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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 08:59

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Christine Jeanney est une vagabonde éclairée. Une personne qui aime aller et venir dans le monde. Le sien et celui des autres. Celui qu'elle voit, qu'elle respire ou qu'elle invente. Celui qu'elle raconte en quelques mots. Elle n'en fait pas tout un roman. Pas le temps ou pas la tête à ça, c'est égal. Dans ses voyages, elle rencontre des gens qui sentent l'épicerie, la quincaillerie ou l'arrière-boutique. Ils sont beaux ou pas, capables de faire valser des cœurs ou se perdre dans la contemplation d'un grand poème sans titre et sans coupure.

Cela commence par un rien. Une grande surface. Des gens font leurs courses. Elle les surprend au commencement, quand ils n'en sont qu'à regarder le contour des choses. Elle les suit et poursuit une étrange intention, quelque chose qui ressemble à une rêverie, à une conjonction des sens. Elle éprouve avec eux l'inconstance et la frivolité, flaire les petits bonheurs et pressent les mauvaises humeurs. Elle combine toutes sortes d'alambics pour mettre en lumière ces choses-là. A force, elle en connaît un rayon. Elle circule, elle croise, elle écoute, elle s'approche, se frotte les yeux, elle sourit, sourcille ou tressaille, des idées lui viennent, on a l'impression qu'elle prospère, qu'elle fleurit, qu'elle s'emplie de soupirs, de gouttelettes d'amour. Elle se fait un peu peur aussi, à l'occasion. Parfois elle se sent étrangère, elle ralentit son pas et hésite avant d'emboîter celui d'un inconnu, comme si ses jambes étaient trop frêles ou comme si elle avait le sentiment de faire des choses qui ne ressemblent à rien. Cela ne dure pas. Elle se remet en course, se laisse transporter dans des zones de non-parole, attrape un signe en passant, finit toujours par surprendre celui qu'elle ne cherche pas, par saluer celle qu'elle ne connaît ni d'Eve ni d'Adam.

Lieu d'aventures improbables où le souffle de la vie se déploie dans le manque, le supermarché devient avec Christine Jeanney un véritable poumon de créativité. Elle est publiée chez Quadrature, un éditeur ambitieux et clairvoyant.

 

Une heure dans un supermarché  de Christine Jeanney aux Editions Quadrature, 128 pages, 16€ 

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 17:00

provisions été

  

La période estivale arrive à grand pas mais vous ne vous en souciez pas, vous avez la tête ailleurs. Entre les jeux de ballons, les défilés pour les retraites, les trépidations du petit roi soleil, les dividendes qui explosent, les escadrilles humanitaires, le bac du petit dernier, la marée noire et le retour du chikungunya, vous avez perdu le contact. Ce n’est qu’en bouclant vos bagages que vous reviendra à l’esprit un truc tout bête et qui vous fera vous mordre mille fois les doigts : nom d’un petit bonhomme, c’était quoi déjà ce fichu bouquin dont on disait tant de bien l’autre jour au café ?

 

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 Invitation à partager une bonne nouvelle ! En fait, le terme est inapproprié puisqu’il s’agit d’un roman, Détestable Antigone, de Danielle Akakpo est publié aux Éditions Laura Mare.

Épris de littérature et d’écriture, ils ont correspondu régulièrement par le biais d’un forum d’internautes. Ils rêvaient de se rencontrer. Lorsque la rencontre tant attendue peut enfin s’organiser dans la maison de vacances de l’une d’entre eux, elle tourne au drame dès la première nuit. La méchante langue que l’on n’attendait pas, qui a fait au groupe la désagréable surprise de sa présence, est emportée par une crise cardiaque. Loïc, auteur de romans policiers, est le seul à trouver bizarre cette soudaine disparition. Il s’engage dans une enquête qui le conduira auprès de la sœur de la défunte. Il ne ressortira pas indemne de cette aventure

A découvrir sur :  http://www.lauramare.fr et/ou http://www.editions.lauramare.com

En vente en librairie, sur les sites FNAC, Chapitre.com, Amazon et le site de la maison d’édition. 16€

Demandez un exemplaire dédicacé à l’auteure : akakpo.danielle@orange.fr

 

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Au-delà des dunes…

de Désirée Boillot, Alain Emery et Annie Mullenbach

Un émouvant roman à trois voix construit comme un recueil de nouvelles… une vieille maison au-delà des dunes, un écrivain à la recherche de solitude, une jeune femme énigmatique, une famille maudite, une histoire d’amour intemporelle…

Editions Nouvelles Paroles 10 € 

 www.editionsnouvellesparoles.com

 

  

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Quatre carnages et un enterrement

de Françoise Guérin

Un livre qui joint l’utile à l’agréable. Comme l’indique son titre, il propose cinq récits criminels écrits par Françoise Guérin. En commentant chacun de ses textes, elle veut vous permettre de discerner quelques unes des clés utilisées pour écrire ces cinq nouvelles. Ces éclaircissements, tout comme les compléments de Gaël Gratet, sont d’un grand intérêt pour ceux qui lisent comme pour ceux qui voudraient écrire. C’est un loisir à l’investissement minime : des feuilles blanches et un stylo, mais c’est d’un bon rapport. Outre la satisfaction de jouer au metteur en scène et d’assassiner en toute impunité qui vous voulez, vous allez vous frictionner avec des mots et des sons. Vous allez essayer de créer une voix, votre voix, de façon à ce qu’elle soit reconnaissable comme celle d’un chanteur. Claude Mesplède.

Editions D’un Noir Si Bleu 7,50 €  www.dunnoirsibleu.com

 

 

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Pas de travail qui vaille

Nouvelles inédites de Lika Spitzer, Michel Calonne, , Georges Flipo, Franck Garot, Jean Pézennec, Dany Grard, Sophie Stern, Fabrice Marzuolo, François Teyssandier, Guy Chaty.

Le temps d’un livre, les étudiants de l’Ecole Estienne se sont substitués au comité de lecture de l’Atelier du Gué, prenant le soin de choisir, puis de mettre en pages et d’illustrer dix nouvelles sur le thème du travail. Drôle d’idée ! Mais ô combien d’actualité ! Que le travail soit un cauchemar, une course de fond, un but, une passion, voilà bien le sujet qui intéresse les auteurs de cette anthologie. Ils nous donnent ici leur vision toute personnelle, parfois engagée, drôle ou pas, sérieuse ou décalée, mais toujours réaliste d’un temps qui occupe souvent la moitié de notre vie. N’y a-t-il vraiment pas de travail qui vaille ?

Editions Atelier du Gué, 14 € distribué par http://www.lekti-ecriture.com 

 

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23 mars 2010 2 23 /03 /mars /2010 16:00

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Gilbert Marquès publie en ce mois de mars son premier vrai recueil de nouvelles. C’est également son quatorzième livre. " Instantanés " recueil de nouvelles et de textes courts Éditions du Masque d’Or, Scribo diffusion, 18 rue des 43 Tirailleurs 58500 Clamecy (18,50€ franco de port.)

Les vingt textes composant ce recueil appartiennent-ils réellement au genre littéraire de la nouvelle ? Les puristes épris de doctes définitions répondront par l’affirmative pour certains, non pour d’autres. Le plus important pour le lecteur ne réside-t-il toutefois pas dans ce chacun d’eux raconte plutôt que dans une vaine querelle d’experts ?

A ce propos, le titre de ce recueil paraît suffisamment explicite. Il s'inspire d’un terme technique attaché à la photographie qui fige, comme savait si bien les capter DOISNEAU, des instants fugaces de vie. Ici et faute d’image, ces courtes tranches d’existence, ces portraits, ces réflexions ont été fixés par l’écriture. Qu’ils soient imaginaires ou le fruit de faits divers, d’expériences vécues, ne revêt pas une grande importance. Plus essentiel semble le prisme au travers duquel l'auteur les a déformés par ses propres visions et par la perception qu’en aura chaque lecteur.

D'où l’illustration de couverture, cette femme à la position statufiée dans le marbre, qui n’a pas été choisie par hasard. Elle symbolise à la fois l’immobilisme et l’infini que, finalement, la photographie, la sculpture et l’écriture immortalisent dans une œuvre achevée.

 

Gilbert MARQUÈS, Toulousain fidèle à cette ville qui a vu éclore l'écrivain qu'il est devenu, n'oublie pas son passé théâtral et musical. Ce n'est pourtant pas à ces formes d'art qu'il consacre ce nouvel ouvrage. Il rend en effet hommage à la photographie et après avoir successivement publié des romans, un essai, un récit poétique, il nous propose un premier recueil de nouvelles, genre littéraire à part entière qui ne lui est pas étranger puisqu'il publie régulièrement des textes en revues et sur différents sites Internet.

 

Le sein révolutionnaire

Nouvelle tirée du recueil Instantanés

 

 

En ce soir de 14 juillet révolutionnaire où la lune, éreintée, pleure des larmes de feu d’artifice, mon regard indiscret a volé l’image d’un sein par l’échancrure d’une emmanchure trop large.

Vision fugitive ô combien réconfortante !

Il ne s’agissait pas d’un de ces seins pigeonnants à la chair abondante, douce peut-être à sa maturité mais irrémédiablement avachi par la vieillesse. Il n’était pas davantage bouton de culotte posé comme par mégarde sur une poitrine gracile et dont l’attrait, s’il ne se fane pas sous les caresses du temps, déshonore une femme de n’être pas… un homme. Il n’était pas enfin frileux et pudibond, prêt à se cacher dès qu’un œil le frôlait ou encore exhibitionniste, se livrant allègrement à la concupiscence.

Il était un sein, simplement, pourtant ni ordinaire ni banal. Plutôt petit, certes, mais joliment pommé. Sans aucun doute ferme dans sa texture, il pointait fièrement vers l’avant son mamelon rosé. Rien d’agressif cependant ! Il paraissait même plutôt discret, de cette discrétion mutine le faisant immanquablement remarquer parce qu’il n’avait besoin d’aucun artifice pour le soutenir. Elégant, il se montrait sans honte ni ostentation.

De prudes esprits chagrins hausseront les épaules à la lecture de cette historiette, pensant qu’il n’y a pas de quoi faire un plat pour un sein. Elément naturel du corps féminin, il n’est après tout qu’une vulgaire mamelle.

J’en conviens mais qu’il me soit toutefois permis de concevoir qu’il en est d’agréables à regarder alors que d’autres qui s’exposent, feraient mieux de se dissimuler.

Les seins ne sont-ils pas, au-delà de leurs fonctions utilitaires, un des attraits de la femme, ajoutant à son charme sinon à sa beauté ? Affirmer le contraire serait refuser le plaisir auquel ils participent.

Ceux-là ou, plus exactement, celui-là puisque je n’en vis qu’un, encore que je ne doutai pas un instant que son jumeau possédât les mêmes qualités, entraient dans cette catégorie des seins admirables.

Bien que de proportions modestes, il possédait sans conteste quelque chose de… sain. Il respirait la santé, heureux de vivre, un peu moqueur, un brin provocateur, bourré de coquetterie en somme.

En bref, je le qualifiais instantanément de rieur.

Candide, il ne se montrait pas vraiment tout en souhaitant certainement qu’on le vit.

Quoi de plus libertaire au fond qu’un sein canaille en ce soir de fête et surtout, quoi de plus pacifiquement désirable ?

Selon l’histoire, les hommes qui, en 1789, firent la révolution, se qualifièrent de "Sans Culottes". Elle ne dit pas si les femmes de l’époque avaient la poitrine nue pour défier l’ordre établi encore que Marianne est souvent représentée trônant sur les barricades, le bras haut levé tenant un étendard et un sein dévêtu. Si tel était le cas, ce que pour ma part j’ignore, ce sein ingénu entrevu serait le digne descendant des poitrines révolutionnaires en même temps que le plus gracieux symbole d’une liberté douce à vivre dans la paix… républicaine.

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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 17:06

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Marie-Thérèse Jacquet est une femme du Nord, voyageuse, artiste peintre, nouvelliste, animatrice d’atelier d’écriture, comédienne à l’occasion, elle participe à la vie de Calipso depuis sa création, elle vient de publier Allumez le four et autres récits chez Claude Alzieu, éditeur dauphinois. 128 pages, 15€
Commande à
admin@editions-alzieu.com


Si elle sait peindre dans les couleurs subtiles de l’aquarelle, son écriture emprunte à toutes les ressources des palettes de la mémoire. Du fantastique vient enchanter une réalité âpre qui recèle aussi bien des tendresses. Sous le sourire et les mots choisis qui pétillent, elle exprime la fidélité à ses
origines, quand le four s’ouvrait pour offrir le pain essentiel, chaud et parfumé. Elle nous fait voyager du Marais Poitevin à l’Île de Batz en passant par la Mauritanie…
Une documentation précise permet de tracer des univers variés avec une nature très présente où les herbes révèlent leurs mystères et les oiseaux leurs rêves. Humour, sensualité, plaisir de l’écriture. Et quand elle reçoit un certain monsieur Dieu, elle hésite à lui faire écouter la symphonie Liturgique d’Arthur Honegger qui serait trop marquée. Aucune faute de goût. (Guy Chassigneux)

 

 
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17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 09:19

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Peut-on croire que tout va bien quand rien ne va mal ? C’est la question qui est posée dès la première page par Marie-France Versailles dans son recueil de six nouvelles. Des nouvelles qui n’en sont pas vraiment puisque l’auteure nous présente une sorte de jeu de famille où chacun tour à tour en raconte un épisode. On y éprouve la précarité de ses sentiments et la peur de voir ses rêves s’altérer dans une quotidienneté trop rassurante. On le sait, le bonheur à tout prix et à toute épreuve n’a de réalité que dans le fantasme. On a beau manquer de rien, avoir tout ce qu’il faut, il y a toujours une inadéquation du désir à son objet. A la question " qu’est-ce qui te manque " les uns et les autres se murent dans un silence habité par d’autres questions qui ont toutes à voir avec le doute, la déchirure, le ressentiment. Epouses et maris, pères, mères et enfants sont à fleur de peau, accaparés par une attente qui ne parvient pas à s’énoncer. On entend bien que ce qui se joue en premier lieu c’est cette volonté de ne pas souffrir du manque de l’autre. Marie-France Versailles nous fait toucher au plus près ce sentiment de vide quand il y a tout. Elle fait le constat d’un fonctionnement psychique en circuit fermé où l’autre ne serait là qu’en apparence ou bien pris par sa propre solitude. Mais à aucun moment elle n’abandonne ses personnages dans la nuit, elle prend soin de les accompagner, toujours avec pudeur, dans leur tentative de parvenir à une belle plénitude, comme de les soutenir dans leur renoncement. Car une fois dite sa solitude, son besoin vital de sentir, d’entendre, de toucher en permanence ceux qui lui sont chers, chacun retrouve un peu de couleurs. Mais ce n’est qu’à partir du moment où la douleur provoquée par la menace de la perte ne résonne plus démesurément et que s’installe un espace entre sa propre intimité et l’intimité possible des autres que le souffle de la vie peut enfin s’exprimer. Et on peut quitter ce beau livre heureux, en se disant tant pis si les balançoires ne montent jamais jusqu’au ciel.

 

A l’ombre de la fête de Marie-France Versailles aux éditions Quadrature, 128 pages, 16€

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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 17:49
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J’ai souvent eu l’occasion de dire ici tout le bien que je pensais des livres d’Emmanuelle Urien. Ce n’est pas très compliqué de dire du bien des livres d’Emmanuelle Urien : il suffit de les lire et vous voilà pris d’une folle envie de prendre la plume pour lui dire combien son écriture vous a bouleversé. Elle a l’habitude d’être complimentée Emmanuelle mais figurez-vous que cela ne l’empêche pas de continuer à être une auteure aventureuse qui sait allumer les cœurs, enflammer les esprits et vous tordre les tripes. C’est l’une des sept reines de la nouvelle contemporaine. Allez donc faire un tour chez les voisins et vous verrez comme ils sont tous sous le charme. Les éditeurs l'ont bien compris, à commencer par l’Être minuscule, le premier à lui avoir donné la main pour Court, noir, sans sucre, Quadrature qui l’accueillait trois mois plus tard pour Toute humanité mise à part et Gallimard embrayant avec La collecte des monstres.

 Court, noir, sans sucre était épuisé depuis longtemps. Quadrature a eu la bonne idée d’en publier une seconde édition, revue et augmentée de deux nouvelles inédites. Un nouveau recueil donc, et tout autant indispensable.

Pour le commander directement chez l’éditeur (sans frais de port)  www.editionsquadrature.be

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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 08:41

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Voilà un livre qui se lit comme un roman. Un livre où les pages se tournent si promptement qu’on a parfois l’impression de les avoir seulement parcourues, rivé à la seule mécanique de l’intrigue. La quatrième de couverture suffit à nous éclairer sur le contexte : la commissaire Viviane Lancier n’est pas du genre poète, mais la voici condamnée à se passionner pour Baudelaire : un sonnet torride
dont il serait l’auteur se transforme en serial killer, envoyant à la morgue ceux qui s’y intéressent.

Avec ce nouvel opus Georges Flipo nous offre une sombre immersion dans les fleurs du mal, une ballade violente et voluptueuse dans les jardins de la poésie. On pourrait n’en retenir que la performance stylistique, la coloration érotico-poétique de la langue ou bien l’habile construction du jeu d’indices et le savant dosage d’humour et de sobriété, mais ce serait oublier qu’un roman, à fortiori policier, se construit sur des faux-semblants. L’essentiel est toujours dans ce qui se dérobe à la raison. Si la commissaire n’aime point les vers, ce n’est pas tant parce qu’elle serait hermétique au genre mais bien parce que certains vers la bouleversent et la renvoient à quelque chose de complexe et d’obscur qui s’active en elle et qu’elle ne parvient ni à éclaircir ni à maîtriser.

Au-delà des péripéties liées à l’enchevêtrement des pistes et des témoignages, qu’est-ce qui nous intrigue tant chez la commissaire ? Contrairement à ce que l’auteur voudrait nous faire croire elle n’est pas déboussolée par la singularité de l’affaire qui lui est confiée ni hantée par sa surcharge pondérale, non, ce qui revient de façon récurrente, c’est cette façon qu’elle a d’être en permanence sous l’emprise de la question du désir. Une question qui pèse de plus en plus lourd au cours de l’enquête sous les effets conjugués du manque - de résultats, d’affection, d’estime de soi - et de la présence à ses côtés d’un jeune inspecteur qui sait parfaitement renifler l’essence du poétique et se laisser aller à de formidables élans du cœur. On sait très bien que dans le roman policier l’énigme finit toujours par être résolue et que ce qui tient en haleine le lecteur c’est cette occasion qui lui est donnée d’entendre ce qui se dit à demi mot et d’entrevoir le dénouement. Mais pour peu qu’on lève un moment le nez du livre, que l’on interrompt l’enchantement, on s’aperçoit que ce qui est à l’œuvre est cette part du récit qui se concentre en quelques images et qui ne se conclut pas. Dans cette histoire la question est de savoir comment la commissaire va se débrouiller avec ses propres affaires. Saura-t-elle sortir de sa posture de femme forte et déterminée, de son rôle de maîtresse d’hommes, de sa propension à ne pas savoir être amoureuse, sera-t-elle capable quand le désir vient à rugir, de ne pas seulement engloutir une barre chocolatée ? Saura-t-elle oublier le métier et dire à son beau partenaire en pleine souffrance non pas qu’elle l’aime beaucoup mais qu’elle l’aime tellement ? C’est troublé par le désir impossible d’approcher ce mystère-là que l’on referme le livre. C’est là tout le talent de Georges Flipo : une capacité à tenir nos sens en éveil et une faculté à nous faire percevoir au delà du roman le bruit que fait en nous la vie.

La commissaire n’aime point les vers de Georges Flipo, éditions La Table Ronde, 300 pages, 18€

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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 17:09

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La vie rêvée ou ce qui en reste sort toujours de la bouche des objets ; c’est en tout cas ce que propose de nous faire entendre Isabelle Renaud et ses Arts ménagers en treize nouvelles. On imagine l’auteure avec un sourire en coin effleurant une dernière fois son clavier avant d’envoyer son bel objet chez Quadrature, un éditeur qui ne fait pas dans le modèle en série.
On en lit une, deux, trois et l’on est conquit. Sous sa plume, quelles que soient leurs destinations, les objets n’échappent pas à l’imaginaire. Derrière chaque objet réel, il y a un objet rêvé. Quelque chose à chérir, à vénérer ou à haïr. Qu’importe ce qu’il en coûte, l’objet trône, se dresse, s’érige au beau milieu du bonheur familial. Il est témoin d’une promesse, garant d’un lien. Quelque chose vient à défaillir, on l’interpelle, on le convoque, on attend de lui qu’il comble le manque, qu’il se substitue à la détresse, qu’il assimile la violence, qu’il réveille le désir.
On le sait, l’un des moyens de gommer momentanément le trouble de la surface de son regard, c’est de l’objectiver, de le circonscrire à un objet extérieur qui a toutes les apparences de la banalité, voire de la futilité. L’œil a besoin de se poser, de se sentir pris par une sorte d’uniformité face à toutes ces choses invisibles qui le traversent et qui modifient à la fois sa propre image et sa perception du monde.Un objet est chargé de fantasmes. On peut l’exposer au regard de l’autre ou le receler dans un placard, cela ne change rien à l’affaire. On s’en remet à lui pour séduire ou pour tenter d’éviter le pire. On y investit tout ce qui n’a pas pu l’être dans les relations humaines.
Mais l’affaire n’est pas sans risques qu’il vous échappe ou qu’il vous étouffe. Il faut prendre garde au pouvoir de suggestion des choses, de leur propension à vous coloniser Car à trop jouer les faire-valoir l’objet n’est plus que l’écho d’un monde clos, privé de paroles. Dessaisi de sa fonction d’attachement il devient l’intrus, l’hôte indésirable, une salissure que l’on ne peut pas ravoir. On le casse et à travers lui on se prend à souhaiter une dislocation de l’intégrité vivante de l’autre, celui par qui le malheur s’active
le plus fort va étouffer l’autre, l’autre va crever et le plus fort va pousser.
Combien d’objets tombent à pic pour sauver les meubles, pour conjurer les mauvaises augures et combien d’autres tombent en disgrâce dès lors où leur fonction de protection se désagrége et que le fantasme qui y était attaché disparaît dans les oubliettes de l’histoire. Avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité Isabelle Renaud nous rappelle que l’on ne peut pas tout faire passer dans le bac des déchets à recycler. Une belle réussite.

 

Arts ménagers d’ Isabelle Renaud aux éditions Quadrature, 112 pages, 15€

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29 juillet 2009 3 29 /07 /juillet /2009 15:21

Avignon. On se dit que le festival est une expérience hors du commun, que l’humanité toute entière s’y concentre, que la mémoire du monde s’y déverse, que l’on y échafaude sans retenue, que l’on combine le silence et à la fureur, que l’on acclame et siffle en tout honneur dans les rues, jardins, garages, casernes et cloîtres, que l’on réinvente la vie, sa vie, que l’on s’attache indéfectiblement aux remparts… On se demande comment il est possible de traverser tant d’histoires, tant d’interrogations, de valser dans les ténèbres, de continuer à s’affairer dans la nuit étoilée en ignorant ce qui se trame encore et toujours ailleurs. On se figure être au cœur de la barbarie, on s’imagine être témoin alors que l’on reste simple spectateur…

On croise les auteurs, les créateurs, les passeurs de mots, tous nous rappellent la violence au quotidien, avec la guerre, l’exil, l’exclusion comme trait d’union entre les hommes, Wadji Mouawad, Pipo Del Bono, Christophl Marthaler et bien d’autres encore gueulent dans la nuit d’Avignon… Sur le matin on se dit qu’il y a le soleil et la mer pas loin et que peut-être on pourrait s’embarquer vers d’autres cieux, totalement éblouissants… et puis Mouawad est encore là, il lit, écoute, questionne, écrit…

 

"Le scarabée est un insecte qui se nourrit des excréments d’animaux autrement plus gros que lui. Les intestins de ces animaux ont cru tirer tout ce qu’il y avait à tirer de la nourriture ingurgitée par l’animal. Pourtant, le scarabée trouve, à l’intérieur même de ce qui a été rejeté, la nourriture nécessaire à sa survie grâce à un système intestinal dont la précision, la finesse et une incroyable sensibilité surpassent celles de n’importe quel mammifère. De ces excréments dont il se nourrit, le scarabée tire la substance appropriée à la production de cette carapace si magnifique qu’on lui connaît et qui émeut notre regard : le vert jade du scarabée de Chine, le rouge pourpre du scarabée d’Afrique, le noir de jais du scarabée d’Europe, et le trésor du scarabée d’or, mythique entre tous, introuvable, mystère des mystères. Un artiste est un scarabée qui trouve, dans les excréments mêmes de la société, les aliments nécessaires pour produire les œuvres qui fascinent et bouleversent ses semblables. L’artiste, tel un scarabée, se nourrit de la merde du monde pour lequel il œuvre, et de cette nourriture abjecte il parvient, parfois, à faire jaillir la beauté."

Voyage pour le festival d’Avignon 2009, Wadji Mouawad, éditions P.O.L

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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 17:10


Alain Emery nouvelliste de talent, est en train de s'affirmer comme auteur de polars bien implanté dans le terroir (en l'occurrence les Côtes d'Armor). Jean-Claude Touray qui navigue à ses heures dans le 22, nous présente son dernier opus.


 Emery : Polar breton n°3, moteur…Non, pas encore, j’anticipe un peu, le film n’est pas pour tout de suite…L’actualité, c’est la publication du troisième polar " costarmoricain " d’Alain Emery : " Le clan des ogres " aux éditions " Astoure ". " Erquy sous les cendres ", le tout premier, était un " isolé ", les deux suivants sont les premiers éléments d’une série : " Les secrets d’Erquy " qui révèle d’abominables assassinats perpétrés peu après la fin de la seconde guerre mondiale dans la tranquille capitale de la noix de Saint-Jacques et les enquêtes menées, à l’époque, par la gendarmerie

Ces deux romans, rapportent des évènements qui se sont déroulés fin 1950 et début 1951. Ils font référence au même contexte socio-politique, aux mêmes paysages, et aux mêmes gendarmes, dirigés par le capitaine Henri Fabre (à propos, pourquoi ce nom d’entomologiste ?) mais sont totalement indépendants : dans " Le bourreau des landes ", c’est Monnier, l’ordonnance du pitaine, qui joue le " je ", tandis que dans " Le clan des ogres ", c’est le brigadier Craspin, un Cévenol à la souplesse de sauvagine, l’homme à la moto, (une Magnat-Debon s’il vous plait) qui est à la fois le " Sancho Pança " du chevaleresque héros et son " Froissart " ou son " Joinville ".

L’histoire racontée dans " Le Clan… " est à multiples rebonds, sous le triple effet du hasard, de la nécessité et de l’intuition de Fabre qui ne s’en laisse pas conter, même par un juge d’instruction. On arrive cependant, de cadavre en révélation, à suivre sans trop de peine le scénario jusqu’à un final très enlevé où des politicards locaux en prennent pour leur grade.

Le héros, gendarme et cavalier, très " cadre noir ", tout en restant l’inflexible référence morale du roman, a un comportement nuancé : il fréquente, pour les besoins de l’histoire une franche canaille, interdit de séjour à Paris et replié sur Saint-Malo, mais c’est un ancien camarade de la Résistance.

La description des personnages est toujours une réussite. Exemple : " Il avait cet air sournois qu’ont les chiens maigres " puis une phrase pour les cheveux, trois lignes pour les yeux et le taulier d’un hôtel borgne est campé, avec sa tête d’assassin, derrière son comptoir. Quant à " La Grive ", avec son teint d’aubergine et son haleine de roussette, il avait de quoi en écœurer plus d’une. Le capitaine Bataille, lui, " avec son museau en pointe, ses dents en avant et ses petits yeux noirs, avait tout du ragondin "

Roman d’aventures plus que polar psychologique, " Le clan des ogres ", 192 pages, 8€, est un livre plaisant, aussi agréable à lire que les précédents " policiers bretons " d’Alain Emery.

Pour commander l’ouvrage, s’adresser à l’éditeur : http://www.astoure.fr/Emery.html

Ou à l’auteur si l’on souhaite une dédicace : alain.emery@tele2.fr 

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