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14 juillet 2008 1 14 /07 /juillet /2008 19:53

 

Une chronique à la petite semaine de quelques judicieuses fabriques de littérature.

A cliquer dans les Aiguillages :

 

Sur Mot Compte Double

Sauf erreur, la collection " Rouge " est terminée. Pour retrouver les textes de cette remarquable saga, il suffit de cliquer sur link 

Chez
Stéphane Laurent

Stéphane n’en finit pas de s’énerver… mais bon, on entend guère les lecteurs se plaindre…

Chez Georges Flipo

Une radioscopie des manœuvres et stratagèmes, des trucs et astuces, des recommandations et coups de main, des facteurs de nuisances et zones d’influences autour des relations réelles ou supposées entre auteurs et éditeurs …

Sur Pour le plaisir d’écrire

Ernest J. Brooms dit beaucoup de bien de la revue Les Hésitations d’une Mouche. Il a raison Ernest, d’autant qu’il figure au sommaire, tout comme notre ami Jean-Claude Touray et moi-même pour l’édito consacré aux concours de nouvelles.

Chez Magali Duru

Une préparation à l’oral du bac digne de figurer dans les annales (28 juin)

Sur Bonnes Nouvelles

Après une pause (absence de connexion internet), Bonnes Nouvelles reprend enfin du service avec à l’affiche une dizaine de nouveautés.

 

La dépêche expéditive de chez Reuters

Un Italien s’est vu condamné à une peine de dix jours de prison avec sursis assortie d'une amende de 40 euros pour avoir trop longuement posé son regard sur une passagère de 55 ans dans un train de banlieue. L'homme, âgé d'une trentaine d'années, était poursuivi pour harcèlement sexuel. Le rapport de police spécifiait que les voyageurs s'étaient retrouvés à deux reprises la même année. La première fois, l'homme avait pris place à côté de la passagère, qui se serait plainte d'être approchée de trop près. La seconde, il avait choisi de s'asseoir en face d’elle et, aux dires de la plaignante, de l’avoir dévisagée pendant tout le trajet. Et le rapport de se terminer sur cette note : à aucun moment ils ne se sont adressés la parole.

 

Ces drôles de requêtes enregistrées sur la route Google / Calipso

Comment donner une seconde vie à des placards ?

Peut-on donner des gâteaux secs à une communion ?

Dans quelles conditions un chat peut-il faire une crise cardiaque ?

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9 juillet 2008 3 09 /07 /juillet /2008 18:13

L’aventure commençait juste après le panneau indiquant l’au-delà. Au-delà de cette limite vous devez… L’avertissement périssait sous la rouille et, depuis la délocalisation du site de maintenance des chemins de fer, on ne savait plus trop ce que l’on devait.

Il en avait fait son territoire. Une zone d’expérimentation bien plus amusante que les parties de cache-cache entre les ateliers et les wagons avec ses copains d’école. Jouer à faire des découvertes, inventer des mondes éphémères, jongler avec les visiteurs était tout simplement magique.

A peine sorti de l’école, il était sur le terrain. Tapi dans l’ombre à guetter l’imprévu, à épier les couples clandestins, repérer les filous, surprendre les intrus, sentir les intrigues. Chaque homme, femme ou enfant franchissant la ligne de démarcation, faisait l’objet d’une description minutieuse de ses faits et gestes, assorti de commentaires sur ses tics et manies. Rentré chez lui, son carnet de bord devenait l’objet d’explorations passionnées et les événements du jour le répertoire énigmatique de toutes les tentations.

C’est à partir d’un poste d’observation secondaire, du côté de la chaudronnerie, qu’il avait surpris leur manège. Au risque d’être découvert, il s’était approché au plus près du wagon où s’étaient réfugiés sa petite sœur et son deuxième père. En équilibre sur un bout de marchepied, il avait failli se casser la figure en voyant ce gros bonhomme gigoter à quatre pattes, à moitié nu.

Heureusement qu’ils ne m’ont pas vu…   avait-il noté après coup. Rien d’autre. A quoi bon, il n’avait jamais aimé l’histoire de l’ogre et du petit poucet.

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7 juillet 2008 1 07 /07 /juillet /2008 18:44

Même quand il pleut, c’est l’été. Même quand l’atmosphère est grise et embrumée, il est là. Depuis longtemps, on a pris l’habitude d’emmagasiner le soleil pour le faire briller quand il vient à manquer. On se souvient de l’éblouissement des jours bleutés et de l’épuisement des nuits volcaniques. On se souvient de la paume brûlante du ciel avant l’orage et de ses spasmes infinis qui déchirent les ténèbres. On se souvient de la sueur et des larmes, de l’eau de vie et de l’ivresse au goût d’anis.

On se souvient tous des étés d’avant…


Pour cet été donc, le café vous propose de participer au rafraîchissement de sa carte en publiant vos rayons de soleil. Pour la mise en bouche Jean-Claude Touray nous offre une
 " citronnade "

 


 

- L’été, grand-mère nous faisait boire de la citronnade…

- Citronnade Maison ?

- Naturellement. C’était vraiment rafraîchissant. Vers quatre heures de l’après-midi, quand le soleil avait rissolé nos peaux blanches, quand il faisait encore si chaud que la sueur se desséchait sur nos corps d’enfants, quand chacun avait terriblement soif, Mamy nous appelait dans la cuisine. Elle avait préparé les verres et sorti du frigo un grand broc de citronnade. Un liquide jaune-paille où flottaient des glaçons qui tintaient contre les parois du récipient quand elle servait. Je n’ai jamais connu, par la suite, breuvage aussi efficace pour se désaltérer.

- Il est vrai que le Coca et les sodas aux arômes de synthèse, ne désaltèrent que brièvement, même froids. Trop de sucre. Plus on en boit, plus on a envie d’en avaler. C’est l’addiction en perspective. La bière, que dis-je, les bières, cervoises et autres gueuses, sont faites pour être dégustées, plus que pour couper la soif. Et attention à l’alcool. C’est encore plus vrai pour les vins, qu’il faut boire pour le plaisir. La boisson idéale pour se réhydrater, c’est l’eau du robinet, plus ou moins améliorée par chacun.

- Mamy gardait secrète sa recette de la citronnade. Je l’ai trouvée après sa mort, calligraphiée dans un petit carnet rouge, caché au fond du tiroir de buffet où elle rangeait pêle-mêle tire-bouchons, ouvre-boîtes, casse-noix, pelotes de ficelle, bougies de gâteau d’anniversaire et tout ce qui n’avait pas sa place ailleurs. En lisant cette recette, d’une désarmante simplicité, j’ai découvert que grand-mère avait un redoutable sens de l’efficacité.

" Dans un litre d’eau, faire fondre une cuillérée à soupe d’acide citrique (E 330) pour le goût, et une pincée de tartrazine (E 124) pour la couleur. Ajouter dix morceaux de sucre et un peu de sel. Agiter jusqu’à dissolution complète et placer au moins une nuit au réfrigérateur. Servir avec une paille, des glaçons et deux gouttes de menthol ". Rien d’autre.

- Pas besoin de conservateur, évidemment, puisque ta grand-mère fabriquait sa citronnade pour une dégustation immédiate.


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3 juillet 2008 4 03 /07 /juillet /2008 20:58

Une huitième Nuit Blanche orchestrée par Corinne Jeanson et un éloge du désir qui ne trompera pas les couche-tard…


J'avoue, j'avoue
Tes mensonges
Nourrissent mes songes
J'écoute tes fables
Tes artifices me font craquer
J'aime les serments que tu sèmes
Judas je consens à tes baisers
Tes boniments me gréent
A ton mat de bateau
Tes mirages dorent mon désert
Ton bourrage enfume mes romans
Tes contes hantent mes sommeils
Ma vie s'illusionne à tes inventions
Je fonds à tes tromperies
Tes non-dits s'accordent à mes imaginaires
Tes trahisons me délivrent du néant
Mystifie-moi
Laisse-moi croire que tu me mens
J'avoue, j'avoue
Je triche bien plus que toi
Tant que tu m'échappes je te désire.


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1 juillet 2008 2 01 /07 /juillet /2008 19:01


C’est une plongée dans les limbes informatiques que nous propose Ysiad pour ce grand retour de la rubrique " Au cœur de… "

Informatique, tique, tique…


Début du vidage de la mémoire physique... Salopard d'ordinateur. Immonde machin moderne, va te faire voir en enfer avec ta carte mère et toutes tes puces électroniques ! L'horreur absolue. Putain, quel crépuscule. Ouhhhh! Je meurs. Je suis morte, laissez-moi mourir tranquille, je flotte déjà sur le ventre au milieu d'un océan de papier. Non, vous ne pouvez rien pour moi les enfants, personne ne peut rien pour moi, l'ordinateur a implosé et tous mes textes avec. Si, tous. Les achevés, les sur le point de l'être, les en gestation, les pensées d'un soir, les folies d'un jour, les embryons d'idée, les brouillons, les impulsions alcoolisées... Tout. Je vous dis de me laisser, et puis pas de compassion, surtout. Allez-vous en, fermez la porte derrière vous bon sang, et adieu. Bonsoir.

Purée purée purée, qu'est ce que je vais faire ? Six années de travail liquidées, évaporées, en une seconde chrono, le néant à l'écran. Même pas une étincelle de vie qui pourrait me laisser un semblant d'espoir. Je n'ai plus d'espoir. Plus rien ne s'allume, vide abyssal, à moi les gouffres amers de Baudelaire. Plus de mots, plus de texte défouloir, plus aucune nouvelle, même pas le plus petit brouillon à triturer sur le clavier... Fichu, foutu, tout est foutu. Pas possible. C'est pas possible ! Ouhhhh ! Début du vidage de la mémoire physique... J'aurais dû me méfier de ce message dès le début, appeler dare-dare le service après-vente, au lieu de me demander ce que ça pouvait bien vouloir dire ! Et ce crétin de téléphone qui sonne. Mais tais-toi donc, stupide engin beuglard, pourvu que ce ne soit pas ma belle-mère, j'en ai pour une heure à garder mon calme en m'arrachant la peau des joues.

Allô ? Ah, c'est toi, Maman. Je préfère ça. Mal. Très mal, au plus mal, au bord du Styx. Mon ordinateur vient de crasher, oui, une implosion en plein vol alors que j'étais en train d'écrire un texte vertigineux sur le thème de la dent. Oui, ça existe, tout existe, il y a eu des thèmes sur le pied, sur la main, sur le nez, maintenant c'est sur la dent, et j'étais en train de trouver des jeux de mots fabuleux sur les dents, quand tout a planté. Net ! Plus rien. Kaput. Adios, amigos. Il ne me reste rien ! Comment ça : C'est pas dramatique ? Répète moi ça un peu pour voir ? Koâ ? Me calmer ? Mais je ne PEUX PAS me calmer ! Tu me dis que c'est pas dramatique si j'ai plus d'ordinateur ? Mais tu veux ma mort. Ma propre mère veut ma mort. Si, tu la veux, ne nie pas. Tu veux que je crève avec l'ordinateur. Tu n'as jamais aimé mes textes, oui ! Jamais, jamais, jamais ! Quand j'ai le malheur de t'apporter un recueil comme une relique, tu me dis merci. C'est limite. Merci, c'est le minimum syndical, c'est tout. C'est pas beaucoup, non. J'aurais bien voulu un gros maximum syndical avant que l'ordinateur n'implose. Parfaitement. Il a implosé. Quand un avion se crashe, il explose, quand un ordinateur se crashe, il implose, c'est comme ça. Et tiens, je devine même de la fumée à l'intérieur ! Une grosse fumée bien épaisse avec toutes mes nouvelles dedans ! Tout est parti en fumée, Maman... Tous mes mots sont morts. Décédés. Crevés, calcinés. Mais non, Maman. Tu dis n'importe quoi. Comment veux tu que je retrouve mes textes dans ma tête ? C'est impossible. Le cerveau est une machine bien trop complexe pour remonter son cours, d'autant que j'écris d'abord au crayon, et ensuite à l'écran... Entre le crayon et l'écran, il y a un océan, Maman. Tu ne peux pas comprendre, mais je sais de quoi je parle. D'autant plus qu'il n'y a pas que le papier et l'écran, il y a aussi les post-it ! Parfaitement. Maintenant comment veux-tu que je retrouve le cheminement subtil qui mène aux post-it de la corde à linge ?... Mais non bien sûr, je ne suis plus sous garantie. La fin de la garantie, c'était le mois dernier. Pas de bol, je sais. Ah je t'en prie, ne compatis pas, j'ai horreur de la compassion forcée, ça coule dans le téléphone. Tu les as, les recueils que je t'ai confiés ? Koâ ? Tu t'en es servie cet hiver pour démarrer ton feu dans la cheminée ? Mais pourquoi tu les as pas gardés ? Koâ ? C'était pas aussi bien que Pirandello ? Mais Maman ! Comment peux-tu dire une chose pareille ? Tu auras beau chercher, plus personne n'écrit comme lui, va donc faire un tour au Salon du Livre... Pirandello était un génie, Maman. Les génies, il faut les relire avec passion, aimer le monde qu'ils vous donnent et les reposer sur l'étagère des génies en les regardant comme des étoiles inaccessibles. Ils n'ont pas besoin d'ordinateur ni de corde à linge pour renforcer leurs phrases, eux. Ils écrivent vingt feuillets d'une traite, ils jettent un peu de poudre d'or sur leur encre, et ensuite, pfouit, ils courent cueillir des pâquerettes... Oui, j'en avais beaucoup. Un bon paquet. 211, comme Pirandello. Je plaisante. 112 merdiques et 2 sublimes... Je ne sais pas ce que je vais faire, je vais appeler un dépanneur. Mais non, je ne vais pas faire de bêtise avec la corde à linge ! Je vais m'acheter une Olivetti double bande dès demain, et basta.

Ciao, Maman.

Tout de même. Me payer un crash pour m'entendre dire que je n'écris pas comme Pirandello...

                                                                                                            Ysiad

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29 juin 2008 7 29 /06 /juin /2008 14:43

Entre deux périples en train Suzanne ALVAREZ vient se rafraîchir au café et, pour agrémenter sa visite, elle nous présente un de ses complices de voyage, le poète Valéry Larbaud.



Bonsoir les choses d'ici-bas

Prête-moi ton grand bruit, ta grande allure si douce,
Ton glissement nocturne à travers l'Europe illuminée,
Ô train de luxe ! et l'angoissante musique
Qui bruit le long de tes couloirs de cuir doré,
Tandis que derrière les portes laquées, aux loquets de cuivre lourd,
Dorment les millionnaires...
Ô Harmonika-Zug !
J'ai senti pour la première fois toute la douceur de vivre
Dans une cabine du Nord-Express entre Wirballen et Pskow

Huit heures du matin en automne et la belle cantatrice

Aux yeux violets chantait dans la cabine à côté.

Et vous, grandes glaces à travers lesquelles j'ai vu passer la Sibérie et les monts du Samnium,
La Castille âpre et sans fleurs, et la mer de Marmara sous une pluie tiède !
Prêtez-moi, ô Orient-Express, Sud-Brenner-Bahn, prêtez-moi
Vos miraculeux bruits sourds et
Vos vibrantes voix de chanterelle ;
Prêtez-moi la respiration légère et facile
Des locomotives hautes et minces, aux mouvements

Si aisés, les locomotives des rapides

Précédant sans effort quatre wagons jaunes à lettres d'or

Dans les solitudes montagnardes de la Serbie,

Et, plus loin, à travers la Bulgarie pleine de roses...

Ah ! il faut que ces bruits et que ce mouvement

Entrent dans mes poèmes et disent

Pour moi ma vie indicible, ma vie

D'enfant qui ne veut rien savoir, sinon

Espérer éternellement des choses vagues.

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25 juin 2008 3 25 /06 /juin /2008 18:13


Petite pause musicale dans la série Transit avec un voyage en train et une chanson aux multiples interprétations (voir liens ci-dessous) proposée par Dominique Mitton.


Les wagons longs de lit


Il m' regardait
J' me détournais
Il m' souriait
J' m'en empêchais
Et il m'a dit en se penchant :
"La fumée, s'il vous plaît, est-ce qu' ça vous déplaît ?
Vous fumez ? Permettez ! Alors c'est parfait
Voulez-vous mes journaux, car le temps est long ?
Pour le tuer, parlons donc, wagons longs de lit"
On s'est connus dans le wagon de lit de long
Le wagon long, le wagon long de nuit
Du Paris – Lyon – Marseille - Menton qui file de nuit
Et nous emporte vers l'Italie
On s'est souri
Dans les sanglots de lit de long, les sanglots longs
Du wagon long de nuit
Et il m'a dit au creux d' l'oreille :
"Dites-moi tu, dis-moi toi, j' vous dirai pareil
À quoi bon nos prénoms
Appelez-moi chéri
Appelle-moi mon amour
On s'connaît à peine
Qu'on s' dise vous, qu'on s' dise tu
Qu'importe pour une nuit ?"
Dans le wagon de lit de long, passé minuit
On s'est aimé, aimé à la folie
Le Paris – Lyon – Marseille – Menton toute la nuit
Nous emportait vers l'Italie
On s'est aimé dans les sanglots de lit de long
Les sanglots longs des wagons longs de nuit
Et je lui dis au creux d' l'oreille :
"Être à tu, être à toi, être vous et moi
Quand on n' se connaît pas
À tu et à toi
Savez-vous, sais-tu bien, qu' j' suis follement émue,
D'être à vous, d'être à tu, d'être dans vos bras"
Le lendemain, il m'a souri : "Adieu chérie
J' descends ici
J' te quitte à Vintimille"
Le Paris – Lyon – Marseille - Menton de lit de long
De long de lit m'a emportée, nous séparant
Vers le soleil à tout jamais
Bien loin, bien loin, vers l'Italie


Références :

Titre: Les wagons longs de lit
Artiste: Jeanne Moreau
Reprise : Mona Heftre (2000 et 2004), Serge Rezvani – intégrale Vol. 2 (2004)
Paroles : Serge Rezvani, alias Cyrus Bassiak (nom utilisé pour les chansons)
Album : "Angora rose" Jeanne Moreau chante 12 chansons nouvelles de Cyrus Bassiak
Année : 1966
Production : Jacques Canetti
Notes : Vanessa Redgrave interprète la chanson traduite en anglais par Julian Moore dans le film de Tony Richardson : "Red and Blue" (1968) – Titre : One light ferry

Cliquez pour écouter Jeanne Moreau
[
www.zshare.net]
Version Vanessa Redgrave :
[
www.zshare.net]
Version Rezvani :
[
www.zshare.net]
Version Mona Heftre 2000 :
[
www.zshare.net]
Version Mona Heftre 2004 :
[
www.zshare.net]


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21 juin 2008 6 21 /06 /juin /2008 10:31

Le numéro des quais ne variait jamais. A l’aller, c’était le trois ; au retour, le sept. Au bout du trois se profilait une suite de maisons basses avec petits jardins et allées bordées de troènes. Les extrémités du sept étaient barrés d’immeubles gris couverts de bleus et de graffitis. Il n’avait jamais su dire s’il en préférait un plus que l’autre. Durant les trajets, il ne trouvait rien à faire. Pas plus ses devoirs que la lecture d’un illustré ou une partie sur sa console. Pour tromper l’attente et échapper à la sollicitude de son père ou de sa mère, il fermait les yeux et cherchait à se rappeler un souvenir heureux. Les images du passé étaient souvent invraisemblables et les voix entendues en général absurdes. Il ne cherchait pas d’explication, il se disait simplement que les personnes n’étaient pas vraiment vivantes ou bien qu’elles lui étaient totalement inconnues. Parfois, il lui arrivait de s’abandonner un peu trop à son rêve d’un autre monde et une sorte de peur le prenait. Surtout l’hiver, quand la nuit tombait, juste avant l’échange. Il laissait alors ses pensées s’engourdir dans le bruit cadencé des motrices. A l’entrée en gare, il ne savait plus comment accrocher un regard et il levait les yeux au ciel avec un inconsolable désespoir. Il pressentait qu’un jour ou l’autre, il serait aspiré dans l’au-delà. Il disparaîtrait au nez et à la barbe de son papa. Et sa maman sur le quai d’en face n’en saurait peut-être jamais rien.

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19 juin 2008 4 19 /06 /juin /2008 20:00

Fred Vargas est à l’honneur dans une double page du Libé de ce jour. Une rencontre avec l’auteur qui n’est pas que promotionnelle ; l’interview allie une présentation de son nouveau roman à paraître Un lieu incertain, à un questionnement sur le roman noir, l’écriture, l’inspiration, la construction, l’engagement politique, la crise sociétale, écologique, la fin de l’homme… et le soutien malgré tout à Cesare Battisti, auteur entré dans le noir après sa sortie des années de plomb.

Extraits sur la question de la prise de position d’un auteur dans le roman. (Est-ce mal de donner son avis ?)

Ce n’est pas mal, c’est une question de matériau, de registres. Plus j’y pense, et plus il me paraît évident que le roman policier à énigme, que je pratique et qui se termine bien, s’apparente de par sa charge cathartique au conte pour enfants : on se raconte une histoire pour purger l’inconscient collectif. Et pour cela, que cette catharsis s’accomplisse, il faut être dans le réel, que ça ait l’air vrai donc, mais pas dans le réalisme. Pour que celui auquel on raconte l’histoire se l’approprie. Moi, je ne donne pas une marque de voiture, pas un titre de musique, pas de repères temporels bien précis et pas d’avis. Si je veux dire quelque chose sur la justice ou les flux migratoires, j’écris un article scientifique, je dis les choses frontalement, je ne crois pas à l’efficacité de la monstration des problèmes dans la fiction.

Un point de vue que ne partagent pas forcément les personnages… A débattre donc !

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17 juin 2008 2 17 /06 /juin /2008 19:25

Numéro 6 de " A propos de… ", une chronique signée Gilbert MARQUÈS



En ces périodes troublées où les denrées de première nécessité deviennent aussi l'objet de spéculation au point d'affamer et d'appauvrir plus encore les populations laborieuses, où les grèves fleurissent en se trompant de cible, je suis de plus en plus sollicité en tant qu'auteur pour unir ma voix et ma plume à des associations prônant la paix et tout ce qu'elle implique.

Je m'efforce de rester poli en répondant toujours à mes interlocuteurs en déclinant cependant leurs sollicitations.

Pourquoi ?

Permettez-moi, pour répondre, de reproduire partiellement une réponse faite récemment à l'initiateur d'un mouvement qui borne ses actions à la discussion et à des actes mineurs, d'où le titre de ce propos. Cette correspondance s'adresse à un combattant de la paix, tel qu'il se présente :" J'ai pris connaissance de vos arguments en faveur de la prévention pour une paix durable et s'ils sont certes déterminants, je ne m'y rallierai pas pour autant. Je pense en effet que vous ne m'avez pas bien compris. Ecrire, parler, essayer de convaincre, il faut évidemment continuer à le faire mais ce n'est plus suffisant car il y a… URGENCE !

Permettez-moi de reprendre les exemples que vous citez comme des éléments devant me convaincre.

- Victor HUGO aurait contribué à faire reculer la peine de mort jusqu'à l'abolir dans certains états. De quand date son œuvre et quand cette mesure a-t-elle été prise ne serait-ce qu'en France ? Plus d'un siècle… alors qu'elle demeure d'actualité dans certains pays réputés civilisés.

- André BRINK a lutté contre l'apartheid mais combien d'années a-t-il fallu pour que ça devienne une réalité d'ailleurs remplacée par le racisme y compris entre communautés noires notamment en Afrique du Sud ? Des exemples récents le prouvent…

J'ai passé l'âge de croire en des chimères et croyez qu'en chemin, j'ai perdu beaucoup d'illusions notamment en la sagesse de l'homme. Je suis par ailleurs historien et l'étude de cette matière prouve que si l'homme a su avancer sur bien des points, son esprit n'a pas évolué dans les mêmes proportions de sorte qu'il en est au même stade que dans l'antiquité.

Et je vous le répète, il y a maintenant urgence. Nous ne pouvons plus nous permettre d'attendre un, deux ou trois siècles ni même cinquante ans ou dix. Toute tergiversation entraîne inévitablement des morts supplémentaires par les armes, la faim, la maladie au nom d'intérêts qui n'ont rien d'humanistes.

Si les résistants de la dernière guerre mondiale avaient attendu la bonne parole, nous serions probablement aujourd'hui sous le joug nazi. Aussi y a-t-il des moments où il faut agir autrement et lorsque je parle de combat, ce n'est pas nécessairement à la violence que je pense mais effectivement à une résistance qui peut être passive notamment au moyen de la désobéissance civique. Il en existe d'autres comme de contester systématiquement devant les tribunaux toutes les mesures vexatoires et réductrices des libertés individuelles prises par les autorités qui en sont prodigues actuellement. J'ai pratiqué ces méthodes assez souvent pour savoir que c'est souvent payant.

Vous me dites que mon devoir d'écrivain est de promouvoir la paix au travers de l'écriture. Croyez-vous sincèrement que je vous aie attendu ? Je l'ai fait depuis fort longtemps et le ferai probablement encore mais certainement pas avec les seuls moyens que vous préconisez, ils sont insuffisants. Vous me conseillez ensuite de choisir un thème allant dans le sens de l'intérêt de l'humanité et m'affirmez que les gens suivront. C'est beau de rêver mais dans la vraie vie, les choses ne se passent pas de cette façon.

Réfléchissez un instant à ceci : allez vers quelqu'un qui a faim, n'a pas de toit, pas de travail et offrez-lui d'une main un livre et de l'autre un morceau de pain ou quelques pièces. Que croyez-vous qu'il va saisir en premier ? Les nourritures spirituelles sont bonnes pour ceux qui ont le ventre plein et pas d'autres soucis de survie à gérer. Les pauvres, ceux qui crèvent un peu partout dans le monde pour différentes raisons se fichent pas mal de nos débats de riches. Ils attendent de nous des actes concrets, pas seulement des paroles. Pensez-vous sincèrement que parmi eux un seul a lu l'anthologie que vous avez produite ? Ne croyez-vous pas que cette sorte de réalisation, certes concrète, n'est pas seulement un coup d'épée dans l'eau plus propre à satisfaire une forme d'ego en se disant "Tiens, j'ai réalisé au moins ça" que d'une utilité évidente pour ceux auxquels elle est censée s'adresser ?

Vous citez encore Martin Luther KING dont le combat fut certainement exemplaire mais ne l'a pas empêché de finir assassiné, victime en quelque sorte de son pacifisme. Ceci n'en fait pas un martyre pour autant. Et bien que ce soit contre ma nature, l'expérience m'a appris que pour réussir ce genre de pari, il faut souvent utiliser en les détournant, les moyens de l'adversaire. On peut appeler cette manière de procéder l'effet boomerang. Et si voulez comme vous l'écrivez, prévenir les conflits pour faire obstacles aux armes physiques, il ne faudra pas vous contenter d'être écrivain mais aussi dissident politique. Le temps n'est plus à l'écoute des philosophes ou des intellectuels qui jadis influaient sur la vie publique et étaient écoutés des politiciens. On sait ce qu'il en est de la considération portée à la culture. Seul actuellement l'intérêt économique sert de guide et le pouvoir n'appartient même plus aux politiques qui gèrent les gouvernements en fonction d'ordres venus des nébuleuses financières. Si vous voulez effectivement éradiquer la guerre, ce n'est pas aux potentielles victimes qu'il faut vous adresser mais aux promoteurs de ces conflits et dans ce cadre-là, j'ai bien peur que vous n'ayez pas les moyens nécessaires pour les atteindre si vous voulez résoudre pacifiquement ce qui semble être pour vous et les vôtres un cas de conscience. En fait, vous n'avez pas beaucoup d'alternative ; ou bien vous vous adressez à ceux qui sont derrière tout ce chaos ou bien à ceux que j'appelle les potentielles victimes et dans ce cas, leur seul moyen réside dans la révolte comme nous en voyons éclater ici et là lorsque la situation devient par trop intolérable. Je n'en suis pas spécialement partisan mais c'est souvent la seule solution qui reste tout en étant aussi inefficace que les autres.

Si vous voulez vraiment parvenir au but fixé, il faudrait tabler sur le long terme malgré l'urgence pour entreprendre un travail de fond au niveau de l'éducation pour changer les mentalités et faire évoluer l'esprit de l'homme. Ceci passe inévitablement par les enfants parce que pour les adultes, c'est déjà trop tard. Vous n'êtes pas les premiers à essayer et jusqu'alors, tous se sont cassés les dents…

Je ne peux donc que vous souhaiter de réussir même si je reste sceptique non sur votre volonté mais sur les moyens que vous préconisez pour y parvenir."

Je terminerai ce propos en posant simplement une question :

- N'est-il pas temps que nous revenions à un peu plus de lucidité en rétablissant un ordre humaniste plutôt qu'humanitaire et pouvons-nous penser que le seul parlementarisme peut être suffisant pour y parvenir ?

                                                                            Aussonne, le 16 juin 2008

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