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16 mai 2007 3 16 /05 /mai /2007 17:23
Tocqueville-image.jpg


Juste comme ça, histoire de cogiter avec cet extrait de De la démocratie en Amérique, Livre II, publié en 1840, d’Alexis de Tocqueville 


"Il y a un passage très périlleux dans la vie des peuples démocratiques.

Lorsque le goût des jouissances matérielles se développe chez un de ces peuples plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté, il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d’eux-mêmes, à la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont prêts à saisir. Préoccupés du seul soin de faire fortune, ils n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous. Il n’est pas besoin d’arracher à de tels citoyens les droits qu’ils possèdent, ils les laissent volontiers échapper eux-mêmes.

Si, à ce moment critique, un ambitieux habile vient à s’emparer du pouvoir, il trouve que la voie à toutes les usurpations est ouverte. Qu’il veille quelque temps à ce que tous les intérêts matériels prospèrent, on le tiendra aisément quitte du reste. Qu’il garantisse surtout le bon ordre. Les hommes qui ont la passion des jouissances matérielles découvrent d’ordinaire comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que d’apercevoir comment la liberté sert à se le procurer ; et, au moindre bruit des passions politiques qui pénètrent au milieu des petites jouissances de leur vie privée, ils s’éveillent et s’inquiètent ; pendant longtemps la peur de l’anarchie les tient sans cesse en suspens et toujours prêts à se jeter hors de la liberté au premier désordre.

Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je ne veux pas oublier cependant que c’est à travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés à la tyrannie. Il ne s’ensuit pas assurément que les peuples doivent mépriser la paix publique mais il ne faut pas qu’elle leur suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l’ordre est déjà esclave au fond du cœur ; elle est esclave de son bien-être, et l’homme qui doit l’enchaîner peut paraître.

Il n’est pas rare de voir alors sur la vaste scène du monde, ainsi que sur nos théâtres, une multitude représentée par quelques hommes. Ceux-ci parlent seuls au nom d’une foule absente ou inattentive ; seuls ils agissent au milieu de l’immobilité universelle ; ils disposent, suivant leur caprice, de toutes choses, ils changent les lois et tyrannisent à leur gré les mœurs ; et l’on s’étonne en voyant le petit nombre de faibles et d’indignes mains dans lesquelles peut tomber un grand peuple."

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15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 18:29
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Philippe Leroyer, nouvel invité au café nous propose un poème post Mouvement du 22 mars.

Se présenter ? J'écris.

Pourquoi ? Parce qu'à 17 ans j'ai découvert que le monde est plus facile à supporter quand on met des mots dessus.

Et ça va mieux ? Le monde, non. Moi, je persiste à écrire.

A part ça ? Ce n'est pas parce que tout a été dit qu'il ne faut pas continuer à le dire.

Donc ? Parfois on peut me lire en revue, voire même en livre (un roman jeunesse : Plume de bison et les foies jaunes, Sedrap, 1999).




Hasbeen hédonisme

10.05.2007

Il fallait que cela se produise

Le bonheur n'est pas dans nos gènes

L'ordre moral patrouille sur les estrades

L'étendard de la Nation en cache-misère

Le tricolore pour fouiller les plaies haineuses

C'est ainsi

La jouissance aux maîtres

Golden partouzes sur matelas de cash-flow

Les petits matins de labeur triste

Aux décervelés du travailler plus pour peiner plus

Ce ne sont plus des lendemains qui déchantent

Mais un crépuscule mortifère de reniement charnel

La croissance en ligne bleue des Vosges

Je ne veux voir qu'une seule tête de gondole

L'armée des ombres a retourné sa veste

Ce sont désormais légionnaires du Christ vengeur

Et adventistes de la fusion acquisition

Dont les urnes ont vomi le règne

Alléluia

Philippe Leroyer

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10 mai 2007 4 10 /05 /mai /2007 18:43

Moteur-recherche-image.jpg 

 

 

Dans la dernière livraison de Mot compte double, Françoise Guérin faisait part de son étonnement à la lecture des mots-clés par lesquels des internautes ont été conduits sur son site. A toutes fins utiles, j’ai lancé la machine espion sur Calipso. En voici un bref résumé :

Quoi prendre quand on s’est mordu la langue et que l’on a de surcroît les doigts rouges en entier ? Voilà ce que se demande ce couple debout enlacé après avoir entrevu dans une boîte de nuit ou plutôt dans un de ces lieux occultes du monde mâle, une sorte d’animal possédé par la Dame. L’homme basané se remémore le temps où ce que les noirs étaient des esclaves et passant du coq à l’âne pense aux quatre estomacs de la vache et à leur capacité à digérer toutes sortes d’abgusht. La femme tout en muscles et avec une bonne dose de nerfs dans ses longues jambes enveloppées de vinyle, penche pour un pack de bière forte et se sent prête à sortir le couteau pour se faire la peau de la bête en attendant de se venger des banquiers qui lui ont refusé une avance et l’autorisation de poser un balustre.

 

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8 mai 2007 2 08 /05 /mai /2007 17:39

tele-maroc.jpg

On ne peut pas plaire à tout le monde mais on peut essayer de réfléchir…

"L'opinion publique n'existe pas", disait Bourdieu, tout le monde n'a pas une opinion sur tout et ce phénomène est d'ailleurs observable dans les pourcentages importants de non-réponses dans les sondages. Il souligne que le taux de non-réponses est plus élevé d'une manière générale chez les femmes que chez les hommes, et que l'écart est d'autant plus grand que les problèmes posés sont d'ordre politique. De façon générale, la probabilité d'exprimer une opinion dépend du niveau d'instruction et du degré d'engagement du sondé par rapport au domaine sur lequel il est interrogé. Pour Bourdieu, l'enquête d'opinion traite l'opinion publique comme une simple somme d'opinions individuelles. Dans les situations réelles, la seule opinion qui compte est celle des groupes mobilisés (syndicats, groupes de pression...). Ainsi, l'opinion publique des sondages est "un artefact pur et simple dont la fonction est de dissimuler que l'état de l'opinion à un moment donné du temps est un système de forces, de tensions et qu'il n'est rien de plus inadéquat pour représenter l'état de l'opinion qu'un pourcentage". Les sondages n'ont ainsi qu'une fonction de légitimation des pouvoirs en place et "l'opinion publique n'existe pas", sous la forme en tout cas que lui prêtent ceux qui ont intérêt à affirmer son existence.(extrait myspace)

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6 mai 2007 7 06 /05 /mai /2007 15:05

 

Ce texte de Françoise Guérin figure dans les commentaires de l’article Décentralisation paru récemment. Aujourd’hui particulièrement, il a toute sa place en pleine page parce que parfois tout commence avec un petit rien, un seul petit mot perdu dans les nuages…

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Au début, je caressais l’espoir, d’une main rêveuse, en attendant qu’il me fasse vivre. C’était un espoir tout maigre, je l’avais adopté après que quelqu’un l’ait perdu. Vous n’imaginez pas le nombre d’espoirs qu’on a vu naître et qui ont été nourris pendant des années, avant d’être retrouvés, abandonnés, au coin d’une vie. Pathétique.

Enfin, je caressais l’espoir et… Je ne sais pas si vous avez déjà caressé un espoir mais c’est troublant. Je ne vous parle pas de ces faux espoirs qui luisent en tête de gondole. Dans la logique libérale, tous les espoirs sont permis mais méfiez-vous : on s’accroche à une trompeuse lueur d’espoir et un jour, on se retrouve à en nourrir de faux, livrés clé en main par un paranoïaque égotique (pléonasme) qui place ses espoirs comme d’autres jouent en bourse : plus son espoir est grand, plus le nôtre est écrasé, au bord du dépôt de bilan.

Bref ! Moi, j’avais conservé un petit espoir. Oh, il n’était pas bien épais. Pour vous donner une idée, il n’y tenait que quelques mots, de ceux qu’on lit au fronton des mairies, de ceux qui ont fondé l’histoire de ce pays et font rêver les rescapés des dictatures. Pas gros, quoi. Mais vous savez ce que c’est, on s’attache, c’est idiot ! Je le gardais bien au chaud. Parfois, je le sentais s’éteindre alors, doucement, je le ranimais. J’avais beau entendre, autour de moi, que tout cela était dépassé, je ne pouvais pas m’empêcher ! Je l’entretenais en secret. J’en remplissais ma vie. Je me disais : tant qu’il en reste un peu !

Et puis ce matin, je le caressais, comme ça, sans y penser vraiment et j’ai vu qu’il tremblait. Il était mal en point et ça m’a fait tout drôle…

Françoise Guérin

 
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4 mai 2007 5 04 /05 /mai /2007 19:40

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Les activités reprennent sur Calipso avec sans plus tarder la suite des aventures de Scipion Lafleur, le feuilleton du printemps écrit par Désirée Boillot et à suivre en alternance sur les sites Calipso et Mot compte double.

 

Episode 5

 

" Si ça continue, Lafleur, ça devra cesser ! " meuglait Norbert Grimbert en libérant toute la flamme de ses cordes vocales contre les murs, lesquels se renvoyaient les mots comme des projectiles de braise, d’où l’expression de propos incendiaires.

" Surveiller ou dormir, Lafleur : vous entendez ? " meugla-t-il à nouveau.

Scipion entendait parfaitement. Aussi loin qu’il remontait, il n’avait jamais eu les portugaises ensablées. Il se mit à fixer avec intérêt la pointe des chaussures du proviseur, en se demandant quelle sorte de truc l’autre pouvait bien employer pour qu’elles aient ce bel aspect lustré. Cirage ? Salive ? Les deux ? D’abord le cirage, ensuite la salive ? Ou l’inverse, avec un coup de chiffon entre les deux étapes, et la brosse à reluire pour conclure en apothéose ? C’était toute la question, sur laquelle il se penchait maintenant avec beaucoup d’ostentation soumise.

"  C’est un monde ! Un scandale ! Une pure aberration !" ouaouarona l’énervé, imitant cette fois-ci le mugissement des grenouilles américaines, qui sévissent dans la région des Grands Lacs, également répertoriées sous le nom de ouaouaron.

Connaissant les accès de colère de Grimbert, la soumission était la seule attitude à adopter. Le proviseur avait fait de la ponctualité une règle de vie au sein de l’établissement. S’il n’était pas tombé dans la bassine de potion magique quand il était petit, il avait très probablement avalé un chronomètre à la naissance. Il détestait les contrevenants qui débarquent au lycée en se fichant de tout, sans montre au poignet mais en couinant des pieds, avec leurs moches godillots à semelles de crêpe et lacets ramasse-poussière, et qui ont le toupet invraisemblable de lui manger la soupe sur le crâne. Car Scipion était grand, il n’y pouvait rien. Sa Maman avait garni jadis son bol de bons légumes qui font grandir. Norbert Grimbert, lui, était petit. Tout petit. A peine plus haut que le balai de Scipion (dont les mensurations exactes sont données dans le 3ème épisode de cette histoire) : disons à la louche un mètre cinquante-cinq d’autorité et d’idées fixes, hargneux avec le corps enseignant, hargneux avec les élèves, hargneux avec les mouches qui tournaient autour de son bureau, attirées par l’odeur sucrée que dégageait l’encrier de verre jamais rebouché. Norbert Grimbert était un bouledogue à voix ouaouaronante, aux ordres du Ministère.

Anthropologue à ses heures, Scipion menait son enquête sur l’espèce humaine dont il avait déduit que l’homme, en venant au monde, n’était ni bon ni méchant mais simplement malléable : une sorte de pâte vierge que le tourbillon de la vie se chargeait de ballotter au vent mauvais, de-ci, de là, vous connaissez la suite. A partir d’un ensemble de critères, il était parvenu à définir cette matière première constituée de chair et de sang, et dotée de l’étincelle de l’intelligence (à quelques exceptions près, il y en a toujours.) Au fil de ses recherches, l’anthropologue amateur avait fait surgir de ce tronc commun plusieurs grandes familles d’individus, qu’il avait réparties sur des branches distinctes, comprenant des catégories et des sous catégories agrémentées de spécificités complémentaires, quand cela s’imposait. Dès qu’il en avait le goût et l’occasion, Scipion notait ses découvertes sur son Grand Arbre des Caractères, comme il l’appelait. Lui-même s’était classé, au sein de la famille des Velléitaires, sur la branche des Doux rêveurs, dans la catégorie des Indolents légers dont la spécificité consistait à se rendormir les jours de pluie : il avait toujours été très objectif.

Les mois passant, son analyse de la personnalité complexe de Norbert Grimbert s’était affinée. Ainsi le situait-il, à l’intérieur de la famille surpeuplée des Gueulards, sur la branche des Colériques violents, plus précisément dans la catégorie des Trépignants dominateurs, capables de pondre, au pic de la crise, de mauvais alexandrins publicitaires. Sans prévenir.

" Dormir, ou surveiller : Lafleur, il faut choisir ! " postillonna le proviseur, qui devenait violet foncé.

A ce stade, il n’y avait pas grand-chose à faire, seulement rentrer un peu plus les épaules, reculer de deux pas, courber la tête et attendre que ça passe. Mais ce matin-là, ça ne passait pas. Ça ne passait pas du tout. Ça se corsait au point que Grimbert s’était mis à sautiller. Le petit trépignant était également doté de la faculté étonnante de décoller du sol au moindre éclat de sa voix terrible, d’où le surnom de Pop-corn que les professeurs lui avaient attribué à l’unanimité.

" Quand c’est-ti donc, Lafleur, que vous serez à l’heure ? " tonna-t-il en décollant du parquet d’un bon centimètre et demi, et ses joues aubergine eurent des tremblements de gelée d’Albion.

Reculant encore un peu, Scipion eut un très lent et très vague haussement d’épaules assorti d’un petit soupir très las, comme pour dire qu’il savait pas quand il serait à l’heure et que c’était pas sa faute si le réveil il avait pas sonné mais bien celle de la pluie avec ses vertus somnifères qui l’avait poussé à se rendormir et que d’abord il en avait assez qu’il pleuve tout le temps que c’était pas une vie même pour les chiens.

Grimbert interpréta le geste de Scipion exactement comme ça, ce qui eut pour effet de jeter une goutte d’huile supplémentaire sur sa colère.

" Ai-je donc, mon vieux, une tête à plaisanter ? "

Non, absolument pas. Lafleur ne se rappelait pas que Norbert Grimbert eût jamais eu une tête à ça. Il ne plaisantait jamais, il ne supportait pas qu’on plaisantât dans l’enceinte du bâtiment, il détestait les plaisantins qui se permettaient de plaisanter sur sa taille en l’affublant en plaisantant de sobriquets grotesques, il était Monsieur le Proviseur jusqu’à nouvel ordre, on avait plaisamment intérêt à s’abstenir de toute plaisanterie plaisante tant qu’il serait à la tête de l’établissement, please.

" N’oubliez pas que vous n’êtes qu’un pion, un pion minable sur l’échiquier de la vie !"

Grimbert devenait lyrique, c’était insupportable. Il agitait ses poings comme s’il lui fallait enfoncer dans l’air cette vérité avec des clous à grosse tête.

Acculé contre le bureau, Scipion le pion releva la tête bravement, dans un sursaut légitime d’auto-défense.

" Monsieur Grimbert, chevrota-t-il d’une voix vaguement outragée, laissez-moi vous expliquer… 

Il n’y a pas d’explication qui tienne mon p’tit bonhomme, renchérit le proviseur violet en se mettant sur la pointe des pieds. Prenez les sujets sur mon bureau et filez en B6. Les Troisième G vous attendent, et ils sont très en forme. "

A ces mots, Scipion se sentit crucifié. Dans un ultime mouvement de recul, il heurta l’encrier du bras droit, qui eut le temps de verser sur le parquet une belle larme outremer avant que le maladroit ne le redresse vite fait. Puis, sans demander son reste, il s’enfuit avec le paquet de sujets en couinant autant à gauche qu’à droite, sous le regard furax de Pop-corn.

à suivre…

 

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24 avril 2007 2 24 /04 /avril /2007 21:40

decentralisation-image.jpg 

 

Le café sera fermé du 25 avril au 3mai. Durant ces jours où vous ne pourrez venir vous abreuver de mots, d’idées et d’émotions, nous vous invitons à célébrer, à maudire, à oublier, à reprendre du poil de la bête dans l’après 22 avril 2007 en composant à partir d’une dizaine d’expressions courantes une petite histoire de campagne :

Attraper le démon

Boire du petit lait

Battre le pavé

Caresser l’espoir

Mordre la poussière

Oublier d’être bête

Perdre la main

Prendre son pied

Rendre gorge

Tailler des bretelles

 

 

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20 avril 2007 5 20 /04 /avril /2007 18:59

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Pour bon nombre de visiteurs de ce site, Stéphane Laurent, journaliste et rewriteur dans l’édition, n’est pas un inconnu. Comme à son habitude, il ne mâche pas ses mots et c’est avec une subtile simplicité qu’il s’est pris au jeu du Mouvement du 22 mars en abordant la délicate question du bonheur… si proche et si lointain.

 

Le bonheur en 2012

 

Depuis d’innombrables semaines, les politiques s’adressent à moi. Je suis devenu une cible. Et je n’aime pas beaucoup leur discours. Car depuis d’innombrables semaines, ils m’enjoignent - m’ordonnent ? – d’aimer la France. Identité nationale, petits drapeaux tricolores, aimez-là ou quittez-là… Le problème, c’est que la France, moi, je ne sais pas au juste ce que c’est. J’aime mes enfants, ma femme, mes parents, mes amis, tous ces gens pour qui je porterais le cadavre, comme on dit. Mais la France, non, je ne vois pas. Cela ne signifie pas que je la déteste, remarquez-bien. On ne peut ni aimer ni détester ce qu’on ne comprend pas. Or, moi, je ne comprends pas la France. Et quelle France, d’abord ? Celle de 1789 ou celle de 1942 ? Celle du Nord ou celle du Sud ? Celle de Paris ou celle de la Haute Saône ? Celle de Plougoulm, ou celle de Truchtersheim ? Celle de Lucie Aubrac ou celle de Pétain ? Celle de Bourdieu ou celle de Steevy ? Celle de Jamel ou celle de Le Pen ? Celle de l’Huma ou celle de Minute ? Aimer la France, se sentir français, être fier d’être français, être fier d’être fier d’être français : vite une bassine, j’ai un peu mal au cœur, là… J’aurais largement préféré que cette élection soit l’occasion d’aborder des questions absolument essentielles comme la possibilité de travailler moins et de s’en foutre. Comme le plaisir d’emmener ses gosses patauger au bord d’un étang. Comme la nécessité de ne rien faire. J’aurais voulu entendre que la finalité de l’existence n’est pas de travailler, plus, moins, le dimanche, la nuit, pour gagner plus, pour gagner moins. Que la finalité de l’existence, c’est le bonheur avant de crever. Le bonheur, celui qu’on traque dans les livres, dans le ciel, ou chez Ikéa. La quête du bonheur, voilà un projet politique intéressant. Or, je n’ai encore vu aucun ténor politique se pencher sur cette question. Pas leur rôle, sans doute, de parler du bonheur. Parce que le bonheur, dit-on, est l’affaire de chacun. Est-ce si sûr ? Réfléchir aux conditions d’un bonheur intelligent me paraît être un bel enjeu collectif, au contraire. Tant pis. Ce sera pour 2012.

Stéphane Laurent

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18 avril 2007 3 18 /04 /avril /2007 22:47

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Corinne Jeanson s’illustre depuis quelques mois sur le site Bonnes Nouvelles avec notamment " Lisa ", " Quitter Berlin " et " La nouvelle vague " mis en voix par Nicole Amann sur une musique d’Hervé Jeanson. Des mots et des sons qui vous captent et vous emportent dans de nouveaux espaces d’affection et de respiration. Ce qui m'inspire, dit-elle, les ambiances, les amours, les nostalgies. Trouver dans les mots, l'apaisement quotidien ou toucher du doigt un peu d'inconnu. Ne rien chercher à démontrer. Garder la mémoire des moments ou inventer des personnages perdus et parfois bavards.

Une invitation à lire qui vibre au gré des vents lunaires et du souffle intérieur.

 

Le jeune modèle

C'est un tableau ancien. Un jeune homme se tient debout devant une fenêtre fermée. Il regarde dehors la surface grise et bleue. Il appuie une main contre le carreau froid. Sa tête repose presque sur l'angle ainsi formé de son avant-bras. Sur le plan avant, une table, une sellette plus exactement, peinte en jaune, est esquissée. Le jeune homme est très blond mais ce n'est pas certain, peut-être est-ce le reflet du soleil qui dore ses cheveux. Sa longue silhouette et ses épaules étroites, sans être fragiles, respirent presque un air de repos ou de force maîtrisée. Si le jeune homme se retournait à présent, on verrait son sourire calme et généreux, absolument ouvert au regard de l'humanité fixée dans le décor en-dehors de la toile.
Soudain, derrière la fenêtre fermée, le ciel grise à l'acier et sur la surface de la vitre coulent les larmes de la pluie. Le jeune homme en essuie une, puis une autre. Il trace de l'autre côté de la vitre la traînée avec son index. Il devient cette goutte d'eau, il en goûte la force et la mélancolie.

Le jeune homme s'est retourné. Il aperçoit le vieux sculpteur qui a déposé l'argile sur la sellette jaune et qui tente de fixer l'âme de son modèle. A travers sa mémoire, écho sans vocable, le vieil artiste projette dans la terre humide le croisement de son émotion mêlée à la présence du modèle debout contre la fenêtre fermée.

Corinne Jeanson

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16 avril 2007 1 16 /04 /avril /2007 18:47

saleattente-poeme-image.jpg

 

La nouvelle de Patrick Essel " Sale attente " poursuit son petit bonhomme de chemin ; après une première édition sur ce blog en décembre dernier, elle a été dernièrement mise en voix par Nicole Amann sur le site Bonnes Nouvelles et publiée dans le numéro 40 de la revue " Les hésitations d’une mouche ". C’est en écho à sa lecture que Gilles-Marie Chenot a écrit le poème qui suit. Merci.

Apprentissage des langues


L'enfant de Bab El Oued commence à parler
Dans la réconciliation du couple
Quand la femme apprend
A tuer les désirs morbides
Qui polluent sa bouche
Le rayonnement de l'homme
Resplendit alors dans son ouvrage
Le parant de lueur pourpre
Stance immaculée de nouveau-né
Au parfum cru d'imaginaire

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