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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 10:30

La lettre secrète de Barack à Jacques, que vous avez toujours rêvé de pouvoir lire (pour faire la nique à Nic’) (Traduite par la correspondante de Calipso)

 


My dear Jacques (Mon cher Jacques),

 

I will try to write in French (Je vais essayer d’écrire en français). Ta lettre, elle m’a fait vraiment beaucoup plaisir. Je l’ai piquée sur le mour de ma chambre tellement j’étais content que tu m’écrevisses et mon moral, il a été vraiment bousté au milieu du fucking mess (joyeux désordre) que l’autre type il a laissé partout derrière loui. Dingue. Incredible ! J’ai doû passer toute la White House (Maison Blanche) au Javel laCroix (Javel laCroix) avant de t’écrire, et pouis ça pouait la saucisse grillée dans la couisine, fuck (flûte). L’odeur des saucisses grillées, c’est vraiment fucking bull shit (un peu pénible).

 

Je t’écris pas seulement pour te raconter mes malheurs mais pour te dire que j’approuve l’action de ta fondation pour le dialogue des coultoures. We do agree on this point (Nous sommes d’accord sur ce point). C’est very very important (très très important), le dialogue des coultoures. Il faut que les coultoures, elles dialoguent bien. Si les coultoures, elles avaient bien dialogué, il y aurait encore tout plein d’Indiens dans les prairies et des teepees (tipis) et des bisons aussi (1). Sans dialogue des coultoures, c’est la crisis (criiiiiiise). Prenons two men (deux hommes) qu’ont vraiment rien à voir, et mettons-les face à face : On the left hand side (à gauche) a métis (un beau métis grand et athlétique, élancé, élégant et au sourire si doux, Ulysse en mieux et en beaucoup plus sexy), on the right hand side (à droite), an awful bloody little pignouf (un type genre schtroumpf) who messes around like a bloody fucking bad boy (qui fout la merde comme un sale môme mal élevé) : I bet you that in less than two minutes, they would fight each other (j’ te fiche mon billet qu’en moins de deux minutes ils vont se tarter la gueule) (surtout si le grand beau métis séduisant sait que le schtroumpf a pas arrêté de s’empiffrer de saucisses avec son prédécesseur, un faux cow-boy à vraies Ray-Ban 2).

 

Je t’envoie avec beaucoup de plaisir qui est le mien un petit chèque de don (20 000 000 dollars) pour le dialogue des coultoures ainsi qu’un colis de pop corn à manger devant la télé, (as I read somewhere that Bernadette was a bit reluctant to cook on Sunday night) (parce que la Bernadette elle se met en grève le dimanche soir rapport à la bouffetance).

Good (Bien).

Ton action, laisse moi te dire qu’elle est vraiment vachement cool et que tou es un vraiment good guy, (chic type), et que tou tapes vraiment trop bien sour lé cul (ass) des vaches. On a plein de points communs. Comme toi, I love la tête de veau sauce Gribiche. Come over whenever you want (passe me voir quand tu veux), we’ll go to the Hullahoops (on ira au Hullahoups).

Bye bye, my friend (au revoir, mon ami)

A kiss to Sumo. (la bise à Sumo)

Yours, (Ton)

Barack (Barack)

 

1 Note perso de la traductrice.

2 Note perso de la traductrice.

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5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 19:13

Alors que l’horizon commençait à s’affoler et que les éclairs fusaient, le capitaine Alvarez sentit l’odeur de la terre mouillée remonter jusqu’au Pythagore. Elle vira de bord et mit le cap vers ...
                                                   L’île aux deux visages

 

Saint-Martin/Sin Marteen  Ici, tout est double : deux noms, deux langues, deux monnaies, deux zones, deux styles de vie…

C’est du côté hollandais de l’île, à Philipsburg* que je l’avais rencontrée par le plus grand des hasards. Elle sortait de l’aéroport " Princess Juliana " en même temps que la moussaillonne qui venait passer ses vacances universitaires. Dans l’avion, elles avaient voyagé toutes deux de concert et avaient sympathisé. Et comme elle cherchait à se rendre au Beach Plazza, un hôtel situé dans la partie française, à deux pas de la Marina Royale où notre voilier était ancré, je m’étais proposé de l’y conduire en voiture. Puisque c’était notre chemin.

 

Dès ma première rencontre avec le Docteur Gwladys, s’était établi un échange qui allait bien au-delà des mots, puisqu’elle s’exprimait dans un français assez approximatif. Mais c’était certainement la femme la plus civilisée, la plus élégante, la plus charmante que j’aie jamais rencontrée depuis bien des années. Délicate et sensible, la vulgarité, la bassesse, l’indifférence lui étaient inconnues. Elle était Suédoise, venait se reposer pendant un mois tous les ans à Saint-Martin* dont elle était tombée amoureuse, descendait toujours au même hôtel et réservait toujours la même chambre, avec vue sur le lagon. Aussi, quand elle me demanda de l’aider à perfectionner son français, car elle avait dans l’idée d’acheter une résidence secondaire à Marigot* pour sa retraite future, je n’hésitai pas un seul instant. Et puis, ça me changeait un peu de toute la faune des gens de mer qui différaient assez de ce que nous avions connus jusque-là et qui traînaient sur les chantiers, venus atterrir ici, dans cet endroit perdu, pour se planquer, traficoter avec la drogue ou simplement retaper et vendre leur bateau, ou même trouver un travail pour pouvoir continuer leur périple autour du monde. Sans compter que Carole était ravie de savoir sa mère en si bonne compagnie. Marc s’activait pendant toutes ses journées à la réfection de Pythagore qui avait subi de gros dégâts pendant le cyclone Luis*. De mon côté, je travaillais à mi-temps six jours sur sept comme secrétaire-comptable dans un magasin de fripes de la Marina, chez une espèce d’escroc qui revendait à prix d’or, aux Américains de passage, des vêtements achetés au kilo à Taïwan.

 

Je me souviens que son visage, d’une exquise finesse, avait eu un léger mouvement de répugnance quand je lui avais proposé de l’initier, pour un début, au langage de la rue, ce qui lui permettrait, dans un premier temps, de se débrouiller pour faire son marché, demander son chemin, acheter un ticket de cinéma, et que sais-je encore. Elle m’avait regardée comme si elle venait d’échapper à un grave accident ou que j’avais provisoirement perdu la tête, puis elle m’avait dit d’un petit air chagrin :

- Oh ! No… please… pas de ça ! Le beau français… moi je veux !

J’avais donc opté pour un langage un peu soutenu, en m’excusant presque de l’avoir froissée.

Elle arrivait dans l’après-midi, sous les coups de 15 heures 30, après sa sieste - et bien après que j’eus terminé mon travail- les pieds nus, à petits pas douillets sur le sable, et installait gracieusement son pliant entre ma fille et moi,  et nous devisions, heureuses, comme de grandes amies qui se connaissaient depuis toujours. Je lui parlais de mes voyages et elle me parlait de sa vie professionnelle surtout, de l’hôpital où elle exerçait, pendant que la moussaillonne lisait ou se baignait la plupart du temps pour ne pas gêner la leçon.

Gwladys s’exprimait lentement d’une voix douce un peu faible et hésitante, mais qui donnait aux choses dites un charme et un intérêt extrêmes, et écoutait avec religion les bons conseils que je lui prodiguais sur la façon de bien s’exprimer dans la langue de Molière.

Au début, j’étais assez obsédée par la crainte de lui déplaire, mais par la suite, elle se mit à nourrir à mon égard, l’admiration respectueuse d’un élève pour le maître dont il a choisi de suivre les traces. Et puis aussi, sa gentillesse, toutes ses petites attentions, avaient fini par me mettre à l’aise et me convaincre de son amitié. Je n’étais pas fière, mais simplement j’étais assez contente de moi car elle progressait de jours en jours.

 

Le souvenir de cette femme si distinguée de cinquante ans me revient souvent. Mais je suis restée sur cette dernière scène, cette dernière image d’elle, ses derniers mots qui sont restés fichés en moi, telle une flèche. Alors que du bout des doigts notre délicieuse amie venait de nous envoyer un petit baiser très triste avant de passer le portail de contrôle de l’aéroport, elle proclama, soudain, avec une emphase qui lui tenait de conviction, pour nous souhaiter bonne chance, sans doute, et en agitant vigoureusement le bras :

- Et je vous dis merde !

 

 

*Saint-Martin/Sin Marteen : île des Caraïbes séparée en 2 parties : française au nord et hollandaise au sud, découverte par Christophe Colomb le 11 novembre 1493. Elle se trouve à environ 250 km de la Guadeloupe et appartenait, avant février 2007, à la Guadeloupe, mais depuis, elle dépend surtout de la France métropolitaine car son statut a changé. L’île compte actuellement environ 30 000 habitants (dont 6000 côté français) pour 53,20 km2 les deux côtés confondus.

*Philipsburg : capitale de Sin Marteen, partie hollandaise de l’île.

*Marigot : chef-lieu de Saint-Martin, partie française de l’île.

*Luis : cyclone de forte intensité (classe IV) qui a ravagé, le 5/9/95 une partie des îles du Nord de la Caraïbe et notamment Saint-Martin/Sin Marteen et Saint-Barthelemy.

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Histoires d'eau
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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 19:02

La gare était noire de monde et une immense clameur s’élevait de ses entrailles. Les hommes de garde avaient depuis longtemps actionné l’alarme et les douaniers pris possession des quais. De très loin, on pouvait l’entendre braver le supplice des sables. Le convoi, chargé des semences bien fumantes de l’humanité, paraissait toujours plus monstrueux à chacune de ses apparitions. Crevant la cuirasse des ténèbres, il surgissait dans un déchaînement de poussière et d’écume. Des milliers d’étincelles griffaient les rails, et quand l’air était particulièrement lourd, le feu prenait sur les tumulus. La foule des affamés, oublieuse de tout, s’enivrait de ces flammes paradisiaques et entonnait à son approche d’envoûtants cantiques. Sûre de sa bonne fortune la soldatesque écoutait sans broncher. Ses armes hautement aiguisées avaient le pouvoir d’aveugler les plus fervents. Les anciens disaient que la nuit finissait toujours par tout envelopper et plus d’un bienheureux se perdait avant même d’atteindre les aires de déchargement. Des missionnaires ouvraient parfois une brèche pour recueillir une poignée d’illuminés. On se battait pour en être, seule échappée possible pour engranger la terre et se sentir pousser des ailes.

Il n’avait jamais cherché à attirer l’attention sur lui mais le sort l’avait choisi et il lui fallait faire preuve de reconnaissance en restant constamment à portée de main de ses protecteurs. Il comprenait mal leur langue et il lui arrivait souvent de rester bouche bée ou de transpirer à grosses gouttes quand ils l’instruisaient des recoins de leur âme. Sa nouvelle condition lui donnait accès aux plates-formes de transfert et à quelques entrepôts privés. C’est là, au milieu des caisses et des ballots que certains soirs, tête et corps repliés, il lui fallait s’abandonner à la chaleur des dieux.

Souvent il avait eu envie de fuir et peut-être l’aurait-il fait s’il n’y avait eu cette voix qui lui martelait les tympans, ne l’abandonne pas, elle a besoin de toi… Et tandis que sur les aires on palabrait sur le partage des dons, il l’imaginait saignée par le mal et dépossédée de sa superbe et plutôt que de mendier à son tour sa part, il ravalait ses grimaces de haine, chassait les papillons cendrés qui gonflaient ses paupières et partait à l’assaut des wagons du paradis. Son épouse réquisitionnée pour les besoins des compartiments spéciaux y allumerait forcément un jour une petite torche.

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Transit
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1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 16:56

Qelques photos et un peu de musique avec Georges Moustaki
pour accompagner ce premier jour de mai...
   


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Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso expression
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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 17:57

L’autre nuit j’ai fait un rêve vraiment bizarre, et comme il y avait encore de la lumière derrière la porte de Calipso, j’ai frappé trois coups brefs. Patrick m’a ouvert et m’a proposé une menthe à l’eau que j’ai bue bien fraîche, avant de lui raconter mon rêve.  Ysiad

 

 

" Il s’agissait d’un grand monsieur très riche qui s’ennuyait tout seul à fumer ses gros cigares dans son bureau trop grand sous son plafond trop haut parmi sa collection de splendides statues italiennes et de tableaux de maître. Tout était triste, tout était terne, tout était beaucoup trop triste et terne. Il se morfondait. Sa holding pétait la forme, toutes ses sociétés marchaient du feu de Dieu, elles rapportaient beaucoup trop de dividendes qu’il ne savait où placer, il ne savait plus que faire de tout son fric, il en avait marre de prendre des bains tous les soirs au Dom Pérignon, de s’étaler sur son canapé les pieds posés sur des peaux de bête, et puis racheter encore un yacht de cinquante mètres de long avec du marbre à l’intérieur, franchement, c’était la barbe. Il avait fait le tour du monde dans tous les sens, il avait tout vu, il était allé serrer la pince à tous les Présidents du monde, il avait photographié avec son Nikon dernier cri toutes les plus belles montagnes et toutes les plus impressionnantes cascades en hélicoptère privé, les Seychelles il connaissait par cœur, il y allait tous les ans, l’île Maurice aussi, les Maldives, les Moustiques, les Marquises n’avaient plus de secrets pour lui, quel ennui ! Bon, le sable était doux, certes, sur les plages de Bora-Bora, et puis après ? Non, vraiment, il n’avait plus rien à découvrir qui eût pu éveiller en lui un petit frémissement d’intérêt. Il n’avait plus rien à racheter, plus rien à convoiter, sa vie n’était qu’un long ruban gris dénué de tout attrait. Il fumait, fumait, fumait, quand, dans les lourdes volutes de son cigare, il eut la certitude soudaine qu’une seule chose pouvait encore pimenter son quotidien triste et terne : se faire séquestrer par ses employés. Ah, le sauvage plaisir de l’aventure, ficelé sur son fauteuil, bâillonné avec du rubafix, prisonnier de ses douze mille salariés, hué, injurié, montré du doigt ! Les gros titres de la presse ! Les flashs d’information ! Les voix émues des journalistes ! Le ramdam dans les médias ! Le tohu-bohu jusqu’à Honolulu ! " Nous n’avons aucune nouvelle du Président Pognard-Friquouze, toujours séquestré au dernier étage du siège social de sa holding ". Voilà. C’était cela qu’il appelait de ses vœux, cela qu’il désirait plus que tout : se faire séquestrer. C’était le fin du fin. Alors il alla trouver son bras droit, qui fumait, lui aussi, dans son bureau, et lui dit : Henri, je m’ennuie. C’est mortel. Sinistre. Je suis tellement riche que la vie n’a plus aucun sel. Or savez-vous ce qui me ferait plaisir ? – Non, Charles, répondit Henri. – Me faire séquestrer. Je veux absolument me faire séquestrer. Il faut impérativement que je me fasse séquestrer tout de suite. La séquestration est l’unique solution à mon problème existentiel. Faites l’impossible. Débrouillez-vous. Et qu’ ça saute. – Bien, Charles. Tout de suite. Sur le champ. Immédiatement. Je vous organise ça, as soon as possible.

 

Henri alla donc trouver les fortes têtes et les réunit en comité extraordinaire. Les mecs, commença-t-il, ça va plus du tout. C’est la bérézina. Il faut faire quelque chose. Le Président se rase. – C’est normal, dirent-ils, nous aussi, tous les matins (c’était vraiment des fortes têtes). – Vous n’y êtes pas, reprit Henri. Le Président déprime. Il n’a plus de but dans l’existence. Vous avez un but, vous. Gagner de l’argent. Battre votre femme. Engueuler vos mômes. Cueillir des pâquerettes. Faire des ronds dans l’eau. Lui non. Est-ce que vous comprenez, nom d’une pipe en bois ? Il voudrait vivre une aventure qui le ramène à la vraie vie. Il voudrait être sé-ques-tré. – Ah non, firent les fortes têtes. Pas question. En voilà une qu’elle est bien bonne. Séquestré ! C’est trop tendance. Il a tout, qu’est ce qu’il veut de plus ? Impossible. C’est non, non et non, et tous croisèrent les bras sur la poitrine en signe de refus.

 

Henri rapporta la nouvelle au Président, qui ne dit mot. Ses employés ne l’aimaient pas. Ils ne le séquestreraient jamais, ne le hueraient jamais, ne l’enverraient jamais aux nues médiatiques. Salauds. Fumiers. Salauds de fumiers et réciproquement, ça marche aussi. Il n’avait plus aucun espoir. Il descendit les marches de l’escalier, de plus en plus dépité, et regagna son hôtel particulier où l’attendaient sa femme, ses enfants, et quelques ortolans servis dans de la porcelaine de Sèvres avec un Grand Cru de Château-Pinarkitach.

 

Après qu’ils se furent sustentés, abreuvés, et que les enfants furent couchés, Charles Pognard-Friquouze rejoignit sa femme qui filait la laine au petit salon, soigneusement enveloppée dans ses fourrures. Geneviève, dit-il, j’ai une requête à vous adresser. – Parlez toujours, mon ami. –Voilà. Je voudrais que vous me séquestrassiez. – Ah ben non. Non, non, et non. Pas question. Vous aviez qu’à pas me saloper mon eau de vaisselle, (elle était extrêmement tatillonne sur l’eau de vaisselle). Séquestrez-vous vous-même. Bonne nuit.

Charles monta les escaliers, plus mortifié que jamais. Il passa la nuit enfermé dans son placard au milieu de ses costumes Dior qui puaient le parfum trop cher. Le lendemain, il avait mal à la tête et ses orteils avaient beaucoup gonflé, mais la nuit lui avait porté conseil et il savait comment sortir du marasme où sa richesse l’avait jeté.

Il laissa un mot à sa femme accompagné d’un chèque qui aurait pu payer du liquide vaisselle à vie à tous les habitants de la terre.

Puis il partit, tel Lucky Luke sur Jolly Jumper, au coucher du soleil.

Je me suis réveillée à ce moment-là.

Peut-être est-il devenu berger à Patmos, qui sait ? "

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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 17:37

Il paraît que la crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Je ne vois pas en quoi c’est une crise. Depuis que je suis petit, c’est comme ça, disait Coluche.

Il ne se passe pas un jour, voire peut-être une heure sans que quelqu’un vienne nous interpeller - avec compassion ou violence - au sujet de cette " Crise ". Que ce soient la famille, les voisins, les collègues, les élus, la presse, la radio, la télévision… chacun porte une attention de plus en plus marquée à cet Autre qui serait soudainement devenu insupportable. Gilbert Marquès nous invite aujourd’hui à réfléchir sur cette crise - cette usine à ressentiment - et à voir comment nous pouvons essayer d’entendre autrement ce qui s’y joue.

 

 


Contrairement à beaucoup en ce temps de crise financière, politique et sociale, je ne crois pas qu'il puisse être fait totalement table rase du passé pour la résoudre et donc de l'acquit mis à disposition des générations suivantes. L'étude de l'histoire m'a malheureusement permis de m'apercevoir que c'est moins lui qu'il faut remettre en cause que les interprétations qui en sont faites au travers d'exemples souvent déformés parce que sortis de leur contexte. A ce niveau-là, je fais en sorte de conserver une rigueur que certains qualifient de scientifique. Je me nourris à l'école du scepticisme et n'émets d'hypothèse qu'à partir du décryptage des objets que les fouilles mettent à jour, des écrits découverts au fond de vieilles caisses entassées dans les réserves de bibliothèques, mais toujours en gardant à l'esprit le contexte de l'époque. L'erreur commise par nombre d'historiens des temps antérieurs consiste simplement dans le fait qu'ils oubliaient de faire cette démarche et interprétaient à partir du présent, ce qui a faussé bien des études qui continuent néanmoins à faire autorité notamment dans les milieux scolaires et universitaires. Je reste ainsi persuadé qu'il faut donc connaître et comprendre le passé qui est le nôtre pour apprendre à connaître et comprendre le présent afin de pouvoir prétendre bâtir un futur meilleur.

 

Je ne me lancerai pas dans une analyse détaillée de tout ce qui a entraîné la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement. Elle découle d'une certaine logique parvenue à son point culminant de sorte que nous allons devoir descendre la pente jusqu'à retrouver une plaine que j'assimile à une période de calme social. Ces sommets, tout au long de l'histoire, marquent des points de rupture avec des changements profonds de société dans tous les domaines ; sociaux, politiques, économiques, religieux. L'histoire m'a également largement démontré que jamais ces changements ne sont intervenus sans violence. Ils se sont toujours produits sous forme de guerres ou de révolutions fondamentales.

 

Peut-on ainsi interpréter les affrontements qui ont eu lieu à Strasbourg comme les prémices d'une telle révolution ? L'Etat Français actuel poursuit sa logique répressive notamment en réintégrant l'OTAN. J'y vois pour ma part les signes d'une coalition entre les états riches sinon puissants militairement pour enrayer le processus des changements sociaux nécessaires au niveau planétaire et ainsi conserver une illusion de pouvoir. Ces états se sentent menacés et le G 20 élargi l'a démontré parfaitement en continuant à vouloir conserver son hégémonie sur l'économie mondiale au détriment des pays pauvres ou en voie de développement, auxquels des promesses ont été faites mais sous forme de miettes. Il ne saurait être question de les laisser devenir des partenaires égaux en droit mais de continuer à les exploiter et ceci rejoint cela.

 

Comment ? Pourquoi ? D'abord en renforçant les pouvoirs de l'OTAN qui, a priori, n'a plus de raison d'être puisque créée après la guerre de 40 pour barrer la route au communisme qui, tel qu'il existait, n'est plus. Alors, pourquoi ? Simplement pour empêcher ces pays de devenir de potentielles puissances à tous les niveaux et pour ce faire, se doter d'une force multinationale indépendante de l'ONU pouvant s'ériger en gendarme de la planète, rôle que ne veulent plus assumer seuls les Etats-Unis qui n'en ont plus par ailleurs les moyens. En ce sens, l'Afrique en particulier n'a rien à attendre de OBAMA qui bien que se refusant à le reconnaître, est obligé de pratiquer une politique protectionniste.

 

En face, se trouvent ceux qui refusent cet ordre mondial. Ils sont à l'œuvre lors de tous les sommets politiques et économiques et à chaque fois, ça se passe mal comme à Gênes. Certains s'interprètent comme pacifistes mais agissent comme des terroristes dans le sens où ils s'en prennent aux mauvaises cibles. A quoi sert-il de détruire des magasins, des voitures, les outils appartenant à des gens du peuple comme eux ? Pour abattre des symboles ? Je veux bien mais encore une fois, ils ne visent pas les vrais puisqu'ils se cantonnent aux quartiers pauvres sinon défavorisés, plongeant ainsi plus encore les populations touchées dans la précarité. Pourquoi n'envahissent-ils pas les beaux quartiers et mieux encore, pourquoi ne s'attaquent-ils pas véritablement aux responsables ? Parce que matériellement ce n'est pas possible ? Trop de flics qui protègent… C'est vrai et nous avons pu voir qu'à Strasbourg, les seuls habitants qui ont pu approcher les chefs d'état ont été triés sur le volet. Je suppose qu'une grande majorité devait être favorable à la politique actuelle et que ne pouvait être toléré le moindre dissident, si tiède fut-il.

 

Dès lors, comment procéder ? Personnellement, je préfère favoriser avant toute chose la concertation et la discussion pour essayer de résoudre les problèmes. L'erreur est humaine mais même si l'on se trompe, il vaut toujours mieux tenter de mettre en œuvre des solutions plutôt que de s'arc-bouter sur des théories irréalisables comme nous en pondent à foison nos énarques n'ayant de la réalité de terrain qu'une très vague idée. Ils vivent dans un autre monde qui n'est pas le nôtre et idéalisent la société selon un schéma statistique le plus souvent. Les chiffres certes, peuvent parler mais souvent pas suffisamment pour concrétiser ce qu'il se passe dans la vraie vie. Ainsi ne résolvent-ils rien surtout parce qu'ils pensent avoir la science infuse et n'acceptent de conseils de personne et surtout pas des spécialistes traitant les problèmes au quotidien. Ils les pensent trop impliqués pour avoir une vue exhaustive et croient que le recul est nécessaire pour envisager les solutions avec objectivité. Ils n'ont pas entièrement tort mais pas non plus complètement raison. Cependant, outre le fait que la démocratie a ses limites, nous nous trouvons actuellement face à un mur. Il est moins d'incompréhension que de refus d'entendre et d'écouter. Toutes les décisions sont unilatérales, sans discussion possible et prises au mépris des votes du parlement. Il faut se plier ou rompre. Pas d'autre alternative ! Et puisque le mur est sourd par définition, que faire ? Il reste l'action pour obliger l'autre à entendre ce qu'il se refuse à écouter puisque les belles déclarations d'intention dont le fond peut séduire, restent sans effet puisque non traduites dans les actes qui tendent à prouver le contraire de ce qui est promis. Les discours se tiennent devant un parterre de convaincus et les salles ne sont pas ouvertes aux contradicteurs, ce qui rend facile les constats d'approbation. Ils n'ont par conséquent aucune valeur et restent de la pure rhétorique.

 

L'action donc oui mais… laquelle ? Les grèves ? Les défilés unitaires et protestataires ? S'ils sont initiés par les syndicats qui sont partie prenante dans le système économique actuel qu'ils participent à maintenir, ils sont de moins en moins crédibles. Nous avons récemment vu que les décisionnaires des entreprises se moquent du tiers comme du quart de ces manifestations pour deux raisons. D'abord, la plupart ne résident pas en France et il s'agit le plus souvent de groupes internationaux aux têtes multiples qui se fichent pas mal des décisions nationales internes et bafouent allègrement le droit français ou européen. Ensuite, l'état est quasiment impuissant à pouvoir agir sur les décisions prises parce que ce sont des entreprises privées sur lesquelles il n'a aucune autorité. Pour prendre un exemple simple afin d'illustrer ce propos, je citerai celui d'Arsilor Métal, racheté par le magnat indien de l'acier, qui ferme aujourd'hui des usines françaises alors que SARKOSY s'était engagé à les maintenir ouvertes et à sauvegarder les emplois. SARKO ne peut rien faire, quoiqu'il dise, à moins de nationaliser, ce qui serait pour le moins contradictoire avec sa politique de libéralisme sauvage. Sous sa houlette, le gouvernement prend par ailleurs des décisions pour maintenir les emplois en France et éviter les délocalisations mais il est désavoué par Bruxelles qui y voit une mesure protectionniste notamment envers les nouveaux pays membre de l'Union Européenne d'où recul et promulgation d'une loi édulcorée qui n'a plus de sens.

 

Alors, qui peut quoi et comment ? Seul maintenant le peuple tient son destin entre ses mains et c'est à lui qu'il appartient d'agir. Agir certes mais de façon plus radicale et plus seulement par des grèves corporatistes ou des manifestations de colère s'en prenant à des symboles qui n'en sont pas vraiment plutôt que de se fixer sur les véritables objectifs. Quels sont-ils ? Renverser l'ordre établi ? Peut-être mais surtout inverser la tendance libérale qui en est arrivée à ses limites pour parvenir à trouver une autre forme d'économie, sinon de société ou encore de civilisation, plus humaniste qu'humanitaire. Et pour y arriver, il va falloir non seulement s'armer de patience pour déboulonner les vieilles traditions mais aussi déraciner les anciennes idéologies. Il va falloir en créer de nouvelles non plus basées sur la seule économie de marché mais tenant compte majoritairement du facteur humain. L'accouchement se fera probablement dans la douleur, la plupart des individus ne sachant pas maîtriser leurs émotions qu'ils expriment par la violence lorsqu'ils sont acculés au désespoir. Ils ont toujours agi ainsi depuis les temps les plus reculés et rien ne laisse présager qu'ils pourraient fonctionner autrement parce qu'ayant tout perdu, ils estiment n'avoir plus rien à perdre et que c'est par conséquent en détruisant qu'ils sont susceptibles de pouvoir reconstruire, sans considération des conséquences et de ceux qu'ils entraînent dans leur chute. Le raisonnement est simpliste mais l'histoire, encore elle, le démontre amplement. Notre époque n'échappe pas à cette caractéristique qui, en outre, met en exergue que si le monde a fait d'énormes progrès techniques, l'esprit de l'homme n'a pas évolué dans les mêmes proportions.

 

Agir donc mais pour répondre à la répression, s'organiser et s'attaquer véritablement aux décideurs, aux têtes pensantes et dirigeantes pour changer la donne mais en apportant des solutions concrètes. Casser du matériel urbain ne sert à rien sinon à exacerber encore plus le fatalisme de la majorité des gens et à les enfermer davantage dans leur désespérance. Faut-il dès lors s'inspirer de groupes qualifiés de terroristes pour faire avancer les choses ? Revenir au temps des Brigades Rouges ou d'Action Directe, qui s'en prenaient à des dirigeants despotes de certaines entreprises, à des hommes politiques, aux représentants des autorités, ne semble évidemment pas souhaitable. La lutte armée n'a jamais rien résolu et devient souvent la complice de l'enlisement des conflits en établissant des rapports de forces inégaux. Mais redevenons éventuellement des résistants pacifiques sur notre propre sol en proposant d'autres solutions que celles qui nous sont imposées. Si je demeure opposé humainement à toute forme de violence, ça reste néanmoins une éventualité qu'il faut envisager pour l'éviter. Elle n'est pas raisonnable mais nous nous y dirigeons tout droit vers. Ne nous voilons pas la face, certains y songent peut-être déjà et ne manqueront pas d'y avoir recours en manipulant les foules désorientées, en se saisissant idéologiquement du mécontentement ambiant, en opérant comme des agitateurs.

 

Les prémices, encore hésitants, d'actions plus extrêmes commencent à apparaître. Ainsi les séquestrations de dirigeants d'entreprises contre lesquelles SARKO vient de protester. Comment toutefois les gens qui voient disparaître leurs emplois, peuvent-ils réagir lorsque la négociation ne peut plus a priori aboutir ? Les entreprises MORLEIX et CONTINENTAL, ces jours derniers, sont des exemples supplémentaires de cette nouvelle forme de revendication qui s'étend. Nous allons vers des actions plus déterminantes, c'est une évidence. Elles commencent relativement gentiment mais qu'en sera-t-il dans un proche avenir ? Le sang appelle le sang et un peuple déchaîné devient vite aveugle et sourd pour laisser libre cours à son désir de vengeance. C'est son seul moyen d'exprimer sa frustration face aux injustices flagrantes que, dans une sorte d'inconscience, les médias attisent en faisant les gros titres sur les parachutes dorés, les salaires pharamineux de certains sportifs ou encore les sommes colossales débloquées pour combler l'impéritie des groupes financiers. Et l'appareil judiciaire en remet une couche en intervenant pour condamner des élus du personnel qui prennent des mesures coercitives pour tenter d'obliger leur hiérarchie à la discussion. Peut-on véritablement le leur reprocher dans ce climat délétère même s'ils contreviennent à la loi et même si les personnes qu'ils retiennent ne sont que les interprètes d'une volonté qui leur est supérieure ?

 

Qu'on ne vienne pas me dire que le risque de réactions révolutionnaire est aujourd'hui complètement écarté dans des pays réputés civilisés comme les nôtres ! Nous vivons assis sur une cocotte minute dans laquelle trop de problèmes cruciaux s'entrechoquent et se mélangent au point que nous en arrivons à une sorte d'état d'urgence. Le peuple ne comprend plus maintenant que puisse lui être refusé le minimum vital alors que par son travail, il participe à la richesse nationale dont il est écarté pour des raisons lui apparaissant fallacieuses. A tort ou à raison, il pense et constate qu'il y a deux poids et deux mesures en fonction du monde auquel chaque individu appartient. On exige de lui des sacrifices dont il ne saisit ni le sens ni l'aboutissement qui ne lui sont pas clairement expliqués. Il faudrait de la pédagogie là où il y a, selon son optique, seulement répression. Dès lors, l'exaspération grandit sans autre issue apparente qu'une explosion sociale. Autre signe pouvant être interprété comme inquiétant à la lumière de ce qu'il s'est produit en Mai 1968 même si la conjoncture est bien différente, les conjonctions contestataires des milieux ouvriers et étudiants qui s'opèrent pour le moment parallèlement mais qui peuvent potentiellement se rejoindre à tout moment pour déboucher sur un mouvement commun et uni.

 

Si nous ne voulons pas que ces changements aussi nécessaires qu'inéluctables se fassent dans l'anarchie la plus complète pouvant se terminer par un bain de sang, il va falloir accepter de se remettre en question et de canaliser les énergies pour les empêcher non seulement de se disperser inutilement mais surtout pour les engager à s'attaquer, elles aussi, aux vrais problèmes. Cela me semble pouvoir se faire comme au Portugal, lors de "la révolution des œillets". Je le souhaite ardemment même si je reste sceptique.

Aussonne, le 22 Avril 2009

Gilbert MARQUÈS

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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 18:15

Allez savoir pourquoi Suzanne Alvarez décide un jour de lever l’ancre d’un coin de paradis pour aller le jeter dans un autre… La mer serait-elle remplie de baies imaginaires où brilleraient des êtres rescapés du capharnaüm terrestre ? Mais alors qui sont ces créatures qui ne cessent d’agiter des mouchoirs et des fanions quand le Pythagore pointe son mât à l’horizon ?

 

Un havre de paix

 

 

Maintenant qu’ils étaient partis, elle n’éprouvait rien d’autre qu’un battement fou aux tempes, avec un besoin absurde d’éclater en sanglots.

- On peut quand même dire qu’on a eu chaud… mais finalement… faut pas traîner ici ! On s’arrêtera à Sainte-Lucie, fit Marc complètement épuisé après avoir galéré un bon moment pour relever l’ancre qui résistait.

 

Dans une débauche d’eaux turquoises qui laissait dans un émerveillement écœurant et radieux, et après la splendeur des lagons envahis de centaines de voiliers et de charters portant pour la plupart le drapeau de l’United States Of American, ils quittaient la barrière de corail aux passes délicates à négocier et les forts courants, pour une ultime halte avant la Martinique, dans la dernière île des Grenadines* : Saint-Vincent.

Quel charme, quel silence dans la petite baie de Wallilabou ! C’est pourtant vrai qu’ils se sentent bien, là, seuls au milieu de ce petit paradis enveloppé d’un manteau vert luxuriant. Au fond, silencieuse aussi derrière ses fenêtres bardées de moustiquaires, une façade blanche et anonyme s’érige. Devant son porche, un Zodiac* est amarré.

A peine une demi-heure après leur arrivée, et alors qu’ils commençaient à se détendre, l’ambiance est devenue tout à coup inquiétante et irréelle quand, surgissant de nulle part, six silhouettes efflanquées ont fait irruption devant eux, avec, dans le fond de leur embarcation, des paniers, des chapeaux tressés, des noix de cocos, des mangues, des piments, des poivrons et même des coupe-coupe et aussi des sacs contenant sûrement de la drogue qu’ils allaient à coup sûr leur forcer à acheter. C’étaient des individus arborant des bonnets crochetés aux couleurs de la Jamaïque et d’où dépassaient d’interminables dreadlocks*, qui leur ont aussitôt proposé les produits de leur marché flottant contre quelques dollars. Ceux du Pythagore se sont exécutés en vitesse, leur prenant deux paniers pleins de fruits et de légumes, ont filé un peu plus d’argent qu’ils n’en ont demandé, pressés de les voir partir. Mais les autres ont pris tout leur temps. Ils sont restés là, leur pirogue adossée à leur voilier, les regardant sans broncher, et souriant entre eux. Anna et Marc ont bien senti qu’ils les observaient, qu’ils les guettaient et profiteront de leur première défaillance pour grimper sur leur bateau et les piller.

A un moment donné, Marc a remarqué les fréquents coups d’œil dans la direction de sa femme et les chuchotements dans leur langue dont elle semble être l’objet. Là, son sang n’a fait qu’un tour. Il s’est emparé de la gaffe et du crochet de boucher destiné à achever les poissons pris à la traîne et, menaçant, il leur a fait face. Alors les gars ont ricané laidement et Marc a glissé à Anna :

- Va vite t’habiller… Ne reste pas toute nue !

- Toute nue… toute nue a-t-elle répété comme quelqu’un qui essayait de se souvenir d’une langue étrangère apprise autrefois. Ah ! Bon ? a-t-elle fait d’une voix blanche…. Non, mais… qu’est-ce qui te prend… toi aussi, tu es en maillot… je ne vois pas la différence !

- T’inquiète, eux la voient la différence !

- Tu te fais des idées ! Si tu crois que c’est le moment de s’habiller ! a presque crié Anna, qui venait de voir un des Rastas tripoter le mousqueton* qui reliait l’annexe en alu à leur bateau.

Ce petit jeu d’usure a duré un bon moment… tout en sourdine.

Et que croyez-vous qu’ils firent après ça ? Rien. Sinon qu’ils repartirent en pagayant et en chantonnant un air de reggae*, aussi mystérieusement qu’ils étaient venus.

 


Alors la porte de la maison blanche s’ouvrit. Un homme en uniforme apparut sur le perron. Un sourire narquois aux lèvres, il suivait à la jumelle le départ du Pythagore…

Après l’épisode de ces " pirates " plutôt pacifiques qui leur firent plus de peur que de mal, Anna et Marc pensèrent avoir atteint un pic d’hostilité chronique sans précédent envers l’Administration maritime anglaise.


*Grenadines : archipel (anglais) du sud des Antilles dans la mer des Caraïbes.

*Wallilabou : baie de l’île de Saint-Vincent réputée pour sa dangerosité : souvent des actes de piraterie y sont commis et malgré le poste de douane qui y est implanté (ici : maison blanche avec l’homme en uniforme). C’est pour cette raison que l’endroit est déserté par les plaisanciers, sauf que nos amis marins l’ignoraient.

*Zodiac : canot pneumatique semi-rigide, souvent muni d’un puissant moteur pour les déplacements rapides. *mousqueton : système d’accrochage métallique rapide et sûr.

*dreadlocks : mèches de cheveux emmêlées, propres aux Rastas.

*reggae : musique jamaïcaine très rythmée, issue du rock et du ska, dont Bob Marley est l’ambassadeur.

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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 19:26

C’est une variation sur le thème " Transit " que nous propose aujourd’hui Jacques Lamy.

 

Le Dernier Mouvement...

Ils étouffaient, pleuraient, gémissaient et imploraient. Certains ne disaient rien dans leur désespérance...

Lui, les yeux demi-clos, survivait de musique : "la-la-la-la-la-la-la-la-lala-la-la-la-la-la..." L'Hymne à la Joie de son cher Ludwig ! Ah ! Le chœur du final : "l'Espace est envahi de voix, pleine ferveur, au soutien de l'orchestre en toute son ampleur, chaque humain tend la main pour prendre une autre main. Lors, sur un cri d'amour le mouvement prend fin..."

Lorsqu'il abordait ce passage, il repensait, en rageant, aux jeunes loups de l'orchestration, mutant, à son avis, la douce action de grâce en une charge de cavalerie légère. Il pestait : "ce grand fou de Werner !"

Cascadent les essieux aux passages d'éclisses, les corps pressent des corps, des têtes s'entrechoquent, quelques mains en grappin agrippent les voisins...

Le crissement des rails exaspère l'esprit.

L'air est conçu de feu et grille les poumons. Les odeurs échauffées de sueurs et d'urines en milieu confiné font un poison mortel pour qui s'écroule au sol. Êtres agonisants que le wagon bascule...

Des rigoles acides sillonnent son visage, lui brûlent les paupières, mais il reste debout : "la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la...", mais il survit toujours...

 

Un monde fantomatique s'anime dans une évanescence grise.

" Relevez la très vite ou elle va mourir !" Bousculade, cris, pleurs, la mère est présentée à l'air chaud du dehors, la bouche ouverte heurtant l'orifice barraudé..." ...chaque humain tend la main pour prendre une autre main..."

Werner, ce jeune chef d'un orchestre autrichien, il l'a bien revu, un instant sur le minable quai d'embarquement de la gare de VILLACH près de la frontière austro-italienne, en uniforme de la Bundeswehr, au grade d'Oberlieutnant, en tant que chef de ce convoi.

C'est toujours le grand blond aux yeux "de ciel d'été".

Ils s'étaient durement agressés autrefois, car lui, Yachem Vernicht, reprochait à ces jeunes leurs esprits révoltés, interprétant la vie en actes doctrinaires, transformant à l'orchestre la mélodie des dieux en cris de liberté ! Werner avait âprement et passionnément défendu sa thèse musicale novatrice, déférent toutefois à l'égard du vieux Maître.

Yachem se rappelle cet accent germanique, la rudesse atténuée de mélodie latine, originaire du Tyrol Oriental.

Ils viennent de se voir sur le quai de VILLACH. De leurs regards croisés, ils se sont reconnus. Le masque impénétrable de Werner a saisi l'âme frissonnante du vieux Yachem Vernicht.

" À boire par pitié", un tuyau d'arrosage rassérène un instant.

 

REUTTE, dernière étape avant la Germanie... La chaleur accablante annihile l'espoir. S'ouvre la porte en bois de ce wagon putride avec brutalité. Les déportés sont muets, inquiets, tétanisés !

 

Un nom brutalement cité, laisse sans réaction. "Yachem Vernicht" est de nouveau hurlé ! Dans le wagon un mouvement, des gens s'écartent : Yachem paraît étonné, ébloui, étourdi.

Sur le quai délabré, des hommes armés attendent. Werner est là, botté, les jambes écartées et les mains dans le dos, lunettes de soleil et casquette abaissée. Werner attend Yachem. Les déportés sont muets.

" Approche !" Une gifle soudain fait tituber Yachem. Un cri d'horreur a jailli du wagon. La lourde porte est alors refermée.

" Avance !" Yachem est bousculé par le seul Werner. Ils se dirigent ensemble vers l'orée du bois. Ils disparaissent presque à la vue de la troupe. Une cahute en bois se dresse à quelques pas. Werner pousse Yachem sans ménagement.

On entend le souffle mat des pistons de la locomotive, le battement des clapets et le claquement des soupapes de rejets. Des écharpes vaporeuses masquent les flancs de la machine avec un chuintement de regret.De la voie on entend un hurlement de rage, un ordre de Werner issu de la cahute : "À genoux, ordure !"

Un garde, d'un air dégoûté, dit aux autres : "il en a trouvé un, comme à chaque voyage, d'ailleurs... La dernière fois c'était un grand-père et son petit-fils !" Il secoue la tête, plein d'incompréhension... Un coup de feu retentit. Un jeune soldat vomit sur les boggies...

 

Dans cet abri, Werner, le revolver fumant en main, des traces de plâtre sur l'uniforme, se précipite : "levez-vous Monsieur Vernicht, il me fallait donner le change..."

 

Yachem ouvre les yeux, sortant d'un effrayant et bien trop long cauchemar. Il se précipite sur Werner et le serre très fort dans ses bras : "...chaque humain tend la main pour prendre une autre main..."

Deux hommes de type sémitique les surprennent par l'ouverture arrière de la cahute, en civil, pistolet mitrailleur au côté. L'un d'eux sort un poignard, pratique une légère estafilade sur son propre bras, essuie le sang sur l'uniforme de Werner. Les "partizans" ne disent mot...

" Vous suivrez leur filière et vous irez en Suisse, Monsieur Vernitch, car..., je suis un musicien avant d'être un humain."

Yachem, les larmes aux yeux, déclare à son sauveur :

- " Il est splendide votre dernier mouvement de la neuvième, cet immense cri de Liberté,... Maître !"

La locomotive siffle, trois fois de suite.

L'Oberlieutnant Werner, se redresse et salue. Son ombre s'agrandit en grignotant le sol, silhouette hors mesure sous un Soleil couchant.

"...chaque humain tend la main pour prendre une autre main..."

Jacques LAMY

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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 19:45

Durant des années Claude Bachelier a parcouru le monde sur terre comme en mer et puis voilà qu’après avoir franchi détroits et caps, traversé gorges et défilés, il passe aujourd’hui la porte du café pour nous conter une de ces histoires que l’on entend dans l’un des bouts du monde…

Je n’ai jamais eu la prétention, et aujourd’hui pas plus qu’hier, d’affirmer que je connaissais tel ou tel pays, tel ou tel peuple au prétexte que j’y avais fait escale quelques jours. Mais ces escales m’ont permis de découvrir d’autres mondes, d’autres gens, d’autres cultures. Elles m’ont permis de découvrir des mondes différents dont je ne connaissais l’existence qu’à travers les livres. " 

 

 

Le héron de Sausalito

 

 

Je suis le héron de Sausalito. The unmoving watcher, le guetteur immobile.

Je suis là, face à cet océan que l’on dit pacifique. Je guette et j’attends. Comme mon père avant moi, et le père de son père et tous mes ancêtres jusqu’à la première génération. Mais je rêve aussi. Je rêve de ces grands espaces, loin derrière l’horizon. Je rêve de ces voiles blanches que le vent pousse vers le large. Je rêve d’une autre vie où attendre ne voudrait plus rien dire et guetter serait proscrit. Je rêve, mais le rêve n’est pas fait pour moi. Le rêve, c’est pour les rêveurs, les poètes. A t’on jamais vu un héron poète ?

 

Nos premiers voisins s’appelaient les Miwoks. C’était une tribu de pêcheurs et de chasseurs, calme et accueillante. Ils habitaient dans la forêt, tout prêt de la mer. Ils chassaient ours, élans, cerfs et s’habillaient avec leur peau. Ils confectionnaient des lignes ou des filets pour pêcher dans les rivières ou l’océan. Ils aimaient la viande, le poisson, la chair des coquillages. Mais pas celle des hérons. Ils aimaient rire et danser. Le soir, les anciens racontaient aux enfants des histoires où les braves traquaient le loup et l’orignal, et s’en revenaient, couverts de sang et de gloire. Les Miwoks aimaient la paix et la poésie.

 

Et puis un jour est arrivé Francis Drake, sur un étrange bateau, si haut sur l’eau qu’on ne voyait pas les hommes qui se trouvaient à bord. Ces hommes-là étaient bizarrement vêtus : certains avaient des robes brodées d’or ; d’autres des tuniques de fer. Ceux là avaient de longs tubes qui crachaient le feu. Et la mort. Tous étaient blancs. Blancs comme les nuages dans le ciel, blancs comme l’écume de l’océan. Eux aussi racontaient des histoires à leurs enfants, des histoires de pirates, d’abordages, de voyages sans fin. Eux aussi aimaient la poésie.

Ils sont restés là quelques années, puis sont repartis dans leur pays. Bien des choses avaient alors changé, mais pourtant la vie reprit son calme et sa quiétude : les Miwoks chassaient et péchaient, les hérons guettaient.

 

Mais quelques années plus tard, d’autres hommes blancs arrivèrent, d’autres visages pâles. Ils apportèrent avec eux la guerre, la désolation, la mort. Ils prirent la terre des Miwoks, ils prirent leurs femmes. Ils prirent leurs vies. Beaucoup de mes ancêtres, témoins impassibles de toutes ces horreurs, disparurent dans la tourmente.

Alors, ces hommes venus de loin mirent des fils de fer pour enfermer les prairies, brisèrent les montagnes pour construire leurs maisons ou des ponts. Et les villages devinrent des villes, avec des immeubles et des usines.

Un jour, ils trouvèrent de l’or, là-bas, dans les Rocheuses. Alors, ils quittèrent tout, abandonnant femmes et enfants, tout ce qu’ils avaient construit. Ils se massacrèrent, ils s’entre-tuèrent pour de misérables morceaux de métal jaune. Les fous !

Quand la fièvre leur fût passée, ils revinrent et construisirent de nouvelles maisons, de nouveaux ponts, de nouvelles usines, de nouvelles routes. Ils racontèrent alors de longues et belles histoires à leurs enfants, des histoires de chercheurs d’or, de trappeurs. Eux aussi aimaient la poésie.

 

Nous, les hérons, nous sommes toujours là. Malgré leurs guerres et leurs massacres. Nos voisins ne sont plus, hélas, les Miwoks, calmes et paisibles. Mais des gens pressés, agités.

Et ce soir, alors que la nuit tombe lentement, je suis là, face à l’océan. Je guette, encore et toujours, immobile, impassible.

Pas loin de moi, des gens me regardent sans me voir, trop occupés à manger, à boire, à parler. Mais un me voit, un seul, qui en oublie jusqu’à sa compagne. Parfois, son regard s’en va vers le large, puis revient vers moi. A quoi pense t’il ? Est il de ces poètes, de ces rêveurs ? Est il du sang des Miwoks, ou de Francis Drake ou des chercheurs d’or ?

" Héron, me dit-il, emmène moi avec toi, emmène moi dans le vaste monde, là où il ne pleut pas, là où il ne fait ni froid ni faim, là où la vie ne meurt pas. "

Mais je rêve bien sûr. Personne ne me parle et surtout pas cet inconnu qui se lève, qui me regarde une dernière fois, songeur, et qui s’en va.

Je suis seul. Je reste seul.

Car je suis le héron de Sausalito. Le guetteur immobile, the unmoving watcher.

 

Pour en apprendre davantage sur Claude Bachelier :  http://panissieres.blog.lemonde.fr

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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 10:11

Oui, vous avez bien lu : ce soir au café on va se faire une télé ! Oui, c’est une soirée débat. Oui, il y aura du beau monde. Oui, un ministre. Oui, celui-là même. Oui, en direct. Oui, ça promet. Oui, nous serons au poste. Oui, oui, c’est Ernest J. Brooms qui officie…

 

Le oui-oui

 

 

22h10. Débat politique sur une chaîne nationale. Le présentateur, visage rassurant et calme, glisse un œil furtif sur le prompteur. Autour de lui, un panel de personnages aux avis forcément divergents. Au centre du débat et du plateau, un ministre en poste maquillé comme un jeune premier, martèle inlassablement les mêmes arguments, couvre de sa logorrhée toute intervention contraire à ses idées ou, du moins, celles qui le formatent de gré ou de force. Il veut s’afficher supérieur aux autres. D’ailleurs, " le débat n’est pas à sa hauteur ", remarque-t-il. Il plane sur les citoyens et sur les sommets enivrants de la politique. S’il est acculé dans une impasse argumentaire, son regard et ses paroles se teintent de mépris. Rien ne sert de discuter : il a raison, il détient la vérité et la solution à tous les problèmes. Il est, bien sûr, ouvert à la discussion mais rien ne le fera changer d’avis.

Le téléspectateur finit par ne plus écouter ses démonstrations économico-politiques qui noient le poisson et les adversaires. C’est à ce moment qu’il découvre, à l’arrière-plan,… le oui-oui ! Il est jeune, étudie sans doute dans une école supérieure et dévore les paroles de son mentor, tout en ponctuant ses envolées verbales de discrets acquiescements approbateurs et solidaires.

S’est-il faufilé dans le public à la bonne place pour être certain d’être capté par la caméra ou a-t-il été installé à cet endroit par un placeur habile ? Le réalisateur en quête d’audimat aurait même songé, dans ses rêves les plus fous, à la présence de pom-pom girls mais, c’est une autre histoire, sur un autre continent, dans un autre pays…

Le oui-oui est communicatif. C’est sa raison d’être. Le spectateur, inconsciemment, finit par opiner du bonnet et du chef ! Et le tour est joué ! Des milliers de oui-oui avalent les paroles du mentor et balancent la tête du haut en bas. Étrange spectacle pour qui n’est pas averti et pénètre à l’improviste dans le salon télévisuel de quelque ami fan d’empoignades verbales.

Si des arguments hostiles mais convaincants sont avancés par l’opposition, le oui-oui fronce les sourcils, regarde ses pieds, attend que l’orage passe et que son mentor reprenne le dessus par quelque pirouette habile. Alors, le oui-oui sourit, revient à la vie, reprend des couleurs et se voit gravissant les plus hautes marches du pouvoir, scandant " oui, oui, vous m’avez compris ! ".

Il n’est pas seul. Dans le studio, d’autres oui-oui concurrents participent à cette course à l’ostensibilité affichant leur accord aux propos tenus, au risque de se péter les cervicales. Les regards se croisent et se lancent des éclairs. Quant au mentor, imperturbable, il ignore ces hochements, il ne les voit même pas puisqu’il tourne le dos au public . Le oui-oui fixe la nuque de l’orateur qui doit ressentir cette présence latente et rassurante telle une ombre protectrice.

Une fois l’émission terminée, les participants se congratulent, oublient leurs différends, se font l’accolade et avalent le verre de l’amitié en bulles. Le oui-oui essaie de se faufiler, d’approcher son mentor, de croiser son regard, d’échanger quelques mots et c’est alors qu’un préposé à la sécurité l’écarte poliment lui assénant comme un coup de massue un ferme " Non, non ! ".

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