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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 19:12

Où l’on repart avec le capitaine Suzanne Alvarez pour un nouvel épisode de la vie à bord et aux abords du Pythagore…

 


Le doudou de Maryse

 

Il avait beau se défendre de vouloir la gifler à tour de bras à la suite de cette étrange révélation qu’elle venait de lui faire en riant comme une folle, le désir dansait à nouveau dans toutes ses veines et, en ce moment, il n’en menait pas large devant elle.

 

Tenerife aux Canaries. Le ciel est gris et bas comme la mer. Neptune est en colère et siffle dans les haubans*. Silvio, dont le cœur est en berne parce que Maryse, son équipière depuis six ans, l’a lâché le matin même pour partir avec Paulo de " Plume au vent ", son meilleur ami, qu’il avait eu la bonne idée dernièrement de lui présenter, s’occupe à ranger " Tam Tam ", un ketch* en bois moulé, une petite merveille qu’il a construite entièrement de ses mains et qui fait sa fierté. Il a déjà rempli trois gros sacs poubelles avec des vieux catalogues d’accastillage, des bouteilles vides, des vieilles espadrilles à elle et des trucs à moitié déglingués qu’elle n’a pas pris la peine d’emporter. Puis il les a bien ficelés et les a déposés bien proprement au pied de la benne à ordures qui se trouve au bout du quai. Au retour, assez satisfait de son travail, il a fait sauter la capsule d’une Heineken et a tendu sa bouteille en direction du Teide*, l’un des plus hauts massifs volcaniques du monde :

- A la tienne !

C’est juste après qu’il a entendu une cavalcade sur le ponton en bois et qu’il l’a vue apparaître complètement échevelée et hagarde devant lui :

- Oooh…tu es revenue ! a-t-il fait, plein d’espoir, en lui tendant la main pour l’aider à monter à bord.

- J’ai oublié quelque chose ! a-t-elle dit, en le repoussant tout énervée pour se ruer dans la cabine avant du voilier.

Il en est resté baba, scotché. Puis il l’a entendue qui fouillait en bas, pestant comme une malade pour ressurgir les yeux presque révulsés et hoquetant :

- Qu’est-ce que t’as fait de mon " Doudou " ?

- Poubelle… les trois sacs gris ! a-t-il indiqué du menton, toutes illusions envolées et effrayé par son visage. Ma parole, elle avait pris vingt ans d’un coup.

Puis, elle est repartie à fond la caisse. Alors, il a pris ses mini-jumelles pour suivre la suite des opérations à travers le plexi du dogger*. De là, il pouvait voir sans être repéré, sauf que ses voisins de panne*, Pythagore et Zacharia, aux premières loges, n’en ont pas perdu une seule miette. Ensuite, Il l’a vue stopper sa recherche après avoir éventré le troisième sac, pour en ressortir cette vieille chose de couleur indéfinissable qu’il a été tenté cent fois de virer. Sauf qu’elle ne s’en séparait pratiquement jamais et qu’il n’aurait pas pu lui faire ça. Il l’aimait trop " sa Maryse ". Il aurait fait n’importe quoi pour elle…

- Ma !...c’est pas possible ! C’est quand même pas pour cette saleté qu’elle est revenue ? a-t-il pesté dans un fort accent des Abruzzes*, en regardant pendant un moment la direction qu’elle avait prise à grandes enjambées pour ne plus jamais revenir, et l’objet serré contre son cœur.

Après son départ, le sol autour de la benne était jonché de détritus et complètement écœuré, il a dû refaire les trois sacs.

 

Il la reverra pourtant, cinq années plus tard, aux puces nautiques du Marin* en Martinique. Elle traînait d’un stand à l’autre. Seule.

- On va prendre un pot ! Il était tellement heureux de la revoir, oubliant le sale coup qu’elle lui avait fait. Vraiment, elle était encore plus désirable qu’avant. Deux Carib* plus tard, elle lui avait raconté ses dernières années, et son aventure avec Paulo, qui ne lui avait laissé qu’un bref souvenir nauséeux. Puis, complètement excitée par la boisson, sans doute, et parce qu’il lui avait quand même demandé des explications, elle lui avait avoué l’histoire des sacs poubelles, en se moquant de lui :

- Oui, tu comprends… à chaque fois que tu me donnais de l’argent pour faire les courses, je mettais un petit billet de côté que je glissais à travers le rembourrage, dans mon doudou. Tu sais bien, ce vieux nounours que j’avais…cette affreuse peluche… !

Un petit sourire empreint de cynisme lui a échappé et il a laissé s’écouler quelques secondes. Puis il a osé timidement :

- Ma ! …alors, tu es libre… !

- Et ton doudou, tu l’as toujours ... ? a-t-il rajouté, toute colère envolée et pour dissiper le malaise qui commençait à s’installer.

- Oh ! Non... La fermeture éclair était complètement fichue … et il partait en lambeaux, tu sais ! a-t-elle fait en posant sa main sur la sienne tandis que son regard s’embuait.

 

Le lendemain, sous les coups de six heures du soir, la moussaillonne de Pythagore qui revenait des douches de la marina, trouva Maryse, assise sur le quai, au milieu de tous ses sacs.

- Dis-moi, ma petite Carole, tu peux me déposer sur Tam Tam…

- Pas de problème, puisque nous sommes voisins ! a répondu celle-ci tout sourire et en l’aidant à charger ses bagages dans le canot à moteur.

 

 

*haubans : éléments du gréement dormant d’un voilier, soutenant un mât latéralement et vers l’arrière.

*ketch : voilier à deux mâts, dont le grand mât est situé à l’avant et le plus petit, appelé mât d’artimon est sur l’arrière.panne :

ponton en bois, servant à s’amarrer dans un port.

*Carib : marque de bière antillaise, tropicalisée.

*Teide : prononcer Té i Dé, se dresse à 3718 mètres.

* dogger : appelé aussi " cabane ou niche à chien ". Capote destinée à s’abriter pendant la navigation.

* Abruzzes : région montagneuse du centre de l’Italie.

* Le Marin : le port de plaisance du Marin est la plus grande base nautique de la Caraïbe. Il borde la ville " Le Marin " qui compte actuellement environ 6000 habitants.

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17 janvier 2009 6 17 /01 /janvier /2009 10:31

Pendant un quart de siècle Ana Surret a écrit pour diverses rubriques d'un quotidien régional. Pour elle, il s'agissait de rendre compte, comme témoin, de la vie des autres, de mettre en lumière des situations, des événements, voir se susciter des réactions à ses écrits. Elle a été une "correspondante locale de presse", nom pudique des gens dont on apprécie la collaboration, mais que l'on se refuse d'intégrer comme professionnels.

Aujourd’hui, elle cultive l’écriture sous d’autres formes et d’autres cieux. De passage au café, elle nous a confié cette lettre où il est question du bon usage de la liberté comme principe de résistance aux idées reçues…

 

Ana à Juliette, salut

 

A quoi bon tourner autour du pot, ne vaut-il pas mieux entrer dan le vif du sujet ? C’est d’une certaine manière s’ouvrir la porte de la liberté. Liberté dont je veux t’entretenir puisque tu me dis te sentir enfermée. Certes ce terme de liberté est une notion abstraite et pourtant elle se traduit par des éléments palpables. Mais pour jouir de cette liberté sous la forme du bien propre à chacun, qui peut se trouver très éloignée de l’idée de liberté lorsque celle-ci concerne un groupe, une masse de gens, voire une population toute entière, il faut avoir conscience de son existence.

J’affirme donc que pour jouir de cette liberté dont je veux te parler, il faut tout d’abord que tu définisses, pour bien le connaître et être en mesure de le neutraliser et même de t’en débarrasser, ce sentiment d’enfermement. Du moment qu’il ne s’agit pas d’un empêchement physique à te mouvoir ici et là, cet enferment relève de barrières mentales installées par toi-même, par des évènements ou des influences extérieures, sans que tu en aies eu conscience.

La clef ouvrant la porte sur la liberté n’est pas inaccessible, bien au contraire, ce malgré le sentiment néfaste qui t’habite.

Le fait que tu te sois ouverte à moi est porteur d’espoir et confirme que tu es déjà sur le chemin qui te mènera à cette liberté à laquelle tu aspires ; car cette démarche même, procède de la liberté. En venant vers moi, tu as franchi un obstacle qui te contraignait, tu a donc fait acte de liberté, même si pour toi cette démarche ressemblait plus à une bouée jetée à la mer qu’à cette notion de libre arbitre dont chaque être est investi à sa naissance.

Sache néanmoins que cette liberté est fragile, qu’elle doit être protégée de beaucoup d’ennemis et qu’il est nécessaire que sa flamme soit sans cesse entretenue.

Les règles de la vie en société sont parfois des entraves mais ne représentent que rarement un empêchement à l’exercice de cette liberté. Je ne parle pas bien sûr de situations extrêmes que sont les guerres et les affrontements armés ou non, où la vie d’être humains est en jeu.

Non je me place à l’échelle de la vie ordinaire, celle de " métro, boulot, dodo " qui, à première vue, n’est en rien réjouissante. Même dans ce cas de figure, la liberté dont je te parle existe et le savoir, en user, rend heureux. Et le bonheur est le plus sûr rempart pour sauvegarder sa liberté intime et se protéger de tout enfermement.

Pour atteindre cette félicité, cette jouissance, il ne faut pas brûler les étapes, il faut procéder part petites touches, se contenter d’avancées modestes, car chaque pas fait sur ce chemin doit s’accompagner de la perception aigüe de ce que tu viens de gagner.

Je reprends : métro, boulot, dodo ", derrière cette expression ne réside que peu d’espoir de plaisir, élément forcément associé à la liberté. Pourtant si j’incise entre métro et boulot et insère un élément étranger, par exemple une lecture, non pas de la une des journaux qui, en ce temps de crise générerait plutôt de l’angoisse, mais de quelques auteurs, voire de philosophes anciens, voilà que s’entrouvre une porte vers la liberté. Les mots d’un autre t’interpellent et dans ton esprit, sans contraintes, d’autres mots, des idées se forment. Rien ni personne ne peut les combattre, ils t’appartiennent, font corps avec ton esprit. Toi seule a le pouvoir de les accepter ou de les refuser, c’est l’un des champs de liberté dont tu disposes.

Et cet espace, il faut que tu en savoures l’existence. Nourrie de ce nectar renouvelé à l’envi par l’absorption de nourritures variées constituées de lectures, mais aussi de l’écoute des autres, ton territoire intime de liberté va s’agrandir, devenir plus fertile. Croîtront alors ta sagacité, ton esprit d’analyse, de synthèse, et ta personnalité s’affirmera loin des carcans imposés par ceux qui sèment les " idées reçues ", les " il faut penser ceci ou cela ". La liberté t’habitera.

Mais prend garde qu’elle ne déborde sur le voisin qui lui se retrouverait dans la situation d’enfermement dont tu tentes de sortir.

Porte-toi bien

Ana Surret

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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 18:37


Michèle Molto Courren est une amie d'Yvonne le Meur-Rollet, comme elle prof de français à la retraite. Toutes deux s’associent pour promouvoir un jeune artiste : Kaëm est un de mes anciens élèves, nous dit Michèle, resté paraplégique à la suite d'un accident de ski à 15 ans, un an après le suicide de son père... c'est donc un garçon qui a beaucoup de choses à dire, et certainement une revanche à prendre sur la vie...je l'ai toujours soutenu et aimerait tant qu'il réussisse, ses textes sont très forts ...merci de le faire connaître… " J'ai froid, j'ai faim" est la dernière réalisation de Kaëm.

L’équipe de Calipso vous recommande de lui rendre visite et de l’encourager en allant sur :

http://www.dailymotion.com/video/x80woe_jai-froid-jai-faim-clip-kam_music

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13 janvier 2009 2 13 /01 /janvier /2009 22:13


Alors comme ça, certains conjoncturistes auraient émis l’idée que cette année le Père Noël aurait été plutôt renfrogné et le Père Sylvestre particulièrement grognon et qu’à présent le Blanc serait maussade, que les Soldes battraient de l’aile et que le meilleur de la crise serait derrière nous…

Contrairement à nos voisins, nous, au café, résistons mieux. Ce n’est ni un don du ciel ni le fruit du hasard mais tout simplement parce que des milliers de braves gens n’hésitent pas à venir ici mouiller leur chemise (même le dimanche) pour dépasser le ressentiment et que des choses vraiment importantes soient entendues…Jean-Claude Touray est là ce soir pour en témoigner.

 

 
Pour Noël, mon contrat prévoyait que j’incarne, avec les andouillers en éventail, le seul renne de l’attelage de Papa Christmas ayant échappé aux compressions de personnel. Tu sais bien, le p’tit Rudolf au nez rouge. Un rôle passionnant et une vraie rente de situation : "  Seul pour tirer le traineau, seul pour pomper le vin chaud ".

Idyllique. Sauf qu’Auguste, le clown vedette, s’étant tordu le pied le 23, ne pouvait plus marcher. Gros, très gros problème. Il était Père-Noël commis d’office le 24 au soir dans une maison de retraite, pour distribuer aux pensionnaires les cendriers-cadeaux offerts par la Manufacture des Tabacs et Allumettes. J’étais, soi-disant, le seul comédien fumeur de la troupe à pouvoir le remplacer au pied levé … adieu donc ma prestation de caribou solo.

Père Noël d’un soir pour rendre service, j’ai enfilé la houppelande, chaussé les bottes et la barbe, et tiré moi-même le traineau jusqu’à l’institution Jeanne Calment, mais le cœur n’y était pas. J’ai déposé les cadeaux à côté des charentaises, disposées en rond autour du sapin de carton. Pour ceux et celles qui voulaient utiliser leur cendrier tout de suite, il y avait de quoi fumer. Les tables se sont organisées spontanément pour un concours de crapette et je me suis échappé vite fait, après avoir signé la feuille de présence et branché Tino Rossi en boucle sur " Petit Papa Noël ".

Je me suis dit en partant : on va bien voir ce qui me sera proposé, pour l’Epiphanie et les galettes de janvier des comités d’entreprise. Ils ne vont tout de même pas me donner à jouer Melchior, Balthazar ou le roi Gaspard !

S’ils me sucrent le rôle du chameau, je les assigne aux prud’hommes. Je suis, par contrat, une bête de scène, il ne faudrait pas l’oublier.

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11 janvier 2009 7 11 /01 /janvier /2009 14:09


Primé lors du dernier concours Calipso pour sa nouvelle " Avec les anges " Patrick Denys, de passage au café, nous propose aujourd’hui un texte haut en couleurs où il question (entre autre) du travail le dimanche…

 

 

Chez nous, on est des gagne-petit, mais on n’a pas peur du taf. C’est ce que me disait mon grand-père. Je l’aimais bien, mon grand-père. Avant de calancher, il y a trois ans, il a signé un CPM. Un contrat post mortem, qu’on m’a dit. Moi, je l’ai trouvé chelou son plan. T’es mort, mais tu continues à bosser. Ces bouffons de la Municipalité, ils ont expliqué à mes vieux que c’était pour compenser ceux qui travaillaient pas assez ; et pour les énergies durables. On t’enterre, cool, et on te met plein de tuyaux. Un truc comme le pet des vaches, tu vois ? On récupère les gaz et ça fait du courant électrique.

Pendant deux ans, mon grand-père a éclairé la tour. Mais ils l’ont licencié l’hiver dernier. Un bâtard des services municipaux est venu nous expliquer qu’il avait déconné grave, dans son trou.

Moi, j’avais bien vu, au moment des fêtes qu’il y avait comme une embrouille. Tout le monde avait décoré ses fenêtres et le sapin de la cour au pied de l’immeuble, avec des guirlandes de couleur et des ampoules, des bleues et des vertes un peu pisseuses, qui consomment moins. La nuit de Noël, ça s’est mis à scintiller, sans prévenir, avec des sautes d’humeur et de courant dans tous les coins, comme des pétards mouillés au feu d’artifice.

Alors ils ont voulu virer mon grand-père ; pour ça, il leur fallait de la jactance et du papelard. Comme le pauvre vieux n’avait plus de présent et encore moins d’avenir, ils sont allés lui chercher des poux chez Edvige. Au début, ça n’a rien donné : Un passé d’enfant de chœur – pendant deux ans seulement – un relevé de carte bancaire, quatre PV pour stationnement dépassé, une carte d’adhérent à la Pétanque Saintouennaise, des résultats à des tests psychologiques, enfin, rien qui explique la galère de Noël. Jusqu’à l’ouverture du fichier médical et la découverte du pot aux roses : Mon papy était pétomane. A l’heure même où l’on entendait les cathos du quartier s’égosiller avec leur enfant Jésus, tout avait explosé dans la caisse.

Mon père venait de changer de boulot. Avant, il était livreur chez MAD. Une boite qui faisait dans le sous-tif et les chaussettes. Un soir, le grand patron a voulu essayer le parachute qu’on lui avait offert et il a sauté du dernier étage. Le cadeau s’est mis en torche et ça a fait une tâche rouge sur le trottoir. On a dit aux gens qui s’étaient fendu du cadeau d’aller se faire voir chez les roumains. Mon daron a préféré aller chez BALIMEG. Tous les jours, il se fait le quartier des Grands Magasins avec une machine à ramasser les mégots. C’est pour les gens qui sortent des bureaux à la pause de 10h. pour aller fumer et bavasser sur les trottoirs. La machine gobe les bouts filtre et pisse un petit coup. Pour nettoyer. Pour gagner plus, mon père a obtenu de son chef quelques heures sup. En promenant sa machine sur le trottoir, l’air de rien, il repère tous les tire au cul qui font durer leur pause, c’est vrai ça, y en a toujours qui abusent. Il note sur son carnet et, le soir, il va cafter à la Direction.

Avec tout ça, c’est plus comme avant à la maison. Dans les tours, y a pas grand-chose à faire le dimanche. Avant, mon daron nous emmenait, avec la mère, à la pêche aux moules, un restau du onzième. Parfois, on allait au Père Lachaize. Pour les escargots, quand il pleuvait. C’était pas génial mais on rigolait bien. Ca faisait passer le temps et ça nous faisait comme un dimanche. Il arrivait qu’on reste à la maison. Les parents buvaient du ricard ou s’engueulaient avant de bouffer des popcorns devant la télé. On se disait rien, mais ils étaient là. Moi, ça me tenait chaud.

Quand mon papy a fait ses conneries, avec son CPM on a perdu le beurre des épinards. Jamais le frigo n’avait été aussi sec. La mère a dit qu’à ce régime, on n’arriverait pas à se payer l’écran plat et le canalsat. Alors, elle a décidé d’aller travailler le dimanche. Avec mon daron, ils ont trouvé un complément, comme ils disent, au  bonheur de vivre. C’est une galerie marchande. Ouverte le dimanche pour les gens qui ont pas assez dépensé pendant la semaine. La mère s’y est trouvé une planque à l’animalerie. Au rayon des hamsters et des poissons rouges. Le père fait le vigile. Il flique les clients à la sortie du magasin. Ceux qui ont oublié de passer à la caisse.

Fini les moules frites et les escargots. Tu te retrouves en chien dans ta tour, avec la téloch qui gueule à tous les étages. Mes vieux m’ont dit d’en profiter pour travailler mon BEPC. Mais moi, je flippe grave quand il y a plus personne. Au début, je me suis goinfré toutes les chaînes de la télé, mais les films c’est toujours pareil, des mecs avec des bagnoles et des pétards, t’as toujours une ambulance avec le gyrophare pour faire du bleu et le méchant qui se fait griller par un gros black, un flic avec une casquette et une étoile.

Alors, je me suis arraché. Le métro jusqu’à République, affaire d’aller renifler autour de la pêche aux moules. Comme avant. C’est là que je l’ai vue, ma petite rate. Elle faisait bishop, avec sa robe rouge, au comptoir du Brazza et elle se tapait son demi comme une grande. Au premier coup d’œil, c’était pas un canon. Bien chargée la meuf. Côté fesses et nichons, c’était du lourd. On s’est pas dit grand-chose, mais on s’est plus quittés. Elle s’appelle Rania. Une crème. Et douce avec ça. Dans les yeux et sur la peau. En sortant du Brazza, j’ai compris qu’on allait s’embarquer pour un bail. Rania n’était pas seule. Il y avait Angélo et Nécib. Ils assuraient bien ; moi je faisais un peu bouffon. Ce matin là, je me suis mangé des vannes, des histoires de futal et de  pompes ; j’avais tout faux. J’ai dit à Rania qu’on se reverrait le dimanche.

Quand je suis rentré à la tour, les parents n’étaient pas encore revenus de leur bonheur de vivre. J’en ai profité pour descendre à la cave. Dans une vieille caisse, ils avaient rangé des trucs qu’on sort qu’aux grandes occasions. J’ai trouvé l’argenterie du mariage, avec des porcelaines et des pinces à sucre ; comme si on avait besoin de ça pour se sucrer ! En rien de temps, j’ai tout vendu au vide grenier, sur la place de la mairie. Et j’ai filé chez Go Sport.

Quand je l’ai retrouvée, le dimanche d’après, Rania a tout de suite zieuté mes adidas et mon baggy tout neufs. On a bu de la bière et on est partis aux Puces ; Angélo et Nécib disaient qu’ils avaient un rancard pour une histoire d’herbe et de je n’sais pas quoi. Quand on est arrivés, ils étaient toute une bande. Ils ont commencé à coller Rania et moi, j’ai pas aimé. Je lui ai dit qu’il fallait partir, qu’on irait dans un restau sympa. Je l’ai emmenée à la pêche aux moules et on s’est régalés avec des frites. Comme Rania disait rien, j’ai pensé à mes vieux, aux poissons rouges, aux hamsters qui tournaient dans leur cage et à tous les conards qui allaient se faire griller par mon daron pour avoir oublié de raquer à la caisse, il manquerait plus que ça, que le Bonheur de Vivre soit ouvert le dimanche et que ça soit gratos !

Avant de la quitter, j’ai demandé à Rania son 06. Elle m’a dit qu’elle en avait pas, qu’elle n’avait plus rien, plus de fringues et même pas d’eau chaude dans sa piaule pour se laver les cheveux. Elle m’a tout déballé, ma Rania, les parents qu’elle voit plus depuis que son père l’a virée, dehors c’est pas plein qu’il lui a dit ; et puis la galère à la pizzeria, avec les coups de gueule du patron et l’envie, parfois, de plus rien.

Le dimanche d’après, on s’est rencardés avec Nécib ; et on s’est tapé un Châtelet – Concorde. Par Rivoli. Je voulais faire une belle  surprise à Rania. Angélo m’a dit qu’on se retrouverait tous, vers les cinq heures, dans la planque qu’ils avaient au Forum des Halles. Nécib m’a montré comment s’y prendre pour la fauche. Au début, j’angoissais grave, et puis c’est venu tout seul. On reluquait le client dans un troquet, en repérant bien où il planquait son portable, ou son portefeuille. Il n’y avait plus qu’à le suivre, sur le trottoir. En skate. Moi, je bousculais le type au moment de le doubler, Nécib faisait le reste. Et on se retrouvait au Rialto. Trois mobiles et un portefeuille bien garni, en deux heures. C’était cool. En fin d’après midi, on a rejoint la bande, à la planque des Halles. J’avais hâte de faire mon cadeau à ma petite reine. Un super nokia, tout chromé, avec son étui en cuir. Mais, quand on est arrivés, j’ai pas eu besoin de dessin pour comprendre l’embrouille. J’ai vu tout de suite le regard foireux d’Angélo et j’ai compris qu’il avait ambiancé ma petite rate, le salaud, mais ses yeux à elle disaient qu’elle avait pas voulu.

On s’est expliqué cash, avec Angélo et ça a tapé dur. Il aurait pas dû sortir sa lame, moi j’ai eu peur et j’ai pris ce que j’avais sous la main. Une barre de fer. J’ai dû lui éclater la tête, ça pissait le sang de partout. Après je sais plus. Il y avait plein de monde autour de l’ambulance. Moi, on m’a embarqué dans la boite de six.

 

- Quel âge as-tu ?

- Quinze ans.

- Tu as une idée de ce qui va t’arriver, maintenant ?

- Non, m’sieu.

- Monsieur le Juge.

- Non, Monsieur le Juge. Est-ce que je pourrai voir Rania ?

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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 18:06

Concours de nouvelles Calipso 2009
h
uitième édition

Le thème proposé aux auteurs est :

 

" Si proche, si lointain "

 

 Ce concours de nouvelles est ouvert à tous, sans distinction d'âge, de nationalité ou de résidence.

Les textes soumis pourront avoir fait l’objet d’une publication préalable sous quelque forme que ce soit à charge pour les auteurs de vérifier s’ils sont libres de droits.

Le format des nouvelles devra être compris entre 1500 et 2000 mots (plus ou moins 10%)

Les œuvres seront appréciées par un jury de cinq membres composé de personnalités choisies par l’association Calipso en fonction de leur talent pour l’écriture ou la lecture.

Le jury procédera à une première sélection de 10 nouvelles dont les titres seront annoncés sur le site Calipso en septembre 2009.

Dans un second temps, trois grands prix seront attribués pour un montant de 600 € (dont 250 € pour le premier, 200 € pour le second et 150 € pour le troisième). Les 10 nouvelles distinguées seront publiées sous forme de recueil au cours du dernier trimestre 2009. Elles seront également présentées au public et mises en voix et en musique par des comédiens et musiciens lors d’une soirée " Nouvelles en fête " en octobre 2009. Les lauréats seront prévenus par téléphone au moins 15 jours avant la soirée.

Les auteurs primés s’engagent à ne pas réclamer de droits d’auteur autre que le prix reçu à l’occasion de ce concours. Les nouvelles, primées ou non, restent libres de droits.

Le jury et l’association Calipso se réservent la possibilité d’annuler le concours si la participation était jugée trop faible. En ce cas, les droits de participation et les manuscrits seraient renvoyés à leurs auteurs aux frais de l’association Calipso.

 

Pour participer

Les nouvelles présentées au concours sont limitées à  deux par auteur. Chaque texte présenté sera rédigé en français, dactylographié, agrafé et expédié en cinq exemplaires. Ni le nom, ni l'adresse de l'auteur ne devront être portés sur le ou les textes. Par contre, sur chaque feuille du texte, en haut à droite, l'auteur portera un code de deux lettres et deux chiffres au choix (exemple : AB/10). Ces deux lettres et ces deux chiffres seront reproduits sur une enveloppe fermée à l’intérieur de laquelle figureront le nom, l'adresse, le téléphone et l’adresse mail de l'auteur ainsi que le titre du texte (ou les titres, un code par titre).

Les droits de participation sont fixés à 5 Euros par nouvelle. (chèque libellé à l’ordre de Calipso). Deux enveloppes timbrées à l’adresse de l’auteur devront également être jointes à l’envoi. (une pour l’accusé de réception de la participation et une pour l’envoi du palmarès).

La date limite de réception des œuvres est fixée au 30 juin 2009.

 

Calipso - 35 rue du Rocher 38120 Fontanil Cornillon, France

Une rubrique " Concours de nouvelles 2009 " est crée sur ce site pour informer, commenter, questionner et suivre l’évolution du concours. Nous vous souhaitons une agréable participation.

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6 janvier 2009 2 06 /01 /janvier /2009 19:55


En ce début d’année, le Pythagore refait surface. Son capitaine, Suzanne Alvarez poursuit la narration des péripéties de l’équipage sur presque toutes les mers de la terre et de quelques illustres débarcadères pas forcément complaisants… Rappelons tout de même ici que les nouvelles du Pythagore ne nous parviennent pas en temps réel, que certaines s’attardent en route ou se dispersent au gré des vents et des rencontres avant de refaire surface comme bon leur semblent, quelquefois du côté d’un café nommé Calipso …



Tous les mêmes !

 


Suffoquée par la violence de cette interpellation, Anna qui guettait la scène, planquée derrière le rideau d’un hublot du carré, demeura un instant le souffle court puis, recouvrant ses esprits, se remit à son ouvrage comme si de rien n’était, avant qu’il ne déboule, et pour ne pas qu’il vît son visage de gêne et de commisération. L’aiguille de la machine à coudre allait et venait en un beau point de zigzag, à travers le tissu rêche. Une belle qualité de toile qu’ils avaient choisie ensemble à Port Of Spain* pour la confection d’un nouveau taud* de soleil et de pluie.



- C’est encore elle qui trinque ! Cette fois-ci, je ne laisserai pas faire ça !

- Oh ! ça… ne me fais pas croire que si la fille était moche, tu te précipiterais…

- Mais ma parole, tu es jalouse !

- Moi, jalouse ?...

Il ne l’écoutait déjà plus. Il avait sauté dans le youyou pour couvrir, à la rame, les quelques mètres qui séparaient Pythagore de " Petit Loïc II ".

- Tous les mêmes ! soupira-t-elle, en se replongeant dans sa couture, tandis que son imagination se fixait sur la petite blonde au visage meurtri qu’elle avait rencontrée quelques jours plus tôt, à la capitainerie du port de Chaguaramas* et qui, en ce moment, faisait encore les frais de l’autre brute.

- C’est votre mari qui vous a fait ça ?

- Oh !... Vous savez ! s’était-elle écriée dans un sanglot de souffrance. Puis, elle s’était ressaisie et était même intervenue pour prendre sa défense lorsque le fonctionnaire de la République bananière de Trinidad* avait voulu confisquer ses passeports et son carnet de francisation*, et tout ça, parce qu’elle avait eu l’honnêteté de déclarer Iris, la chatte de Pythagore, qu’il voulait mettre en quarantaine, malgré le carnet de vaccins en règle qu’elle lui avait fourré sous le nez.

- N’empêche que si elle n’avait pas été là cette pauvre fille, ce sale British t’aurait fait enfermer hein " ma Pépette " ! reconnut-elle, en s’adressant à la chatte étalée de tout son long sur le tissu bleu.

Le ton sur lequel elle lui avait dit : " Non, mais ! On vous a pas sonné ! Mêlez-vous de vos oignons ! " suivi d’un coup de pied dans la figure qu’elle lui avait balancé, à travers les filières du cata*, avait fait se dresser sur la tête de Marc, un épi comme la crête d’un oiseau irrité, en même temps que la marque d’un gnon au-dessous de l’œil. Quand il remonta sur Pythagore, Anna, à son air, eut comme l’intuition qu’il s’était mis tout à coup à haïr toutes les femmes. Il est vrai que jamais une telle aventure ne lui était arrivée.

Néanmoins, il sut se dominer et joua la décontraction sous un sourire bravache :

- Tu as bientôt terminé… Je sens que ce taud va être super…Elle est vraiment belle cette toile, tu ne trouves pas ! fit-il, palpant le tissu. Demain, je poserai les œillets* !

Et, comme elle ne répondait pas, il alluma une cigarette en même temps que la station de radio anglaise pour faire diversion, et afin de ne pas fournir à sa femme l’occasion d’une remarque.

La voix de Mike Jagger mourait, divine, sur ces derniers accents : " Angie, Angie, they can’t say we never tried "*.

Alors, elle se sentit tout à coup, peut-être à cause de cette voix et de cette musique dont ils étaient dingues tous les deux, envahie de douceur et de mansuétude :

- Et si tu m’aidais à le replier ce taud sublime ! lança-t-elle en relevant un peu la tête mais n’osant encore le regarder vraiment en face.

Un soulagement presque palpable se répandit autour de la table, où la lumière de la lampe Coleman faisait ressortir l’acajou du bois. Pendant qu’ils tenaient chacun une extrémité de la toile d’un bout à l’autre du carré, tirant par petites secousses chacun de leur côté, ils s’étudièrent l’un et l’autre avec une ombre de complicité dans le regard et se mirent à pouffer de rire.


*Trinidad
  : île des Antilles au large du Venezuela, qui forme, avec l’île de Tobago toute proche, un Etat membre du Commonwealth.

* Port Of Spain : capitale de Trinidad.

* Chaguaramas  : haut lieu du bricolage nautique. On s’y arrête pour caréner, exécuter de gros travaux…

*francisation  : reconnaître à un navire le droit de porter pavillon français en l’inscrivant au registre de francisation.

* taud  : abri en toile imperméable tendu au-dessus de la bôme, pour protéger de la pluie et du soleil (quand on est au mouillage).

*œillet  : bague métallique destinée à passer les cordages, pour tendre fermement le taud.

*cata  : catamaran, voilier fait de deux coques accouplées.

 *Mike Jagger : chanteur britannique du célèbre groupe de rock des années 60, les Rolling Stones. * Angie, Angie, ils ne peuvent pas dire que l’on n’a jamais essayé.

 

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4 janvier 2009 7 04 /01 /janvier /2009 14:49

Jean-Pierre Michel est un de ces habitués du café que nous ne connaissons pas ou si peu… On peut dire qu’il aime bien la série " Transit " et d’ailleurs quelques jours avant " Les fêtes " il est venu déposer au comptoir une variation poétique sur ce thème puis est reparti vers ses terres sur la pointe des pieds, sans un mot…

 

 Le train

 

Dans les matins mouillés par l’haleine de brume

A l’heure d’aborder le pénible parcours

Les ombres ont surgi des gigantesques tours

Pour longer d’un pas vif les chemins de bitume.

 

Sur le quai de la gare, à l’approche du train

Se prépare l’assaut, qui vous prend, vous soulève

Et vous porte aux instants d’un voyage sans rêve

Où l’élan du sourire a perdu son entrain.

 

Hissé dans le wagon sous la poussée brutale

Au son d’accordéon qui engendre l’ennui

Chacun, sur le trajet, vient poursuivre sa nuit

Quand se ferment les yeux jusqu’à l’ultime escale.

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2 janvier 2009 5 02 /01 /janvier /2009 11:15


Un nouveau " Transit " pour entamer 2009, ça vous dit ?

 


La rumeur allait bon train. Ils allaient frapper. La menace était venue du bout du pays. Une promesse de châtiment décrétée par un obscur illuminé. La plupart des journaux en avaient fait leur une. On se disait que cette fois c’était pour de bon. A la ville comme à la campagne, il n’y aurait pas de différence. Le réseau ferré était en ligne de mire et la police l’avait minutieusement maillé. Prête à bondir en temps voulu. Le voyageur ordinaire était exhorté à rester chez lui et à suivre la bataille du rail sur son poste. Dans les wagons on faisait mine de ne rien voir mais chaque jour l’espace de circulation se rétrécissait et l’horizon devenait toujours plus incertain. La lumière elle-même finissait par s’amenuiser. Malgré tout, les migrations quotidiennes ne se réduisaient pas de façon significative et ils étaient encore des milliers d’anonymes à ne pas vouloir s’en laisser conter. Têtes en avant et portables en poche, les journaliers n’hésitaient pas à railler tout ce qui portait uniforme, défendant becs et ongles leur droit à circuler et à être les premiers témoins de l’histoire. A travers le mince interstice qui subsistait, ils guettaient, cœur battant, l'incident qui enclencherait la bascule. Aucun d’entre eux ne s’imaginait pouvoir être pris comme cible et encore moins soupçonné de fomenter un quelconque trouble de l’ordre public. Pourtant, dans un foisonnement de caméras pétaradantes et un déluge de témoignages explosifs, une poignée de ces méchants rebelles allaient être isolés du lot, chargés des pires forfaitures et sommés de se ranger, sans accommodements ni compromis possibles, aux exigences de la nouvelle souveraineté… jusqu’au branle-bas suivant.

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31 décembre 2008 3 31 /12 /décembre /2008 14:23

Quelques doigts affairés sur le clavier, un œil bercé par l’écran, l’autre égaré derrière le miroir des mots… Comment terminer l’année sans saluer toutes celles et ceux qui l’ont faite, qui l’on racontée, éclairée, commentée, poétisée et  accompagnée au gré de leurs humeurs chez le voisin ou la voisine… Merci à vous tous et particulièrement à :

Danielle Akakpo, Suzanne Alvarez, Ernest J. Brooms, Jean Calbrix, Nicole Cavazza, Stéphanie Cornu, Olivier Delau, Alain Emery, Régine Garcia, Dominique Guérin, Sylvette Heurtel, Corinne Jeanson, Jacques Lamy, Jean-Paul Lamy, Yvonne Le Meur-Rollet, Gilbert Marquès, Dominique Mitton, Annie Mullenbach-Nigay, Cédric Studer, Marielle Taillandier, Jean-Claude Touray, Ysiad et Julie.

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso expression
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