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22 mars 2007 4 22 /03 /mars /2007 21:15

 

Un mois pour rassembler des pensées éparpillées, donner des couleurs à l’imaginaire, brasser les circonstances, aller à la rencontre de l’incertitude, revisiter les malentendus et les sous-entendus, dire les envies de pleurer, les soifs de rire …

Un mois pour prendre

le temps de la suspension de l’inexactitude du retard de l’envers du retour en surface …

la mesure de l’impatience du bruit des bottes de la ligne d’ombre de l’instant du lendemain de l’antérieur de l’invisible des effets d’optique de l’incertitude des amours d’antan des amitiés particulières de l’émiettement des étoiles…

le poids des bancs de pierre des ongles rongés des apparences des antécédents des enchaînements des soubresauts des fautes d’impression du chagrin de la terreur de la répétition de l’extinction…

le cours de la condition humaine du chant des cigales des vessies et des lanternes des offres d’emplois des généreuses attentions des mots définitivement définis des anguilles sous roche de la poudre d’escampette du cri étranglé…

le pouls du préliminaire du balbutiement de l’impudique de l’au-delà de la multitude des jeux d’enfants des visages anonymes de la fleur de peau de la riposte…

 

Donner chaque jour du dernier mois avant les élections des mots pour questionner un monde qui serait imperceptiblement devenu très différent…

22 mars – 22 avril 2007 Le cœur vous en dit ? Contributions à poster sur assocalipso@free.fr

 

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15 mars 2007 4 15 /03 /mars /2007 18:19

 

Dans quinze jours on y sera ! Le blog calipso soufflera sa première bougie. Pour fêter l’événement, la page anniversaire sera offerte à l’un des abonnés de toujours, d’aujourd’hui, voire de demain pour celui qui saisirait l’occasion de s’inscrire avant le terme à la Newsletter (Voix Rapide sur le site). Thème, forme et style sont libres à condition toutefois de pouvoir s'insérer sur un nombre raisonnable de pages d’écran. Le sujet couronné sera bien évidemment le résultat d’un choix qui ne pourra être que subjectif.

Merci de poster vos idées cadeaux sur assocalipso@free.fr

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12 mars 2007 1 12 /03 /mars /2007 19:06

 

Les accès au théâtre contemporain sont multiples. Les scènes actuelles permettent d’ouvrir des espaces de création où le jeu, dégagé des contingences de la forme, peut donner à voir et à entendre quelque chose d’une étrange gravité où tout paraît autre, quelque chose résonnant au-delà des tréteaux et des bancs de velours, quelque chose venant détacher le spectateur du seul lieu de la distraction.

Le théâtre c’est sans cesse passer du dedans au dehors. Seulement voilà, bon nombre d’artistes sont durement externalisés ou restent coincés durablement dans une porte à double battant. Dans un article récent, Jean-Claude Touray n’hésite pas à pointer les contradictions de l’époque, à tailler dans le vif et à faire exploser les contraintes ; il aime aller de l’avant et à lire ses modestes propositions en matière d’aménagement culturel, on se dit que les gens de théâtre ont là les moyens de se jouer de quelques faux-semblants.

 

Pour un théâtre de proximité

par Jean-Claude Touray

 

On en a marre du tintamarre des MacDo de la culture extensive. Ces salles trop grandes pour grand-messes théâtrales où le public vient en masse consommer les incontournables du répertoire et les nouveautés de la saison. Marre de ces affluences où ne fonctionne qu’une machine à applaudir faisant écran à une relation de cœur entre interprètes et spectateurs. La situation est encore pire, en l’absence de salle, quand les prestations des artistes sont improvisées dans la rue. Les courageux intermittents de l’exhibitionnisme ont alors bien du mal à trouver un vrai public au milieu d’une foule de passants indifférents ou rigolards.

Voilà pourquoi je crie " Vive l’intime, vive l’infime ! A bas les grands rassemblements ! " Vive les lieux dont l’exigüité est propice à cette relation quasi charnelle entre acteurs et spectateurs qui fait les instants riches en émotion. Tu en trouves l’été au hasard des festivals, bals et carnavals des villes et des champs, mais il y a toujours trop de monde pour l’amateur d’auditoires vraiment réduits. Il est urgent de chercher de nouveaux espaces du côté du minuscule pour faciliter le rapprochement de l’artiste qui s’exhibe et du spectateur qui le mate.

On connaît la solution du théâtre en appartement. Je ne parle pas des séances de grimaces des Augustes de service devant le gâteau d’anniversaire des petits bourges. Mais je pense aux représentations d’œuvres bâties sur le vécu de la chambre à coucher et jouées sur le lit conjugal pour deux ou trois couples de voyeurs ; je pense aux mélos mélodies de la vie en yoyo des ménages hétéros ; à la poésie des lavabos, à la mise en scène des trous de serrure. Le spectateur de retour dans son logement peut improviser en famille et créer son propre spectacle à montrer aux voisins. Malheureusement le théâtre en appart’ n’a pas obtenu le succès qu’il méritait. En partie à cause de la brigade mondaine qui cassait régulièrement l’ambiance quand les actrices étaient roumaines ou albanaises. Autre problème : l’organisation des tournées en province. Il faut trouver chaque jour un F3 ou une surface équivalente à louer pour une seule soirée. Difficile même dans les motels qui font le gros de leur chiffre entre cinq et sept et sont pratiquement vides ensuite.

J’ai longuement cherché un " petit endroit " mobile pour théâtre de proximité. Pourquoi pas une caravane, tirée par six ou sept chevaux fiscaux. Cette coquille accueillante installée sur la place de l’Eglise ou devant la mairie deviendrait, en soirée dans les villages, un lieu de représentation, à la fois scène et parterre, pour un ou deux artistes devant un ou deux couples de spectateurs.

Héritière de la roulotte bohémienne, la caravane a déjà fait ses preuves comme lieu de communication. Les gitanes qui ont pris trop de poids pour continuer à danser le flamenco y pratiquent la voyance dans un clair obscur extralucide (tiens un oxymore). C’est un vrai spectacle avec ambiance, jeux de scène et boule de cristal. Le texte est improvisé autour de mots-clés comme amour ou argent et d’expressions comme " retour d’affection " ou " ça fera cinquante euros ". On pourrait généraliser la formule et créer des cellules théâtrales mobiles dans des caravane. Bien sûr, vu l’exiguïté du lieu on ne pourrait pas monter Bérénice, mais deux acteurs, en se serrant un peu, pourraient jouer " Nuit torride en Floride " avec un décor de palmiers en carton. Les deux ou trois spectateurs n’auraient pas besoin de jumelles pour voir couler des yeux des interprètes le Rimmel avec les larmes de la passion. Pour faire plus petit que la caravane tu ne trouves que la bagnole qui la tire. Bien qu’elle soit très utilisée au Bois pour des scènes de genre sur sa banquette arrière, l’auto doit encore gagner ses galons d’espace théâtral de poche. Il faudrait des œuvres contemporaines qui lui soient adaptées. On commence à en trouver : la compagnie " En voiture Simone ", composée d’un auteur-interprète unique, envisagerait de créer dans une décapotable " Attentat à la pudeur ", drame juridique dont les répliques sont des articles du code pénal. Mais le projet sera peut-être réalisé dans un spectacle de rue avec un simple imperméable.

La caravane, l’auto qui la tracte et d’autres lieux minuscules deviendront ils, au bénéfice de quelques uns, des sites pour petites jubilations et grands émois théâtraux ? Halte là, je nage dans une mer d’utopie sans gilet de sauvetage. Fini de rêver, j’entends déjà les cris des gestionnaires qui distribuent les subventions : " Bonjour le coût par tête de client qui met l’entrée au tarif du massage en salon avec un ticket qui n’est pas remboursé par la Sécu " disent-ils. Le comble c’est qu’ils ont raison. J’ai retourné le problème dans tous les sens. Insoluble.

Insoluble sauf si le spectateur est en même temps l’acteur, pour tout dire le spect-acteur d’une séquence dramatique jouée en solo ou à la rigueur à deux. Le prix de la minute de culture passe alors de celui du gramme de caviar à celui du kilo de pommes de terre. Non seulement il n’y a plus que des bénévoles sans aucun cachet mais il existe déjà un lieu tout prêt à accueillir les personnes seules (ou exceptionnellement les couples)  pour cette forme de théâtre. Avez-vous deviné ? Non ? L’héritière de la vespasienne romaine, cette vedette du mobilier urbain : la sanisette. Vous l’aviez sur le bout de la langue ? Un lieu qui ne demande qu’à être transformé en édicule culturel. C’est possible pour une bouchée de pain. Il suffit de mettre à disposition du spect-acteur des scènes choisies imprimées sur papier plastifié, scènes qu’il pourra lire à haute voix tout en mimant l’action devant une glace. Mais les bons titres sont encore rares. On peut citer : " Solitaire dans le plaisir ", comédie de mœurs, ou " Du côté d’Onan ", tragédie-concerto pour la main gauche inspirée d’un épisode biblique.

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7 mars 2007 3 07 /03 /mars /2007 21:58

Saura-t-on jamais si les anges sont immatriculés ? Ou même si un signe ostentatoire les désigne comme tels et sous quels cieux ? Toujours est-il que la revue littéraire " Le matricule des anges " vient à s’immiscer dans les affaires terriennes en créant ici-bas un espace d’ébats propre à donner des ailes aux hommes et femmes de lettres souhaitant battre la campagne.

Le message des anges est simple : si la politique doit avoir un sens, il y a des chances que vous le trouviez alors sur le blog " Écrivains en campagne ". Pour preuve de bonne foi voici un extrait de l’article du jour signé Jérôme Delclos, écrivain et traducteur :

" Si l’écrivain se prononce sur la campagne présidentielle, le fait-il en tant qu’écrivain ou en tant que citoyen ? Si l’on propose aux écrivains de s’exprimer sur et autour de la campagne présidentielle, si l’on se demande ce qu’ils en attendent , ce qu’ils voient du grand cirque médiatique, et quelle société ils voudraient, c’est bien qu’on leur suppose une sorte de clairvoyance qui excèderait leur seul état de citoyen. Il y aurait alors, dans la condition littéraire, une prédisposition à la critique politique.

L’idée vient peut-être au fond du cirque médiatique lui-même, et d’une certaine starisation des écrivains. Écrivains poseurs, ceux qui font la couverture des Inrockuptibles. Et là, je ne vois pas, en général, ce que le discours de ces écrivains peut apporter à la politique et à sa compréhension, et encore moins ce que leur opinion peut apporter à la littérature. Dans le meilleur des cas, ces auteurs prennent une posture journalistique, très au-dessous en fait de ce que de véritables journalistes ont à dire de la chose politique.

On attend l’écrivain qui saura, qui saurait, faire d’une campagne présidentielle un véritable objet de littérature, qui serait assez grand, comme écrivain, pour hisser le tableau des mœurs politiques, ou la chronique d’une campagne, ou le portrait d’un candidat, ou le suspense entre les deux tours, au niveau de l’art. Pour l’instant il n’existe pas, et l’on peut se demander si une campagne électorale n’est pas un morceau de réel qui résisterait beaucoup au traitement littéraire. Sans quoi les romans de la campagne seraient nombreux, alors qu’il n’y en a pas. Il faudrait se demander pourquoi."…

 

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28 février 2007 3 28 /02 /février /2007 17:55

 

Désirée Boillot est revenue prendre un verre au café. Elle profite de l’affluence de ces derniers jours pour livrer à un public ébahi quelques nouvelles considérations sur ces héros modernes qui agrémentent notre quotidien.

 

Jaunie

par Désirée Boillot

Ce matin, il neigeait sur Paris, une neige mouillée, un peu collante et déjà grise, une de ces neiges qui vous dépayse, alors j’ai pensé à Jaunie. Je pense très souvent à lui, ces temps-ci. Jaunie mon chéri, mon idole, sous la neige lui aussi, seul en Fuisse (excusez-moi, j’ai un cheveu sur la langue). Le pauvre. Je sais, ce n’est pas tout à fait le bon terme, mais enfin tout de même, Jaunie, mon pauvre chéri puni chez d’obscurs fabricants de ganache, sous des tourbillons de neige dans cette bicoque sur deux étages, même pas chauffée, et puis même pas finie… Tout le mal qu’on lui a fait ! Pour un peu, j’aurais versé une larme, toute à ma représentation de Jaunie drapé dans son vaste manteau de fourrure, tenant une bougie et surveillant les ouvriers en train de poser une balustrade exotique au deuxième étage de sa bicoque, si un crétin n’avait interrompu mon rêve en m’écrasant sauvagement les pieds avec ses godasses pleines de boue aux abords du métro.

Du coup, j’ai descendu les escaliers, clopin-clopant, tandis que la neige féroce continuait ses odieux tourbillons rien que pour m’embêter, et ma tristesse est repartie dans la correspondance à Saint-Lazare. Pauvre Jaunie, seul, tout là-bas là-bas, là où, bien sûr, aucun inspecteur Dézimpo ne guette jamais derrière une vache (alors qu’en France ils sont partout, en embuscade derrière les réverbères) mais où il neige souvent, atrocement souvent et où il fait froid, Jaunie seul dans la nuit, devant fuir la mère patrie en catimini, on avait déjà eu la fuite à Varennes il y a deux siècles, ça suffisait, on allait pas avoir la fuite à Gchhtââât, tout de même.

Ben si. On l’a eu. Après Varennes, Gchhtââât. Deux siècles et quelques poussières plus tard. Et pan dans l’os.

Alors je vous en prie, à ce stade faites un petit effort, il le faut, pour Jaunie qui tient l’affiche depuis plusieurs décennies, même que les Anglais et les Australiens, ils ont qu’à aller se rhabiller avec leurs Bitteuls et leurs Eïcidici, parce que d’abord, notre héros il est grand, irremplaçable, et même qu’il gagne des millions d’euros, donc attention, la situation est suffisamment pénible pour que vous n’alliez pas dire bêtement : " Jaunie, il est barré à Gueustade ", comme le premier plouc interrogé dans la rue, s’il vous plaît. On dit : " Jaunie, il est à Gchhtââât ", en se servant du G comme d’un trampoline, Gchhtââât, en étirant bien sur le A final, comme le vrai bon et brave Fuisse (maudit cheveu) que Jaunie s’apprête à devenir, s’il résiste à l’envie pressante de rentrer au pays à tout bout de champ pour rallumer le feu dans une salle de concert, juste avant d’entonner son petit Bésic deux miiiiiiiillle ! tellement rocailleux et mâle et titillant qu’il précipite la France entière dans les boutiques éponymes, pour avoir les lunettes à Jaunie, justement.

Quelle n’a pas été ma peine en apprenant que Jaunie, il allait pâturer du côté de la Fuisse ! Atroce, je peux témoigner. J’ai maudit la terre entière et crié à la nuit : Pourquoi Jaunie il s’en va ? Pourquoi Jaunie il nous quitte pour la Fuisse ? Pourquoi, pourquoi ? Encore ce matin, je me perdais en conjectures en pataugeant dans la gadoue, alors que je n’étais plus qu’à quelques mètres de mon bureau, quand soudain, le flash. Mais enfin comment n’avais-je pas fait ce rapprochement évident, fulgurant, qui crevait mes yeux de myope ? Comment avais-je pu passer ainsi à côté de l’évidence ? Si Jaunie, il mettait les bouts, c’était la faute aux binocles qu’il chausse audacieusement quand vingt heures trente ont sonné à tous les clochers de France et ce jusqu’à Saint Pez-le-Gaz, et qui lui avaient permis de lire correctement sa feuille de contribuable, même les petits caractères des astérisques au bas des pages, qu’on zappe si facilement en temps normal.

D’où l’exil à Gchhtââât.

Peut-être est-il nécessaire de rappeler ici, pour les néophytes qui connaissent mal les pays où il neige, que Gchhtââât est un petit village à l’usage des gens qui sont prêts à s’emmerder comme des rats six mois par an pour que l’Etat, il cesse enfin de s’en mettre plein les fouilles sur leur dos de travailleur harassé par le labeur.

A l’heure où je rédige ces lignes, j’ignore si Jaunie continuera de défendre les intérêts de Bésic 2000 lorsque la balustrade du deuxième étage de sa bicoque sera définitivement posée, mais je peux vous dire une chose : jamais je ne pénétrerai dans une boutique Bésic 2000, - dussé-je continuer de tendre la main aux réverbères que je persiste à prendre pour ma tante -, pourvu que Jaunie, il revienne vite.

C’est vrai ça, fais pas le con, reviens Jaunie, au lieu d’arrêter le temps toutes les deux minutes à ta tic-tac à quartz en t’empiffrant de chocolats (fuisses), tu peux pas t’enterrer comme ça au milieu des vaches, souviens-toi qu’on a tous en nous quelque chose de.

De qui, déjà ?

 

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26 février 2007 1 26 /02 /février /2007 18:35

 

Françoise Guérin est une voisine fort sympathique qui aime gambader dans les champs de mots et combiner en clair comme en filigrane toutes sortes d’écrits qui nous convient à des voyages singuliers, invraisemblables, équivoques, des destinations parallèles bordés par la grâce ou la détresse, habités par l’embarras, la nervosité et le plaisir, des périples riches en expériences du délice et du désastre. Ses mots au goût d’amande amère ou de pluie d’été, drôles ou chagrins, apportent la promesse de l’émotion et de l’enthousiasme ; petits bonheurs de l’écriture qui ne laissent jamais le lecteur indifférent.

Françoise est notre invitée et c’est une bonne nouvelle pour les gens de passage au café.

 

Métaphore

par Françoise Guérin

 

Elle file la métaphore comme d’autres enfilent un bas. Une jolie métaphore couleur chair, bien tendue sur le mollet.

Métaphore boulevardière qui claque du talon, métaphore aguicheuse qui ne sait plus son nom. Métaphore, piètre travestissement du désir.

Jusque là, pas un pli, jour après jour. Elle parle. Elle croit dire. Fidélité des mots qui glissent, lisses, dans les replis charnus du silence. Ce silence les contient, lui qui sait qu’il ne sait rien, elle qui ne veut pas savoir qu’elle sait. Elle file la métaphore, de tout son être, de tous ces mots qui servent à ne pas dire. La phrase, ourlée, tissée serré, ne laisse rien échapper. Jusqu’au jour…

Un accroc. Le bas file. Escarmouche de mots, coup d’ongle incisif dans la maille phrasée du discours, brillant, poli, maîtrisé. La métaphore déchirée laisse entrevoir l’indicible. Les mots s’en échappent, ahuris, embarrassés. Certains n’ont jamais vu la lumière.

Elle se tait. Contemple la béance, le trou où s’origine l’impensable. Le manque.

Bonheur et châtiment du sens.

 

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24 février 2007 6 24 /02 /février /2007 15:45

 

Une fois à Rome, on peut tenter de s’approcher un peu de ce qui se joue quotidiennement en Italie. Même en février la vie y est proprement intempestive. Les vieilles pierres ne font pas que perpétuer les voix du passé, elles créent un espace de conversation qui donne au visiteur un incroyable pouvoir de re-création et quand l’actualité* vient de surcroît bousculer les anges, agiter les confessionnaux, malmener les Augustes et les Prétoriens, on se dit qu’il est bon de braver le temps qui passe comme le temps qu’il fait, de troubler la rectitude morale et de se laisser aller à rêver dans la douce lumière des thermes ou de s’égarer du côté de quelques boutiques obscures.

* De quelques jours où il fut question d’une loi tapageuse sur l’union civile, d’une occupation de G.I., de la démission de Romano Prodi, de jeux du cirque entre légions Lyonnaises et Romaines.

 

Ceci étant, Jean-Claude Touray, le facétieux, s’est rendu en son temps sur ces terres fantasques et il en a ramené un petit récit haut en couleurs.

 

Parlo Italiano

 

Norbert transpire. Il tourne et retourne sur lui-même sans parvenir à s’endormir dans ce lit d’hôtel du Trastevere où il est couché à côté de Martine qui roupille à poings fermés. Pas de climatisation malgré la chaleur, juste au plafond une grande hélice à trois pales qui brasse l’air en dérangeant les mouches avec un bruit d’hélicoptère; c’est comme le début d’" Apocalypse Now " mais en plus bruyant à cause des Vespas qui pétaradent encore (ou déjà…) à 3 heures du matin. " No comprendo… Pourquoi j’dors pas ? " se dit Norbert, qui est peu sensible au bruit et dont le sommeil de plomb est légendaire. C’est tout simplement qu’en plus de la chaleur et du bruit, il est surexcité : voici une vingtaine d’heures, le top départ du voyage à Rome était lancé et six heures plus tard débutait l’immersion linguistique qui allait le booster très fort pour apprendre l’Italien.

" C’est par immersion qu’un adulte progresse le plus vite pour apprendre une langue étrangère, au moins dans les débuts " songe Norbert. Brutal mais efficace : vous êtes parachuté quelque part, à Rome par exemple, sans rations de survie ni sacs de couchage et démerdez-vous…Vous ignorez la langue…Vous allez voir que, simplement pour vous nourrir, vous apprendrez les indispensables notions d’italien en moins de temps qu’il n’en faut pour savoir préparer honorablement les spaghettis " alla romana ". Du moins c’est ce qu’y disent dans Sélection. Et c’est exactement ce que Norbert vient de vivre avec Martine.

L’immersion linguistique a débuté dès l’entrée dans l’avion d’Al Italia.  " Heureusement qu’ils utilisent comme nous l’alphabet normal et les chiffres musulmans, j’ai tout de suite trouvé nos places " murmure Norbert en se tournant sur le côté. Il a un peu de mal à digérer " Je dois l’avouer, je suis ravi de ce voyage. Pourtant, quand Martine a commencé à me dire qu’elle voulait aller à Rome, pour voir le pape et visiter, au Vatican, le musée de la papamobile, je l’ai traitée de " petite cloche de Pâques en chocolat ". J’ai même ajouté avec humour qu’elle ne verrait jamais aussi bien le Saint-Père que dans le clip " Urbi et Orbi " qui passe tous les ans à la télé. Mais Martine insistait, elle ne voulait pas en démordre… Et le jour où j’ai fait le quinté dans l’ordre et que 11.876 euros me sont tombés du ciel, elle a prétendu que c’était grâce à ses prières…Difficile dans ces conditions de ne pas faire le déplacement qu’elle souhaitait. Ce serait pour moi l’occasion de visiter l’hippodrome du Vatican… ". Et hop ! Voila Norbert à nouveau sur le ventre. Il est en pleine transpiration.

" Imbécile que j’étais, je ne me rendais pas compte que huit jours de vacances romaines étaient l’occasion d’apprendre l’italien. Signe du destin, je n’avais emporté aucun guide ou ouvrage de référence en français (ni en aucune autre langue d’ailleurs). Aucun dictionnaire. Une situation idéale pour directement penser en italien sans être gêné par le français. Avec Martine, pendant tout le séjour, nous ne communiquerons plus que dans la langue de Garibaldi, en utilisant en cas d’urgence le langage des gestes. Par exemple le doigt dans l’œil ou le toc toc de l’index bien tendu sur la tempe… "

Le hasard (ou Dieu le père selon Martine) a bien fait les choses pour Norbert : apprendre l’italien, c’est l’occasion inattendue d’une utilisation intelligente de ce qui lui reste de son " option latin " du BEPC, ce brevet d’études du premier cycle qui est son seul diplôme… Maintenant qu’il a sa retraite d’employé municipal, Norbert a du temps pour la culture. Jusqu’à ce voyage improvisé, il n’avait pas choisi sa branche et il avait tâté d’un peu de tout : poésie, tiercé, concours canins, mots fléchés. Il est à présent en pleine jubilation, il a trouvé une noble occupation, il va commencer l’apprentissage d’une langue latine moderne. Un bon choix l’italien : plus utile que le catalan ou le roumain, moins guttural que l’espagnol et plus chantant que le portugais. La langue de l’opéra et des pâtes fraiches. Il se rend compte qu’il en a toujours eu envie : c’est la bonne manière de valoriser ses acquis du collège tout en luttant contre la prééminence de l’anglais. A ses côtés, Martine dort en rêvant à une entrevue en tête à tête avec le souverain pontife. Elle a le sourire sensuel d’une femme comblée.

Norbert se repasse mentalement la vidéo de ses débuts de polyglotte : c’était il y a un peu plus de douze heures, peu après qu’ils aient trouvé leur place dans l’avion ; Norbert avait lu, sur le dossier du fauteuil placé devant lui une inscription. Il ressentit comme un choc sentimental, tant ça ressemblait à du latin. Il éprouva une grosse bouffée de nostalgie pour ces versions faites en classe " à mains nues " sans dico, avec pour seules armes son intelligence et sa mémoire. Devant lui, à traduire, la fascinante inscription : " GIUBOTTO SALVAGENTE SOTTO LA PROPRIA POLTRONA " (1). Aussitôt Norbert cogite : Giubotto Salvagente c’est le nom d’un homme, probablement un rital typique ; la propria c’est la proprio, la propriétaire. En traduisant mot à mot on obtient : " Giubotto Salvagente saute la propriétaire poltronne ". Manifestement un avertissement destiné aux voyageuses craintives et riches : une façon de leur dire : " Méfiez-vous des dragueurs à l’italienne ". Et un peu inquiet, Norbert fit aussitôt part de sa traduction à Martine qui haussa les épaules. Entre Fiumicino, l’aéroport, et Termini la gare centrale des trains (Terminus tout le monde descend), Norbert commença dans le rapide " Da Vinci " l’immersion auditive dans la langue locale en familiarisant son oreille avec les accents chantants des indigènes. L’apprentissage du vocabulaire débuta un peu plus tard dans la galerie marchande de la gare par une cueillette de mots et d’expressions qu’il connaissait sans le savoir comme: " carta di credito ", " banca ", ou dont il pouvait deviner le sens facilement. " Gatto " (gâteau), ou encore " piccolo " (l’équivalent du français " picole " mais, va savoir pourquoi, avec redoublement du c).

Au restaurant (ristorante), Norbert savait déjà comment demander la carte (carta). Il commanda des spaghettis (spaghetti) pour Martine, des gnocchis (gnocchi) pour lui et ils burent de la bière (birra) et de l’eau qui frisait (acqua frizzante). Enormes et rapides progrès dans l’expression orale en une soirée. Une exception : impossible de se faire comprendre du chauffeur de taxi qui les conduisit à leur hôtel, à croire qu’il ne parlait pas l’italien. Il avait l’air de se fâcher quand Norbert lui parlait par gestes ; heureusement, il s’exprimait en français et il fallut pendant quelques minutes interrompre l’immersion.

" Je n’ai toujours pas sommeil " constate Norbert en faisant sur le lit un véritable saut de carpe. "  L’immersion linguistique est un super coup de pied au derrière pour vous motiver. Mais il faudra poursuivre en France, ne pas perdre l’élan de la vitesse acquise et, sitôt rentrés, acheter des méthodes, des manuels, des grammaires, des dictionnaires, des DVD. Bref tout le matériel pédagogique pour travailler l’Italien 5 à 6 heures par jour et posséder après trois mois d’efforts environ la langue de Dante et de Berlusconi. Sinon le jeu n’en vaut pas la chandelle ".

Il aura alors la faculté d’écouter radio-Vatican en version originale, de parier au totocalcio (ce qui le changera du quinté plus) et de lire les petites annonces du " Corriere della sera ". Sur cette vigoureuse décision Norbert s’endort enfin malgré les longs hululements à la Tarzan d’une ambulance qui passe. Malgré aussi un irritant détail : " trattoria ", un mot qui signifie manifestement " trottoir ", est utilisé sur certaines enseignes de restaurants…pourquoi ?

1) Le gilet de sauvetage est sous votre siège

Jean-Claude Touray

 

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17 février 2007 6 17 /02 /février /2007 17:20

 

Le café sera fermé jusqu'au 23 février 2007 ; l'occasion de lire ou relire chroniques et nouvelles passées ou de jouer dans la cour des commentaires. A bientôt.

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14 février 2007 3 14 /02 /février /2007 16:28

par Jean-Claude Touray

Odeurs de sel et de varech

D'algues mouillées, de sable sec.

Il y a des laisses de haute-mer,

De petits cailloux ronds de toutes les couleurs

Des piquants d'oursin qui blessent les chairs

Et les cœurs.

Des coquillages blancs,

Usés par le sable et les vagues.

Des clams

Doux comme la peau d'une femme.

Odalisque sans vasque

Etendue près de l'eau,

Sereine comme un marbre antique,

Eclatante et fantasque,

Elle sourit pour la photo.

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5 février 2007 1 05 /02 /février /2007 17:59

 

Habituée des podiums dans les concours de nouvelles (premier prix au dernier calipso), Désirée Boillot rebondit sur le registre des dépêches expéditives publiées régulièrement dans la série Blogcity et nous livre ici, à partir d’une brève repérée dernièrement sur de multiples médias, quelques considérations sur ces héros modernes qui agrémentent notre quotidien.

 

On nous dit tout, on nous cache rien

 

Par Désirée Boillot

Jusqu’à présent, j’ai toujours tenu Georges Clounie en très haute estime. Il a beaucoup de qualités, Georges Clounie, et puis il est très beau. Une sorte de clone de Cary Grant. Même prestance, même carrure, même allure. Je regrette un peu qu’il se soit rasé la moustache, je le trouvais encore plus sexy à ses débuts, plus naturel, avec ses belles dents bien blanches et son début de barbiche qui lui mange agréablement le bas du menton, en première page de Wikipédia. Et puis il est à peine plus âgé que moi. Un type beau et célèbre qui a mon âge, personnellement, ça me botte, ça me donne de l’allant, ça me file la pêche, quoi. Le matin, je me dis : du nerf, Georges Clounie a ton âge, et tout de suite ça va mieux, des fois que je le rencontrerais au rayon des surgelés du Monoprix, j’aurais tout de suite quelque chose d’intéressant à lui dire.

Mais voilà : ces derniers mois, je lui trouvais une sale petite mine, à Georges Clounie. Un je ne sais quoi de chiffonné dans le regard, quelque chose d’une tristesse rentrée, presque crépusculaire, qui me filait le bourdon dès que je passais devant le panneau où on le voit sur un fond noir, le front soucieux, consterné derrière une tasse de café. J’ai pensé que c’était encore un coup de Fépresto, qui utilise son visage de beau ténébreux affligé dans le seul but d’inonder un peu plus le marché de ces mignonnes petites capsules qui font un vrai café (bien meilleur que celui de Grand-mère), et dont le goût de velours emmène le premier venu dans des paradis rutilants et sublimes, et non au fin fond d’un bouge crasseux qui sert du jus de chaussettes à des consommateurs fauchés.

Mais revenons à notre affiche : De le voir tirant ainsi la tronche, j’en étais triste pour lui. Un soir, décidée à percer le mystère, je me suis approchée du panneau publicitaire. Tout près. Aussi près que possible… Nos visages se touchaient presque. S’il n’y avait eu cette malencontreuse plaque de verre entre nous, je lui aurais roulé une pelle d’enfer, à Georges Clounie, ni vu ni connu, histoire de le dérider, avant de me fondre dans la foule anonyme de Miromesnil... Mais voilà que sur la trame des points, derrière le rictus figé, j’ai soudain compris que l’acteur n’en menait pas large. Qu’il avait de vrais gros soucis. Que quelque chose d’épouvantable était survenu dans sa vie. J’ai pensé : Sa villa sur les hauteurs de Hollywood a brûlé. Non. Pas celle de Hollywood, celle du lac de Côme, voilà. Il ne reste plus rien de celle du lac de Côme. Ou alors il a des problèmes de couple. Quand on forme un couple, on a toujours des problèmes de couple, l’un n’allant pas sans l’autre, et réciproquement. Ou bien des problèmes de santé. Otite carabinée ou orchite aiguë ? J’ai repris mon chemin vers le métro, l’esprit accaparé, attrapé le gratuit qu’on me fourrait dans les mains, avec l’intention de chasser l’orchite de Georges Clounie loin de moi quand, en ouvrant sur le quai le léger journal, j’ai lu en page 10 : Pax, le porc vietnamien de Georges Clounie, est mort à l’âge de dix-neuf ans, ce matin, des suites d’une longue maladie.

Suivait tout un tas de détails d’une étonnante précision sur la très profonde affection que Georges Clounie avait pour son cochon, (et dont il avait réussi à obtenir la garde, après avoir quitté une actrice dont le nom m’échappe) sur l’insoutenable cruauté de la vie, sur son immense chagrin de star qui a perdu son compagnon de tous les instants.

Une fois dans la rame, d’effroyables turpitudes se sont mises à danser devant mes yeux, alors que le métro s’enfonçait toujours plus loin dans le tunnel taggué d’obscénités. Je voyais Max et Georges dans d’étranges positions, emmêlés l’un à l’autre, frottant leurs cuirs dans un corps à corps torride, tantôt se roulant dans la fange, dans des draps douteux, tantôt se livrant à des cochonneries que la nétiquette réprouverait sur l’heure, si d’aventure me prenait subitement l’envie de parler de grouing, grouing et de youplaboum violemment zoophiles.

En rentrant chez moi, je n’ai pas pu éviter le visage de Georges Clounie, toujours aussi consterné devant sa capsule de café, qui occupait à lui seul un nouveau panneau publicitaire.

Mais au lieu de m’approcher de l’affiche pour percer à jour sa peine secrète, je suis passée, la tête haute, dans un grand mouvement d’épaules dédaigneuses.

Sans les médias, qui pourrait nous informer sur l’essentiel ?

 

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