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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 08:00

Pas-facile-Dewerdt.jpg 

Comme Patrick Ledent, Jacqueline Dewerdt-Ogil a contribué activement à l'épopée des 100 derniers jours. Elle publie aujourd'hui un livre-témoignage sur son engagement humain et sur sa façon de prendre place avec l'autre dans la vie.

 

Pas tout facile la vie

Des clowns chez Emmaüs

Jacqueline Dewerdt-Ogil

Préface de d’Anne Saingier

Postface de Montserrat González Parera

 

 

 

Pas n’importe quels clowns. Clown-analyste, clowno-formateur, tels sont les titres de celui qui embarque l’auteur vers dix années d’une aventure exceptionnelle avec « La Bande à Léon » troupe de clowns composée de compagnons d’Emmaüs.

Il s’agit bien de compagnonnage en effet dans ce récit à deux voix. Sous forme de journaux croisés, l’auteur nous fait partager les bonheurs et les tourments qu’elle a vécus au sein de la troupe. Les portraits de ces hommes que la vie a poussés en marge de la société nous font toucher du doigt la fragilité des destins individuels, mais aussi la force de la création collective. Compagnons d’Emmaüs, L’Ancien, Le Grand, La Flèche et les autres deviennent clowns. Parce qu’on fait confiance à leur talent, ils créent des spectacles dénonçant les travers de la société qui les a rejetés.

Par touches discrètes, l’auteur donne à entendre les échos que la vie des compagnons réveille en elle. Comme s’il s’en était fallu de peu qu’elle aussi, que vous aussi. Comme si certains avait juste raté le mauvais virage au mauvais moment.

 

Licenciée en lettres, Jacqueline Dewerdt-Ogil renonce à l’enseignement pour se former au conseil conjugal à l’AFCCC (Association Française des Centres de Consultations Conjugales).

Elle exerce cette fonction en centre de planification. Parallèlement, elle met ses compétences et sa sensibilité au service d’associations engagées dans l’humanitaire, le social et la vie culturelle. Elle consacre désormais de plus en plus de temps à l’écriture.

 

Aux Editions L'Harmattan, 234 pages, 23 €

 

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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 08:00

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Nous avons eu le plaisir de d'accueillir Patrick Ledent à plusieurs reprises au cours de l'épopée des 100 derniers jours, Magali Duru nous présente aujourd'hui le nouvelliste chevronné et son dernier recueil publié en mars dernier.  

 

 

Deux lignes de force dans ce recueil : d’abord -et c’est l’aspect que j’en préfère-, des nouvelles de fiction, savoureuses, sensibles, fantaisistes souvent ("Touquet final "), tragiques parfois ("Table rase"), quand elles ne sont pas aussi drôles que le coquin "Cinéma de quartier". "Chemin faisant "ou "Piékouagami" proposent d'intéressants duos, couples trop ou pas assez assortis. Il y a de vraies pépites comme "Martingale" qui réunit efficacité, sobriété, suspens, bonne chute. Ledent est aussi à l’aise pour installer que pour décaler une ambiance polar (« Et s'il subsistait un doute") que dans l’écriture subtile d’un fantastique « à la Jean Ray » : merveilleuse et belgissime « Frontière », impressionnants, les deux "chapitres" de « Lettre » puis de « Retour à Nice », en forme paradoxales d’odes à la lumière et à la vie, où l'action progresse avec le portrait psychologique, tout en proposant une subversion personnelle, originale des "codes" du genre. Ecrire une histoire de vampires qui se démarque de la production stéréotypée du jour est un sacré défi, le relever aussi brillamment, en y introduisant ce qui y est en général le plus étranger au genre, l'émotion, la compassion, la poésie, était une gageure et elle est réussie.

Mais l’auteur est généreux, prolixe, tribun dans l’âme, l’éditeur peu crispé sur la doxa d’un choix cohérent de textes (ou trop oulipien pour penser marketing ?). Ce recueil touffu, foutraque, véritable caverne d’Ali-Baba, propose donc aussi le trésor de textes véhéments, où la fiction, simple fil conducteur, laisse place à une indignation de bon aloi. On ne cherchera donc pas ici une logique, une progression, une série bien rangée de produits en rayon clairement signalés par les têtes de gondoles. On piochera simplement à l’envi dans cette multitude de petits et grands bonheurs, suivant ses goûts, ses humeurs et ses besoins du moment, comme dans ces minuscules boutiques de souk oriental où tout se côtoie, se chevauche, s’empile, pour que tout désir soit satisfait. C’est qu’au propre comme au figuré, « A vos caddies » ne fait pas exactement la promotion des supermarchés….

M.D. 

A vos caddies ! de Patrick Ledent, aux Editions Calliopées, 247 pages, 17,20 €.

 

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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 13:50

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Un écrivain s'est installé dans une ville portuaire où il exerce à la sauvette le métier de cireur de chaussures.  Il a mis de côté son amour-propre et mène une vie tranquille entre son travail, le bistrot du coin et son foyer. Le destin met brusquement sur son chemin un enfant immigré originaire d'Afrique noire qui a réussi à se sortir d'un coup de filet de la police. Au même moment, sa femme tombe gravement malade et doit être hospitalisée...

Aki Kaurismaki écrit des films qui ressemblent à des contes philosophiques. Ses héros sont représentatifs d’une époque et d'une réalité sociale. Dotés de grandes qualités humaines mais plutôt démunis sur le plan matériel, ils sont confrontés à des êtres et à un pouvoir qui menacent leur équilibre, voire leur existence.  

Avec la mondialisation, l'étranger est devenu l'incarnation de la misère du monde. C'est un agent double, serviteur et profiteur, pourvoyeur de plus value et de malheur, mais c'est aussi un intrus qui a l'outrecuidance de vouloir circuler sans respecter les règles de l'échange et de se présenter là où il n'est pas attendu. Il vient d'un ailleurs qui n'a de réalité que marchande et ne peut donc avoir d'existence propre.

Hors de son pays d'origine, Aki Kaurismaki est un étranger. En réalisant un film en France, il pose la question de l'accueil et de l'ouverture à l'autre, mais pas seulement, c'est aussi une façon d'explorer sa propre relation au monde. C'est dans un port, lieu de transit par excellence, que les malmenés de l'histoire trouvent refuge, un port au nom prédestiné : Le Havre.

Le propos général est certes engagé mais le réalisateur n'emprunte pas le discours simpliste de la dénonciation pas plus que la voie cinglante du ressentiment. Il nous fait le cadeau d'éviter  les images sombres et violentes, les dialogues pervertis par un angélisme salvateur ou une indignation de circonstance. La séparation, le rejet, le mépris sont  abordés avec une belle acuité et beaucoup de sensibilité. L'amour, l'amitié, la solidarité s'y affirment en toute simplicité et avec un penchant tout à fait réjouissant pour la poésie. La vérité n'est pas le but. La morale encore moins. Il éprouve simplement la nécessité de montrer que le monde qui s'expose et s'impose à notre regard n'est pas vraiment admirable et que bien souvent, il est franchement détestable. Si nous voulons essayer d'en modifier la nature mortifère, nous dit-il en substance, il est peut-être souhaitable de ne pas seulement entendre les larmes et les cris d'alarme comme des signes de souffrances mais également comme des occasions de faire autrement avec l'autre, de réagir différemment dans l'adversité. C'est l'un des enjeux vitaux de notre époque.  

 

Le Havre, un film d'Aki Kaurismaki, actuellement au cinéma.

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 16:30

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« L’oubli est un monstre stupide qui a dévoré trop de générations. Echappez à l’oubli, vous tous qui avez autre chose en l’esprit que la notion bornée du présent isolé.

Ecrivez votre histoire, vous tous qui avez compris votre vie et sondé votre cœur. »

Adresse de George Sand au gens du peuple en 1855.

 

 

Emile-Herlic.jpg

 

"Vent printanier" était le nom de code de la rafle du Vel'd'hiv. Le haut fonctionnaire qui inventa cette appellation fut félicité par René Bousquet, chef de la Police du gouvernement de Vichy. Les autorités françaises furent chargées de l'opération, en accord avec la Gestapo.

J'avais un camarade, le meilleur, le plus drôle, le plus fidèle. Un strabisme accentué lui avait valu le sobriquet de Biglouche. Dès le début de l'Occupation, il collectait des informations précieuses pour la résistance. Arrêté et déporté à l'âge de quinze ans, il partit pour Auschwitz par le convoi N°35 et disparut à jamais.

Son nom est gravé sur le mur du Mémorial de la Shoah et son portrait figure dans une crypte des enfants déportés. Je l'y ai retrouvé, après soixante ans de silence et de séparation, et un dialogue muet s'est instauré entre nous.

 

C'est de la traversée du vingtième siècle par un homme qui a échappé aux persécutions nazies dont il est question dans ce récit. Un siècle vécu dans le bruit et la fureur des guerres et des exodes, une histoire faite de résistances, d’engagements et de sacrifices, de combats aux côtés d’hommes et de femmes qui ont inlassablement cherché à comprendre, à partager, à bâtir un monde qui respecte la vie, un monde fait de solidarités où chacun pourrait entendre la parole de l’autre et participer à cet enjeu majeur pour l’humanité : savoir vivre ensemble.

 

Ce livre nous donne l'occasion de rencontrer à la fois des héros anonymes et quelques hommes illustres, de ces personnages qui font l'Histoire et  inscrivent l'Homme dans une dynamique de création et de transformation des rapports sociaux.

 

Vent printanier, récit d'Emile Herlic aux éditions l'Harmattan, 176 pages, 17€

 

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 14:50

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Bientôt 2012 et ses joies : climat et élections vont se bousculer au portillon et "on" va faire des miracles avec tout cela. Comme dirait l’autre AAA ou Ah Ah Ah ?

Christian Congiu, Nouvelle Donne

 

  

"Ils sont marrants les êtres..., écrivait Jacques Prévert, il ya ceux qui tombent bien et il y a ceux qui tombent mal. A celui qui tombe bien, on dit : "Vous tombez bien..." A celui qui tombe mal, personne ne lui dit rien".

 

Les écrivains sont ainsi. Certains tombent bien et on le leur dit. Ils ont des critiques dans les journaux, ils font une télé et une quarantaine de radio. Parfois ils ont un prix et cela tombe bien.

Et puis, il y a ceux qui tombent mal, ou plutôt qui ne tombent ni sous le sens ni sous les yeux.

Là, on reste muet comme une tombe. On ne leur renvoie pas leur manuscrit, on ne leur dit rien. Ils sont malheureux parce qu'ils ne peuvent même pas dire qu'ils sont mal tombés. A qui le dire, d'ailleurs ?

Parfois, ils tombent bien à leur tour et ne comprennent pas davantage pourquoi, soudain, on leur dit : "Vous tombez bien !". Mais, comme cela tombe bien, ils ne disent rien et ils prennent le succès comme il vient.

Dans cet univers fantasmatique des lettres, où rien n'a de sens sinon celui du vent de l'Histoire qui tourne, l'illusion va bon train. Le mérite est grand alors, de ne tomber ni dans le cynisme, ni dans la paranoïa, ni dans la veulerie commerciale. Peu résistent à ce laminage du non-sens et de l'opportunisme. Mais alors, nous rencontrons de vrais personnages.

Extrait de l'édito de Christian Congiu pour Nouvelle Donne N°8 de janvier 1996

 

C'était mon premier numéro de la revue. J'y étais resté fidèle jusqu'au dernier en février 2004. Nouvelle Donne continuait cependant à exister à travers l'association et ses talentueux animateurs. De nombreux projets devraient voir le jour en 2012 même s'il nous faut hélas dire au revoir à Christian.

 

 

Un homme âgé de 57 ans, originaire des Alpes-Maritimes, est décédé ce matin, dans un accident de la route à Saint-Paul-en-Forêt. Christian Congiu a perdu le contrôle de sa puissante Yamaha, vers 11 heures, en négociant un virage sur la RD56. Dans son embardée, le pilote, qui est mort sur le coup, a heurté de plein fouet un arbre, au lieu-dit Château Grime.

Var Matin, 27 décembre 2011

 

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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 09:00

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Pour la première fois au café, je publie un billet à propos d'un livre que je n'ai point encore lu : "A l'ombre des grands bois" d'Annick Demouzon. Le fait qu'il soit sous presse n'y est certes pas étranger mais ne suffit pas à expliquer en quoi il m'apparaît hautement recommandable de s'y intéresser. C'est tout simplement la lecture de la préface d'Abdelkader Djemaï qui m'en a convaincu. Avec l'aimable autorisation de son auteur, la voici :

 

Si la photo est bonne

 par Abdelkader Djemaï

 

On le sait : qu’elle fût artificielle ou naturelle, il n’y a pas de photo sans lumière. Celle qui baigne les textes d’Annick Demouzon est à la fois douce et âpre, toujours pudique et jamais voyeuse. On sait également que lorsque la littérature s’empare du thème de la photographie, on peut flirter avec le mimétisme, le cérébral et tomber – excusez-moi pour cette facilité - dans le cliché. Un piège auquel échappe l’auteur de ce beau recueil, une nouvelliste qui aime la marche à pied, la peinture, les histoires pour enfants, le cinéma et, bien sûr, les livres et les écrivains.

Annick Demouzon, qui exerce dans la vie le métier d’orthophoniste, qualifie le petit appareil numérique, qui l’accompagne dans ses déambulations, de troisième œil. Il lui sert, dit-elle, à voir, à sentir autrement. Comme l’une de ses héroïnes, elle tente d’attraper dans sa « boîte » la beauté du monde pour se l’approprier, la faire sienne. Elle sait aussi que derrière chaque photo, chaque image il y a, nous dit-elle, un mystère qui se glisse entre les interstices du temps, entre l’instant éphémère et le souvenir que l’on voudrait éternel.

Les quatorze nouvelles d’Annick Demouzon mettent en scène des vies, celles de gens qu’elle tente, avec ses mots et ses images, de saisir, de capturer, de fixer sur le papier ordinaire ou glacé, sur la page quadrillée ou blanche. Entourés d’objets, de meubles, de fantômes, de silences, de peupliers ou de saules, ils sont là présents, seuls ou ensemble, souriants, tristes, sereins, désemparés ou un peu renfrognés. On ne peut s’empêcher de s’interroger sur les liens, solides ou fragiles, qui les unissent, sur le lieu, neutre ou marqué, dans lequel ils sont assis, debout ou couchés ?  Qui a pris la photo et pourquoi a-t-il appuyé, « tiré » à cet instant précis et vertigineux qui lui semblait définitif ? Que veut-il révéler de l’intimité, des habitudes des personnes qui ont consenti à se livrer à lui ? Peut-être l’a-t-il fait à leur insu, à la dérobade, comme un pick pocket qui fait les poches de la réalité et des  âmes? Que cherche t-il à rendre, la laideur ou la beauté, la singularité ou la banalité d’un geste, d’une attitude, d’une existence ? Cherche-t-il aussi à travestir la réalité, comme le font les photos trafiquées, fabriquées de l’Histoire officielle ?

      

Comme on le devine, les questions que se posent ou que suscitent les personnages d’Annick Demouzon, sont celles aussi du lecteur qui « entre », avec bonheur, dans ses histoires, ses récits qui ont pour support, pour cadre la photographie. La photographie à la fois comme mémoire, écriture, mouvement, interrogation, échappée vers l’ailleurs. D’une façon indirecte, par les chemins buissonniers de l’écriture, de l’imagination, il est à son tour témoin de leurs failles, de leurs certitudes, de leurs attentes, de leurs espoirs. Il devient, par la force des choses et des destins, l’un de leurs compagnons dans ce voyage, parfois heurté, qu’est la vie avec ses précipices, ses îlots de tranquillité, ses zones d’ombre.

    

L’une des qualités de ce recueil, c’est la rapidité de l’écriture, le sens du détail et du raccourci, de l’ellipse qui fait succéder, sur un rythme soutenu, des histoires de famille, d’individus, de groupe.

Annick Demouzon, qui sait parler des saisons, des couleurs et des odeurs, nous offre, ici, des visages, des portraits qui ne sont jamais figés, définitifs. Chaque lecteur peut y apporter, en toute liberté, sa touche. C’est un autre des plaisirs procurés par ce recueil.

 

A l'ombre des grands bois d'Annick Demouzon à paraître fin octobre 2011 aux éditions Le Rocher

A noter que ce recueil vient d'obtenir le prestigieux prix Prométhée de la nouvelle.

Parallèllement à cette parution, Annick Demouzon publie un autre recueil : Virages dangereux, aux éditions Le Bas Vénitien.

 

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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 09:00

Prison ruinéeLa prison est un lieu de réalité brutale. Un espace clos où l'on endure le manque et affronte le vide. Un trou noir creusé pour mettre en lumière des crimes et des délits.  Une mise sous scellé qui n'éclaire pas forcément la vie des victimes ni celle des malfaiteurs.

Dans un opuscule d'une quarantaine de pages, Brigitte Brami nous dit que l'on se fait quelques fausses idées sur la prison. C'est toujours compliqué d'exister entre des murs. On est prévenu de rien et quand on vient à s'interroger ce ne sont pas forcément des questions attendues qui viennent à l'esprit. Pourquoi le soleil ne se lèverait-il pas sur les espaces en jachères ? Un détenu ne ferait-il bouillir ses pensées que dans l'encre rouge ? Y aurait-il dans les maillons de la chaine une sécurité ultime pour retirer ses ailes à un regard ?

Brigitte Brami passe outre le ressentiment et même l'injustice pour essayer de dire en quoi l'enfermement lui a ouvert des perspectives et comment celles-ci lui ont permis d'occuper de temps en temps une autre place que celle qui lui était assignée. C'est que l'on y fait des rencontres, nous dit-elle, de ces rencontres qui réveillent le désir de vivre et de partager ce qui échappe au carcan comme le sentiment amoureux. Mises à l'ombre, les détenues changent carrément de visage.  

Bien sûr, les esprits s'y échauffent pour un oui ou pour un non. Un regard en coin, un mot de travers, une mauvaise adresse suffisent à briser l'inquiétante tranquillité des murs.  De petites broutilles dont on fait un usage immédiat quand les petites astuces de survie n'accrochent plus rien, quand on se sent davantage privé d'humanité que de liberté. Le déchaînement rassemble aussi. Il renforce, éclaircit l'esprit, permet d'écrire des poèmes à une perle noire effleurée le temps de la promenade, de demander la lune à sa bien-aimée. Il n'y a pas de fées dans les prisons mais on y fait des rencontres qui ont la saveur effrayante et merveilleuse du conte.

Ce livre n'est pas un état des lieux et s'il évoque les histoires d'amour en prison c'est à travers le voyage d'une détenue vers une autre. C'est un manifeste sur l'art d'ébranler la contrainte par corps. Page après page, l'effet de délivrance est palpable. Avec des mots qui cognent de l'intérieur, l'auteure se libère de ce qu'elle a appris pour mieux se remplir de l'inconnu, elle révèle des femmes en pleine joie, dévoile des mains qui adoucissent et souffle sur des lèvres qui transpirent de plaisir.

La prison ruinée de Brigitte Brami aux éditions Indigènes,  40 pages, 3€

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28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 20:00

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A propos de "Tous crocs dehors" recueil de nouvelles de Lunatik, publié aux éditions Quadrature

Le livre commence par une série de clichés littéraires en trompe l'œil. L'auteur use de cette formidable ouverture pour activer notre rapport au mal. C'est à une question, toujours sous-jacente aux vingt nouvelles du recueil, qu'il nous propose de prendre notre plaisir : comment ça nous fait mal ? Les possibilités sont infinies bien sûr, c'est pourquoi il nous offre quelque chose d'essentiel quand on fait acte d'écriture : l'ambiguïté. Ecrire sur le mal en pensant à bien est une intention tout à fait honorable mais risquée. Le mal nous est si coutumier que bon nombre d'auteurs et de lecteurs ne font que sombrer dans un ridicule puit d'excitation fantasmatique. Ici, les pulsions sont mises à mal sans artifices. On échappe à l'habituelle mortification comme ferment du plaisir et à l'amour impossible comme force d'expansion du mal. Le pseudonyme choisi par l'auteur, Lunatik, nous éclaire quelque peu sur le côté imprévisible de ses personnages, à la fois fantaisiste et inquiétant.

On sent bien que cet homme-là a eu affaire à la cruauté et qu'il y a eu un temps péril en la demeure, celle qui constitue le moi. Seulement, le mal semble avoir été absorbé et il le recrache en toute intelligence sans chercher à séduire le lecteur avec des scènes macabres. Le récit n'est pas enflammé par la haine et si la plume se fait parfois vengeresse ce n'est que pour rappeler des choses anciennes, des événements funestes qui sont peut-être toujours à l'œuvre. On le sait, la place du mal ne saurait demeurer vide éternellement. On ne dompte pas si facilement l'animalité humaine. Aussi, comme les souffrances endurées ne sont jamais pleinement reconnues, la rancœur finit par défigurer et corrompre la raison. Pour faire taire la plainte, on attend d'un blessé qu'il s'en remette à la justice, à la psychologie ou à la religion. L'écrivain est celui qui ne répond pas à cette attente, ses mots suffisent à porter la peur qui est en lui, à éprouver son ressentiment et à soutenir sa demande d'amour. De la même manière, une histoire qui tient la route doit être un moment de vertige pour le lecteur, une occasion de se laisser prendre sans se faire happer par le comprendre et une opportunité de faire émerger d'autres lieux, de rendre lisibles quelques traces de sa propre mauvaise graine.

Avec ce premier livre, Lunatik semble bien parti pour embrasser à pleines dents la littérature.

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15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 09:27

MLF

MLF.jpg 

Sylvie Dubin vient de recevoir le prix de la Nouvelle d'Angers pour son premier recueil publié aux éditions Siloë. Au café, on la connaît un petit peu Sylvie, pour avoir été primée deux années de suite au concours Calipso ; du coup, elle a traversé deux fois le pays pour simplement venir parler de deux ou trois choses qui lui tiennent à cœur et profiter de l'événement pour se retrouver, le temps d'une soirée, dans un petit coin de lumière au pied de la belle Chartreuse.

C'est qu'elle est prête à tout Sylvie (enfin presque) pour sortir des sentiers battus, se laisser dérouter, attraper ça et là un mot, une expression, éprouver l'inclinaison d'un regard, prêter l'oreille à un chuchotis, effleurer une anguille sous roche… bref, entretenir une poignante affection pour les multiples bruits qui font la vie…

En écrivant, il est possible de rectifier les destins, dit-elle, et c'est bien parce qu'avant tout elle écoute qu'elle peut voir au-delà des apparences. Les mots parfois, c'est quand ils manquent qu'ils font mal, dit-elle encore, et c'est sans doute pour cela qu'elle offre à ses personnages - des femmes apparemment sans histoires - autant de mots difficiles à convoquer. L'absence, la violence, le rejet sont tapis derrière la lourde toile où sont brodées les armes de la famille. alors bien sûr on comprend qu'elle se familiarise avec les questions de filiation, les affaires de couples, les douleurs rentrées, ces froissements surpris à la tombée du jour et qui reviennent inopinément dans la blanche intimité de la nuit.

Les histoires reconstruites par Sylvie Dubin sont marquées par la rupture. Elle ne dissout pas ses héroïnes dans les sombres évènements de la vie, elle leur prête une voix qui réveille des désirs, met en mouvement les corps, brise le miroir de la résignation. La nouvelle intitulée "Marie-Louise F." en est certainement le plus beau témoignage. 

Selon elles,  de Sylvie Dubin aux édtions Silooë, 78 pages, 10€ 

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22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 13:37

Indignez-vous.jpg 

hessel-stephane.jpeg  "93 ans. C'est un peu la toute dernière étape. La fin n'est plus bien loin. Quelle chance de pouvoir en profiter pour rappeler ce qui a servi de socle à mon engagement politique: les années de résistance et le programme élaboré il y a soixante-six ans par le Conseil National de la Résistance !"

 

Voilà un petit fascicule de 14 pages. Il n'en faut pas davantage à Stéphane Hessel pour nous faire entendre ce qu'il en était pour certains de l'entrée en résistance et de ce qui aujourd'hui en amène d'autres à faire de même : l'indignation. Car les raisons ne manquent pas : "Regardez autour de vous, vous y trouverez les thèmes qui justifient votre indignation - le traitement fait aux immigrés, aux sans-papiers, aux Roms" dit-il à l'adresse des jeunes générations, "l'écart grandissant entre les très riches et les très pauvres, les droits de l'homme, l'état de la planète, la dictature des marchés financiers..." "Quand quelque chose vous indigne comme j'ai été indigné par le nazisme, alors on devient militant, fort et engagé. On rejoint ce courant de l'histoire et le grand courant de l'histoire doit se poursuivre grâce à chacun."

14 pages pour dire combien il est vital de résister, de refuser l'injustice et le repli sur soi, de ne plus tolérer l'insupportable.

Souhaitons que cet opuscule connaisse le même fabuleux destin que celui de Franck Pavloff avec Matin brun.

Indignez-vous ! de Stéphane Hessel aux éditions Indigène, 3€

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