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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 08:00

Jour-58b.jpg

 

Basic instinct

Emmanuelle Cart-Tanneur

 

 

Ils savent ; j'en suis de plus en plus sûr : ils ont compris. L'agitation est à son comble et je ne sais plus comment les gérer.

Avant l'annonce, tout était calme, si ce n'est deux ou trois conflits et quelques heurts qui ne se terminaient qu'exceptionnellement par de rares coups et blessures – on recousait, on épanchait, et tout repartait comme si de rien n'était.

La vie passait, monotone mais tranquille. Les uns et les autres vaquaient à leurs occupations habituelles, en bonne intelligence. Ils étaient tels que je les avais voulus, sous contrôle, inoffensifs. Leur liberté n'était qu'illusoire, mais ils n'en avaient aucune idée : pourquoi aurais-je dû m'en culpabiliser ? Après tout, sans moi, ils n'étaient rien, qu'une juxtaposition d'individus isolés et sans but. Je leur ai appris à cohabiter, à communiquer, à réagir aux stimuli et aux événements.

Je crois que les élèves ont dépassé le maître.

Je ne sais pas comment ils sont su que l'un d'entre eux allait être élu.

Du jour au lendemain, ils ont changé d'attitude. Deux groupes se sont dessinés, chacun portant à sa tête l'un deux. Le plus gros pour le premier groupe, le plus vieux pour le second. Chaque chef s'est entouré de quelques éléments – de ceux que j'avais repérés pour être les plus belliqueux. Quelques attardés qui semblaient ne pas avoir choisi leur camp ont été sommés de se décider, et j'ai retrouvé le dernier d'entre eux, qui refusait de se prononcer, mort sans raison un matin, ignoré par les autres qui, d'un côté comme de l'autre, feignaient de ne l'avoir jamais connu.

Le stress montait de jour en jour et mes exhortations au calme restaient vaines. J'ai amélioré leur nourriture, ai renouvelé l'air plus souvent, ai même tenté d'introduire une femelle pour créer une diversion : rien n'y a fait, bien au contraire : à ma grande surprise, la nouvelle venue a immédiatement rallié le premier camp et le second, ignorant son sexe, l'a traitée comme un simple nouvel adversaire. Je ne les reconnaissais plus.

Un soir, je les ai trouvés, silencieux, et groupés en cercle autour des deux leaders qui se faisaient face, les yeux dans les yeux. L'atmosphère était électrique et la tension palpable. Devant l'imminence de l'explosion, j'ai préféré interrompre l'affrontement et séparer les deux camps que je n'ai dès lors plus réunis.

Quelle n'a pas été ma surprise de constater, dès le lendemain, que chaque groupe s'était lui-même scindé en deux sous-groupes, les meneurs proches de chaque chef ayant eux-mêmes créé leur propre parti dissident ! Les conflits renaissaient là où j'avais cru les tuer dans l’œuf...

J'ai dû opter pour une solution onéreuse, mais c'est la seule qui me permettra de tous les conserver en bonne santé : des cages individuelles.

Le photographe animalier vient demain et le choix du meilleur cliché devra être fait dans la semaine. Quand j'ai su qu'on cherchait un élevage de rats pour rajeunir le logo de la marque, j'ai postulé, et j'ai été flatté que mon élevage soit sélectionné : une de mes bêtes en photo sur tous les flacons de la Jouvence de l'Abbé Souris, quelle gloire !

J'avais toujours entendu dire que le comportement des rats était souvent très similaire à celui des humains : mais à ce point, je ne m'en serais pas douté...

 

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 08:00

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Esclavage

Jean Calbrix

 

 

1802. Victor Hugo naissait et les noirs de Saint Domingue revenaient à la case départ. Pas celle de leur pays d’origine en Afrique, non, mais celle que leurs bons maîtres planteurs leur allouaient en échange de quelques menus travaux dans les champs de cannes à sucre. Bonaparte, ce grand homme, avait jugé néfaste pour le genre humain - puisqu’elle mettait en péril l’économie mondiale - cette loi d’émancipation des gens des couleurs décrétée par la convention en 1794, sous l’impulsion d’illuminées comme Robespierre et l’abbé Grégoire. De son propre chef, s’étant consulté lui-même fort démocratiquement, il la raya d’un trait de plume arrachée du croupion d’une oie de sa basse cour.

Il en résulta une remise en ordre difficile, les noirs ayant pris l’habitude, huit ans durant, de feignasser sous les cocotiers. On connaissait leur petit penchant à se la couler douce, et à se distraire en tapant sur des bambous au lieu de trimer. Nos amis les planteurs, réunis sous l’égide du Médef, leur syndicat, aux deux tiers républicain, le troisième tiers n’étant pas libre, et pompeusement appelé Mouvement égalitaire des esclavagistes fraternels, discutèrent de la situation.

Le chef des planteurs – Mes très chers bons amis, la situation est gravissime. Si nous n’avons pas une remise en ordre rapide, c’en sera fait de nous, de l’économie mondiale et de l’humanité. Dites-moi ce qui ne va pas dans vos plantations et je vous donnerai mes conseils éclairés.

Le planteur 1 – Mes nègres crient qu’ils veulent une retraite à 80 ans. Cela va diviser par deux mes forces productives. C’est impossible, je cours à la ruine.

Le chef – Eh bien, sévissez mon cher bon ami, et punissez de dix coups de verge ceux qui osent revendiquer des choses si peu réalistes.

Le planteur 2 – Les miens braillent qu’ils veulent une semaine de cent trente-cinq heures. Ils ont tendance à oublier qu’ils ont signé un contrat de travail à plein temps. Je vais me retourner contre les négriers qui m’ont vendu une marchandise qui ne respecte pas les règles.

Le chef – N’en faites rien, mon bon ami. Les tribunaux sont déjà engorgés avec des billevesées du même acabit. Donner de la badine et il fera bon voir qu’ils continuent à revendiquer des mesures qui nous mettraient sur la paille.

Le planteur 3 – A propos de paille, les miens exigent que celle de leurs cases soit changer tous les  mois. Au prix où est la paille, je cours à la faillite.

Le chef – Dix coups de fouets, cher ami. Il n’y a rien de tel pour leur remettre les idées en place.

Le planteur 4 – Les miens exigent un service sanitaire libre et gratuit.

Le chef – Vingt coups de pied au cul, mon ami. Ils se sentiront mieux après.

Le planteur 5 – Les miens organisent des grèves sur le tas pour obtenir des congés payés.

Le chef – Nettoyez-les au Kärcher, mon vieux.

Le planteur 6 – Les miens me volent ma production. J’en ai surpris un en train de dévorer une de mes cannes bien grosse et bien juteuse, la plus belle de ma récolte. J’ai failli crever de crise cardiaque. C’est innommable !

Le chef – Alors là, il ne faut pas hésiter, mon pote. La bonne vieille méthode, rien de tel, et même si malheureusement cela réduit ta main d’œuvre : ablation à la hache de la main qui a commis le délit.

Tous ensemble – Viva la reprise en main !  

 

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 08:00

Jour--60.jpg

 

Quelques mots

de Taslima Nasreen

 

 

Elles vendent quelque chose dans chaque maison.

Qui ça, elles ?

Les femmes.

Que vendent-elles ?

Leur liberté.

Qu'est-ce que les acheteurs donnent en échange ?

Certains donnent à manger, d'autres un ou deux saris, d'autres le coït hebdomadaire habituel.

Dans ce monde, rien ne vaut la liberté. La liberté ne saurait se vendre. Aux yeux de la loi humaine, il doit s'agir d'un commerce illégal.

C'est un tel fardeau pour la société.

Comment cela ?

S'il s'agit d'une femme, cette société ne reconnaît pas sa liberté comme légale.

Et si elle est capable de se tenir droite et de marcher toute seule ?

Ça ne suffit pas.

Et si elle ne compte que sur elle-même pour se nourrir, s'habiller et survivre ? Si elle est capable de parler, de rire ?

Ça ne suffit pas, la coutume veut qu'on se moque de celles qui ne trouvent pas d'acquéreurs sur le marché.

Qui a inventé cette coutume ?

Des hommes.

Oh, bien parfait ! Les hommes savent tout des astuces et des règles du marché.

 

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 08:00

Jour--61.jpg

 

Rêverie

Jean Gualbert

 

 

Je fulmine, je n’arrive pas à me calmer. Je suis assise au salon, près du feu, avec mon mari. C’est un homme incroyable, charmeur et colérique à la fois. Voilà plus de cinq ans que je suis amoureuse de lui. Amoureuse folle, comme une collégienne. Dès que je l’ai vu, j’ai su que c’était l’homme de ma vie. Pour moi, il décrocherait la lune, inventerait de nouveaux mondes. Il me fait rire de mes peurs, m’allège de mes soucis, dissipe mes angoisses.

Mais aujourd’hui, ça ne va plus du tout. Je ne l’ai jamais vu aussi énervé, il tourne sans arrêt, comme un lion en cage. Son visage a pris une expression simiesque. A croire qu’il a encore fait une mauvaise rencontre au salon de l’Agriculture ! Est-ce la perspective de cette échéance toute proche qui l’énerve ainsi ? Mais non, ce ne peut pas être cela, il est tellement confiant dans sa bonne étoile. Il me regarde de travers, me gronde, m’assaille de reproches. On dirait qu’il cherche à me rabaisser, juste pour le plaisir. Une négation de ma personnalité. Après tout, je vaux aussi bien que lui, mieux même. Souvent, il me fait pitié. Sa veulerie m’insupporte. Ce soir, il m’irrite, plus que d’habitude. Il veut saper mon autorité, me séparer des enfants. Qu’il ne touche surtout pas à ma relation avec eux. Je ne le lui pardonnerai jamais. C’est d’ailleurs à peine un père, tout juste un géniteur ! Après tout, c’est moi qui m’occupe d’eux. Ce n’est pas parce qu’il va les applaudir au spectacle ou à l’école, joue un peu avec eux, leur fait de belles promesses, qu’il doit se croire plus que moi. Ce serait bien mieux pour eux s’ils ne devaient plus jamais le voir.

Et la maison ! Je suis sûre qu’il va essayer de m’en priver, de me jeter à la rue. Un salaud, comme tous les hommes ! Ils veulent étendre leur pouvoir partout, ces pieuvres malfaisantes. Une véritable mafia, toujours de connivence, toujours à s’en prendre à moi. Je me sens mal, je manque d’air.

Ce monstre me regarde avec une lueur perverse dans les yeux. Il me fait peur, horriblement peur ! Il va me frapper, me battre ! Son visage narquois semble me narguer, sur les écrans, sur les murs, jusque sur ce bout de papier que je tiens en main. C’est fini, je suis perdue, je vais mourir. Je dois me défendre ! Un stylo, un crayon, n’importe quoi. Et frapper, frapper, encore et encore, jusqu’à ce que cesse cette abomination, jusqu’à ce qu’il ne bouge plus, jusqu’à ce que je puisse à nouveau respirer.

 

Quelqu’un me saisit, m’arrache le bras. Je suffoque ! J’ouvre les yeux, j’émerge du brouillard étouffant qui enveloppe tout. Mon mari est là, étendu à côté de moi. Il me tient l’épaule, tendrement. « Marianne, tu as fait un mauvais rêve, ma chérie, réveille-toi » me murmure-t-il. Un cauchemar… Mon amour que j’assassinais, c’était un cauchemar ! C’est terrible les rêves, tellement vrai, tellement présent. Je respire, soulagée.

C’est dimanche, les enfants sont chez des cousins pour le week-end. Mon mari me regarde amoureusement. Ses mains me caressent, tendrement, le visage d’abord, puis descendent, de plus en plus câlines, de plus en plus tendres. Je ressens de doux frissons dans tout le corps. Il vient tout contre moi, nous nous aimons, avec passion, longtemps, un temps infini. Puis je me blottis dans ses bras, et nous restons là, ne faisant plus qu’un, en dehors de l’espace et du temps. Je l’aime, je l’aimerai toujours. Ou du moins pour les cinq prochaines années.

 

Doucement, je lève la tête, regarde autour de moi. La chambre me rassure par son atmosphère familière, les enfants me sourient dans leurs cadres accrochés au mur. La vieille pendule égrène le temps de son rythme apaisant, l’armoire normande semble surveiller la pièce avec une calme assurance. En face du lit, le grand miroir me renvoie une image. Celle d’une femme, au visage sombre, aux traits déformés par la colère, aux yeux mangés par la folie. Et à la longue chevelure parsemée de bulletins rouges sang.

 

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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 08:00

Jour--62.jpg

 

Utopie : cirage et savon….

Emmanuelle Della Monica

 

Ils n’avaient plus que 100 jours pour se préparer. Le compte à rebours s’était déclenché au moment même où l’idée s’était matérialisée. Ils étaient ce soir là six ou sept autour de la table. Et personne ne saurait vraiment dire qui avait prononcé cette phrase, tellement l’évidence de ce qui venait d’être dit les avait un moment, suspendus hors du temps et de l’espace. « Et si on… que se passerait il ? ». L’onde de choc provoquée par ces quelques mots jetés dans la mare de leurs désillusions avait fait voler en éclat l’étau de leur impuissance. Tout était devenu subitement clair et limpide. Ce qu’on leur avait volé, ils allaient le reprendre.

Il fallait être plus nombreux, s’organiser, planifier le rôle et les actions de chacun. Ils n’étaient pas des professionnels. 100 jours ne seraient pas de trop mais ils n’en auraient pas 1 de plus.

Ils recrutèrent d’autres volontaires sur le net, Ils étudièrent les cartes, les plans et les stations de métro, les parcours possibles. Ils achetèrent des pains de savon  et des boites de cirage noir. Ils façonnèrent des masques. Ils se choisirent un nom : Les Robins des Voix.

Ce qui les réunissait était l’absence d’horizon, l’impression très forte d’être exclus et de n’avoir plus de choix, un sentiment de lassitude, et, chevillée au corps cette petite peur des lendemains incertains.

De mots vissés, de phrases martelées en idées verrouillées, l’échafaudage d’une pensée unique avait peu à peu remplacé  les fondations d’une vraie conscience politique. Il fallait que cela change. Ils avaient maintenant les moyens de tout faire tomber.

Le 22 avril à 18h52, 41 bureaux de vote parisiens virent surgir des hommes et des femmes portant des masques d’Arlequin. Sous la menace d’armes à feu (on découvrira par la suite qu’il ne s’agissait que d’inoffensifs pains de savons sculptés et recouverts de cirage noir), ils se firent remettre le contenu des urnes. Ce fut ainsi des milliers de bulletins de vote qui prirent la poudre d’escampette à dos d’homme, dans des toiles de jute. L’effet de surprise fut total, sidérant les capacités d’action des personnes sur place. Ce n’était jamais arrivé, de mémoire d’homme, d’assister à un holdup de bulletins de vote.

Une heure après, Paris médusé vit des milliers de petits papiers "volés" au gré des vents autour de la Tour Eiffel. Les enfants, accourus par centaines s’amusèrent à rattraper les bulletins vagabonds et à les lire à voix haute. Ce fut une magnifique fête improvisée.

Il fallut organiser de nouvelles élections.

 

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 08:00

Jour -63

 

Le problème avec Duchemin

Benoit Camus

 

 

Le problème avec Duchemin : il en pullule ! Je suis cerné par le Duchemin. Il suffit que je mette le nez dehors, ni une ni deux, je me cogne à un Duchemin.

- Tout’façon, que des promesses, vous faites ! m’incrimine la version râleur, alors que rien, pas un mot désagréable je lui ai lancé, juste une exhortation à son devoir civique, la subtile suggestion de voter mézigue. « Ne vous trompez pas de bulletin ! » lui ai-je en effet recommandé, un clin d’œil à l’appui. L’air dégoûté avec lequel il m’a toisé, je me serais cru Duchemin.

- Tout’façon, ça changera rien ! me serine la mouvance fataliste. Et d’invoquer ces marges de manœuvre après lesquelles on court, de pérorer sur les contraintes mondialisées qui nous obligent. Et alors, ai-je dans ces cas-là envie de lui rétorquer, ça t’empêche de me donner ta voix ! Des admonestations que je ravale, évidemment !

Duchemin, toujours à chercher la petite bête, bien qu’il ne possède pas les capacités cognitives pour. À peine distingue-t-il les grosses, et encore : dans un couloir étroit et bas de plafond ! Peu importe : il la ramène et s’occupe de détails qui le dépassent.

- Faut juste se rendre compte qu’avec les autres aux commandes, on file à la catastrophe ! objecté-je, en langage Duchemin, histoire de ramener la conversation à ses fondamentaux.

Agiter le chiffon rouge, dès que la discussion s’enlise ! Lui coller la peur au ventre, s’il se met à raisonner ! Les deux préceptes de base, que m’a enseignés mon communicant numéro 1. J’applique. La méthode est efficace et expéditive. Duchemin se tait.

- Ça peut pas être pire ! insiste tout de même la minorité défaitiste. Si ça ne peut pas être pire, m’agacé-je intérieurement, tu ne perds rien à voter pour moi, Duc… Le Duchemin défaitiste, la vraie plaie ! Aucune logique à revendre, le roi du pinaillage.

- Oh que si, ça peut être pire ! lui cloué-je le bec, avant de lui tourner le dos et de m’adresser, main tendue, à un Duchemin, que j’espère plus sensé.

Parce que le problème, aussi, avec Duchemin, il se pique d’avoir un avis ! Et d’en changer… Impossible de lui faire confiance, au Duchemin !

Pour relire Duchemin 1 

 

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 08:00

Jour--64.jpg 

100 choses à faire ou à défaire pendant une campagne électorale

Mes résolutions et autres fantaisies du dimanche

par Franck Garot 

 

      

36. faire quelques jeux de mots à la con avec le nom des candidats

37. abandonner les jeux de mots, le cœur n'y est pas

38. ne jamais sortir sans ses boules Quiès

39. échanger sa guitare électrique contre un pipeau

40. planquer couteaux, médicaments, corde, pistolet et mettre un disque de Carla Bruni

41. se féliciter d'avoir tenu bon, puis enlever ses boules Quiès

      42. brûler sa carte d'électeur


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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 08:00

Jour--65.jpg

 

Messe basse

Sing Sing

 

Il n'y a plus d'étoiles

Ni belle, ni filante

Ni à cinq ni à six branches

L'espace se divise

Les cieux sont églises

La terre est banquise

L'homme n'est plus de mise

Les martyrs se donnent des airs

Et laissent le sol désert

Faute de pêche miraculeuse

Et de bergère talentueuse

L'enfant privé de pain

Ne se nourrit qu'à brûle-pourpoint

Les saints se glacent

Les corbeaux font la grimace

Dans l'ombre les pénitents

Se gavent d'excitants

Les anges ne rient plus

Ont renoncé au salut

Ils ne gardent rien

Pas même leurs concitoyens

Ils ont perdu patience

Oublié l'espérance

D'avoir trop goûté l'infâme

Les mages ont rendu l'âme

Quelques vierges pleine de grâce

Ouvrent encore leurs besaces

Ebranlent les esprits

Sans redonner l'appétit

L'aumone se distribue à la cour

A quelques belles de jour

Le peuple bon pourvoyeur

Y laisse ses pauvres rondeurs

L'abbé en petite soutane

Les pétrit jusqu'à la panne

Il n'y a plus de miracles

Pour le seigneur c'est la débâcle

Et son messie, contrit, rabougri, 

Disparaît avec ses prophéties

 

Ainsi va la civilisation

Dans un monde en expiation

 

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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 08:00

Jour--66.jpg

 

Nous ignorons comment il s'est procuré ce document hautement confidentiel mais son auteur à tenu à nous en faire profiter. Merci Joël Hamm

 

RAPPORT N° XWXX 205675 - Galaxie Andromède

MISSION D’OBSERVATION INTER SPATIALE SECRETE

concernant la planète Terra Caeruleus.

Année 10233 de notre ère

 

 

Âge estimé de Terra Caeruleus : 4,54 milliards d’années

Distance Terra Caeruleus - Andromède : 2 millions d’années lumière

Apparence : bleue

Aspect subjectif : Magnifique

Présence de vie : oui

Espèce la mieux adaptée : Bactéries

Nombre total estimé de bactéries sur Terre : 5 millions de trillion de trillion

Utilité : base du fonctionnement du monde

Espèce dominante : Humains

Utilité : Négligeable

Nombre d’humains à la date de la découverte de Terra Caeruleus : 7 milliards

 

ETUDE en VUE INVASION et OCCUPATION

 

Caractéristique de l’humain : Langage articulé, désir de domination de la nature et de ses semblables. Conscience limitée de sa condition et de ses devoirs. Equipé d’armes de destruction massive.

Divinité principale : Or

Fétiches : carrés de papier imprimé (dollars, euros, yen etc…)

Langue : En voie d’uniformisation

 

Gouvernement mondial : dictature

Organisation au pouvoir : Société Totalitaire Marchande

 

1. Caste dominante : 1200 milliardaires en dollars

- activité principale : Profiter

- Particularité : Consanguinité

- Traits psychologiques des éléments de la caste : sociopathie, psychopathie.

- Milieu naturel de la caste : territoires protégés, paysages préservés, paradis fiscaux.

- Mot d’ordre : Toujours plus !

2. Caste intermédiaire : 11 000 000 de millionnaires en dollars

- Activité principale : idem caste 1

- Traits psychologiques : ambition, avidité, charité ostensible, hypocrisie.

- Milieu naturel de la Caste 2 : voir Caste 1

- Mot d’ordre : Moi d’abord !

3. Basse caste (esclaves) :

- 6 milliards 980 millions dont 1 milliards de sous alimentés promis à une mort prochaine programmée.

- Présence de quelques éléments servant de relais aux castes 1 et 2 : Politiciens. Militaires. Agents des médias.

- Activité principale : difficile à déterminer (trois sous classes : les parasites, les survivants et ceux qui cherchent à survivre)

- Milieu naturel de la Caste 3 : L’ensemble de la planète sauf les territoires protégés cités plus haut.

- Flux migratoires importants en tout sens

- Particularités : endurance à la souffrance, croyance en l’irrationnel, addiction aux  jeux de hasard, conformisme, respect des puissants. Maintenus en dépendance ou éliminés par tous les moyens  quand c’est nécessaire (épidémies, guerre, création artificielle de la pénurie)

- Traits psychologiques : Naïveté, désir de servitude, résignation.

- Mot d’ordre : S’il vous plaît not’bon maître !

4. Caste minoritaire :

- Nombre : Une poignée

- Particularité : Esprit rebelle.

- Activité principale : Subversion

- Divinités principale : Liberté, Equité, Solidarité

- Mot d’ordre : Debout !

- Avenir de la caste : indécis

 

Etat de la planète à son origine :

- Air : pur

- Eau : pure

- Sol : riche en microorganismes, oligoéléments et autres nutriments organiques

- Radioactivité : faible 

 

Eta actuel de la planète :

- Air : Pollué (pesticides, PCB, métaux lourds etc…) + Réchauffé artificiellement par l’industrialisation.

- Eau : polluée à 80% (idem air)

- Sol : appauvris, épuisés par des cultures intensives polluantes (famines prévues)

- Radioactivité : Forte à très forte selon les lieux.

- Effets de la pollution : accroissement du nombre de maladie : cancers (y compris chez les enfants), cardiopathies, dégénérescence intellectuelle…

 

Classement qualitatif de la planète Terra Caeruleus parmi les 25 planètes habitées découvertes dans l’univers depuis l’an 0 :

25 ème (loin derrière)

 

Conclusion des observateurs :

 

Potentiel de colonisation : Faible

Prospective : revenir dans 10 000 ans après disparition de l’espèce humaine et régénérescence naturelle du milieu par les bactéries.

 

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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 08:00

Jour--67.jpg

 

Trois petits tours …

Laurence Marconi

 

Jeudi, 14H30 :

Elle fait la queue. Elle est arrivée il y a une heure et depuis, elle attend son tour. Cela ne la dérange pas trop de patienter. Elle a l’habitude et de toute façon, elle n’a rien d’autre à faire. Elle a déposé les enfants à l’école avant de se poser au bout de la file. Elle est libre jusqu’à 16H30. Libre comme l’air. D’autres sont venus grossir le rang derrière elle si bien qu’elle se retrouve engloutie par cette longue farandole humaine qui serpente au ralenti entre les barrières métalliques. Elle a ses repères. Elle sait que lorsqu’elle atteindra le mur, là-bas, il ne lui restera plus que quinze minutes à attendre. Et puis, elle sera à l’abri des courants d’air. Aujourd’hui, le vent est frais pour la saison mais c’est supportable. Les beaux jours sont à venir et les mauvais sont maintenant derrière. C’est tout le mal qu’elle se souhaite. Que les mauvais jours, les mauvaises semaines, les mauvais mois soient derrière elle. Que les beaux jours ne concernent pas seulement la météo, le ciel, les petites fleurs, les arbres dans les jardins. Et pas seulement les autres. Pas toujours les mêmes. Elle aimerait bien que le vent tourne, que la vie chasse un peu ses nuages à elle. Tout ce qui s’amoncelle au-dessus de sa tête. Elle reconnait des visages familiers mais ses copines ne sont pas là. Peut-être que le petit dernier de Sandra est une fois encore malade et que Valérie souffre à nouveau du dos. Pas facile de rester longtemps debout quand on a mal au dos. Ici, on est prioritaire s’il est établi que la station debout nous est pénible mais quand c’est l’affaire d’une semaine, il faut remonter toute la file, jouer des coudes pour obtenir le droit exceptionnel de passer devant tout le monde. Les autres vous regardent d’un mauvais œil alors, Valérie a dû renoncer à venir aujourd’hui. Parfois, il y a même des bousculades. Il faudra qu’elle passe chez Sandra pour prendre des nouvelles du petit. Du coup, elle s’ennuie un peu. D’habitude, elle parle avec ses copines et le temps paraît moins long et puis, le fils de Sandra court à droite, à gauche, il faut le surveiller, s’en occuper et les minutes filent plus vite. Elle regarde les visages, écoute les conversations des autres et cela la distrait quand même. Bien sûr, elle aimerait mieux être au cinéma. Faire les boutiques. Mais c’est impossible. Impensable. Alors, ici ou ailleurs, pourvu que le temps passe …

 

15h00. Elle est tout près de la porte, elle va bientôt être à l’intérieur. Ensuite, elle sait qu’il ne restera plus que dix minutes à attendre. Le temps de donner son carton avec son numéro et de récupérer sa carte et elle sera dans le circuit. Elle entend déjà les bruits familiers et, à travers les vitres, elle distingue les silhouettes connues, le va-et-vient des bénévoles des Restos du Cœur. Elle va remplir son sac à provisions, faire le plein de sourires. Boire un café. Avaler un gâteau ou deux. Ravaler sa fierté. Et puis repartir. Jusqu’au prochain tour …

 

Dimanche, 14H30 :

 

Elle fait la queue. Elle est arrivée il y a une heure et depuis, elle attend son tour. Cela ne la dérange pas trop de patienter. Elle a l’habitude. Ici aussi il faut attendre. Elle a laissé les enfants à la maison. Après tout, Johanna a bientôt douze ans, elle peut bien garder son frère et sa sœur. Aujourd’hui, il n’y a pas école. On est dimanche. Ses copines ne sont pas là. Elles n’habitent pas dans le même quartier. Dans la file, il y a quelques têtes connues mais personne avec qui parler. Tant pis. Elle prend son mal en patience. Elle n’aime pas cette expression. Cela fait des mois qu’elle prend son mal en patience et qu’elle attend son tour. Son tour de bon temps. Son tour de faire ses courses au supermarché. Comme les autres. Comme avant. Avant que la roue tourne. Des mois que ses enfants, eux, attendent leur tour de manège. Ici, les gens sont différents. Différents des habitués des Restos du cœur. Ils s’impatientent. Se balancent d’un pied sur l’autre. Trépignent. C’est qu’ils ont autre chose à faire. Que font les gens, le dimanche ? Ils vont au cinéma, ils vont chez des amis, ils vont manger une glace… Il fait beau, aujourd’hui, un vrai jour de printemps. Doux. Léger. Lumineux. Alors, ils sont tous venus à la même heure, en début d’après-midi pour ne pas faire la queue. Raté. Ils auraient mieux fait de venir tôt ce matin, avant d’aller au marché. Ou juste après. Que c’est agaçant de faire la queue quand on a mieux à faire ! Elle, elle n’a rien d’autre à faire. Rien de mieux. Elle n’est pas pressée. La télé peut bien attendre. Les enfants aussi. Johanna est assez grande. Le dimanche est un jour comme les autres. Ni plus ni moins. Pas encore un jour meilleur. Celui-ci est tout de même un peu particulier. Elle est, pour ainsi dire, convoquée. Elle a pris tous ses papiers. N’a rien oublié. Enfin, elle espère. Convoquée avec tous ces gens qui attendent. Ils ont donc quelque chose en commun. Pourtant, certains ne lui ressemblent pas. Au-dessus de leur tête, il y a le ciel. Bleu. Limpide. Pas pour tous, bien sûr. Mais pour certains. Toujours les mêmes.

 

15H00. Elle est tout près de la porte, elle va bientôt être à l’intérieur. Ensuite, elle sait qu’il ne restera plus longtemps à attendre. Le temps de prendre les petits papiers et de montrer sa carte d’identité et elle sera dans le circuit. Aujourd’hui, elle va garder sa fierté. Sa voix compte. Autant que celle des autres. Elle va voter. Et puis repartir. Jusqu’au prochain tour …  

 

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Les 100 derniers jours
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