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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 08:00
    mystère
 
Repartons en voyage avec ce reflet pris dans une flaque d'eau et un morceau de musique inspiré de la bande originale du film "Le château ambulant" ...
 
 
 
 
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Vie chateau 04
 
 
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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 12:00
 mystere-2.jpg
 
Nous vous proposons aujourd'hui une nouvelle série intitulée "Photo Explorer". Il s'agit tout simplement de découvrir une image et d'en proposer une identification, puis, si l'envie vous vient,  d'en faire le point de départ d'un voyage...  
Un petit tour en métro pour commencer ?
 
 
   Huitieme 8705
  Comme l'original s'offusque à l'idée de ne figurer qu'en commentaire, la voici en second plan !
 
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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 08:00

Bivouac.jpg

 

Alors que la nuit approche de tous les côtés

Il y a cet oeil de diamant noir qui se détache du coeur de la chair

Il tient à distance l'ombre de l'homme pourchassant la laine

Et tandis que la bouche se perd dans le lacis des veines mordorées

Et que le sablé du lait épanche une gorge souveraine

A l'instant du dernier souffle

Quelques gouttes de bonheur embrasent la terre

 

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 08:00

Huitieme-9275.JPG

 

Le poète

Anestis Evangelou

 

 

Il est monté jusqu’au plus haut sommet

Comme sa voix, oiseau blanc dans le ciel

Au pied des monts la foule immense qui fourmille

Elle écoute la voix qui s’élève toujours

Le cercle se resserre Ils tiennent des bâtons

Brandissent des couteaux des pierres, se rapprochent

On entend des clameurs Tuez-le

Commencent à tomber dru les premières pierres

Au soleil luisent les couteaux

Il le sait c’est sa fin

 

Mais sa voix,

Oiseau blanc, volait haut dessus leurs têtes

Hors d’atteinte des cris de haine et des couteaux.

 

 

Traduction Magali Duru,

d’après l’original grec et la traduction anglaise de M. Byron Raizis 

 

Evangelou.jpg Anestis Evangelou (1937-1994), was born in Thessaloniki. He made his literary debut in 1960 with a collection of poems, Description of Eviction. He subsequently published another seven volumes of verse: Breathing Method (1966), Bloodletting ’66-70 (1971), Poems 1956-70 (1974), Interval (1976), Hai Kai (1978), Denuding (1979) The Visit and Other Poems (1987), and The Snow and Devastation. In 1988 he published his collected poetry in The Poems: 1956-1986. He also published a work of fiction, The Hotel and the House (1981, revised and enlarged in 1985), a collection of literary reviews, Reading and Writing (1981), and an essay, Nine Interpretations of Poetry and Poetics (1990). His work has been translated into many languages.

 

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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 08:00

sortir-du-bois-02-copie-1.jpg

Vingt jours. C'est le temps qui vous reste pour envoyer votre participation au concours Calipso 2012. Vingt jours pour aller de l'avant, trouver l'énergie créatrice, éprouver un sentiment de joie à l'idée d'entreprendre la traversée d'un nouveau monde, vingt jours pour s'esquiver, s'arracher, s'évader...  émerger ! 

Et pour ceux qui ont déjà accompli leur devoir littéraire et qui ont fini de se poser mille questions sur l'interprétation du thème, voici un petit court-métrage évocateur intitulé Sortir du bois, inspiré d'une chanson du même nom de Vincent Vallières.

 

 

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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 14:00

Quelques images en attendant la réouverture prochaine du café...

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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 08:00

bureau-ysiad.jpg

 

Comment bien foirer son départ du burlingue le vendredi après-midi

Ysiad

 

 

En ce glorieux jour du mois de mai, malgré un ciel tant soit peu couvert et un chat trop mou pour chasser le pigeon, nous sommes d’humeur à exposer au lecteur les astuces que jamais personne n’a osé imaginer jusqu’à présent pour se tirer incognito du burlingue le vendredi après midi.

 

 

Le vendredi après-midi correspond à ce moment très particulier de la semaine où la chaise sur laquelle vous vous morfondez depuis lundi se met soudain à ressembler à ces plateaux de clous sur lesquels les fakirs posent leur séant, le temps de se réciter les cent mille vers du Mahabharata… Seulement voilà : vous n’êtes pas encore fakir, vous n’avez pas envie de rentrer en vous-même mais plutôt de vous tirer fissa, vous ne souriez pas du tout sur cette maudite chaise, vous ne voyez plus le bout de la semaine, y en a marre, c’est quand qu’on s’ barre ? Visualisons la scène un instant : soit un employé lambda qui se morfond, tapi dans son bureau, et qui attend que dix-huit heures sonnent à la grosse pendule pour bondir vers l’ascenseur, comme Rahan vers sa liane. Paaaaaf !En route vers le week-end ! Propulsion immédiate ! Driiiiing, driiiiiing, fait cette salope de pendule dès quatorze heures ; rebelote à quinze heures, driiiiing, driiiiing, quinze heures trente, diiinng, doonng… Supplice de l’horaire ! Comment faire pour que votre départ coïncide avec les dring, dring et les ding dong de cette garce de l’étage ?

 

Là est la question, comme dirait Hamlet.

 

Avant toute chose, pour bien foirer votre départ du burlingue, il faut que vous soyez animé d’une très forte envie de vous tirer avant l’heure. Sans cette très forte envie qui vous saisit à la gorge et vous colle des frémissements d’impatience jusqu’au bout des doigts, vous n’arriverez à rien, sachez-le. L’envie de vous barrer doit être suffisamment impérieuse pour éclipser tout le reste. Elle doit vous faire perdre la tête, ou presque. Le défi est colossal : vous créchez à l’étage de la présidence, le couloir est large et bien éclairé, des caméras sont fixées dans les angles du mur, les gens sont encore éveillés, les ascenseurs sont à une minute de votre poste d’observation. Une minute, c’est énorme. Surtout le vendredi après-midi. La première astuce consiste justement à passer outre cette minute qui n’en finit pas ; il est tout à fait possible de la ramener à vingt secondes, en adoptant, - deuxième astuce -, la technique du marcher-courir, qui consiste à caresser à toute vitesse la moquette de la semelle. Vous avez déjà essayé, ça a foiré bien sûr, mais pas comme vous l’auriez souhaité : le chef du personnel qui passait dans le couloir vous a regardée d’une manière si inquisitrice que vous avez dû rebrousser chemin, façon : Ben ça alors ! L’est qu’ seize heures ! Ciel ! Mais où avais-je la tête ?

 

C’est foiré, rien à dire là-dessus, mais c’est p’tit bras, vous en conviendrez.

 

Pour foirer en beauté, il faut avoir étudié durant des mois les habitudes des grands chefs, en cela réside la troisième astuce. Il faut avoir noté leurs allées et venues, leurs petits penchants, leurs gros travers, leur manie des réunions improvisées le vendredi - c’est vendredi, une réunion, viiiiiiiite, sinon je m’immole -, leur rythme de grands professionnels qui n’ont de leçon à recevoir de personne, sauf du Président, leur Zeus à tous, qui n’en fait qu’à sa tête et se pointe quand ça lui chante. Bref. Il se trouve qu’en ce vendredi, tout, absolument tout est réuni pour vos projets d’échappée avant l’heure : tous les grands chefs sont parqués dans leur grande salle pour une réunion au plus haut des sommets. Quant aux autres, même topo, les zélés sont partis à leur séminaire de zèle, le service du personnel suit un stage de gestion des loisirs, les employés vaquent à leurs occupations diverses et variées, les bras de la Liberté se tendent dans ce couloir vide où seules les poussières dansent, tralala, ding dooooong, il est tout juste seize heures...

 

Vos exercices ont porté leurs fruits :  à seize heures trois, l’ordinateur est éteint, le manteau est endossé, les lacets sont noués, le sac est sur l’épaule, les clés du vélo sont dans la poche, vous vous glissez dans le couloir désert… Absolument grisant. Jouissif, pour qui n’a pas encore vécu ce moment où rien ne s’oppose au départ. Mmmmm… Et zou ! D’une traite, jusqu’à l’ascenseur, que vous décidez de ne pas prendre. Il pourrait s’ouvrir sur le chef du personnel ou tomber en panne. L’escalier est mille fois plus approprié, il n’y a que deux étages, c’est une affaire de trente secondes. Et vous voilà dégringolant les marches trois par trois, alors que du fond de l’immeuble mal insonorisé, montent des pas lourds et déterminés, bom, bom, bom, bom. Tiens, tout de même, comme c’est bizarre. Instinctivement, vous décélérez, le bruit s’amplifie, un instant l’idée de remonter quatre à quatre traverse votre esprit mais il est trop tard, vous êtes bien trop engagée dans la pente, bom, bom, bom, bom, les pas se précisent, et qui donc arrive à votre rencontre ?  

Zeus, pardi.

Bingo ! Cœur de cible ! Vraiment bien foiré !

 

Zeus n’en reste pas là. Il gravit une marche, histoire de pleinement vous dominer, braque deux yeux scrutateurs sur votre personne et vous demande où vous courez comme ça, de si bonne heure, un vendredi après-midi…

Ben maintenant, c’est à vous de jouer. On vous laisse faire. A défaut de vaincre, il faut convaincre, ne l’oubliez pas. Du deuil imprévu à l’abcès dentaire brutal, vous avez le choix... Bonne chance, et bon week-end !

 

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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 08:00

coeur débat

La littérature au service des grandes causes

Les campagnes électorales se suivent mais se ressemblent-elles toutes ? Je vous propose de débattre d'un sujet qui vous tient particulièrement à coeur en vous inspirant des deux protagonistes présentés ci-dessus.

Merci d'envoyer vos contributions à  assocalipso @ free.fr pour une publication au café entre les deux tours.

 

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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 08:00

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Cache-cache

Jacqueline Dewerdt

 

 

 

- C’est quoi tous les bleus, m’man ?

Christine fait semblant de ne pas entendre la question de son fils Arthur. Elle savoure l’atmosphère de la salle d’attente. Elle ne connaît pas beaucoup d’endroits aussi apaisants. Du bleu partout. Les photos de  mer et de ciel accrochées aux murs font rêver. Pourtant, la mer, elle ne pense pas que ça lui ferait du bien, à elle. Elle n’y va jamais. Ici, elle vient souvent. On lui fiche la paix, elle peut respirer sans contrainte, rester assise tranquillement en attendant la consultation.

Arthur s’est levé et regarde une à une les photos.

- C’est quoi tous les bleus, m’man ?

- C’est rien, répond Christine en soupirant.

Elle pense que ce docteur, il a des bleus à l’âme. Il écoute bien, en silence. Il n’est jamais indiscret. Entre ses yeux, deux rides profondes en soutiennent une autre qui barre le front. Christine  imagine qu’il se fait du souci pour ses patients, qu’il a beaucoup souffert, qu’il a dû s’opposer à ses parents pour faire ses études. Ou bien qu’il a perdu un enfant.

- M’man, c’est quoi tous les bleus ?

- C’est rien, mon chéri. Ne t’inquiète donc pas.

- Je ne m’inquiète pas, je te demande c’est quoi tous les bleus qui existent. C’est pour ma rédac’.

Christine vient consulter pour elle-même aujourd’hui, mais son fils Arthur l’accompagne. Il l’accompagne partout. Elle n’aime pas le laisser à la maison, avec le père. Il travaille bien à l’école, Arthur. Il est encore petit, mais plus tard, il pourrait être docteur. Ça plairait bien à Christine, ça, que son fils soit docteur. Il y aura toujours du travail pour les docteurs. Pas comme pour les chaudronniers. Son compagnon est chaudronnier. Il y a longtemps qu’il n’a plus de travail. Ça lui a gâché le caractère d’être toujours à la maison. Le matin, il enfile son bleu, comme s’il partait à l’usine. Le bleu reste propre et ça le met en colère. Et la colère, il faut qu’elle sorte. Christine essaie de rester calme, elle, d’être gentille. Lui, non.

- Je connais bleu-ciel et bleu-marine, dit Arthur. C’est quoi, les autres bleus ?

Difficile pour Christine de répondre à Arthur, comme ça, de but en blanc. Les bleus,  elle n’a jamais fait attention. Enfin, si, en pension, les blouses devaient obligatoirement être bleues, bleu-roi était-il précisé dans le règlement. Elle, elle avait une blouse à carreaux, bleu-marine et blanc. « C’est moins triste et c’est moins cher » avait dit sa mère. « C’est pas réglementaire » avait dit la surveillante générale. Christine avait rougi et n’avait rien répondu. Elle n’avait pas d’autre blouse et pas question d’en parler à la maison. Elle se serait encore pris une dérouillée. On avait consulté son dossier et on l’avait laissée tranquille. Après, elle a quitté l’école. Elle n’a plus jamais porté de blouse.

- La maîtresse dit qu’il y en a plein d’autres.

- Plein, oui, partout, mais cachés.

- Pourquoi on les cache, m’man ?

- Je veux dire… on n’est pas habitué à les appeler par leur nom. Bleu clair, bleu foncé… Il faudrait regarder dans le dictionnaire. Sur les photos, là, tu vois bien que les  bleus sont tous différents. Les peintres ont des noms pour  ces nuances. On pourra chercher à la maison. Bleu outremer par exemple, ça existe.

Outremer. La mer. Sur les dépliants et dans les catalogues, la mer est bleu turquoise.

- Ce bleu, c’est bleu turquoise. Tu vois, il tire un peu sur le vert.

- Comme quand on s’est cogné et qu’on commence à avoir moins mal ?

- C’est ça, si tu veux. 

 A Malo, quand elle avait huit ans, elle était grise, la mer. Les lèvres de son petit frère allongé sur le sable étaient bleues, et sa figure aussi. D’ailleurs, il était tout bleu. Outremer, peut-être. Elle n’aurait pas dû le regarder. Après, le père se mettait en colère si quelqu’un évoquait la mer. Elle lui parlait le soir, dans le noir, à son petit frère. Au début, il venait la consoler dans ses rêves. Et puis, il s’est noyé définitivement dans l’autre monde. Elle l’a presque oublié, mais elle n’est plus jamais allée à la mer. Et elle ne supporte pas d’entendre quelqu’un demander un steak bleu ou une truite au bleu. Elles ne sont pas bleues,  les truites, elles sont grises aussi, gris argent. Pourquoi dit-on « truite arc-en-ciel »?

Arthur feuillette les revues. Fasciné par les bateaux, il s’imagine marin, pourquoi pas capitaine ? Le tour du monde, l’uniforme. Bleu, l’uniforme. Mais Arthur ne pense plus à sa rédaction tandis que  Christine continue d’explorer la palette.

- Tu peux penser à des fleurs.

- J’ai jamais vu des fleurs bleues !

- Mais si, voyons, ça existe. On dit   « bleu-lavande ». Les lavandes sont des fleurs. Et elles sont bleues.

- Et ce bleu, là, m’man ?

- Celui-là, c’est bleu pervenche, comme les yeux du docteur. Je crois.

Elle fait confiance à ces yeux là. On voit bien qu’ils entendent au-delà de ce que vous dites. 

- Les pervenches aussi sont des fleurs.

Bleu-pervenche les yeux ? Elle vérifiera tout à l’heure. Christine a remarqué qu’il porte toujours des chemises ou des pulls assortis à ses yeux. Un homme élégant. Ou alors c’est sa femme qui s’en occupe ? Elle n’a jamais regardé s’il porte une alliance. De toute façon, cela ne veut rien dire. Elle, elle en porte une et elle n’est pas mariée. C’est pour être tranquille. Pour qu’on ne lui pose pas de question. Elle n’aime pas qu’on lui pose des questions. Pour le mariage, ils avaient dit « plus tard » et depuis qu’il a perdu son travail, ils n’en ont plus parlé. Elle y pense encore en secret, mais elle ne croit pas que cela changerait quelque chose. La peur quand elle rentre du travail, elle serait toujours là. Alors, elle ne dit rien. Elle supporte. Heureusement, il y a le petit.

- T’as vu, m’man, sur cette photo, la mer est verte. Verte et noire.

La mer est verte et Christine trouve que les fleurs de lavande ne sont pas vraiment bleues. Elle dirait plutôt mauves, comme on le disait chez sa grand-mère. Mais puisqu’on dit « bleu lavande », il faut bien admettre que c’est bleu. Il y en avait, des lavandes, dans le jardin de sa grand-mère. C’était tout un travail de les égrener et de  les ensacher. Le parfum les enivrait tous un peu. On était un peu écœuré à la fin de la journée, et pourtant on avait envie de ne plus jamais se laver les mains pour pouvoir s’en saouler encore et encore. Elle rêvait d’être vendeuse en parfumerie, Christine. Dans le parfum et la beauté à longueur de journée, à longueur d’année. Dans une blouse rose. Mais elle est caissière au supermarché. Avec un gilet rouge.

 

Le médecin ne la trouve pas bien en forme. Sans surprise, il constate qu’elle hésite à parler. Elle ne sait pas comment exprimer ce qui l’amène à consulter. Il se dit qu’il suffit de patienter. Le petit sera sage à feuilleter les revues, on peut prendre le temps. Dans le bureau du docteur, Christine se sent bien et elle n’a plus envie de décrire ses nuits blanches, ses malaises. En tout cas, elle avait raison, pour la couleur des yeux. Pervenche. Et il porte une alliance. Elle dort mal, dit-elle, et n’a pas beaucoup d’appétit. Le docteur lui demande de se déshabiller et de s’asseoir sur la table d’examen. Elle aimerait bien sentir sur elle la douceur des mains du docteur, mais elle rechigne à se laisser examiner. Elle reste assise sur sa chaise et se met à parler d’Arthur, de l’école où il travaille si bien, de la rédaction, des bateaux. Le docteur l’écoute. Il se lève, contourne son bureau.

- Enlevez au moins le foulard et le gilet, je m’arrangerai.

Christine dénoue le foulard, déboutonne lentement le gilet, le fait glisser de ses épaules et le pose sur ses genoux. Elle le plie et le lisse comme si elle voulait le ranger après l’hiver. Un petit accroc capte toute son attention. Le docteur lui relève le menton, pose les pouces sur les cernes mauves, tire un peu les paupières vers le bas. Il fait glisser ses doigts sur le cou, palpe délicatement de chaque côté sous les oreilles, la gorge, les salières. Puis il lui prend la main, fait glisser le fourreau du tensiomètre le long de l’avant-bras et repousse délicatement la manche du chemisier vers l’épaule.

- C’est quoi ces  bleus, là ?

- C’est rien.

 

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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 08:00

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Comment bien foirer sa matinée

Ysiad

 

 

Ce matin, nous reprenons notre bâton de pèlerin le cœur vaillant et nous lançons d’un pas gaillard à l’ascension d’une nouvelle foirade, qui consiste aujourd’hui à donner au lecteur les clés nécessaires pour enfin parvenir à bien foirer sa matinée, ce qui n’est pas si simple si l’on tient compte du fait qu’il y a matinée, et matinée.

 

 

Pour commencer, il vous faut une matinée de temps libre. C’est très important pour bien foirer. Capital, même. Sans cette matinée de temps libre, vous ne foirerez pas comme vous le souhaitez. La notion de temps libre est un élément indispensable pour bien réussir sa foirade. Une matinée de boulot foirée, ça n’a aucun intérêt. Franchement, c’est très banal, ça arrive tous les jours. Au vu de la tête qu’arborent les patrons, en général dès qu’on les voit, la matinée se foire d’elle-même. Elle s’auto foire pour ainsi dire, elle se consume, s’effondre et se dissout dans un néant sans retour et sans même que vous ayez eu le temps de vous donner du mal pour obtenir ce résultat.

 

Ce qu’il vous faut, pour bien foirer avec la joie au cœur, c’est une matinée en roue libre, qui sent le printemps par exemple, avec le soleil qui réchauffe l’atmosphère et entre par la fenêtre, les pigeons qui picorent sur le toit, le chat qui les guette et vous, bien sûr, qui avez prévu d’écrire un truc immense et grandiose, et qui vous penchez par-dessus la balustrade pour jeter du pain et vous mettre en train n’est ce pas, et surtout attirer les gros ramiers vers le chat qui est un peu lourd pour pouvoir les attraper, et qui a tendance à se méfier du toit en pente sur lequel il dérape, le pauvre petit. La vie est injuste mais il ne faut pas se décourager et continuer à lancer du pain à grandes volées généreuses en imitant le roucoulement du pigeon pour exciter un peu la ventouse de fourrure à filer sur la corniche et choper les emplumés, allez, du nerf, rouuuurouuuu…. rouuuurouuuu… Là, c’est bien, les pigeons rappliquent, petits, petits, petits, par ici la bonne sousoupe, le chat les guette, moustaches en avant, la chasse est engagée. Vous lancez si bien le pain que toute la baguette y passe, flûte, va falloir descendre en acheter une autre, c’est malin, votre fille rapplique pour le déjeuner, faudrait y penser. Qu’est ce qu’elle va manger ? Ça, c’est une vraie question, sans oublier son pendant : c’est quand qu’on mange ?

 

Dans l’objectif de la nourrir, vous sortez deux tranches de cabillaud du congélateur que vous posez sur une assiette, mettez deux pommes de terre à cuire au fond d’une casserole, crac, le tour est joué, vous pouvez regagner vos pénates. Derrière la fenêtre, la situation est stationnaire. Le chat guette toujours les pigeons qui ont ameuté les copains, il y a un merle, deux tourterelles, des tas de moineaux, tout le monde picore sous les yeux du félin, vous pouvez commencer à écrire.

 

Vous sortez une belle feuille blanche, décapuchonnez le stylo, grattez d’un poignet déterminé la première phrase… que vous n’arrivez pas à terminer, il n’y a plus d’encre. Il est inconcevable de continuer à l’écran. Le premier jet se fait à la main, toujours. Impossible de déroger à cette règle du premier élan à l’encre. Où en trouver à cette heure matinale ? La papeterie ouvre à 10 heures, le magasin Virgin une demi-heure avant et vous ne pouvez pas attendre ; tant pis, exceptionnellement, vous enrichirez les grands groupes. A neuf heures trente, vous constatez qu’il y a un mouvement de grève devant les portes du Virgin et cela vous laisse le temps nécessaire pour racheter à la boulangerie le pain que vous avez bêtement dilapidé sur le toit, (dans l’espoir insensé que le gros fourré chope enfin un volatile), et ensuite attendre avec votre baguette sous le bras devant la porte de la papeterie. Quand sonnent dix heures, elle s’ouvre, vous êtes la première à être servie. Désolée, Madame, nous sommes en rupture de cartouches de ce modèle, vous annonce-t-on avec un grand sourire. Allez, souriez aussi, que diable, this is a foirade. Le Virgin est toujours fermé quand vous repassez devant ses portes, retour au bercail.

 

Sur le toit, à première vue, la situation n’a pas véritablement évolué. A seconde vue, si. Totalement. Le ballon de fourrure est maintenant cerné par une nuée d’oiseaux qui portent contre le zinc de si violents et si terrifiants coups de bec qu’il ne bouge pas d’une moustache. Pour un peu, vous pourriez presque croire que se joue sous vos yeux un remake de Birds d’Hitchcock, et cette idée est si effrayante que vous enjambez la balustrade pour chasser ces imbéciles de volatiles qui terrorisent le pauvre animal. Allez, zou, mauvais oiseaux, sale engeance fienteuse, du balai ! A l’instant de passer par-dessus la balustrade, vous manquez glisser sur une déjection et vous rattrapez in extremis à la rampe que vous enjambez en même temps que le matou, trêve d’initiative, il est grand temps de s’y mettre, place à l’écran.

 

Qui est si blanc que les choses ne se passent pas du tout comme vous l’aviez prévu. Les phrases ne vous plaisent pas, elles sont mortes, privées de cette encre qui leur insuffle une vie propre, les mots s’alignent bêtement comme des soldats disciplinés, si bien que l’inspiration se tarit au bout du deuxième paragraphe. Flûte. Ça ne va pas du tout. Et le chat gratte à la fenêtre. Il veut ressortir. Vous allez lui ouvrir. Allons bon, il ne veut pas sauter par-dessus la balustrade. Vous l’incitez un peu, finalement il se décide, c’est bien mon petit, va chasser le gibier, le temps de faire une virée éclair à la cuisine. Y a justement Je pars qui passe à la radio, Va, Le vol de nuit s’en va, Destination Bahia, Buenos Aires ou Cuba, et sur la voix de Nicolas Peyrac, vous plantez un couteau dans la chair des pommes de terre. Elles ne sont pas encore cuites, vous pouvez continuer à écrire. Portée par l’élan de la chanson, vous retournez vous asseoir mais le chat vous a aperçue qui rappliquiez, et c’est à l’instant où vous jetez férocement vos doigts sur le clavier qu’il pousse un miaulement déchirant derrière le carreau. Miaooouuu ! Miaooouuu ! Ouvre-moi, j’ai froid, mauvaise mère ! semble-t-il vous dire en dardant sur vous deux gros yeux jaunes pleins de reproche. Bon, bon, bon. On s’énerve pas, tutto molto bene. Le temps de lui ouvrir et de revenir à la table de travail : frrrrtttt ! L’inspiration s’est envolée ! Impossible de retrouver l’idée première du petit matin, celle d’avant la panne d’encre. Et il vous semble entendre un bruit qui ressemble au bouillonnement de l’eau sur le feu. Aucun doute, ça glougloute à fond dans la pièce à côté. Vite, rush à la cuisine. Vous avez mis le bouton sur 12, pour que ça cuise vite et bien, et ça a cuit si vite et si bien que l’eau s’est répandue partout sur la gazinière et que les pommes de terre se sont complètement émiettées.

 

Ben maintenant, y a plus qu’à réparer les dégâts. Vous sortez un torchon, épongez, égouttez les patates, les laissez refroidir à côté du poisson qui décongèle, avec tout ça, il est bientôt onze heures. Vous n’avez rien fichu, faut mettre les bouchées doubles. Un petit café et zou, faut foncer à fond les ballons ensuite, pensez-vous en engageant le filtre dans la cafetière. En attendant que le café soit fait, vous sortez une tasse, poussez le bouton de la radio qui passe Angie, et voilà que la belle voix chaude de Mick Jagger emplit la pièce, et soudain vos jeunes années emplissent les lieux, occultant complètement les crachotements de la cafetière et la fumée qu’elle lâche à grands jets de vapeur. C’est seulement à la fin de la chanson que vous revenez à vous pour constater que ce putain de filtre s’est replié et que le récipient s’est rempli d’un jus de chaussette imbuvable. Ras-le-bol ! Pas de café, plus rien ! Et toi, le chat insupportable et trop gâté, tu restes là, au piquet, dans la cuisine. Fini, les caprices ! Plus de blague !

Y en a un peu marre des conneries tout de même. Faut travailler. Allez.

Vos doigts cavalent sur les touches en espérant retrouver l’inspiration qui s’est barrée du côté de Bahia, de Buenos Aires ou de Cuba. Vous relisez et non, franchement, c’est nul ! A midi, on sonne à la porte. Votre fille a grand faim après ses quatre heures de cours au lycée. Et le couvert n’est pas mis. Et la purée n’est pas prête. Et vous avez oublié le pain à la papeterie. Et bim, en plein dans le capuchon ! C’est foiré !

 

… Mais si par miracle, une fois dans la cuisine, vous constatez que le félin vous regarde d’un petit œil fin et qu’il se lèche les babines après avoir boulotté les deux tranches de cabillaud pour se venger d’avoir été ignoblement relégué dans la cuisine, alors seulement, vous pourrez considérer que la petite matinée d’écriture est bien foirée.

 

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