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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 08:00

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Meeting

Laurence Marconi

 

La salle est survoltée. Les esprits s’échauffent, les corps s’impatientent, les bras agitent fanions et banderoles, les spots crachent en rafales leurs jets de lumière crue, les haut-parleurs déversent des ribambelles de décibels … Une ambiance de match de foot, juste avant que les joueurs pénètrent sur la pelouse. Drapeaux tricolores et cocoricos, du patriotisme plein les gosiers, des jabots gonflés de fierté. Les supporters scandent un nom, pavoisent, s’époumonent.  « On va gagner, on va gagner ! » De vrais coqs de combat, gaulois et tapageurs. A l’applaudimètre, c’est sûr, ils sont les meilleurs. Ils sont venus, ils sont là, en force et en nombre, pour acclamer leur candidate. Ils brandissent leurs certitudes à bout de bras, braillent leur ferveur à bout de souffle. La clameur monte, s’amplifie encore. La voilà. Sa silhouette se détache sur un fond bleu turquoise. Un sourire carnassier d’affiche électorale placardé sur son visage, droite comme un I, elle lève les bras en V, le V de la Victoire. L’instant est solennel, tous chantent la Marseillaise. Puis la meute se discipline, fait silence pour le coup d’envoi. C’est parti pour quatre-vingt-dix minutes de combat. Coups francs, obstructions, tacles, frappes de la tête, dégagements du poing. Tous les coups sont permis. Le ballon circule peu et la balle n’est jamais au centre, toujours sur l’aile droite. La candidate est au Front. Elle est sur tous les fronts : arbitre, gardien de but, attaquant. La tactique est offensive et le tir est puissant. Les supporters alimentent l’attaque, gueulent, brament, vocifèrent, s’égosillent, approuvent les coups bas. Les adversaires, eux, ne sont pas présents. Ils sont hors-jeu, sur le banc de touche. C’est un match impitoyable. Soudain, la sanction tombe, peu avant la mi-temps. La candidate se fige, le regard conquérant. Elle plonge sa main droite dans la poche intérieure de sa veste et, d’un geste lent, théâtral, sort un carré de papier qu’elle brandit en hurlant, d’une voix triomphale. « Carton rouge ! »

 

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 08:00

Jour--49.jpg

 

Fauquet’s story

Patrick Ledent

 

 

Chers amis, en vos titres et dividendes,

 

Ça va déconner sévère pendant trois mois, et je m’en excuse par avance. Je vais être bon, excellent même, car je dispose de coachs redoutables qui feraient avaler des couleuvres à des souriceaux.  Si bon que j’en viens à redouter que vous ne soyez dupes, vous aussi. Un risque que je ne veux pas courir, d’où cette lettre, à titre préventif. Des fois qu’on s’égare, qu’on se laisse emporter par cette perspective d’une victoire totale, écrasante, jouissive et plus proche que jamais.

Quoi qu’on entende, quoi qu’on voie, quoi qu’on lise, même si c’est moi qu’on entend, moi qu’on voit, moi qu’on lit : je n’ai pas changé ! Je sers la soupe, mais je ne la bois pas. Vous me connaissez quand même ! Du blabla et rien que du blabla. Qui parmi vous doute encore de ma malhonnêteté ? Vous savez ce que c’est. On est du même bord, définitivement. Bien sûr qu’il y a encore du blé à se faire ! Y a cent soixante-huit heures dans une semaine, c’est dire si avec leurs trente-cinq heures, on est loin du compte !

A ce propos, je vous dois des excuses. Mon bilan n’est pas fameux, je le reconnais. Quand je songe à l’Allemagne, douze millions de pauvres et pas une émeute, je m’incline. À ma décharge, l’Allemagne, ce n’est pas la France. Ils ont morflé, dans l’après-guerre, ça laisse des traces. C’est quand même plus facile de conduire à l’abattoir un peuple rongé par la honte et par l’Histoire qu’un peuple fier et sans remords comme le nôtre. Mais je vais changer tout ça : installer le doute et la culpabilité.  

Des excuses encore quand je songe à la Grèce. La maestria avec laquelle notre émissaire de la BCE assujettit un peuple qui ne l’a même pas élu, toute cette misère, en quatre mois à peine, ça force le respect. C’est vrai, j’ai lâché du lest dans les banlieues, je craignais la contagion. Les voir monter à Neuilly, tous ces pauvres cons, ça m’aurait fait mal. Mais quand je vois ce qu’il encaisse, notre banquier, sans rien lâcher, je comprends à quel point on m’a mal conseillé. Tous des incapables, mes ministres. Une fois réélu, je les vire. Vous me donnerez des noms et on remettra de l’ordre. 

La barre à tribord, toute, vraiment à droite, cette fois. Je vais racoler comme une vieille pute, tous azimuts. Je vais faire des frontistes des intellos et des cocos des bobos! Je vais diviser ce peuple jusqu’au point de rupture : les chômeurs contre les travailleurs, les pauvres contre les riches, les ouvriers contre les employés, le public contre le privé, les athées contre les croyants, les chrétiens contre les musulmans, les noirs contres les blancs, les hommes contre les femmes, les Uns contre les Autres, et pas façon Starmania, vous pouvez me croire. Tant que les Français se regarderont en chiens de faïence, ils se laisseront plumer. Et si je vais trop loin, basta ! Notre engraissement vaut bien un génocide. Je m’en fous. De toute façon, après, c’est fini, plus de mandat. Je me retire. Faudra bien…  On n’est pas au Sénégal, ici, pas encore. Je ne peux pas m’assoir sur la constitution comme ça, moi !

A tribord dans les faits, à bâbord dans les annonces. La barre à gauche, toute ! Augmentation du SMIC, suppression de l’ISF et des paradis fiscaux, taxation des transactions boursières, mise sous tutelle des banques, et j’en passe. Vous allez en pisser de peur en m’écoutant ! Le Corrézien va passer pour un facho et le Marocain de l’Essonne pour un centriste ! Et le peuple va m’avaler tout ça, bien tout gober, avant d’en dégueuler partout. Mais il sera trop tard.

Après cinq ans de mensonges, remettre un lustre sous les bravos, ce n’est plus une branlette de gamin, c’est une éjaculation d’homme mûr ! J’en bande déjà, mes amis, vous dire !

Grâce à vous, grâce aux boulevards que vont m’ouvrir votre mainmise sur les médias, vos chantages, vos exactions, vos combines et votre fric, je gonflerai les voiles de nos yachts. Et dans cinq ans, Rolex en main, à l’heure où nous jetterons l’ancre qui à la Barbade, qui aux Caïmans, qui aux Seychelles – j’abrège, la liste est longue –, nous laisserons ce pays exsangue, déchiré, haletant et en ruines.

Vive la République et vive la France !

Votre dévoué.

 

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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 08:00

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100 choses à faire ou à défaire pendant une campagne électorale

Mes résolutions et autres fantaisies du dimanche

par Franck Garot 

 

      

50.       réaliser qu'on vient tout juste d'atteindre la moitié

51.       le violon est plein, acheter un violoncelle

52.       réaliser que ça fait cher l’urinoir

53.       chanter « ah ! ça ira, ça ira, ça ira, les aristocrates halal Lanterne »

54.       ne pas confondre malaise vagal et malaise halal

55.       préférer la verte campagne à la campagne des Verts

56.       combien coûte une contrebasse déjà ?


 

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 08:00

Jour--51d.jpg 

Madame la Présidente du bureau de vote.

Claude Bachelier

 

 

Quand le maire l’a appelée pour lui proposer d’assurer la présidence de l’un des deux bureaux de vote du village lors des prochaines élections présidentielles, Elisabeth a aussitôt accepté : cette proposition était plus qu’un honneur, un devoir.

Elle s’est préparée à ce rôle avec le plus grand sérieux : outre une courte formation suivie à la mairie, elle est allée sur internet recueillir un maximum d’informations et de témoignages. Elle qui n’avait jamais lu un seul ouvrage de sciences politiques a lu plusieurs livres traitant de la politique en général et des élections en particulier, écrits par des gens savants, en général des universitaires. Mis à part un ou deux, et encore, il lui a bien fallu reconnaître ne pas comprendre grand-chose de tous ces textes censés expliquer simplement et clairement des processus compliqués. En conséquence de quoi, elle a donc décidé de s’en tenir à ce que lui avait dit le secrétaire général de la mairie, tout en épluchant les procédures prévues par le code électoral. Ce qui n’était quand même pas une mince affaire.

Les nuits précédant le scrutin, elle n’a pas très bien dormi. Elle essayait d’imaginer tous les scénarios possibles au cours de ce dimanche, et surtout de quelles façons, elle pourrait ou devrait réagir si un incident venait à se produire. Certes, elle aurait avec elle deux assesseurs, sans compter trois représentants des partis politiques. Mais c’est peut-être de ces gens, toujours prêts à monter en épingle la moindre chicane, que pourrait survenir de grosses difficultés. Il lui faudrait alors, en qualité de présidente, décider et régler le problème, dans le respect absolu des procédures prévues. C’est cela qui la stressait le plus.

Pourtant, décider, elle savait faire. Au cours de sa vie professionnelle, cela avait été son quotidien. De plus, elle avait exercé la présidence de deux associations, sans compter son unique mandat de conseillère municipale il y a bien des années. Mais dans le cadre de ces élections, il y avait un enjeu autrement plus important qui ne permettait pas le moindre faux pas.

La veille du scrutin, elle était allée se faire coiffer, en prenant soin de demander à Manue, sa coiffeuse attitrée de lui faire une coiffure décontractée, sans être pour autant ébouriffée. Elle ne voulait pas ressembler à ces américaines permanentées à l’excès.

Elle avait ensuite longtemps hésité sur le choix des vêtement qu’elle allait porter : pantalon, jupe, robe ? Et quelles couleurs : vives ou neutres ? Chaussures à talons ou plates ? Devait-elle porter des bijoux ? Et si oui, lesquels ?

Sur la table de la salle à manger, elle avait tout étalé, essayant de trouver les meilleurs assortiments possibles. Tout l’après midi y avait été consacré et c’est après de longues hésitations qu’elle avait décidé d’opter pour un pantalon noir avec un corsage blanc, sous une veste elle aussi noire, veste où était accroché discrètement le ruban violet des palmes académiques. Avec un collier de petites perles et des boucles d’oreilles, en perle elles aussi et à sa main gauche, uniquement son alliance et sa bague de fiançailles. Et des mocassins noirs, certainement plus confortables à porter toute une journée que des talons hauts.

Elle était contente de ses choix qui marquaient une certaine neutralité, évitant à la fois le bon chic bon genre et le négligé, même si elle s’était toujours située plus proche du premier que du second.

Le samedi soir, elle s’était couchée assez tard. Elle avait parcouru distraitement quelques notes qu’elle avait prises. Comme souvent quand elle n’arrivait pas à s’endormir,  elle  pensa à  Claude, son mari mort cinq ans plus tôt d’une crise cardiaque. Elle aurait bien voulu l’avoir à ses côtés ce dimanche. Comme à son habitude, il serait tenu en retrait, comme il avait toujours fait, mais sa présence auprès d’elle l’aurait rassurée.

Le dimanche matin, elle s’était levée à six heures, prenant le temps de prendre un bain, avant de déjeuner puis de s’habiller sans précipitation.

Il n’y avait encore pas grand monde dans les rues, même s’il y avait quelques clients chez le boulanger. Il faisait un peu frais, mais de cette fraicheur qui annonce une belle journée. Elisabeth se disait que peut-être les électeurs préfèreraient aller se promener plutôt que de voter, à moins que, justement parce qu’il faisait beau temps, ils sortiraient plus facilement.

A huit heures précises, le premier électeur se présenta.

Madame la Présidente du bureau de vote de l’école maternelle des Ayettes était prête.

 

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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 08:00

Jour -52

 

Alphabet

Jacqueline Dewerdt

 

 

Que valent les mots virils, veules, visqueux,

Que veulent les mots du vain vacarme, vaniteux vaudeville?

Vive le vin et ses vertus ! Voluptueuses volutes  de voiles vaporeux !

Utopie, unité : mots usés, usagés, usurpés ?

Terrifiante trahison, triste théâtre de la terreur du triple. Triple quoi ? Triple A !

Scandales sournois. Stupide séduction.

Sans remords les sans-le-sou se soulèvent

Rêvent dans la rue, revendiquent, se révoltent !

Publicité, programmes, pactes, promesses du pouvoir ?

Poussez les portes du plaisir au parfum de pivoine.

Odieux, l’ordre officiel ostracise ?

Ose !

Négationnisme et nationalisme se nourrissent de la nuit ?

Mords les mots mutins et magnifiques,

Laisse les lamentables larbins,

Lutte pour la lumière et la liberté,

Jeunesse qui joue, jubile, jouit !

Impuissants, ivres d’illusions, les imbéciles improvisent,

Hirsutes, humiliés, honteux,

Grisés, gluants,

Faux-culs et faux-semblants.

Etoiles de l’enfance, exprimez vos envies, vos mots d’esprit, étonnez-nous, écrivez.

Dites les mots de la douleur, et dites ceux du désir.

Colère contre chagrin, corps complice de la conscience, charme cassant du crépuscule,

Baisers bavards qui bafouillent, bredouillent les bons mots de la beauté et du bonheur,

De l’Accueil, l’Amitié, l’Amour.

 

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 08:00

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Charmante Elvire

Alain Emery

 

 

Cessez de rire, charmante Elvire. Les loups regardent vers Paris. Et des loups de gauche. Les pires. La bave et la revanche aux lèvres. Des cosaques bolcheviques. Des cubains guévaristes. Je les ai entendus ! Ils parlent de justice, d’équité. D’espoir et de fraternité. De partage ! Vous verrez qu’à ce train-là les pauvres exigeront demain de survivre à l’hiver !

Vous savez ce qui se dit : s'ils entrent dans Paris, soit par Issy soit par Ivry, ce sera la fin du monde, ma chère. Et pas le 21 décembre, comme prévu : le 7 mai ! Votre été à Saint Trop', vous pouvez faire une croix dessus. Dès le lendemain, ce sera la guerre, les tickets de rationnement, le pain maïs, le marché noir ! La traversée de Paris version hallal ! Vous ne savez pas lire ? La fuite des capitaux nous guette. Celle des cerveaux. Celle des footballeurs. Ce sera la débâcle, la chienlit ! Des chômeurs dans votre salon et des roms à tous les carrefours ! Les phares reconvertis en minaret. Le mildiou et les invasions de sauterelles ! A nos portes, Elvire, rendez-vous compte, toute l’Europe coalisée, montée sur ses grands chevaux et prête à en découdre ! La Sainte Alliance s’apprête à transférer le Parthénon à Berlin, attendez-vous à voir la Tour Eiffel démontée pièce par pièce. Bradée au prix du kilo de ferraille…

Les loups regardent vers Paris. Pas plus tard que ce matin, Liliane B. a pris le maquis. J’en connais d’agréables. A Gstaad, par exemple. Alors, décrochez les Rembrandt. Dépêchez vous tant qu’il est encore temps. Et pour l’amour du ciel, cessez de rire, charmante Elvire…

 

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 08:00

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La fiole
Corinne Jeanson

 

 

C'était un beau matin juste avant l'arrivée du printemps. Deux jeunes femmes se tenaient à la terrasse de café. Un chien errant se promenait sur les boulevards. Le tramway trainait sur ses rails. Pourquoi ai-je pris ce chemin ce matin d'avant le printemps ?

Je venais de quitter l'agence de travail temporaire. J'avais déposé mon curriculum vitae et rempli une fiche d'inscription. A l'accueil, la dame a regardé mon curriculum rapidement, elle a vu tout ce que j'avais fait, à cinquante ans on a beaucoup travaillé, on a de l'expérience, c'est ce que je croyais. Elle m'a regardé et elle m'a demandé : « Vous n'avez pas rempli toutes les cases ? Est-ce que vous accepteriez de travailler à l'usine ? Est-ce que vous accepteriez des missions d'une journée ? » Je l'ai regardée, j'ai coché les cases et je suis parti.

Je me suis souvenu d'une parole de mon oncle : « Quand j'étais jeune, j'étais journalier et puis ils ont changé les lois. Je suis devenu ouvrier et j'étais fier de passer la grille tous les matins pour aller à l'usine. On travaillait quarante-huit heures par semaine et ça payait bien. » Mes vieux ils m'ont toujours dit que pour être libre, il fallait travailler.

Il avait fait froid cet hiver, la tuyauterie avait gelé, mon chauffage avait claqué. Il avait fait sept degrés dans ma chambre, j'avais fait une bouillotte. Je m'étais souvenu des paroles de ma mère : «L'hiver cinquante-six, je me déshabillais dans la cuisine, je chauffais la bouillotte et je la déposais dans mon lit, sous l'oreiller. Et quand j'allais me coucher je la basculais au pied du lit. A cette époque, on avait l'habitude, les chambres n'étaient pas chauffées. C'était normal de pas chauffer les chambres. C'était pour faire pipi que c'était dur, avec les WC à l'extérieur. Mais le lit était chaud avec la bouillotte.»

Partout, ils annonçaient qu'il allait y avoir des élections, enfin des élections présidentielles. J'avais feuilleté les journaux, j'avais écouté la radio, j'avais parcouru le Net : « Il paraît que la Saumure a des bordels en Belgique, il paraît qu'Ikea espionne ses employés, il paraît qu'à la Réunion les jeunes n'ont pas de travail et que la vie est chère. Il paraît qu'en Espagne, le peuple s'indigne, il paraît qu'en Grèce le peuple est fatigué de s'indigner. Il paraît qu'en Libye la révolution est finie, il paraît qu'en Syrie l'armée a pris le quartier rebelle à Homs. Il paraît que si on taxe les riches, ils vont quitter le pays. Il paraît qu'en Argentine ils ont dit non au FMI et qu'on leur a dit qu'ils allaient mettre en péril le capitalisme. Il paraît que Poutine va être réélu.» Ça s'embrouillait dans ma tête toutes ces nouvelles qui ne voulaient rien dire.

Pourquoi j'ai pris ce chemin ce matin le long des voies ferrées ? Les talus étaient gris, le soleil ne sauvait pas leur mauvaise mine. J'avais ma fiole avec moi, elle ne me quitte jamais. C'est elle qui donne de la couleur aux jours de peine. D'ailleurs quelle peine ? Peine de cœur, peine d'argent ? Peine de désir ? Oui, c'est ça, j'ai perdu le goût de vivre. Les vieilles lunes sont revenues : je n'ai pas connu de guerre, j'ai connu que celles des anciens, celles qu'ils m'ont tant de fois racontées. Celles des privations, celles de la peur des soldats et de leurs bottes. Et il y avait cet ancien déporté avec sa marque au bras, celui-là ne parlait pas, il était une ombre pâlissante. C'est un cancer qui l'a emporté. Ils ont dit : « Il faut que l'Europe soit en paix. » Le deuil est long à venir sur les charniers d'hier. Qui a bronché quand ils ont fauché les Juifs, les homosexuels, les communistes, les femmes, les enfants, les vieillards, les hommes ? Il y a toujours un homme avec son fusil, sa bonne conscience, pour en frapper un autre. "Il paraît que les pompiers ont sauvé un chevreuil sur le fleuve gelé." Mais la glace a fondu, le printemps arrive et au mois de mai...

Après l'élite de cette fin de règne, qui va prendre sa place ? Une nouvelle élite qui n'aura au cœur que sauver ses avantages. Voilà, j'avançais le long du chemin, je ne savais pas où mes pas m'entrainaient mais je savais que je ne reviendrai pas en arrière. Hier est mort, aujourd'hui est futile, reste demain. Les lendemains qui chantent. J'étais désenchanté mais vivant, debout, et le soleil battait à ma nuque. C'est ma fiole qui m'emportera mais pas leurs nouvelles lois, pas leurs nouvelles résolutions, pas leurs nouveaux référendums, pas leur avenir sans désir. Voilà pourquoi j'ai pris ce chemin un matin d'avant le printemps.

 

 

14 mars 2012.

 

La nuit dernière, un car transportant des enfants belges et néerlandais d’une douzaine d’années s’est écrasé contre le mur d’un tunnel, en Suisse. Vingt-deux enfants morts et six adultes. Vingt-quatre enfants blessés plus ou moins grièvement, répartis dans les hôpitaux de la région, dont trois « dans un état grave ».

Ce n’est qu’un fait divers banal, direz-vous, comme on en lit tous les jours dans les journaux. C’est vrai. Mais en tant que mère et grand-mère, les photos de la catastrophe m’ont hantée toute la journée.

Alors, le grand cirque organisé pour les élections présidentielles, les déclarations des uns et des autres, les différences affichées par les instituts de sondage, les photos de nos hommes et femmes politiques souriant le plus benoîtement possible, les reproches échangés de part et d’autre, tout ce cinéma savamment relayé par les media, m’est apparu ce mercredi comme indécent, décalé par rapport à la réalité.

Et m’a dégoûtée.

Yvonne Oter

 

 

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 08:00

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Dix mots pour la France : l'occasion perdue

Jean-Claude Touray

 

 

 C’est avec l’allongement des jours, les montées de sève anticipées et les giboulées de Mars, le retour de la «semaine de la langue française et de la Francophonie (17-25 mars 2012). » de son opération vedette : le « jeu des dix mots ».

Ce divertissement culturel fait un tabac dans les écoles comme dans les maisons de retraite, les cliniques psychiatriques et partout où nichent des plumitifs avec démangeaisons d’écriture en commun.

T’as un thème général, dix mots qui s’y rapportent et une à deux heures pour tortiller ta rédac.

 

« Dis-moi dix mots qui te racontent », c’est le sujet cette année, une prudente manière d’écrire : « fais nous ton autoportrait ». Comme indiqué dans le cuistre commentaire que je suis en train de piller, ce thème illustre  la capacité de la langue française à dire l’intime, la singularité, l’identité propre à un individu ou à un groupe. Les dix mots choisis pour te raconter aux autres, les voici :

 

âme, autrement, caractère, chez, confier
histoire, naturel, penchant, songe, transports.

 

 

Et c’est parti mon Kiki.

C'est à ce moment que quelqu'un au ministère de la Culture aurait dû, par exemple, en relisant les épreuves du livret de dix mots, avoir le bon réflexe. En effet, ce n’était un secret pour personne qu’en plus d’être bissextile, 2012 était une année électorale avec remise en cause du bail de l’occupant actuel de l’Elysée.

 

Si les autorités qui nous gouvernent avaient eu plus de présence d’esprit, une option « Dix mots pour la France » aurait été ouverte pendant la semaine de la langue française, donnant l’occasion aux candidats à la Présidence de la république de mettre à nu sans histoires leur cœur et ses intimes transports devant les électeurs.

Leurs textes auraient été joints aux professions de foi du premier tour.

A Titre d’exemple, voici l’autoportrait qu’aurait pu écrire un candidat que vous reconnaitrez peut-être.

J’ai un penchant naturel pour la gauche, mais mon âme au fond est à droite. Ou bien l’inverse, je n’ai jamais su.

Chez moi, la force de caractère n’a d’égale que la certitude d’avoir raison.  Je suis assis entre deux chaises sur le fil du rasoir et j’y reste. Qui m’aime me suive. Voila ce que j’appelle faire de la politique autrement.

En périodes électorales sur les marchés je croque de l’ail en buvant du Jurançon. Pas fier et bien dans ses sabots, c’est, du moins le crois-je, mon image dans les scrutins locaux.

Pour la présidence de la République, je cherche encore. Pour être complet, je vais vous confier ma plus secrète ambition : devenir  maire de PAU, Et mon songe le mieux caché : Y être arrivé.

 

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12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 08:00

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Rencontre au sommet

Ysiad

 

 

C’est toujours la même histoire, quand approche le moment de rencontrer le Chef des cinquante Etats. Devant son placard à galoches, le Président, Ninic pour les intimes, se met dans tous ses états ! Il s’énerve, trépigne poings serrés et la colère au front, martèle le sol de ses talons renforcés puis, furieux, sort de la chambre et part marcher de long en large dans son grand palais en écartant ses courtisans. « Merde ! Que faire pour paraître à la hauteur à côté de l’Amerloque ? » s’interroge-t-il tout fort avec toute la spontanéité qui le caractérise, et cela navre à chaque fois Madame qui, elle, a la taille mannequin et lui met allègrement une tête, rien qu’en portant des ballerines.

 

Lorsque son petit homme de mari pique sa crise, elle se retire dans ses appartements pour aller gratter sa guitare. Elle a beau se retirer souvent dans ses appartements, elle fait pas de beaucoup de progrès à la guitare.

 

Madame supporte mal l’idée que son Ninic, qu’elle considère bon et gentil et doux et capable de sauver le pays, se trouve petit et pique ainsi sa crise devant son placard à grolles, ça peut boucher les artères, elle l’a lu dans les magazines. Car enfin, même s’il est petit, il est grand, son Ninic ! Pas grand par la taille, non, par l’ambition. D’abord que son Ninic, il a des visées supérieures, surtout lorsqu’il s’agit d’aller serrer la pince du Chef des cinquante Etats, qui, lui, est super grand pour le coup, ne tempête pas devant son placard à godasses, sait sourire à la tribune et donner à son peuple de beaux discours revigorants au cœur desquels brille comme une flamme l’idée de justice, et même parfois parvient-il à l’appliquer, pour le bien de son pays. Ah mon dieu ce qu’il peut être agaçant, ce type qu’est super beau, qu’a de super belles idées et une stature imposante, et comme il peut gonfler Ninic ! Pourquoi cet amerloque charismatique ne fait-il pas un mètre trente deux, comme tous les grands de ce monde, putain de merde ? (C’est la question que se pose Ninic en pensant à Alexandre le Grand ou Napoléon 1er, quand il part dans son Falcon 7X serrer la louche du Chef des cinquante Etats).

 

C’est à chaque fois une prise de tête pour savoir quelles pompes mettre pour ne pas paraître nabot à côté du grand orateur qui porte le doux nom de BO (et en plus, il est beau, BO) et fait dire à ses fans que «BO, il casse la baraque rien qu’avec un Yes, we can », et que Ninic, il va encore faire rire dans les chaumières quand il s’empourprera sur ses semelles de caoutchouc en parlant des droits de l’homme.

 

Mais revenons vite aux tatanes rehaussantes de Ninic pour aller serrer la pince de BO, et nous pouvons vous dire que c’est en train de très salement barder dans les appartements de Madame.

 

« Au lieu de faire des fausses notes, viens donc m’aider à choisir !», hurle le petit trépignant si fort que Madame en lâche sa guitare, dont toutes les cordes sautent en même temps. « C’est malin, gémit-elle, t’as encore niqué ma guitare, Ninic ! J’enregistre cet après-midi pour mon nouveau disque ! » « Mais qu’est ce qu’on s’en tape, crache-t-il dans son style gracieux, allez, zou, y a l’ feu, grouille, me faut une nouvelle paire de pompes !»

 

Donc les voilà partis dare-dare pour le magasin de souliers rehaussants.

 

Et là mes agneaux, il faut un vendeur solide aux nerfs d’acier, car le petit homme s’énerve. Il hurle que rien n’est assez haut pour lui. On lui propose des modèles à bouts ronds, à bouts carrés et même triangulaires, tous sévèrement talonnés et semellés et rehaussés, mais qui ne suffisent pas à lui faire dépasser le mètre soixante-dix.

 

« Putain de Dieu ! braille-t-il, y a pas plus haut ? L’aut’ con, y fait 1,90m ! Merde ! Manque vingt centimètres ! »

 

Soudain, comme dans ces tableaux où le ciel est soudain percé par une lumière divine, la solution se fait jour dans la tête du vendeur.  « J’ai trouvé! Vous faut un escabeau ! »

 

Ninic s’enflamme. Vire violet. « T’en as d’aut’, des comme ça ? » hurle-t-il et pour se passer les nerfs, il sort toutes les chaussures de leur boîte et les jette, pêle-mêle, dans la boutique. « Ça t’en babouche un coin, et pis ça va t’en cuire aussi ! » piaffe-t-il comme un dément à l’adresse du vendeur terrorisé qui s’est réfugié derrière son comptoir.

 

Puis il se calme. Toussote. Renifle. Rajuste sa cravate. Se rechausse. S’éponge le front. Se visse les index dans les oreilles. Claque des dents. Chasse une poussière d’une pichenette, hausse les épaules, un p’tit coup à gauche, un gros coup à droite, prend Madame par la main et sans un mot quitte la boutique.

 

La solution, c’est lui, Ninic, qui l’a trouvée. Foin d’escabeau.

 

Une chaise, tout simplement. Pour faire asseoir le beau BO.

 

Votez Ninic, le p’tit type qu’a toujours les bonnes solutions !

 

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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 08:00

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100 choses à faire ou à défaire pendant une campagne électorale

Mes résolutions et autres fantaisies du dimanche

par Franck Garot 

 

 

43. réfléchir à la possibilité du vote blanc

44. se demander comment aller voter quand on a brûlé sa carte d'électeur

45. se rappeler qu'il suffit d'avoir sa pièce d'identité

46. réfléchir à la possibilité du blanc vote

47. changer  de cantine, le Fouquet’s n’est plus tendance

48. se dire qu’on ne devient pas une lumière seulement en résidant à la Lanterne

49. réfléchir à la possibilité de l'exil

 

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