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27 mai 2012 7 27 /05 /mai /2012 08:00

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Au café non plus ! 

 

Nous avions prévu de célébrer ce dimanche de fête avec une fantaisie de Franck Garot ; hélas, notre sympathique chroniqueur a pris le large en oubliant de poster les dites fantaisies. Il vous faudra donc attendre son retour et subséquemment le mien pour reprendre l'affaire.

 

Une pêche miraculeuse peut-être ?

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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 08:00

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Comme une sorte de suite au Saoûl contrôle de Castor Tillon 

 

Pétrole

Jean Calbrix

 

 

Tourne, tourne la Terre autour du grand Soleil

Tes bienfaits ont mûri dans cette rôtissoire.

Ton ventre s'est gonflé, comme un grand saint ciboire,

De pétrole aux lueurs de moire et de vermeil.

 

Et toi, génie humain, à l'esprit en éveil,

Tu sus capter le feu de la richesse noire,

Reléguant le cheval au fin fond de l'Histoire,

En créant le moteur, fabuleux appareil.

 

Et depuis, c'est la chasse aux nappes souterraines,

Malheur à toi petit vivant près des fontaines

Où l'or tant convoité coule à flot pour les grands.

 

Tu ne pèses par lourd, t'en périras sans doute !

Auprès d'un parapet, je vois les estivants

En un long défilé sur la grande autoroute !

 

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 08:00

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Saoûl contrôle

Castor Tillon

 

 

 

Quand je suis arrivé au bistrot, avant-hier soir, ça pérorait ferme. Sans surprise, c’était ce pochetron de Jean Sifone d’Hélytre (ne pas confondre avec Jean Syfone d’Évoix, le président-candidat), un aristo ruiné, qui monopolisait l’attention. Le niveau de liquide de son organisme, contrairement à celui de son porte-monnaie, dépassait largement la ligne de flottaison, et le barman s’évertuait à le convaincre de rentrer chez lui pedibus cum jambis, ou dormir sur le billard avec une couverture. Jean insistait pour aller chercher l’éthylomètre dans sa voiture, or il est deux catégories de personnes pour lesquelles cet instrument est totalement inutile : les sobres, et les épaves dans son genre, tant le résultat est connu d’avance.

- Vous connaissez la différence entre cette animatrice des années 80 et moi ? Ben elle, c’est Dorothée, et moi, j’me réveille au café, mouhahaha ! Laissez-moi aller chercher mon émylo… mon étoly, mon alcoolo-test, là, qui va vous rassurer sur mon état avancé de sobriété…

- Pas besoin d’un éthylo pour voir que tu es rond comme un patapon. Tu ne saurais pas où mettre la clé de contact, même avec un GPS.

- Ta ta ta ! Moi, quelques petits verres de plus, ça me galvanise pour conduire !

- Exact : tu as la couleur du galvanisé : gris. Si tu prends le volant, tu n’iras pas plus loin que le prochain mur.

- Ecoute, m’sieur le barman : l’alcoolo-test, notre foutu président l’a rendu obligatoire, et je vais l’éthyliser… l’ulit… m’en servir. Ce truc m’a coûté une fortune, d’ailleurs… Avant c’étaient les flics qui fournissaient de quoi te coller une prune, maintenant c’est le contrenev… le… l’épicurien qui doit acheter le matos. Les gens qui ne boivent jamais doivent être ravis ! Tu vas voir que bientôt ils vont nous contraindre à payer et trimballer dans le coffre le carnet à souches, le sifflet à roulette et le sabot de Denver ! Dans quelques années, la malle arrière sera pleine de leurs saloperies, et pour peu qu’on nous force à acquérir un agent ou un douanier, nous devrons envoyer nos bagages de vacances par FedEx. Alors, tu sais quoi ? Je vais me mettre en règle avec la loi, je vais souffler dans le sacré machin, et légèrement euphorique ou pas, je vais rentrer chez moi en auto.

 

Il a donc pris sa voiture, ou sa voiture l’a pris, on ne sait, car depuis, nous n’avons plus de nouvelles. S’est-il endormi sur la pédale d’accélérateur, et a-t-il roulé jusqu’en Slovénie ? A-t-il rencontré un platane plus coriace que son crâne ? Fait-il désormais partie des funestes statistiques que le gouvernement s’évertue à faire baisser, officiellement pour notre bien ? Il avait pourtant un bel éthylomètre tout neuf à 129 euros, le must, quoi.

 

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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 08:00

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Feuille de route

 

 

Il a beau connaître le trajet, avoir repéré depuis longtemps les pleins, les vides et les revers,  jaugé les perspectives, recensé les contresens, à chaque fois c'est la même difficulté. Il ne sait pas d'où ça lui vient cette hésitation. Il a le coup d'oeil pourtant habile. Le réflexe assuré. La droite, la gauche ne lui posent pas de problèmes. Seulement voilà, certains angles ne se laissent pas surprendre. Il en est même qui s'effritent à la moindre tentative d'approche. Un jour, on lui a dit de se méfier des angles morts. Depuis le temps qu'il roule, morts ou vifs, les angles il a appris à faire avec. Mais quand même. Quand il y en a trop, qu'il n'y a plus que ça dans le champ, c'est qu'il est pris par le doute. Parfois cela va jusqu'au vertige. Au point de se laisser abuser par la peur. Alors, il les explose. Le problème, c'est après. Quand la lumière vacille. Que les balises se dérobent. Et que la ligne de mire remonte de deux ou trois crans. Les pensées durcissent. Les nerfs s'irritent. Les muscles se verouillent. Impossible de faire marche arrière. De s'arrêter sur un bas-côté. De prendre la tangente. Il faut faire gaffe. Vraiment. S'il ne prend pas la bonne décision, il peut dire adieu à la route. Il verra se dresser des arêtes, se tordre le bitume, surgir des charniers. Et c'en sera fait d'une vie tracée dans le droit chemin.

 

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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 08:00

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Comment bien foirer en choisissant de se dépayser (deuxième partie)

Ysiad

 

 

Pour ceux que ça intéresse, nous poursuivons l’ébouriffante série « foirer c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux », avec un périple qui consiste à décoller d’Akureyri  au nord de l’Islande pour atteindre Glasgow en zigzagant entre les particules de cendre, et à obtenir si possible un verre de champagne pour fêter les deux places que vous et votre fille avez obtenues à bord de ce vol très hypothétique d’Icelandair, mais malheureusement toujours pas de champagne, ah flûte, encore foiré, et  pour vous punir de poser des questions saugrenues, l’hôtesse à grandes moustaches et tresses blondes vous colle trois glaçons tintinnabulants dans votre verre à eau. Allez, buvez un peu d’eau fraîche avant le Scottish whisky que vous rêvez de vous jeter derrière l’épaule à l’aéroport de Glasgow pour vous remettre de vos émotions…

 

 

Glasgow, donc, après des heures d’attente à faire les cent pas à l’aéroport. Avec tous ces décalages, vous ne savez plus quel jour on est, mais votre fille vaillante est là pour récupérer les valises avant l’enregistrement pour le vol de New-York, toujours avec l’épatante compagnie d’Icelandair. Il y a encore du retard et il faudra attendre deux bonnes heures au bar pour qu’enfin, l’avion s’arrache du sol écossais et mette le cap sur la côte Est.

A bord de l’avion, on vous servira du poulet froid, des haricots froids, une compote froide, une grande rasade de champ… d’eau des volcans d’Islande, côté alcool festif, en plein dans le cratère, c’est foiré.

… A la douane de JFK, ce ne sont pas des petits plaisantins qu’ils ont installé dans les guérites, ah ça non, et lorsque le douanier à la mine patibulaire se penche pour vous demander la raison de votre séjour à New-York, vous vous abstenez de sortir que vous menez une enquête sur que choisir parmi la carte du Mac Do pour devenir obèse en moins d’une semaine, vous dites que c’est pour du tourisme.

Il est une heure du matin lorsque le taxi vous dépose devant la porte de l’immeuble de la 49ème rue où vous avez loué un studio à deux pas du quartier de Times Square. 1er étage, deuxième étage, vous y êtes. En dépliant le lit, vous pensez que ça y est, « you made it », pendant que votre fille chante New-York, New-York en dansant dans la pièce.

Et les jours s’écouleront dans New-York la trépidante, et les pommiers et les cerisiers de Central Park seront en fleurs, et les écureuils ne seront pas tristes du tout le lundi (contrairement à ce que prétend Madame Pancol), et le Chrysler Building brillera de tout son éclat dans le soleil de cinq heures du soir, et Manhattan s’étalera enfin à vos pieds, grouillante et pleine de vie, et Brooklyn vous évoquera l’ambiance poétique et jazzy des films de Woody Allen. Et le temps fuira, tout simplement. Vous aurez le cœur gros le jour du départ. Si gros que vous n’entendrez pas les sirènes des voitures de police quadrillant le quartier de Times Square, et que vous quitterez l’effervescence de l’aéroport avec du retard encore une fois. Ce n’est qu’après une escale à Reykjavik que vous apercevrez enfin par le hublot les colonnes de fumée noire et blanche sortant du cratère du volcan au doux nom de Eyjafjallajökull (sois poli, petit).

En mettant un pied sur le sol français, on vous apprendra que vous avez échappé à un attentat à la voiture piégée dans le quartier de Times Square et que pour le prochain voyage, à moins de tenir à bien le foirer, il serait sans doute préférable de consulter les oracles…

 

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 08:00

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C'est à un chasseur d'images hors du commun que nous avons affaire aujourd'hui. Le genre d'individu prêt à toutes les contorsions et à toutes les audaces pour changer le point de vue de l'autre.

 

 

Angle de mire

Corinne Jeanson

 

 

 

- Vous avez l'angle parfait. Permettez, Thomas Masson, photographe.

Un homme à l'âge indéfini, grand sans l'être tout à fait, vêtu sans élégance mais sans négligence non plus s'était approché de ma table et me tendait la main. Il portait un appareil photo en bandoulière, signe évident qu'il pouvait être photographe.

- Je ne voudrais pas vous importuner, je réalise une série de photographies sur le thème de la nuque. La nuque des hommes pour être plus précis. Et votre nuque correspond par excellence à la perfection que je cherche.

Il s'était assis en face de moi et le garçon, pour une fois prompt, avait déjà pris sa commande sans que j'ai pu prononcer un mot. Je balbutiais :

- Marc Grivel, de passage dans votre ville.

Cette présentation saugrenue ajouta au malaise qui m'envahissait depuis le matin. Je passais ma main dans mes cheveux, histoire de vérifier que tout allait bien.

- Oui, c'est cela. Vous sentez l'angle sous vos doigts ? Un grand angle. C'est tout à fait cela. Je ne voudrais pas abuser de votre temps, mon studio est tout à côté je pourrais vous montrer mes contacts. Accordez-moi une demi-heure pour vous prendre la nuque dans mon objectif.

Il avait balbutié sa demande avec maladresse, ce qui me toucha, je crois. Avais-je opiné de la tête ? Avais-je esquissé un sourire d'acquiescement ? Je me retrouvais dans une ruelle marchant derrière cet homme pressant et déterminé. Sa voix douce, sa démarche effleurée ne laissaient en rien supposer son autorité. Ce devait donc être plutôt mon naturel curieux, ma complaisance et ma capacité caméléon à me fondre dans le désir de l'autre. J'effaçais depuis l'aube ma dernière nuit.

A peine le porche franchi d'un immeuble ancien, la volée d'escaliers, il ouvrait sa porte et je découvrais une grande pièce lumineuse, encombrée de livres empilés sur des bibliothèques improvisées, des magazines de photo, des plantes vertes exubérantes. Les larges fenêtres donnaient sur le fleuve. Il m'indiqua une autre pièce drapée de longs rideaux noirs, son studio, à en croire les parapluies blancs disposés sur une estrade.

- Voici.

Il ouvrit un dossier d'où s'échappa des planches contact, en noir et blanc, par six, des rangées de nuques. Des nuques d'hommes, jeunes, vieux, vacillantes, tranchées, aplaties, proéminentes, altières, tendues, affaissées, arrogantes. Prises deux par deux : une de dos, une de profil. Aucune gorge, aucun visage de face, aucun regard.

- Vous cherchez la couronne ?

Cela m'avait échappé. Je n'ai jamais cru aux chakras et à toutes ces fumantes croyances orientalistes. Une amie avait bien tenté de m'y convertir mais à part ses caresses de ma nuque à mes talons, je n'avais rien retenu à tout ce que je considérais comme de pures fadaises.

- Je cherche, un équilibre. La courbure de la nuque en arcade avec l'os occipital me fascine. La vôtre avec sa ligne saillante est une perfection. Vous sentez, l'atlas, là.

Sa voix tremblait, il cherchait ses mots. Je voyais poindre une rougeur à ses joues, une perle à son front. Jusqu'à son souffle qui s'accélérait. Il pointait sa paume sur ma nuque, comme pour la soutenir, mais il ne m'effleura pas, comme si une invisible auréole lui interdisait de toucher mon crâne. Je repensais à ma dernière conquête qui nouait ses mains à ma nuque pour mourir de volupté dans nos reins liés. Etait-ce donc cela ? J'aimais sa nuque penchée toute incrustée de son odeur d'amour. En cet instant je me souvenais de ma bacchante et du poète qui l'avait si bien chantée. Je craignai tout à coup, face à cet homme inconnu, de devenir Penthée et de mourir tel un animal. Je fis un pas en avant pour attraper les contacts qui s'échappaient de leur écrin. Je regardais le profil de mon hôte et me moquais de mes égarements : cet homme-là n'avait rien du mâle dominant, il n'allait certainement pas me... quoi au juste, me manger, me séduire, me désirer ?

- Vous n'avez photographié que des nuques d'homme.

- Oui, avec ma précédente série je m'étais laisser absorber par les chevilles de femmes. Mais je cherche des géométries plus pures. N'étais-je pas sot, j'ai réalisé très récemment que je cherchais le siège de l'âme. Il est vrai que toutes les nuques n'ont pas cette puissance évocatrice. Voyez-vous, comment dirais-je, rares sont les nuques qui offrent tout à la fois puissance, mélancolie et rêverie. Même les regards n'ont pas ce souffle. Ce n'est sans doute pas pour rien que les Orientaux y voient le siège de ce que nous appelons âme. Vous avez raison, la couronne. Si j'étais astronome, je photographierai la couronne boréale, mais je n'ai pas les instruments qui conviennent.
Je l'écoutais. Sans l'écouter tout à fait. Je sirotais son whisky -mon hôte avait bon goût même dans son choix de whisky. Ma nuit dernière réapparaissait. J'avais invitée une femme inconnue chez moi. Pour un scénario à ma manière. Elle était entrée, nue sous son manteau, mon appartement était sombre, elle ne pouvait pas me voir. Je n'avais pas prononcé un mot. Je lui avais bandé les yeux avec une écharpe en soie et je l'avais guidée dans ma chambre. Ce qui s'en suivit. Je m'étais longuement attardé sur son corps, sur ses parties les plus secrètes, emplies de suaves fluides. Je l'avais accroupie pour qu'elle me rende mes caresses. Et, quand mon sexe bien droit, bien échauffé, avait été prêt à la prendre, je l'avais retournée pour l'enculer, doucement puis profondément, intensément, absolument. Je l'avais possédée ou bien était-ce elle qui m'avait rendu possédé ?

J'avais ôté son bandeau. Elle avait tendu son regard vers le mien. Je n'avais pas pu m'en détourner. Je ne sais pas ce que je vis. Je sais que je ne vis pas de désespoir, je sais que je ne vis pas de tendresse, je sais que je ne vis pas d'arrogance, encore moins de la peur ou de la colère. Je ne vis pas de la jouissance. Encore moins de l'amour. Ou bien. Non, je ne voyais pas le monde, ses collines, ses monts enneigés, ses fleuves, ses océans. J'ai vu au lointain. Son regard ne me regardait pas, il regardait au-dedans de moi. A cet instant, je la désirais, je désirais son désir.

Tout en parlant, j'avais perdu le fil de la conversation, Thomas ne cessait de toucher son côté gauche, il frottait ses côtes. Je songeais à la bible, à Adam. Je pensais à mon pénis qui avait plongé dans le vagin liquide de cette inconnue. Elle avait noué ses mains à ma nuque, elle avait relié ses pieds à mes reins, elle avait soulevé tout son corps en apesanteur contre le mien. Je n'avais plus rien ressenti, je n'avais pas joui avec mon corps, j'avais été aspiré, j'avais été baignant dans un océan de béatitude qui m'avait achevé, sorti de moi.

- Acceptez-vous de dégrafer votre chemise ? Votre col m'empêcherait de saisir vos courbes.

Le matin au petit jour, elle s'en était allée, sans un mot, j'avais stupidement déclaré : « On reste en contact ? » J'avais quitté ma ville précipitamment, pour me retirer d'elle, de ce que j'avais découvert, de ce que je ne voulais pas découvrir. Et je me retrouvais, là, avec un photographe parfait inconnu qui dévisageait ma nuque et mon occiput.

 

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 08:00

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Bons baisers de Moscou 

Votre barman est en route vers le soleil levant à bord du Tanssibérien.

Le café reste bien sûr ouvert.

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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 08:00

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Comme Patrick Ledent, Jacqueline Dewerdt-Ogil a contribué activement à l'épopée des 100 derniers jours. Elle publie aujourd'hui un livre-témoignage sur son engagement humain et sur sa façon de prendre place avec l'autre dans la vie.

 

Pas tout facile la vie

Des clowns chez Emmaüs

Jacqueline Dewerdt-Ogil

Préface de d’Anne Saingier

Postface de Montserrat González Parera

 

 

 

Pas n’importe quels clowns. Clown-analyste, clowno-formateur, tels sont les titres de celui qui embarque l’auteur vers dix années d’une aventure exceptionnelle avec « La Bande à Léon » troupe de clowns composée de compagnons d’Emmaüs.

Il s’agit bien de compagnonnage en effet dans ce récit à deux voix. Sous forme de journaux croisés, l’auteur nous fait partager les bonheurs et les tourments qu’elle a vécus au sein de la troupe. Les portraits de ces hommes que la vie a poussés en marge de la société nous font toucher du doigt la fragilité des destins individuels, mais aussi la force de la création collective. Compagnons d’Emmaüs, L’Ancien, Le Grand, La Flèche et les autres deviennent clowns. Parce qu’on fait confiance à leur talent, ils créent des spectacles dénonçant les travers de la société qui les a rejetés.

Par touches discrètes, l’auteur donne à entendre les échos que la vie des compagnons réveille en elle. Comme s’il s’en était fallu de peu qu’elle aussi, que vous aussi. Comme si certains avait juste raté le mauvais virage au mauvais moment.

 

Licenciée en lettres, Jacqueline Dewerdt-Ogil renonce à l’enseignement pour se former au conseil conjugal à l’AFCCC (Association Française des Centres de Consultations Conjugales).

Elle exerce cette fonction en centre de planification. Parallèlement, elle met ses compétences et sa sensibilité au service d’associations engagées dans l’humanitaire, le social et la vie culturelle. Elle consacre désormais de plus en plus de temps à l’écriture.

 

Aux Editions L'Harmattan, 234 pages, 23 €

 

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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 08:00

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Nous avons eu le plaisir de d'accueillir Patrick Ledent à plusieurs reprises au cours de l'épopée des 100 derniers jours, Magali Duru nous présente aujourd'hui le nouvelliste chevronné et son dernier recueil publié en mars dernier.  

 

 

Deux lignes de force dans ce recueil : d’abord -et c’est l’aspect que j’en préfère-, des nouvelles de fiction, savoureuses, sensibles, fantaisistes souvent ("Touquet final "), tragiques parfois ("Table rase"), quand elles ne sont pas aussi drôles que le coquin "Cinéma de quartier". "Chemin faisant "ou "Piékouagami" proposent d'intéressants duos, couples trop ou pas assez assortis. Il y a de vraies pépites comme "Martingale" qui réunit efficacité, sobriété, suspens, bonne chute. Ledent est aussi à l’aise pour installer que pour décaler une ambiance polar (« Et s'il subsistait un doute") que dans l’écriture subtile d’un fantastique « à la Jean Ray » : merveilleuse et belgissime « Frontière », impressionnants, les deux "chapitres" de « Lettre » puis de « Retour à Nice », en forme paradoxales d’odes à la lumière et à la vie, où l'action progresse avec le portrait psychologique, tout en proposant une subversion personnelle, originale des "codes" du genre. Ecrire une histoire de vampires qui se démarque de la production stéréotypée du jour est un sacré défi, le relever aussi brillamment, en y introduisant ce qui y est en général le plus étranger au genre, l'émotion, la compassion, la poésie, était une gageure et elle est réussie.

Mais l’auteur est généreux, prolixe, tribun dans l’âme, l’éditeur peu crispé sur la doxa d’un choix cohérent de textes (ou trop oulipien pour penser marketing ?). Ce recueil touffu, foutraque, véritable caverne d’Ali-Baba, propose donc aussi le trésor de textes véhéments, où la fiction, simple fil conducteur, laisse place à une indignation de bon aloi. On ne cherchera donc pas ici une logique, une progression, une série bien rangée de produits en rayon clairement signalés par les têtes de gondoles. On piochera simplement à l’envi dans cette multitude de petits et grands bonheurs, suivant ses goûts, ses humeurs et ses besoins du moment, comme dans ces minuscules boutiques de souk oriental où tout se côtoie, se chevauche, s’empile, pour que tout désir soit satisfait. C’est qu’au propre comme au figuré, « A vos caddies » ne fait pas exactement la promotion des supermarchés….

M.D. 

A vos caddies ! de Patrick Ledent, aux Editions Calliopées, 247 pages, 17,20 €.

 

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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 08:00

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Si vous pensiez que c'en était fini avec les foirades d'Ysiad, c'est que vous ne saviez pas à quel point notre talentueuse chroniqueuse était particulièrement habile pour chaque jour remettre l'ouvrage sur le métier et faire sienne la maxime Shadokienne : plus ça rate, plus ça a de chances de réussir...

 

Comment bien foirer en choisissant de se dépayser

Ysiad

 

 

Face au succès planétaire de la série « foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux », qui se pourrait comparer à la trajectoire fulgurante d’un Jean Dujardin ou à l’essor irrésistible de la boîte de conserve au XIXème, vous avez résolu de raconter à vos lecteurs (qui tapent d’excitation leur oreiller et s’en retournent les pouces d’impatience), le récit de la fille qui s’est méchamment plantée en choisissant la destination la plus géniale de tout le monde entier, à l’occasion de ses vacances de Pâques 2010. Pourquoi Pâques 2010, et pas Pâques 2009 ? Parce que si c’était Pâques 2009, ce serait pas marrant. Et puis la fille en question, c’est pas n’importe laquelle, hein. Non. C’est vous, quoi. The artist. Ben ouais. Bon. Allez, en avant, mauvaise bête, zou, et plus vite que ça, on tire la patte, là, on lambine, on n’a pas que ça à faire, y a tout le linge à sortir de la machine et le chat à nourrir ensuite.

 

Aussi étrange que cela puisse paraître, ce que vous chérissez par-dessus tout, dans le contexte d’un voyage, ce n’est pas le moment où vous posez un pied en terre étrangère, non, ni celui où l’autochtone se précipite pour vous aider à descendre du chameau et vous ouvre sa porte avec un grand sourire pour une dégustation de thé à la menthe, non, ni celui où vous partez au petit jour en excursion dans la forêt encore trempée de rosée pour entendre le cri du toucan, toujours pas, c’est celui, absolument magique et unique, qui consiste à imaginer tout ce qui vous attend, là-bas, tout là-bas, avant le départ.

 

Yeux fermés, bien installée au fond du canapé (avec en option un animal de fourrure faisant bouillotte sur votre estomac), vous vous concentrez sur cet instant où tout est encore intact et reste à vivre, cet instant fragile au cœur duquel vient s’inscrire une merveilleuse série de possibles que vous avez entrevus au fil d’un documentaire, et soudain, voici que transportée sous des cieux changeants, vous rêvez à des geysers de vingt mètres de haut, des sources chaudes et des coulées de glace, des déserts blancs et des falaises de lave, des promenades sur une terre rouge d’où jaillit toutes les cinq minutes un jet d’eau chaude, et voilà, de longs panaches de vapeur cernent le canapé et vous transportent en terre d’Islande, vous flottez, là où les sources sont chaudes et où les lacs arborent des bleus que vous n’avez jamais vus nulle part.

 

Jusque-là, pas de cata, tout va bien.

 

Et vous avez fort bien fait les choses ! Vous avez pris votre billet cinq mois à l’avance et prévenu le bureau que vous assureriez la permanence à Noël, pour prendre des vacances à Pâques. D’où le slogan inventé pour l’occasion : Noël au burlingue, Pâques en bourlingue, que vous chantez gaillardement en faisant vos photocopies sous le néon de la salle des machines. Votre fille vaillante et dynamique vous accompagne, le voyage sera assurément grandiose, car après le feu et la glace, vous lui avez promis New-York. Dès les premiers jours de janvier, l’Empire State Building fait irruption dans la conversation, et le pont de Brooklyn, et les arbres en fleurs de Central Park, et la Statue de la Liberté dresse un bras vainqueur au-dessus de Hudson River, comme si elle vous disait : Frenchies ! Venez vite !

 

Tout cela est bien beau et bien glorieux mais il ne faudrait pas oublier qu’il s’agit d’une foirade, n’est ce pas, et que les choses vont prendre un tour légèrement différent quatre semaines avant le départ. N’oublions pas non plus que même si l’Islande ne peut se targuer d’avoir autant de volcans que la France de fromages, elle en a tout de même cent trente qui ne demandent qu’à se réveiller, surtout quand l’occasion s’y prête.

 

En ce mois de mars 2010, elle s’y prête vachement. Le volcan au doux nom de  

Eyjafjallajökull (restons poli, hein) a dormi durant 180 ans, la petite sieste est finie, on se réveille, youplaboum, feu ! Paaaaaaf !

 

C’est le 20 mars. Nous sommes à trois semaines du départ, l’écran de la télé se remplit de fumées noires et blanches, y en a partout, le combiné Reykjavik-New-York a tendance à disparaître chaque jour un peu plus au profit de ce que vous appelez le « truc », faute de pouvoir prononcer correctement cette saloperie d’Eyjafjallajökull, et ce « truc » est d’autant plus énervant qu’il devient la star médiatique du moment, et qu’il n’est pas une radio ou une chaîne de télé ou un journal qui n’en parle et ne nous décrive une situation apocalyptique. Et les jours passent. Et ça empire. Et l’espace aérien ferme. Et les aéroports d’Europe, l’un après l’autre. Et l’agence vous dit que c’est un peu fichu. Et on vous rabâche qu’il n’y a plus aucun espoir de départ. Et on vous dit qu’à moins d’être Haroun Tazieff, vous seriez complètement frappée de partir là-bas avec votre fille. Et le « truc » continue de cracher ses paquets de fumée à l’écran. Et y en a marre. Et si ça continue, faudra que ça cesse.

 

Noël au burlingue, Pâques en… comment déjà ?

 

La veille du départ, les vents changent de sens, les avions d’Icelandair n’ont pas peur des particules de cendre, allez les touristes, on embarque ! Une fois dans l’avion, vous êtes tellement soulagée que vous demandez du champagne. Du champagne ? L’hôtesse à tête de viking vous regarde comme si vous aviez demandé les bijoux de la couronne, puis elle vous dit en fronçant les sourcils : Ekkert kampavín. Y en a pas, quoi. Elle vous sert un grand verre d’eau pour vous rafraîchir et un repas chaud, ce qui est exceptionnel sur les lignes d’Icelandair.

 

Une fois à Reykjavik, le programme est chargé. Durant les visites, vous chercherez désespérément à apercevoir les fumées de l’Eyjafjajallala… le truc, quoi, mais celles-ci resteront invisibles tout le temps du séjour. A défaut de volcan en éruption, vous verrez des poneys sauvages et des lacs céladon, des lagons et des sources chaudes, le parc de Thingvellir, la faille terrestre, des sources chaudes, le petit Strokkur qui explose toutes les six minutes sous un ciel limpide, les chutes d’or, encore des sources chaudes jusqu’à ce que les vents rechangent de sens et qu’il faille tomber du lit un matin par -10°C pour attraper un car jusqu’à l’aéroport d’Akureyri, au nord de l’île, sous un soleil de glace.

 

Et là, patience.

L’avion pour Glasgow avant New-York n’est pas encore arrivé. On se calme. On s’assoit. C’est une foirade. On est sur les listes d’attente. Y a du monde. On n’est pas sûrs de pouvoir embarquer.

 

Vous avez le temps de vaquer à vos occupations pendant que le deuxième volet de cette foirade se rédige.

 

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Comment bien foirer...
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