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28 avril 2006 5 28 /04 /avril /2006 13:58

 

 

Chaque jour, les agences de presse nous inondent de dépêches du monde entier. Spectacle mémorable d’une humanité aussi grotesque que désespérante. Longtemps, je me suis amusé à mettre de côté quelques unes de ces brèves… laissées pour conte…

 

Japon, septembre 2004 -

 

Après une longue journée de travail, Junko a hâte de retrouver son lit et surtout son compagnon, l'oreiller "Bras du petit ami" qui l'enlace tendrement. Cet oreiller en forme de torse masculin manchot, contre lequel la dormeuse se blottit en s'entourant de l'unique bras rembourré, a séduit environ un millier de Japonaises depuis son arrivée sur le marché nippon en décembre dernier. "J'aime dormir en tenant la main de quelqu'un et cet oreiller me relaxe parce que je peux tenir le bras et sentir quelque chose de chaud à mes côtés". Séparée de son époux, elle dit que l'oreiller lui a permis de traverser la rupture. "Je trouve que c'est formidable parce que lui ne me trahira pas". De nouveaux modèles sont à l’étude car l'oreiller taille unique ne convient pas à tout le monde : une version très musclée est en préparation pour les adeptes des biceps et une version plus menue pour celles qui préfèrent un compagnon moins costaud ainsi qu’un modèle destinée aux hommes. L’oreiller aura la forme de généreuses cuisses de femme, avec une petite "jupette". "J'ai toujours pensé que des cuisses seraient pour moi le meilleur oreiller", explique le patron à l'origine du concept.

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27 avril 2006 4 27 /04 /avril /2006 13:55

 

Michelle BRUN anime des ateliers dans la région grenobloise, elle a publié un récit : "A bout de ventre". Elle peint et s'est formée à l'art-thérapie. Pour elle, l'écriture en atelier permet de trouver le fil de sa vie, et de s'y épanouir, en harmonie avec les autres.

 "  Miettes "

a été publié par calipso dans le recueil Portes et fenêtres.

 

 

Par la fenêtre rien ne transparaissait : un voilage blanc se contentait de frémir dans l’air chaud de cette fin juin. Je reverrai toujours la lumière douce qui baignait ce pan de mur grossièrement crépi de blanc, les feuilles dentelées de la vigne vierge qui se teintaient déjà de rouge…un parfum de paix pour celui qui venait de la ville proche. C’est là qu’habitait Fanny. .

Je n’étais jamais revenue chez eux depuis la mort de Pierre. Je ne m’en sentais pas le droit ; je me disais qu’elle le verrait, qu’elle lirait forcément dans mes yeux l’amour fou que j’avais toujours voué à son compagnon. Ne s’en était-elle pas douté ? De son vivant, je parvenais à jouer un rôle qui pouvait faire diversion : l’amie de toujours qui passait parfois, sous divers prétextes…

Je savais prendre un air léger, je racontais des anecdotes de ma vie de mère de famille nombreuse et cela les faisait rire. Elle ne me voyait pas comme un danger…j’avais tant à faire ! Comment aurait-elle pu imaginer les évasions que Pierre improvisait pour nous deux, lorsque son travail le permettait ?

Je me souviens de ces peurs terribles que j’avais lorsque approchait l’heure de la sortie des classes. Je ne pouvais faire aucune entorse aux horaires de mes enfants ; la ballade en forêt était notre tour de manège, notre chambre nuptiale, notre livre d’heures .. Les larmes m’inondaient les joues sur le trajet du retour. Des miettes. Je ne me rassasiais pas des miettes.

J’arrivais à l’école le souffle court, les joues roses de ses baisers ; je les redonnais aux petits avec ferveur. Je ne répondais pas aux questions - " dis, maman, qu’est-ce que tu as ? "

Des années à vivre ainsi entre feu et froid, entre peur et bonheur. Le corps qui hurle d’abandon, et qui exulte dans les retrouvailles. Le cœur en brisures de ne savoir qui aimer.

Fanny l’aimait. Je n’en prenais pas ombrage. Il ne m’enlevait rien en partageant le quotidien avec elle. Mais le pire fut de ne pouvoir le soigner, quand il fut certain que sa fatigue était mortelle. Il n’y eut plus d’échappées possibles. Il n’y eut que l’attente de ses messages, les nouvelles que la rumeur faisait circuler : " Il ne quitte plus le lit ". " Il a subi une chimio., il est très fatigué ".

C’est alors que je pris l’habitude, à la nuit tombée, de faire ce bout de chemin qui conduisait de ma rue à la petite impasse des glycines. Je prétextais le chien à sortir, et le besoin de me détendre, une fois les enfants couchés. Je connaissais tous les dessins de la route, ses brillances après la pluie, et le bruit de papier froissé que faisaient les peupliers dans le souffle du soir. Je reconnaissais les odeurs du fleuve, quand le vent était au sud, et le parfum entêtant des lilas violets, juste au printemps. Ce soir, je sens les roses des jardins ouvriers, peut-être à cause de l’orage…

Ce soir j’y retourne ; j’ai besoin de revoir sa maison, son jardin qu’il affectionnait tant. Elle aura laissé les choses à l’abandon, sûrement.

Je retiens mon souffle et je tremble. Je crois retrouver son rire quand il m’ouvrait les bras. Le temps n’efface pas les choses ; j’entends encore ses mots : " Tu es merveilleuse " ! Il y avait eu cette période incroyable où Fanny était partie quelques jours soigner sa mère à Paris. J’avais pu croire quelques heures être la maîtresse de ces lieux. J’avais pu me pencher sur lui pendant qu’il écrivait des notes précieuses pour son prochain livre. J’avais glissé mes mains contre son dos, ange protecteur de celui qui était tout pour moi. Je revois les couleurs douces des murs de la chambre, et les pastels qu’il y avait accrochés.

Je suis derrière la fenêtre et le rideau vole. L’ombre n’a pas encore envahi tout l’espace que mon regard capte : une forme est étendue sur le lit, longue, presque inexistante, si ce n’est cette main qui retombe au bord du bois de lit. Elle tient une clef. Elle est inanimée, mais le geste est vivant ; on dirait qu’elle me tend cette clef qui ne peut être que celle de ces lieux. Fanny, où es-tu partie ?

Je ne me souviens pas du retour ; je ne me souviens de rien, juste de l’odeur des roses ; mais je me rappelle son rire, quand je passais la porte.

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26 avril 2006 3 26 /04 /avril /2006 15:56

 

 

" Court, noir, sans sucre "

rassemble treize nouvelles d’Emmanuelle URIEN.

 

Euthanasie, couperets, disparitions, enfermements, mutilations, absences, impasses, sont au menu de ces histoires de révoltes et de renoncements écrites sur le fil du rasoir.

Treize nouvelles à la fois simples et brutales. Treize nouvelles qui ont le goût de l’amertume, de la colère et du défi. Treize nouvelles qui laissent le lecteur pantelant : bouleversé, subjugué, assombri, on ne sait plus trop à la fin. On aurait parfois besoin d’un petit sucre pour accompagner le noir mais ce ne serait qu’espérer rejeter loin de soi cette cruauté, ce désespoir ou ces égarements qui animent les personnages. Hommes, femmes ou enfants sont tous de fieffés obstinés, captifs de la vie et défiant la mort sans répit. Une mort toujours présente, tapie dans l’intimité de notre être, à l’affût d’une âme à prendre. On est tenu en haleine jusqu’à la chute finale qui finalement ne nous surprend guère tant l’auteure sait parfaitement ajuster ses engrenages et nous préparer ainsi au renoncement de toute illusion.

A lire sous un rayon de soleil.

 

Publié en décembre 2005 par les éditions L’être minuscule, 118 pages, 11 €.

 

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25 avril 2006 2 25 /04 /avril /2006 11:24

 

Jacques HENNEBERT se raconte des histoires quand il roule à vélo ou quand il se balade en montagne puis, une fois rentré chez lui, il décide de ne pas ouvrir tout de suite son courrier, il prie le chat de bien vouloir lui rendre son siège et, si le téléphone ne sonne pas, il commence à écrire.

" Insomnie " a été publié par calipso dans le recueil " Portes et fenêtres "

œ

 

 

La fenêtre est ouverte, la porte aussi, mais l’air ne circule pas.

C’est l’été. Tout le monde s’en réjouit. Pas moi.

A l’heure qu’il est, c’est à dire trois heures du matin, la seule chose qui pourrait me réjouir et qui adviendra malgré tout, sans que je puisse en jouir véritablement, c’est que j’arrive à m’endormir.

La fenêtre donne sur une cour minable, mais de là où je me trouve, je vois un coin de ciel. Pour occuper mon temps, car je dois occuper le terrain si je veux tenir à distance mes peurs, mes obsessions ou mon emploi du temps de demain, j’attends les trois Belles de l’été. Une seule à la fois, je sais, je ne suis pas exigeant, j’aurais voulu Véga la bleue, la plus belle, au zénith, mais je dois me contenter d’Altaïr, plus basse dans le ciel, d’un éclat vif qui tire sur le jaune.

Je suis insomniaque, mais je ne suis pas malade. Je suis un accidenté. J’en fais une question de principe.

J’aurais préféré laisser la porte fermée.

Par la fenêtre, entrent les parfums, les rumeurs, les oiseaux, les rayons de lune et les fées.

Par la porte, les hommes entrent, avec des voix fortes et des airs arrogants, ou des femmes qui ne restent pas.

C’est l’été, mais le solstice est loin derrière nous. Les nuits s’allongent et le soleil va devoir réviser ses prétentions à la baisse.

Quand je fais la liste de mes accidents de parcours et de mes blessures, je me dis que j’aurais mieux fait de ne rien parcourir et de rester dans le néant, où, de toutes façons, je vais me retrouver bientôt.

Lisa est partie sans emporter la clef.

Les femmes ne restent pas, c’est un chagrin, une blessure.

Ni Lisa, ni Pauline, ni les autres. Je donnerais toutes les femmes que j’ai aimées, car je les ai toutes aimées, pour n’en garder qu’une seule, ce que j’ai été incapable de faire.

Altaïr est en retard ou c’est moi qui suis en avance. Ou, c’est encore cette brume qui vient de la rivière et qui s’accroche aux toits. Je préfère l’hiver parce que c’est la saison des planètes. Elles sont aussi hautes dans le ciel que le soleil en été. Je peux expliquer, l’inclinaison de la terre et tout ça. Tu avais l’air d’y prendre goût, Lisa.

Je peux partir de n’importe quoi, j’arrive toujours à parler de femmes. Les histoires que je raconte vont vers les femmes comme les eaux de pluie vont à la mer.

La porte est entre-ouverte. Pas n’importe comment. Elle fait un angle de quarante cinq degrés. Cette situation me convient, car je suis indécis, distrait et paresseux, et pour le courant d’air, c’est suffisant.

Ma vie aussi est à quarante cinq degrés. Ni plaisante, ni détestable. Confuse. A l’heure qu’il est, c’est à dire trois heures et quinze minutes, une porte se ferme.

Quand il fait jour, je croise des femmes dans la rue qui sont tellement belles que je deviens fou.

A la fin de la nuit, on peut espérer que la brume finira par se dissiper. Elle fait des façons quand elle s’en va. Elle recule sans se retourner, salue et disparaît dans les coulisses.

Mon chat vient d’entrer. Il avance lentement jusqu’au milieu de la pièce et s’arrête. Il a les paupières lourdes.

Attendre, espérer et prier sont des verbes sans action qui ont besoin d’un complément d’objet direct. Faute de savoir qui ou quoi, on peut foutre sa vie en l’air.

La fatigue est une vieille maîtresse qui insiste avec des manières de faux-cul.

Le chat se dirige vers son bol, le renifle et se détourne. Les Frisquies en promotion ne lui inspirent aucune confiance. Il prend le temps de la réflexion et finit par s’éloigner.

Le rideau de la fenêtre se gonfle comme une voile qui répond au vent, et retombe.

J’entends le ronronnement d’un diesel au ralenti, entrecoupé de quelques coups et de longs chuintements, puis le bruit lancinant des poubelles qui roulent sur le trottoir.

Le silence revient.

Le chat a changé d’avis. Il s’attaque un peu aux croquettes en inclinant la tête sur le côté et en grimaçant. Puis, il saute sur le fauteuil et ferme les yeux.

Un rideau bouge. Il se soulève et se prend dans la crémone.

Un air frais circule dans la pièce. La porte hésite, puis elle se met en route et, en bout de course, elle frappe le pêne de la serrure qui claque comme un fouet en s’engageant dans la gâche.

Le chat a levé la tête. Il baille, s’étire un peu et reprend sa position.

L’air n’est plus le même. Un peu de bonheur passe.

Il y a autant de distance entre le peu et le rien qu’entre la vie et la mort.

Le ciel s’éclaircit petit à petit.

Je me sens mieux. Comme si j’allais m’endormir.

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24 avril 2006 1 24 /04 /avril /2006 18:40

 

Dans le cadre d'un programme de sensibilisation à la nouvelle, les bibliothèques des villes de Bray-Dunes, de Dunkerque, de Grand-Fort-Philippe, de Gravelines, de Leffrinckouque et la Bibliothèque de l'Université du Littoral Côte d'Opale, organisent un concours de nouvelles.

Ce concours est gratuit et ouvert à tous jusqu'au 31 août 2006. Les moins de quinze ans concourront au sein d'un groupe encadré par un adulte. Le thème de cette édition est " Escale(s) en ville(s) " Les nouvelles comprendront obligatoirement un jeu de mots dans le titre et compteront 5000 mots au maximum. Chargé de sélectionner les nouvelles primées dans chaque catégorie, le jury est placé sous la présidence de l'écrivain Philippe Delepierre.

Pour obtenir le règlement complet et pour tout renseignement, vous pouvez contacter Andrzej Bilecki, à la Médiathèque de Bray-Dunes ( tél: 03 28 28 94 99)

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24 avril 2006 1 24 /04 /avril /2006 13:10

 

 

A calipso, nous aimons bien Hubert Mingarelli et son écriture limpide, épurée, poétique, ses histoires d’hommes, de femmes et d’enfants qui apprennent la vie. Et puis Hubert Mingarelli est un voisin, nous l’avons invité dernièrement à une soirée de mise en voix de quelques uns de ses livres.

Le temps d’une introduction, nous nous sommes mis dans la peau de l’écrivain.

Et comme nous aimons bien partager les plaisirs de la lecture, nous invitons les lecteurs de cette rubrique à découvrir les titres de romans évoqués dans cette présentation ; un recueil de nouvelles édité par calipso sera offert à la première personne à les avoir repérés.

 

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Je viens d’un petit coin perdu quelque part en Alsace. Je ne sais plus trop ce que j’y ai fait pendant mes premières années. Ce que je sais, c’est qu’à dix sept ans j’ai pris le large et bourlingué sous toutes les latitudes. J’ai tant écumé les mers que je pourrai en décrire les moindres tréfonds. Seul maître à bord de mon fabuleux vaisseau, un jour j’ai jeté l’ancre au pied d’une montagne aussi verte que les rivières de mon enfance. J’en ai exploré les sentiers, les goulets et les gués avant d’en affronter les crêtes et les pics. Et c’est pénétré d’un étrange sentiment de sérénité que, parvenu au fait de l’inexorable, j’ai installé ma maison tout près des étoiles.

 

 

Mais voilà, souvent je me suis réveillé de bonne heure avec en tête une pensée vague et la sensation d’avoir à ranimer des choses depuis longtemps enfouies dans ma mémoire. De mon nouveau fronton j’ai longtemps observé un horizon incertain et c’est de ce fugitif lointain, de ce passé devenu pénombre, que resurgissent toutes ces histoires de vies qu’aujourd’hui je colporte ici et là.

Je me souviens …

Je me souviens de ce diable de Gad rencontré dans le cimetière du ghetto de Varsovie et de son désir fou de nous arrimer au monde aux bras d’ensorcelantes jeunes filles

Je me souviens de cet épouvantable hiver dans la campagne russe, des exploits de notre groupe de va-nu-pieds pour survivre dans le lit de la forêt et je me souviens aussi de tous ces sacrés bons moments passés au bord d’un étang une fois le printemps revenu

Je me souviens de cette virée au café avec mon père et de cette femme qui chantait des chansons grivoises en échange d’un verre de cervoise

Je me souviens d’avoir traversé des tunnels, exploré des souterrains et creusé des milliers de galeries dans les hautes herbes pour mettre à jour quelques frémissantes brindilles de vie

Je me souviens de cette chasse au milan qui dura trois saisons et de mon père confiné dans sa chambre… et qui aimait tant écouter le récit de sa capture.

Je me souviens de ce vieux camion chargé de moutons et de cette longue route anéantie par les glaces, de ce voyage émaillée de tant de frayeurs et de tant de complications que je me demande encore aujourd’hui si j’en suis vraiment revenu.

Je me souviens de toutes ces graines de rosiers grimpants plantées dans des pots de fortune et des promesses de prospérité qu’elles alimentaient

Je me souviens de toutes ces vies naissantes sacrifiées sur l’autel des impératifs économiques

Je me souviens de cette vieille chienne haletante dans la neige bleutée

Je me souviens de ce coup de feu qui failli couvrir d’un voile ma bonne étoile

Je me souviens de tant de choses encore

Je ne sais pas tout ce que cela signifie, je sais seulement que je respire au souvenir de tous ces regards croisés sur les chemins du monde et que je tiens le cap.

 

 

calipso (café littéraire, philosophique et sociologique)

contact : assocalipso@free.fr

 

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22 avril 2006 6 22 /04 /avril /2006 14:34

 

Comme une envie de créer un répertoire sur les mots et les maux de tous les jours, histoire de prendre un peu de distance.

 

de la psychose

aux heures de grande écoute

(revue de presse, radio, télévision et voisinage)

 

l’ombre de la psychose plane sur la zone…

 

Depuis toujours les rues bruissent de rumeurs qui fertilisent la psychose.

La psychose est-elle une vraie menace ?

La rumeur et la psychose enflent aussi vite, l’une se nourrissant de l’autre.

La psychose n’épargne personne, pas même les gens bien préparés.

Ce n’est pas la peine de faire comme si il n’y avait pas de psychose.

Vu la proportion que prend la psychose, nous nous interrogeons sur la nécessité de procéder à une action de vaccination d’envergure.

Existe-t-il oui ou non des raisons objectives de tomber dans la psychose ?

Moi, je ne sais pas ce qui se passe mais il paraît qu’il va y avoir la psychose, alors je prends mes précautions.

De toutes façons quand il y a la psychose, les gens racontent n’importe quoi.

Le meilleur moyen de ne pas sombrer dans la psychose est de rester vigilant en permanence.

Il faudrait dire aux gens qu’il y a des limites à la psychose.

Au vu de la psychose actuelle, nous n’excluons aucun indice.

Il n’y a aucun intérêt chez nous à créer des psychoses.

Après une relative accalmie, la peur de la psychose repart de plus belle.

Avec la psychose ambiante, la communication devient elle-même schizophrène.

Sombrer dans la psychose ne résoudra pas les problèmes.

Il est inutile de nous provoquer davantage, nous ne cèderons pas à la psychose.

Il est inadmissible que certains fassent du commerce avec la psychose et en tirent profit.

Je ne me sens pas concerné par toutes ces psychoses qui voudraient nous empêcher de vivre.

Les mesures prises par le gouvernement relativisent le climat de psychose.

Avec ce nouveau virus on atteint un niveau de psychose complètement irresponsable.

La psychose est une aberration, comment a-t-on pu en arriver là ?

Si le système venait à défaillir cela générerait automatiquement une véritable psychose.

Les producteurs ont été heurtés de plein fouet par toutes sortes de psychoses.

Ce n’est pas parce qu’il existe des risques qu’il faut psychoter du matin au soir.

Si les médias en faisaient moins, il n’y aurait pas autant de cas de psychose.

La psychose ne nous est d’aucune utilité, au contraire.

 

aujourd’hui, plus personne n’échappe à la psychose…

psychose : maladie mentale affectant de manière essentielle le comportement et dont le malade ne reconnaît pas le caractère morbide. (Petit Robert)

Le mois prochain :

de la prise d’otages aux heures de grande écoute

 

merci de ne pas hésiter à collaborer à cette rubrique

 

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20 avril 2006 4 20 /04 /avril /2006 19:44

Qui n’a pas un jour levé les yeux de son livre avec l’idée de se retrouver soi-même la plume à la main ? Qui, ayant éprouvé le plaisir d’écrire, ne s’est pas senti rempli du désir de donner à lire ? Lecteurs et écrivains réinventent sans cesse le partage ; nos souvenirs les plus tumultueux se lisent parfois au détour d’une page et quand nous nous voyons au beau milieu d’une scène, quand nous entendons les mots d’un autre résonner à l’intérieur de notre être, quand nous revenons sur un passage déjà cent fois lu, il arrive que nous cédions à la tentation de prolonger le ravissement en explorant pour notre propre compte les mystérieux territoires de l’écriture.

Le texte ci-dessous a été publiée par calipso dans le recueil " Portes et fenêtres "

 

 

Marie Noëlle TOUZERY PEURIERE " Salle des Pas Perdus "

 

 

Elle sait il faudrait pousser cette porte

Mais le cocon du rêve

Un pion du jeu de l’oie le doigt pointé la renvoie à la case enfance pour en sortir il faut le bon vouloir des dés alors elle piétine en réalité elle a une trouille bleue de la réalité elle se berce de désirs de regrets elle n’a jamais pu franchir le pas elle répète machinalement je n’ai pas de chance

Dedans ça va elle avec elle et personne d’autre entre la matière et elle dehors c’est la chute dans le vide

Dedans quand elle dit ça va ça ne va pas tellement en fait à y regarder de plus près elle peint toute la journée puis elle lacère ses toiles

Mais vomissures vertiges du dehors qui guette derrière la porte crabes marquises pachydermes visages derrière écrans mains glacées paroles

Dedans elle fait comme si ça allait quand ça crie trop elle ferme les yeux elle détache sa capsule et elle gicle dans l’infini du rêve

Dehors une timidité inavouée l’étouffe elle se sent tellement démunie elle s’est mise officiellement du côté des pauvres

Les riches construisent achètent amassent

Elle elle amasse des rêves qui ne servent à rien qu’elle jette au bout d’un moment en disant j’étais folle du vent elle amasse du vent

Elle regarde les étoiles les nuits d’été elle est minuscule et très vieille comme elle ses secrets gardés par la voie lactée voguent vers d’autres univers où les rêves prennent forme

Quelquefois elle pense à ça à ses rêves pétrifiés en stalactites comme les amants d’Antinéa momifiés dans une drôle d’exposition

Il suffirait pourtant

Pousser la porte

Et les rêves auraient une chance de devenir réalité mais pour cela il faudrait se vendre elle en frémit d’horreur

Un jour un concours convocation à l’oral c’est bien tout le monde l’encourage et elle

Promenade le long des quais de la Seine est grise les bouquinistes hésitent scrutent le ciel tombera pas l’automne les feuilles dorées rouges et les marrons qui roulent rentrée des classes cette impression d’être différente

Nulle le mot est lâché

Pas lu les livres pas compris la règle de trois pas aimé la prof qui plante ses yeux dans les siens exige son adhésion

Elle ne joue pas le jeu

Un autre jour l’amant pousser la porte scénario probable des caresses la nudité les nuages seraient apprivoisés elle rêve le creux de son épaule peut-être le cadeau de quelques mots ma chérie ma douce ma colombe ma porte au fond du jardin elle les entend comme si elle y était contre sa peau sa peau comme si elle y était et son odeur d’homme aussi qui la capture et elle

Non il y a toujours un trottoir sale et gras quelque part et après la porte une autre chose qui ne vient pas il l’aura attendue en vain elle se sent soulagée ce bonheur-là n’aura pas lieu aucun oiseau ne s’envole plus vite qu’elle

Et puis l’hôpital l’odeur de propre qui prend à la gorge acheter des fleurs pour se rassurer la première porte toute en verre elle manque s’y cogner et le vaste hall dans lequel elle se perd elle aime elle adore cette expression la salle des pas perdus mais c’est pour les gares les départs le soleil les vacances faire les cent pas l’idée étrange de perdre ses pas

Cardiologie traumatologie gériatrie la porte de l’ascenseur qui s’ouvre lentement si lentement pas assez lentement elles sont là les petites vieilles tassées dans leur fauteuil elles branlent et bavent certaines suivent vaguement des yeux une ou deux sourit aux anges

Elle est arrivée

Les matonnes blanches bavardent l’une tricote l’autre soutient une bienheureuse qui réapprend à marcher le chef commente l’état de santé

Et ça hurle en elle ne touchez pas aux images c’est tout ce qui me reste au temps des cerises elle s’en faisait des pendants d’oreille au retour des manifs elle avait la voix cassée à force d’avoir chanté

La porte il n’y a pas à la pousser elle reste ouverte toute la journée

Et toute la nuit

Plus d’intimité

Fini le cocon

Ses parois de nacre veloutée sa profondeur moelleuse élastique

Elle reste sur le seuil debout la chef arrange les fleurs ce sont des tulipes

Quelque chose s’écroule et se fend en elle se déchire pitoyablement

Pauvre pauvre pauvre pauvre

Pas de larmes

Mais un sourire un sourire de bonté un sourire avec les yeux

Une patience et leurs mains qui se tiennent qui se nouent

Mensonge pas mensonge songe pas songe tendresse douceur du rêve

Tiens, dit-il, un bon whisky, ça te remettra.

 

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19 avril 2006 3 19 /04 /avril /2006 17:31

 

C’était hier soir chez Stéphane Laurent : une rencontre avec Christian CONGIU et c’est à lire sur le site

 http://slaurent.over-blog.com/

 

 

Introduction de Stéphane Laurent : " Christian Congiu a animé pendant de nombreuses années Nouvelle Donne, sorte de Rolls Royce des revues consacrées à la nouvelle. Il a ainsi permis la publication d'un très grand nombre de nouvellistes (dont votre serviteur) et offert à ce genre un outil de promotion très précieux, en même temps qu'un véritable laboratoire. Nouvelle Donne a aujourd'hui disparu. Christian revient ici sur la genèse de ce support sans équivalent pour tous les amoureux du texte court et évoque également ses activités d'auteur et d'animateur d'ateliers d'écriture. Comme au coin du zinc, devant un petit noir... "

 

 

 

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18 avril 2006 2 18 /04 /avril /2006 19:24

 

 

 

 

 

 

 

 

 

21 extraits de nouvelles issues des concours calipso ont été publiées ici même. Il y en aura d’autres. Entre temps, et pour ne pas lasser le lecteur d’histoires sans fin, en voici une, courte mais intégrale, publiée par calipso dans le recueil " Portes et fenêtres ".

 

 

 

Patrick ESSEL " Trop de beauté "

 

 

 

Dans le taxi qui le conduit au centre, Fab ne dit pas un mot. Il pense à sa chienne qu’il a laissée dans l’appartement en feu. Ses lèvres sont boursouflées. Ses mains sont rouges de sang. Son ventre est aux quatre cent coups. Il pense à cette pauvre infirmière qui va l'accueillir avec une mine compassée. Il se dit que ses paupières violacées la mettront dans l’embarras et qu'il lui faudra la rassurer. Elle ne cherchera pas à connaître le fond de l'affaire. Elle n'est pas comme le psychologue qui boit ses paroles et qui gobe tout ce qu'il raconte. Elle, lui proposera un café et peut-être même une cigarette si elle est vraiment en soucis, puis elle attendra les premiers mots. Lui, il fumera goulûment jusqu’à en perdre la respiration. Il ne dira pas qu’il ne savait pas ce qu’il faisait, il dira seulement qu’il ne l’a pas fait. Ses lèvres trembleront à cause des tuméfactions.

Puis ce sera la visite du docteur. Avec son sourire et ses mots tordus, elle le priera de venir à son bureau. Un bureau minable tagué de tous les côtés. Il se figure déjà la rage qui le prendra si elle s’avise de le questionner un peu trop ou si elle lui demande de préciser, de faire le tri entre ce qui est et ce qui n’est pas. Un jour, il lui avait dit que tout ce qu’elle désirait c’était de le voir crever, qu’elle n’aimait rien d'autre que les cerveaux meurtris et de faire endurer aux jeunes la mort pendant des heures et des heures. Ce jour-là, il s'était levé brusquement et avait tout renversé dans la pièce. Puis, il s'en était pris aux bacs à fleurs, arrachant les plantes une à une et les jetant par la fenêtre en hurlant qu’il y avait trop de beauté dans cet établissement. Elle était restée à se tortiller sur sa chaise branlante, sans rien savoir de ce qu’il fallait qu’elle dise ou qu’elle fasse.

De toutes façons elle pourra bien dire tout ce qu’elle voudra que cela ne changera rien. Il ne tombera pas dans ses traquenards. Elle pourra lui faire arracher la langue qu'il ne dira rien. Rien ! Il jure à voix basse et la traite de chienne. Aussitôt, il pense à ses jambes, au galbe exquis de ses cuisses et à la chaleur qui s'en dégage quand il la traite de chienne. Elle fait tout pour proscrire les obscénités à l’intérieur du centre, sauf que tout le monde a bien vu que certaines expressions la font drôlement rougir.

Avec elle, le meilleur moyen sera de prendre un air vaguement hébété en regardant le ciel par la fenêtre. Le ciel aura certainement été blanchi à la chaux mais il y cherchera quand même des traces de jaune et puis peut-être qu’à force de scruter, il y trouvera du rouge, un rouge capable de toutes les outrances.

Pendant qu’il tergiversera, elle observera son visage grimé de bleus et ses mains suantes de poisse. Il ne dira rien de ce qu’il y a dessous tout ça. Il continuera de ne rien dire à personne, il n'évoquera même pas les choses les plus simples qu’il a faites pendant le week-end, il fera mine d'avoir oublié ça et ça et encore ça et ça le fera rire, rire, rire… Si cela se trouve, elle croira que l’idée lui sera enfin venue d’être un peu joyeux dans cette maison d’estropiés.

Quand elle en aura assez de le toiser elle fera venir l’assistante sociale. Une fois de plus, il entendra dire qu’il peut, qu’il faut, qu’il doit, et puis la minute suivante qu’il ne peut pas, qu’il ne faut pas, qu’il ne doit pas, on lui dira encore qu’il y arrivera puis que non, il n’y arrivera pas. A la fin, l’envie de flamber le prendra comme jamais.

Ils téléphoneront à droite et à gauche en faisant semblant de l’ignorer. Ensuite, un éducateur le prendra en charge et celui-là aussi tentera de lui frictionner les méninges. Il l’invitera à reprendre des forces à la cuisine où une vieille chienne zippée jusqu’à l’os lui servira des morceaux de viande noyés dans du jus et des bouts de gâteaux secs à tremper dans un pot de compote. Il déteste la cuisine. En passant la porte, il fait toujours une espèce de grimace douloureuse, peut-être à cause du mélange de javel, de pisse et de friture qui s’en dégage, peut-être aussi parce que c’est le seul lieu qu’il connaisse où l’on peut pleurer indéfiniment. De toutes façons il ne mangera rien et pendant le repas il restera muet. Les autres le traiteront de fou mais quand il se lèvera d’un bond, ils se mettront tous à gigoter et à battre des mains et des pieds dans tous les sens. Et si cela ne suffit pas, dans la poche de son pantalon, il a de quoi leur foutre la trouille à tous.

Dans l’après-midi, une ambulance viendra le reprendre. On le conduira à l’hôpital, en chambre d’isolement. Le chauffeur jugera préférable de se la boucler. Son œil ira d’un rétroviseur à l’autre. Extérieur gauche. Intérieur. Extérieur droit. Pour donner le change, il mettra une foutue radio de vieux où l’on parlera de violence, de cette violence des jeunes de plus en plus ravagés par le désir de se brûler les ailes.

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso nouvelles
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