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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 17:32
Envoyee-speciale-image.jpg

 

Dans le cadre d’une enquête réalisée par le Centre social de mon quartier sur le thème " Ce que vous voyez de votre fenêtre ", j’ai été amenée à éplucher les réflexions jetées sur le papier par un adolescent résidant dans un secteur, disons, " un peu laissé à l’abandon ! " Elles m’ont paru significatives du malaise de bien des jeunes d’aujourd’hui et m’ont inspiré le petit sketch qui suit.

 

De ma fenêtre

par Danielle Akakpo



Passe un adolescent, l’air un peu désœuvré, fanfaron. Je lui explique le pourquoi de mon enquête et lui demande s’il veut bien m’accorder quelques instants.

 

L’ado, avec un rire goguenard :

- Moi, de ma fenêtre, à partir de 22h, je vois des gens qui se battent, des…

Moi, étonnée, l’interrompant : 

- C’est vrai ? Pas tous les soirs quand même ?

- Ben non, mais ça arrive souvent, parce que dans le coin, ça vole les vélos si on les laisse traîner dehors.

- Ah ! donc tu aperçois les voleurs…

L’ado s’énerve : 

- Si je vous le dis… et puis, c’est pas la peine de m’interviewer si vous me coupez tout le temps la parole.

- Désolée ! Je t’en prie, continue.

- Y a aussi des mecs qui se tapent dessus, grave ! Et d’autres qui mettent de l’essence sur les voitures.

Moi, bêtement : 

- Qui brûlent les voitures ?

Lui, avec un air de se payer ma tête :

- C’est bien ce que j’ai dit, faites pas semblant de pas comprendre ! Bon allez, je termine avec le meilleur, c’est souvent que, de ma fenêtre, j’aperçois des policiers en train d’arrêter des gens.

- C’est un peu normal, s’ils ont fait toutes les sottises que tu viens d’énumérer. Tu es sûr que ce n’est pas à la télévision que se passent la plupart de ces vilaines choses ?

(Ce que je suis bête, je l’ai de nouveau mis de mauvaise humeur !)

- Traitez-moi de menteur pendant que vous y êtes ! Vous me demandez ce que je vois, je vous dis ce que je vois. Point barre ! Et si vous croyez que ça me fait plaisir…

(Je suis sûre qu’une lueur de regret, de tristesse, a percé dans son regard. À moi de jouer.)

- Précisément, qu’est-ce que tu aurais plaisir à voir ?

Il tortille la visière de sa casquette de toile, hésite puis se lance.

- Je sais pas, moi. Par exemple, si, de ma fenêtre, avant d’aller dormir, je pouvais jeter un œil sur le terrain de foot, la piscine, le jardin où j’aurais passé un bon moment avec les copains dans la journée, où j’aurais envie d’aller taper la discute le lendemain… Si je pouvais regarder clignoter l’enseigne d’une pizzeria, apercevoir les clients en train de rigoler en buvant un verre dans un petit bar. Voir de la vie, quoi ! Mais tout ça, y a pas, près de chez moi.

- J’ai compris, c’est galère, surtout le soir dans ton quartier. Mais le matin, c’est sûrement un peu plus gai ?

Rire désabusé de l’ado.

- Le matin, je vois passer la racaille… et je la rejoins.

- La racaille ?

- C’est mes potes, en survêt et baskets qui partent au bahut. Les braves gens nous appellent comme ça, alors on fait pareil !

 

Il avait beau jouer au dur, j’ai senti le désenchantement dans les propos de l’ado et je me suis dit que ce serait vraiment chouette de contribuer à répondre à ses attentes. Un terrain de sport ou un jardin avec des bancs ? Même pas besoin qu’il l’aperçoive de sa fenêtre… Juste qu’il sache qu’il est là, tout près, dans son quartier. Un rêve ?

 

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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 16:46

neda2
En hommage à Neda Agha Soltan, assassinée à Téhéran, le 20 juin 2009 au cours d'une des manifestations de protestation qui ont suivi l'élection présidentielle contestée iranienne de 2009.

 



                                                                        Reste Neda

 par Mandana, poète iranienne

 

Reste
Les oiseaux qui chantent

Les forêts habillées de vert

Les bourgeons qui embaument … tout chante

L’arrivée du printemps

Ne pars pas, Neda

 

Reste Neda

Chante avec ton peuple dans les rues

Dis : Longue Vie !

Mettons fin à la mort !

Dis que le soleil brille

Dis que le froid s’en aille

Ne t’en vas pas, Neda

 

Reste, Neda

Regarde cette ville

Regarde les fondations ébranlées des palais

La hauteur des érables de Téhéran

Eux nous traitent de poussière, alors

Empoussiérons l’air de l’oppresseur

Ne t’en vas pas, Neda

 

N’aie pas peur

Ça n’est pas le bruit des balles mais celui du crépitement d’un feu d’artifice, des flammèches naissantes.

 

Nous sommes embrasés, notre feu nourri de coups de matraques, de coups de fusils. Nous flambons. Ne t’en vas pas Neda

 

Oh Neda, Neda !

Respire
Lève-toi
Brise ta cage

Échappe aux barreaux

Ne pars pas, Neda

 

Ne pars pas Neda

Attends
Vois au-delà des nuages

Dame Soleil apparaît

Elle te ressemble

Ne pars pas Neda

Ô mon Dieu, ne pars pas.

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29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 14:46
Les o d'Yvonne image











Non, ce n’est pas le Captain Alvarez qui est à la manœuvre aujourd’hui, ni Pauline Réage (disparue en 1988) et pourtant il n’est question que d’histoires d’O dans ce billet…


 

Qu’est-ce que ça m’énerve…

par Yvonne Oter

A chaque fois que je regarde un journal télévisé sur une quelconque chaîne nationale, je constate que le son " au ", ou " eau ", ou " ô " a disparu de la langue française. Il s’est tout bêtement transformé en " o ".

Ainsi, lors des prévisions météorologiques, on entend " … un été bo, chod et sec ". Aux informations économiques, " les hots-fournox de la sidérurgie à chod ". Lors des faits divers, " Le bedo de Bone a été blanchi de toute accusation d’avoir pillé le tronc de Saint Jérome ". Pendant la retransmission de la course du quinté, " les chevox entrent dans la dernière ligne droite ". A la page people, " le chapo de la reine Elisabeth II était digne de sa réputation ".

Passe-t-on pour un sombre plouc si l’on prononce le son " au ", ou " eau ", ou " ô " ? Cette disparition a eu lieu vraisemblablement depuis quelques années, peu à peu, lentement, insidieusement, mais je ne m’en suis rendu compte qu’il y a quelques mois. Depuis que je l’ai remarquée, ça m’énerve. Et ça m’énerve même prodigieusement ! Pas tellement parce que je me refuse à prononcer " o " comme le voudrait la nouvelle mode et que donc je dois passer pour une rétrograde, mais plutôt pour les conséquences imprévues de cette mutation.

 

Ainsi, à l’heure où l’on prône la simplification de la langue française pour que nos chères têtes blondes éprouvent moins de difficultés scolaires, imaginons la perplexité des écoliers devant la dictée suivante, énoncée par un jeune enseignant à la mode :

" Ox abords du châto, le jardinier muni de son râto nettoyait nonchalamment les plates bandes. Les boulox et les soles pleureurs bruissaient sous la brise caressante. Plutot que de perdre votre temps à baguenoder ainsi, vous feriez mieux d’aller vous occuper des poirox au potager, mon bo ". Madame la Baronne n’était jamais contente. Un peu chamo sur les bords, elle aimait adresser des remarques désobligeantes o petit personnel. O fond, le jardinier, qui ne lui faisait pas de cadox et profitait de chaque occasion pour proner la révolte domestique, savait que, s’il s’était occupé du potager, elle l’aurait envoyé dans les plates bandes. Hossant les épaules, il se dirigea vers les rangées de poirox qui, il est vrai, manquaient d’o. "

Je n’ose imaginer les copies que les chers bambins rentreraient !

 

J’habite dans le sud, en pays d’oc. Ici, c’est de naissance, avec la première tétée, que l’on prononce le son " o " pour " au ", ou " eau ", ou " ô ". Ainsi, mon ancien voisin s’appelait René Judeau, ce qu’il prononçait René Judo. Mais ça allait bien avec le reste de son discours " Ah, ma povre, putaing, cong, si vous saviez… ". Depuis quatre ans que j’y suis installée, la prononciation du sud-ouest ne me dérange plus. Mais que l’on ne vienne pas me dire que tous les présentateurs d’émissions de télévision proviennent du pays de Henry IV !

 

J’ai de la chance ! Mon nom comporte deux " o " bien francs, bien purs, garantis d’origine. Si par hasard, la mode s’inversait, attention ! Je n’aimerais pas que l’on m’appelle Yvaunne Auter…

 

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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 13:26
voeux Ysiad image

 

Personne n’y croit mais tout le monde en parle, en donne et en reçoit. C’est la tradition, la règle, l’habitude, la recommandation, la politesse, l’initiation, l’exercice… bref, c’est une évidence, un postulat, une convention, un contrat, une nécessité… on les prononce, on les appelle, on les présente, on les fait siens, on les remplit, on les poursuit… ils sont chers, consacrés, sincères, dévoués… pieux ?

 

 

Tous mes vœux

par Ysiad

C’est la saison des vœux. Les cartes du Nouvel An se ramassent à la pelle. L’année commence, tournez manège. Une de plus. Saloperie d’année qui va me faire franchir une nouvelle dizaine. Je m’en passerais bien, c’est moi qui vous le dis. Le compteur tourne et ne s’arrête pas, haut les cœurs, tout va bien. Ce n’est rien, comme le chante Julien Clerc, juste le temps qui passe. Réjouissons-nous à travers les boîtes aux lettres… Des jours que je dois souhaiter à mon tour la bonne année à tous ceux qui se sont donné la peine de nous écrire en postant une carte avec la photo de leur progéniture. Comme les gens peuvent être fiers de leurs enfants ! Fascinant, vraiment ! Allons. N’ai-je pas, moi aussi, photographié mes chouchous au sommet d’une montagne pendant les vacances et envoyé dès les premiers jours de janvier leurs petites bouilles fières au cercle des intimes ?

 

C’était il y a longtemps. Très longtemps. C’est inconcevable, aujourd’hui. Les chouchous ont grandi. Grandi, grandi, grandi. Ça m’énerve, comme dirait Helmut Fritz. Ils sont tellement grands qu’ils ne se prêtent plus au jeu de la pose suffisamment héroïque et glorieuse pour servir de carte de vœux. C’est fini ! Et pourtant. Mon fils est un dieu, certes. Il ressemble à Mick Jagger, tout à fait exact. Il a le torse de Cary Grant, on ne saurait mieux dire, les épaules de Georges Clooney, ça tombe sous le sens, à côté de lui Brad Pitt est un gnome, il est beau mon fiiiiiiils, mais voilà : je n’ai plus le droit de le photographier au sommet de l’Olympe. C’est comme ça. Je dois dégager de sa chambre fissa et le laisser gratter en paix ses rifs d’ACDC à la guitare, sous peine de le voir claquer pour toujours la porte du domicile familial. Je suis sa " P’tite Mé ", juste là pour dégainer cinq euros quand il veut aller boire un pot avec ses potes de Terminale. Quant à ma fille, disons qu’elle pense davantage aux garçons qu’à se faire tirer le portrait, pour que l’orgueil de sa mère monte aux nues à l’instant de glisser la carte dans l’enveloppe. Qu’elle est beeeeeeelle…

 

Les années passent et ne se ressemblent pas. Aujourd’hui 6 janvier, il ne me reste plus qu’à photographier mon gros matou roux qui se répand sur le radiateur tel un fromage coulant avec la mention :

" Tous mes vœux pour une année reposante "

 

Au fond, c’est ce que je nous souhaite.

Une année reposante.

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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 11:42
Hommage-Lhasa-image.jpg

 



De Cara A La Pared (Face Au Mur)

En pleurant...
Face au mur,
La villa s'arrête.

En pleurant...
Et il n' y a pas plus,
Je meurs peut-être.
Ha ! Où est-tu ?

En rêvant...
Face au mur,
La ville brûle.

En rêvant...
Sans respirer,
Je t'aime amour,
Je t'aime amour.

En priant...
Face au mur,
La ville s'effondre.

En priant...
Sainte Marie,
Sainte Marie,
Sainte Marie.

En mourant...

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3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 19:15

retour en 2009 image

Le barman de Calipso tient à remercier les poètes, nouvellistes, chroniqueurs, peintres, chanteurs et saltimbanques qui, par leur présence chaleureuse tout au long de l’année 2009, ont fait voyager, sourire, réfléchir et se réjouir quelques dizaines de milliers de visiteurs.



Par ordre d’entrée en scène :

Jean-Pierre Michel, Suzanne Alvarez, Patrick Denys, Kaëm, Ana Surret, Gilbert Marquès, Ysiad, Jean Calbrix, Franck Garot, Jean-Claude Touray, Ernest J. Brooms, Claude Bachelier, Jacques Lamy, Yvonne Oter, Valérie Allam, Régine Garcia, Danielle Akakpo, Johanne Hauber-Bieth, Irène Devaux, Sylvie Wesley, Arlette Homs, Danielle Hymbert-Zenaïdi, Louis Delorme, Colette Rigoulot, Jacques Charlier, René Lallement, Martina Scanavinovich, Claude Romashov, Alain Lagrange, Chantal Blanc, Laurence Marconi, Sylvette Heurtel, Marie-France Duprez-Abrassart, Chantal Molto, Anne Lurois, Annick Demouzon, Laurent Houssin, Jacqueline Bordeau.

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2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 16:08
galere-calbrix-image.jpg


Et si nous étrennions la nouvelle année avec un Triolet signé Jean Calbrix… 

 

Et vogue la galère

Du monde libéral.

Le bourgeois nous la gère !

Et vogue la galère.


A bord, c'est la misère,

L'esclavage ancestral.

Et vogue la galère

Du monde libéral !

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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 17:36

En l’absence du barman et compte tenu de la fragilité des mots, nous vous recommandons de prendre toutes les précautions utiles lors de vos lectures des textes figurant au menu du café …

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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 18:25









Le livre allait faire un malheur. Rien que des nouvelles et des bonnes. C’était une affaire de quelques heures avant que l’éditeur ne se précipite sur le téléphone. Quelques jours tout au plus. Elle avait joint un belle enveloppe timbrée au cas où il trouverait plus convenable de commencer leur collaboration par un échange de petits mots. T’en fait pas lui avait dit Georges, un vieux copain de blog, tu verras, c’est très chic de montrer sa collection de lettres signées des plus grands noms de l’édition.
C’est par la poste qu’elle l’avait envoyé son manuscrit Ysiad.

 

 

Crétins

 

Aujourd’hui, c’est dimanche et la Saint Crépin, martyr au 3ème siècle. Crépin fabriquait des chaussures gratuitement pour les pauvres, pour Crépinien même chose, tous deux étaient des cordonniers généreux, tous deux martyrs, tous deux exécutés par le bourreau Rictiovarus, rien que le nom, ça donne pas envie de le croiser au fond des bois, à tout prendre, on préférerait de loin aller aux champignons avec Treiber. Tout ça pour dire que de Crépin à Crétin, y a juste un glissement de consonne que je vous propose de faire avec moi pour parler de tous les crétins de la terre, zzzzip, après tout c’est dimanche, ça défoule. C’est fou ce qu’il y en a, des crétins, dès lors qu’on cherche à rouler sa petite pierre au sommet de la colline, faut toujours qu’il en y ait un pour vous la pousser d’un méchant coup de savate au bas de la pente. Alors voilà l’histoire, toute ressemblance avec un crétin que vous pourriez connaître serait purement fortuite, ça se passe au téléphone, entre un auteur et une crétine tendance mégère qu’a de temps à perdre avec personne, et qui décroche l’appareil chez un éditeur de renom, tout ce qu’il y a de plus germanopratin, que nous nommerons Grassouillard, (toute ressemblance, blablablabla, purement fortuite, of course).

- Allo, bonjour.

- …

En principe, quand une personne dit bonjour à une autre, cette autre est censée répondre bonjour aussi, mais là non, y a juste un gros raclement de gorge répugnant suivi d’une toux franchement grasse, c’est normal, on est chez Grassouillard.

- J’appelle pour avoir des nouvelles de notre manuscrit, on l’a envoyé au printemps dernier, et comme on est sans réponse, on vous a envoyé une enveloppe timbrée avec l’adresse au dos pour le retour, mais on n’a toujours rien reçu de votre part, ni mot accusant réception du premier envoi, ni retour de notre manuscrit, c’est un recueil de nouvelles écrit à trois...

- Ouais. C’est quoi, le nom ?

- Waterman, Parker, Mont-B…

- Nan. Pas les noms des auteurs. Le titre. Ça ira plus vite.

- Ah. " Tout est dans tout ".

Bruit de clavier tapoté. Tipitipitip, tip, tip. L’auteur se met à suer à l’autre bout de la ligne. Bruit de chaise, bruits divers non identifiés attestant d’une présence.

- Rien. On n’a rien reçu. Pas de manuscrit avec ce titre. Rien.

- Mais… Et l’enveloppe de retour envoyée en juillet ?

- J’en sais rien. Y avait des stagiaires cet été.

- Et alors ?

- Et alors, ceci explique cela.

- Enfin c’est pas possible… Vous êtes bien rue des Saints-Pères ?

- C’est ça, on n’a pas déménagé, je vous dis qu’on a rien, on a jamais rien reçu sous ce titre, rien, pas de manuscrit, pas d’enveloppe, point barre.

- Mais je…

Et là, c’est " clic ". Clic.

Couic, si vous préférez. Couic.

L’auteur ne pouvant rester ainsi sur un couic qui fait couac, elle rappelle, rappelle, - l’auteur est une femme -, mais ça sonne occupé. L’auteur est vraiment très énervée, elle va rappeler quatre fois. Quatre fois, ça sonnera toujours occupé, bip, bip, bip, bip (tralala, nananère). L’auteur attendra un quart d’heure, en ruminant, en se reprochant sa douceur, en se demandant pourquoi elle n’a pas dit ses quatre vérités à cette pimbêche qui lui a raccroché au nez. Elle recommencera à appeler. Mais ça sonnera occupé toute la matinée, ou alors ça ne répondra pas.

Ce qu’il faut retenir : Chez Grassouillard, non seulement on peut vous paumer votre manuscrit, - ça arrive cinq ou six fois par an, dira la directrice de Grassouillard après qu’on lui aura écrit pour lui demander des explications -, mais on peut aussi vous paumer l’enveloppe affranchie pour le retour, surtout si vous l’envoyez durant l’été. Il fait pas bon envoyer une enveloppe timbrée durant l’été, ajoutera la directrice, à cause des stagiaires, avec eux on sait jamais sur qui on tombe, méfiance, on sait pas du tout de quoi ils sont capables. Il faut le savoir. Il faut l’entendre pour le croire. Quant à la standardiste, la directrice s’excuse platement, elle sait que l’accueil laisse, comment dire, un petit peu à désirer.

Ça se passe comme ça, chez Grassouillard.

La morale de cette histoire ? Les éditeurs germanopratins ne sont pas des saints comme Crépin.

                                                                         Ysiad

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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 09:50

Au menu du jour, une comédie dramatique signée Ysiad.

 

Fabrication chinoise, qualité japonaise.

 

Cela fait maintenant plus d’un mois que je lis sur le cul des bus toujours le même message, comme s’il n’y avait de place pour rien d’autre que ce sigle : Uniqlo. Uniqlo trotte dans un coin de mon cerveau, Uniqlo le matin en suivant le bus sur mon vélo, Uniqlo à l’heure du déjeuner en traversant la rue, Uniqlo encore, le soir, dans le sens du retour. Uniqlo loge dans ma tête comme un ver dans une châtaigne (j’apprendrai plus tard qu’Uniqlo signifie : Unique Clothing, et qu’il existe plus de 800 boutiques de par le monde vendant cette marque pour le compte de l’homme le plus riche du Japon, Tadeshi Yanai). Ma fille Julie n’a pas échappé à la contamination, Maman, mon jean est trop petit, il m’en faut un autre, Uniqlo vient d’ouvrir, c’est la boutique japonaise dont tout le monde parle, et ils font des prix de lancement. Uniqlo donc, contre mon gré, parce qu’il faut aller voir les jeans que l’on peut trouver pour 9,90 euros, et regardez, braves gens, comme ce prix est bien pensé, on vous rend même la monnaie.

Uniqlo ne se cache pas dans Paris, Uniqlo est là, sur trois étages et deux mille mètres carrés de boutique, planté comme une énorme verrue derrière l’Opéra Garnier, face aux Galeries Lafayette, et il y a la queue à six heures du soir. Ah non, m’exclamé-je, je ne veux pas attendre, pour une séance de cinéma d’accord, mais pas pour aller acheter une paire de jeans, rentrons tout de suite. Julie me lance un regard de reproche, Maman sois sympa, on ne fait jamais de courses ensemble, pour une fois, un peu de bonne volonté. Je ravale mon impatience, d’accord, marmonné-je, d’accord. Et nous voici parmi la foule qui attend sur le trottoir, cette foule qui n’est pas là par hasard mais parce qu’elle a été conditionnée, gavée dans la rue comme une oie, gavée par le bouche-à-oreille, les roulements de tambour, le marketing à tout crin, le matraquage publicitaire, les trompettes assourdissantes de la société de consommation. Nous attendons très peu, à peine trois minutes, les portes du magasin avalent les gens aussi vite qu’elles les recrachent, je regarde le logo aux couleurs du Japon qui s’étale sur la façade, six lettres blanches sur fond rouge, Uniqlo, Uniqlo. Nous entrons, montons un escalier tape-à-l’œil où filent les lettres digitales de Paris et Tokyo, et une fois à l’intérieur, l’espace donne le vertige.

De gigantesques panneaux muraux indiquent que nous sommes à l’étage des hommes et que celui des femmes se trouve au sous-sol. Nous suivons le troupeau, descendons un autre escalier au pied duquel des bacs tout aussi gigantesques débordent de jeans aux couleurs criardes. La société de consommation est là, tentaculaire, étalée sous les néons, offerte aux mains innombrables qui attrapent une jambe de pantalon, le tournent, le retournent, le rejettent dans la pile, attrapent un autre article, recommencent. Je veux quitter cet univers de robots, mais Julie insiste, On n’a pas fait tout ça pour rien Maman, c’est décourageant, on y est, on y reste.

On y est, on y reste… Il faut s’accrocher, subir le martèlement de la musique produite par des synthétiseurs (que j’entendrai passer en boucle tout le temps que nous resterons dans le magasin), évaluer dans un bac de promotions des pantalons qui ont tous la même forme, la même étiquette " made in China ", le même prix, les mêmes surpiqûres, la même coupe, large à la ceinture, étranglée à la cheville, C’est comme ça, m’explique Julie, c’est la mode slim, essaies-en un, il t’en faut un, regarde celui que j’ai trouvé, comme il est joli. D’accord, fais-je, vaincue, assommée par la musique, je l’essaie. Et je me dirige entre des panneaux vantant la qualité japonaise de la marchandise vers les cabines d’essayage, où il y a trente mètres de queue. Je me dis non, ce n’est pas possible, pas pour un jean fabriqué en Chine par les nouveaux esclaves du 21ème siècle, je renonce et reviens sur mes pas, et là Julie s’emporte, Enfin Maman, tu peux le passer dans un coin du magasin, à l’abri des regards, je te cache avec le châle. Ah non, m’insurgé-je, ça ne suffira pas, les mateurs sont partout, non, je vais l’essayer par-dessus mon vieux jean, c’est plus sûr, ça ira plus vite. Et me voilà enfilant le jean slim d’Uniqlo par-dessus mon jean que j’aime et que j’adore, mon vieux jean avec lequel j’ai grimpé au sommet d’un cerisier au printemps dernier, et que j’ai troué au genou gauche en redescendant, mon jean qui a une histoire, que je n’ai pas acheté dans un giga-magasin japonais, auquel je suis très attachée.

Au début ça va. Ma jambe droite glissant sans effort dans le jean d’Uniqlo, j’y introduis la gauche, je saute un peu sur place pour faire venir le denim à hauteur du ventre, hop, hop, par petits bonds discrets et maîtrisés, ça y est, ça serre fort à la cheville mais j’arrive à boutonner l’affaire, Julie, comment ça me va ?, demandé-je. Super, Maman, ça te va super, allez, pour seulement dix euros prends-le, fais-moi plaisir, s’il te plaît. D’accord, dis-je, d’accord, je le prends, mais c’est vraiment parce que c’est toi.

Seulement il y a un hic. Pour l’acheter, il faut pouvoir le retirer, et là, les amis, il faut se lever de bonne heure au pays du Soleil Levant. Je commence par faire glisser le slim sur les hanches en me tortillant, la musique infernale poursuit son travail insidieux de marteau-piqueur dans mon crâne, je fais glisser, plus bas, toujours plus bas sur les cuisses, puis les genoux, mais voilà que soudain, ça coince net à hauteur du mollet, impossible de dégager ma jambe de ce foutu jean japonais, je tire, je souffle, je recommence, impossible, à l’aide ! Ne t’énerve pas, me dit Julie accourue, je vais te sortir de là, Maman, tends ta jambe. Je tends la jambe droite, Julie tire des deux mains sur le bas du pantalon, on n’arrive à rien, ma jambe est coincée dans cette putain de gaine japonaise, qu’est ce que je leur ai fait, à ces faces de sushis, pour mériter ça, au secours ! Quand brusquement, une illumination me frappe. Euréka ! Banzaï ! Avisant un bac roulant bourré de marchandises, je saute dedans les fesses les premières, Julie, imploré-je, les jambes ballantes sortant du bac, tire maintenant sur mes jambes, vas-y, de toutes tes forces. Enfin Maman, comment veux-tu que je fasse un truc pareil, tout le monde va nous remarquer, répond-elle, vaguement inquiète. Je m’en fous, répliqué-je, tant mieux, tire, délivre-moi, je t’en supplie. Julie s’exécute, elle tire sur ma jambe droite et le bac se met à rouler, elle continue, tire, fort, de plus en plus fort, comme une sourde sur ma jambe, Ça y est, lui fais-je, ça vient, ça se décoince. Le bac roule entre les rayons avec Julie me tirant par la jambe, nous sommes l’attraction à l’étage, les gens regardent passer ce curieux attelage, les vendeurs se sont arrêtés de plier, le sourire aux lèvres. Finalement Julie me délivre de mon étau, le jean est tout tirebouchonné, il ressemble à un accordéon, je le prends, dis-je, regarde dans quel état il est, je ne vais pas le remettre dans le bac.

Nous poireautons dans la queue qui serpente entre les bacs de promotions, il est dix-neuf heures trente, les vendeurs continuent de ranger la marchandise, lorsque j’avise une jeune vendeuse qui s’active à côté de moi. Je lui demande comment elle fait, toute la journée, pour supporter cette musique. – Elle est rythmée et ça m’aide à plier, me répond-elle, avec un léger accent.

La caisse n° 6 me fait signe qu’elle est libre. Au moment de déposer la marchandise sur le comptoir, je me sens l’otage de la société consumériste, et sa complice.

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