

L’amour est très surestimé de Brigitte Giraud aux Editions Stock, 94 pages, 11 €

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26 janvier 2008 6 26 /01 /janvier /2008 10:42

Afgha-image-copie-1.jpg

Il y a peu de chance que vous y soyez jamais allé. Ou peut-être n’y avez-vous séjourné que le temps d’une pellicule photo ? Ou d’une randonnée télévisuelle ? L’Afghanistan vous connaissez bien sûr ! Mujâhidins, Buzkashi, Loya Jirga, Tâlebân, Chadri, Hashish, Bazar, peuplent vos rêves… A votre réveil, vous ne savez plus trop de quoi il en retourne, les images masquent les mots… Qu’importe, le livre d’Ingrid Thobois vous permet de ressouder vos souvenirs sans avoir à vous soucier de leur exactitude. Vous allez laisser courir votre imagination soit, mais n’est-ce pas ainsi que vous avez appris à voyager ? Je vous entends sourire et pourtant vos yeux brillent, la lumière de Mazâr-i-Sharif vous accroche et Massoud n’est pas loin, toujours en résistance quelque part dans les neiges éternelles. Vous n’en êtes qu’à votre première théière, votre première boule de cannabis et vous voilà déjà en train d’éprouver les reliefs de cette terre farouche, de respirer ses saveurs ensorcelantes, de vous hasarder sur ses pistes brûlantes et lumineuses, de croiser en chemin des figures d’un autre siècle, d’entendre ces légendes qui courent par les montagnes, de caresser quelques uns de ses joyaux patiemment ciselés dans la roche, de faire bouillir votre sang dans un combat insensé ou encore de vous laisser aller dans l’ineffable lenteur du temps.

Ce livre vous fera revivre une illusion peut-être. Mais quelque chose d’imprévu viendra aiguillonner vos pensées enfouies et nul doute que l’escapade réveillera en vous certaines de ces émotions sublimes qui font perdre l’équilibre. C’est à ce moment là, dans cette position hasardeuse qu’il vous faudra affronter l’exubérance, le débordement, vous exposer à l'échappée de vos désirs…vous aurez toutes les peines du monde à vous fier aux mots qui disent le doute, le manque et l’éparpillement de votre cœur… Vous ne saurez dire exactement les noms, les dates, les lieux au risque d’être pris par le regret ou la douleur, mais vous ne chercherez pas à prendre congé, chaque page, chaque phrase, chaque mot peut-être, viendra rappeler ces promesses insensées que vous aviez soutenues haut et fort quand votre soif d’absolu et votre appétit d’aventures vous faisaient prendre la vie à bras le corps. Défaire le monde pour le parfaire, disiez-vous alors. Et voilà que porté par le souffle héroïque d’un amour inédit, vous balayez d’un revers l’énigme de vos rides pour aller chercher encore et encore une histoire qui tienne la route...

Le roi d’Afghanistan ne nous a pas mariés d’Ingrid Thobois aux Editions Phébus, 148 pages, 13,50€

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15 décembre 2007 6 15 /12 /décembre /2007 18:26

Ombres-magnetiques-image.jpg

A la moitié du chemin de la vraie vie, nous étions environnés d’une sombre mélancolie, qu’ont exprimée tant de mots railleurs et tristes, dans le café de la jeunesse perdue.

Cette phrase de Guy Debord citée en épigraphe du roman de Patrick Modiano a rendu possible une captation du lecteur dans le sens où elle vient dire le besoin pour l’auteur de se défaire de la solitude du passé et la nécessité de s’adresser à un lecteur qui deviendrait partie intégrante de son remodelage.Comme les situationnistes des années soixante, il convie le lecteur à quelques dérives dans les rues de Paris, à la recherche d’êtres égarés et de lieux désertés. Obscures errances dans ce terrain vague qu’est devenue la ville - la vie ? Voyage dans les méandres du temps en compagnie de fantômes incertains, éternel retour des ombres.

Car depuis toujours les hommes ont cherché à apprivoiser les ombres. Beaucoup ont appris à ne rien entendre de ce qu’elles disaient. Certains se contentent de les regarder danser sans qu’elles occupent davantage leurs pensées, d’autres s’arc-boutent sur la seule absence et éprouvent des regrets infinis, d’autres encore les traquent jusqu’au couchant de leur vie et, parvenus au terme, peut-être alors entendent-ils l’écho d’une voix : est-ce moi qui avance dans la nuit - la vie ?

Quête d’une mémoire qui échappe, qui se délabre, d’une mémoire noyée dans les amalgames du souvenir, d’une mémoire qui se réfugie dans les cafés malfamés, qui s’illumine dans de vieux hôtels meublés, d’une mémoire qui s’engourdit dans les fêlures du cœur, fragmentée à tout jamais et qui s’épaissit des absences répétées au monde, d’une mémoire qui se profile entre les fumées, qui sent la braise et la chair crépitante, d’une mémoire qui s’efface du miroir pour mieux s’infiltrer par les interstices du rêve.

Patrick Modiano a choisi l’écriture pour faire la paix avec ses ombres et il demande au lecteur d’en être le témoin et l’acteur. C’est tout simplement lumineux.

Dans le café de la jeunesse perdue de Patrick Modiano aux Editions Gallimard, 149 pages, 14,5€

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11 décembre 2007 2 11 /12 /décembre /2007 22:16


Nasreen-image.jpg

Le titre retenu pour ce spectacle préfigurait la tonalité de la soirée. Le pari était difficile : capter l’attention du public un soir où le divertissement, le comique et le défi compassionnel étaient largement promus sur la commune.

Amoureuse de la vie, Taslima Nasreen l’est profondément. Elle écrit comme elle respire, entre éclaircies et turbulences, tantôt paisible, joueuse, aimante, tantôt fébrile, enflammée, éprise de justice et de liberté. Engagée dans une lutte titanesque contre l’oppression des femmes, elle mène un combat radical fondé sur l’écrit : poèmes, récits, romans, articles de presse… des mots de colère et d’espoir, des mots enrobés de douceur et de rage, des mots du monde intérieur qu’elle offre au risque de sa vie, aux femmes prises dans le carcan de la religion.

Des poèmes fustigant l’intolérance, le fanatisme, l’enfermement, des poèmes pour contenir la peur et enrayer le désespoir, des poèmes pour rompre la solitude, tendre la main à toutes ces femmes blessées, mutilées, infirmes de leurs désirs d’amour…

L’interprétation à la fois chaleureuse et mordante de la comédienne Françoise Vergely, l’accompagnement musical, éclairé et percutant de Harvey Harder, ont fait de cette rencontre un évènement unique au Fontanil, un de ces moments rares où des femmes et des hommes se laissent transporter par l’émotion, par l’envie de partager, de soutenir, d’être en lien avec ces combats pour la dignité, ces épreuves de tous les jours. Un de ces moments forts qui donnent du sens à la vie.

Poèmes d’amour et de combat de Taslima Nasreen aux Editions Librio, 1,90€

C’était vendredi 7 décembre au Calipso, Le Fontanil.

Taslima Nasreen, comme tant d’autres de par le monde, est victime de nombreuses fatwas au Bangladesh pour avoir dénoncé l’oppression des femmes et des minorités non-islamiques. Elle vit en exil depuis 1994. Installée depuis quelques années à Calcutta, sa tête a de nouveau été mise à prix par plusieurs organisations islamistes indiennes. Des récompenses sont offertes pour sa décapitation…

Une nouvelle manifestation contre elle l’a une fois de plus obligée à quitter Calcutta le 22 novembre dernier. Elle est pour l’instant réfugiée à Delhi, mais pour combien de temps. Elle est poursuivie par la justice de ce pays et risque 3 ans de prison pour avoir attisé la haine et la discorde.  

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26 novembre 2007 1 26 /11 /novembre /2007 18:37

Arrangements.jpg

Iain Levinson est un homme qui court lentement après ses rêves. Voilà dix années de cela, diplôme universitaire de lettres classiques en poche, de grandes espérances et quelques beaux projets en tête, il se sentait armé pour ériger sa place dans le pays le plus riche de l’histoire du monde. Il ne trouvera sur son chemin que des petits boulots, des lieux de vie sommaires, une solitude de presque tous les instants ou des liens qui s’effilochent aussi vite qu’ils sont tissés. Marqué comme travailleur itinérant, auxiliaire du marché, il vivra comme beaucoup d’autres l’expérience des laissés-pour-compte du libéralisme. Pour la plupart de ces déclassés, ces incasables, il s’agit seulement de s’en tirer, de tenir la tête hors du bourbier. Si vous voulez réussir n’arrêtez jamais de vous raconter que vous êtes important, telle est l’exigence première du modèle américain pour s'arracher du marais, rappelle non sans pester, Iain Levinson qui n’est pas homme à rester englué. Sans accorder crédit à ces certitudes égocentriques, il ne désespère pas d’arriver à faire quelque chose de sa vie. Durant toutes ces années de chausse-trappe l’idée d’écrire le Grand Roman Américain ne le quittera pas et de toutes ces épreuves - à défaut de Grand Roman - il puisera matière à écrire. Il ne se leurre pas sur l’importance de ses déconvenues mais leur narration sur le fil de la précarité lui permet d’exercer sa colère à froid, d’exprimer sous une forme simple et désopilante une critique impitoyable de cette modernité mondialisée. Je pourrais écrire un bouquin sur cette merde, dit-il. Un million d’autres pourraient aussi, ajoute-t-il pour enfoncer le clou.

L’american way of life se retrouve dans la ligne de mire de l’auteur avec une version polar de sa critique sociale. Quelle que soit la place que les protagonistes occupent dans l’histoire, ils sont soumis aux mêmes effets délétères du système : falsification, duplicité, arrogance, suspicion, dépravation … le culte de l’argent et un nombrilisme forcené les font tous s’agiter du côté d’une échappée individuelle, d’une sortie du monde vivant pour se satisfaire de la seule jouissance à se sentir maître de leur pré carré. Un roman particulièrement caustique où l’intrigue est prise dans les feux croisés d’un humour finement ciselé et d’un cynisme tout azimut.

Petit supplément : on peut retrouver la plume acerbe de Iain Levinson dans la page week-end-mon journal du Libération de samedi dernier.

Tribulations d’un précaire de Iain Levinson aux Editions Liana Levi, 187 pages, 16€

Une canaille et demie de Iain Levinson Editions Liana Levi, Piccolo, 239 pages, 9€

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans chroniques littéraires
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