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9 mai 2006 2 09 /05 /mai /2006 21:28

 

Chaque jour, les agences de presse nous inondent de dépêches du monde entier. Spectacle mémorable d’une humanité aussi grotesque que désespérante. Longtemps, je me suis amusé à mettre de côté quelques unes de ces brèves… laissées pour conte…

 

Allemagne, juillet 2005 –

Les principales banques centrales européennes se sont entretenues après les attentats meurtriers qui ont frappé les transports en commun londoniens, et se sont dites satisfaites de voir que les marchés financiers fonctionnaient toujours.

 

 

 

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8 mai 2006 1 08 /05 /mai /2006 16:06

 

Chaque jour, les agences de presse nous inondent de dépêches du monde entier. Spectacle mémorable d’une humanité aussi grotesque que désespérante. Longtemps, je me suis amusé à mettre de côté quelques unes de ces brèves… laissées pour conte…

 

 

France, juillet 2004 -

 

Patrick Le Lay, PDG de TF1, interrogé parmi d’autres patrons dans un ouvrage intitulé Les dirigeants face aux changements, livre sa conception de la télévision : " Le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. "

 

 

 

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5 mai 2006 5 05 /05 /mai /2006 15:59

 

Chaque jour, les agences de presse nous inondent de dépêches du monde entier. Spectacle mémorable d’une humanité aussi grotesque que désespérante. Longtemps, je me suis amusé à mettre de côté quelques unes de ces brèves… laissées pour conte…

 

USA, octobre 2002 -

 

 

Une quadragénaire californienne a été inculpée pour abus sur personne âgée et violence domestique après la mort de son époux, âgé de 65 ans, qu'elle avait mordu violemment à plusieurs reprises parce qu'il refusait de remplir le devoir conjugal.

 

 

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4 mai 2006 4 04 /05 /mai /2006 17:33

 

Chaque jour, les agences de presse nous inondent de dépêches du monde entier. Spectacle mémorable d’une humanité aussi grotesque que désespérante. Longtemps, je me suis amusé à mettre de côté quelques unes de ces brèves… laissées pour conte…

 

 Israël, août 2005

 

"Les chats et chiens laissés derrière eux par les colons expulsés ne pourront pas survivre dans les conditions extrêmes qui existeront pendant et après le retrait", estime le responsable de "Tout est vivant", association israélienne de défense des droits des animaux. "Sans notre aide, quand tout ce qui restera, ce sera de la poussière et des ruines, ceux qui échapperont aux gigantesques bulldozers mourront de faim, de soif, de blessures".

 

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3 mai 2006 3 03 /05 /mai /2006 18:08

 

Chaque jour, les agences de presse nous inondent de dépêches du monde entier. Spectacle mémorable d’une humanité aussi grotesque que désespérante. Longtemps, je me suis amusé à mettre de côté quelques unes de ces brèves… laissées pour conte…

 

Grande Bretagne, septembre 2003 -

 

Un comité britannique de défense du "parler vrai" a décerné son prix 2003, dit "du pied dans la bouche", au secrétaire américain à la Défense, pour des propos abscons sur l'introuvable arsenal irakien d'armes de destruction massive.

"Les informations annonçant que quelque chose n'a pas eu lieu m'intéressent toujours pour la bonne raison que, comme vous le savez, ce sont des nouvelles connues ; il y a des choses que nous savons que nous savons. Nous savons aussi qu'il y a des choses inconnues ; ce qui revient à dire que nous savons qu'il y a certaines choses dont nous ne savons rien. Mais il existe aussi des nouvelles inexistantes que nous ne connaissons pas - ce sont celles dont nous ignorons si nous les connaissons."

 

 

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2 mai 2006 2 02 /05 /mai /2006 21:10

 

Retour aux nouvelles avec " Gargouillis breton " de Patrick ESSEL, extrait de son recueil " Reflets au bord d’une fenêtre "

 

seconde partie

 

Il a rabattu la banquette arrière et plié le Mérinos en deux à l'intérieur. Contre l'avis du magasinier et les instructions du fabricant. Il a haussé les épaules et pris son air le plus bourru pour leur faire savoir qu'il savait ce qu'il faisait. Merde. C’est le premier jour et l'important c'est d'apaiser Mariette avec un 140. C’est ce qu’elle veut. Un 140, point. Il en ramène un garanti cinq ans, et en plus, il l'a payé que neuf cent. Pour du dépannage, il trouve ça plutôt correct. De quoi la remplir de joie, même. Elle n'aura plus qu'à faire le lit avec les draps neufs qu'ils avaient emportés, au cas où. Oui. Il se voit déjà la rejoindre. Pas trop tard. Juste après le digestif. Il ne réfléchit pas longtemps avant de trouver comment il va s'y prendre pour l'adoucir. Il sait ce qu’elle aime. Une câlinerie sur la nuque et les épaules pour commencer, puis deux ou trois chatouilles sur le dos et quelques pincements des hanches. Il insistera sur les hanches. Sur l'infinité des hanches. Jusqu'à ce que sa chair soit irradiée et qu'elle se retourne tout à fait, le ventre bombé. Oui, c'est ça, le ventre bombé.

Il n'a pas réussi à refermer le hayon de la voiture et il roule avec un épouvantable courant d'air dans le dos. La dernière fois qu'il avait dû charrier du mobilier, il s'était attrapé une saleté de torticolis qui l'avait rendu hargneux une bonne semaine. Rien que d'y penser, il sent ses membres s'engourdir et la mauvaise humeur le reprend. Manquerait plus qu'il se refroidisse une vertèbre, lui aussi. Le soir de leur arrivée. Quel gâchis ! Coincé encore une fois pendant des jours et des jours. Raide. Chacun de son côté. Sur les bords du lit. Ne faisant attention qu'à la douleur. Il peste. Et si Mariette y trouvait un avantage ? Il soupçonne le pire. Et si elle se retournait pour rien ? Ou en regardant autre part ? Ou avec un air renfrogné ? Il se souvient de son regard d'autrefois. De ses grands yeux noirs qui l'avait aimanté. Des yeux qui valaient qu’on n’ait plus jamais besoin de regarder ailleurs. C'est ce qu'il avait dit à l'époque. Et ça, elle s’en souvenait toujours. Il frappe encore le volant. Deux fois. Trois fois. Quatre. Cinq. Six. Il n'aime pas avoir ce genre d'idées. Il voudrait conduire sans plus penser à rien. Sauf que ne penser à rien avec un matelas plié en deux à l'arrière et le vent qui cingle, c'est idiot. Il n'est même pas sûr d'avoir pris la bonne route à la sortie du BUT. D'ailleurs, ça n'aurait rien d'étonnant : des sorties, il n'y en avait que pour les locaux. Il se dit qu'il lui faudrait un verre.

Le patron du bar a de vieux yeux bedonnants, des cheveux plein d'aspérités et une voix égrillarde qui semble sortir de la poche de son pantalon. Les verres, il les remplit à raz. Il sert et ressert à boire sans attendre le coup d'œil du client. C'est ce dont Victor a besoin. Quelqu'un qui ne fasse rien que son boulot. Rien d'autre. Il boit trois ballons d'affilé. Des petits Nantais. Ça le réchauffe mais ça ne dissipe pas son irritation. Il lorgne vers la patronne. Ce n'est plus tout à fait une reine. Sa jeunesse est entamée. Pourtant, il voit qu’elle rit encore. Un rire plein de vigueur et d'allant. Exubérant même. Il laisse courir ses yeux sur ses jambes, ses cuisses, ses hanches, ses fesses. Ses fesses joliment dodues. Inouï ! Elle l'observe à la dérobée. D'un air interrogateur. Comme si elle le soupçonnait d'avoir des vues sur sa personne. Il aimerait lui dire qu'elle se trompe, qu'il n'est pas homme à se laisser aller à des écarts de conduite. A agir sur un coup de tête. Non, il n’est pas comme ça. Il a une pensée pour Mariette. Et pour le Mérinos flambant neuf. Un 140. Le coup du 140 ça le fait rigoler. Un peu fort. Trop. Les regards se tournent. Désobligeants. Il glisse deux francs dans le distributeur de cacahouètes et en avale aussitôt une pleine poignée. Il mâche bruyamment. Dans sa bouche, les arachides forment une pâte épaisse et gluante. Il déglutit avec peine. Emet une espèce de gros gargouillis obscène. "Sont pas bien fraîches" bredouille-t-il à l'adresse du patron. Celui-là est tout à remplir ses verres, pas le genre à se chamailler pour des amuse-gueules. C'est même à se demander s'il voudrait lever un doigt pour autre chose que ses petits Nantais. Du coup, il zieute à nouveau vers la patronne, sur sa généreuse poitrine. Elle s'en rend compte et rit de plus belle. Il est pris d'une bouffée de chaleur qui le fait grimacer et se tortiller. C'est pas vrai, voilà qu'il en pince. Il souffle un grand coup et essaie de retenir sa respiration, histoire d'éclipser l'émoi. Mais c'est pour rien. Il s'imagine avec elle, dans sa chambre, dégrafant son corsage au pied d'un bon 140 et même tiens, carrément d'un 160. Pourquoi pas ? Il avale cul sec deux Nantais à la suite. La patronne est face à lui. C'est elle qui le sert maintenant. Il remarque que ses mains tremblent. Plus qu’elles ne le devraient. Il se dit qu’une brise pétillante abreuve son ventre. Il en est ravi. Inquiet. Pèse le pour et le contre. Il boit encore. Se réjouit. Quelques gouttes de Blanc dégoulinent sur son menton, dans son cou. Elle lui tend une serviette en papier. Double épaisseur, fraîcheur citron. Il sourit et dit s'appeler Victor. "Victor ! Ah ça alors, j'aurais jamais cru…" lâche-t-elle. Elle semble déçue. Pire encore, affligée. Sa gorge se noue. C'est une capricieuse. Une putain de capricieuse ! Le patron lui demande de répéter, il n’est pas bien sûr. Il rit. Il parle de la prostitution et il rit. Il dit les chiennes pour dire ces personnes-là. Une humeur rieuse parcourt le bar. La patronne n’est pas en reste. Il la regarde dans l’attente d’un mot mais elle ne dit rien. Il est pris de tremblements. Il crie quelque chose encore sur les chiennes. Quelque chose de dégueulasse qu’il répète en sanglotant. Et soudain, il n’entend plus les rires. Ses tremblements s’accentuent. Il s’affole, s’effraie, se dit qu'il ferait bien de rentrer dare-dare à la location avec son colis. Son putain de satané colis ! "Un 160 ! Putain, un 160 Mariette ! T'imagines un peu ? " Il se voit inaugurer en grande pompe le Mérinos avec sa Mariette toute éberluée au beau milieu. Son enthousiasme est effroyable. Son cœur palpite. Sa bouche se tord. Il réclame à boire. Encore. Encore. Il hurle. De la bave jaillit du fond de sa gorge. Il souffle. Il souffre. Sa voix s'écorche. Il se mord la langue d'un coup sec. Il crie non ! Putain non ! Et puis plus rien. Un épouvantable silence. Même la patronne a cessé de rire.

Au Petit Nantais, personne ne savait d'où venait Victor et pas plus pourquoi il s'était mis brusquement à brailler. Un drôle de mec, visiblement paumé, avec un matelas pourri dans sa voiture, déclara le patron aux pompiers dépêchés. Un habitué, connu pour sa perspicacité, fit savoir qu'à son avis ce monsieur cherchait plus ou moins coucher avec la patronne, avant d'ajouter goguenard à l’adresse du brigadier: "Mais ça chef, vous savez, j'en connais pas un ici qui n'en ait jamais eu envie ".

 

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2 mai 2006 2 02 /05 /mai /2006 00:14

 

Retour aux nouvelles avec " Gargouillis breton " de Patrick ESSEL, extrait de son recueil " Reflets au bord d’une fenêtre "

Photographe urbain et auteur à divers titres, Patrick Essel aime promener son œil au-delà des reflets, s’imprégner des traces que laissent les mains, les yeux, les ventres, prêter l’oreille aux histoires de peu de mots, se gorger d’odeurs de presque rien. De ces va-et-vient entre les images et les textes, les pensées enfouies et les paroles en peine, il crée des conversations intérieures où les êtres se livrent au difficile exercice d’aimer la vie.

 

Gargouillis breton

 

Même si, dans l'esprit de Victor, il existait au monde une quantité presque infinie de choses exécrables, il ne trouvait rien de plus minable que de passer la porte d'une location de vacances. Les locations, il avait ça en horreur. Horreur d'éplucher les inventaires, horreur de fouiller, de tâter, de soulever, de sonder. De constater. Chaque année c'était le même cirque ou peu s'en fallait. Mariette avait beau se casser la tête, écrire aux offices et aux agences, se faire confirmer les détails, prendre toutes les précautions utiles et nécessaires, rien n'y faisait. Elle trouvait toujours qu'il manquait quelque chose ou bien les choses elles-mêmes manquaient tellement de commodités qu'elles en devenaient grotesques. C'était comme ça. Depuis des lustres.

 

Il a roulé toute la journée et il se sent flapi, assommé par le soleil d'août et les sempiternels bouchons. Rouges ou noirs, pour Victor, y a pas de différence.

La coquette petite maison bretonne en sortie de bourg tourne le dos à une usine crasseuse et donne par le devant sur un champ abandonné aux ronces et aux orties. Mariette grimace. Victor se tait. Le tour du propriétaire est vite fait et bien entendu, l'intérieur n'apporte aucune heureuse surprise. Au contraire.

- Ce qu'il faut de toupet tout de même pour louer des bicoques si mal foutues, maugrée Mariette, à peine passé le seuil.

Un simple coup d'œil dans la chambre à coucher finit de l'exaspérer. Le lit est fait avec de vieux draps rapiécés qui sentent le moisi.

- Alors là, c'est le bouquet, regarde ça Victor, c'est un 120 et avec un trou au milieu en plus… Ça, ça pourra pas faire, ça pourra pas, tu entends Victor, ça pourra pas…

Victor ne se sent pas de la réconforter, de lui dire que tant pis on fera avec. Il s'est planté dans un recoin du salon au fond d'un fauteuil bancal et s'est mis à ruminer son dégoût des locations.

Mariette est demeurée sur le pas de la chambre, immobile, l'œil fixé sur le lit.

- Non, mais viens voir !

Il attend qu'elle le rappelle une fois, deux fois, puis il se lève, sans précipitation, sûr d'aller à la peine.

- Non, mais regarde-moi ça ?

Il mâchouille deux ou trois mots circonstanciés en opinant du menton.

- Bon alors, qu'est-ce qu'on fait ?

Il ne sait pas ce qu'il faut faire. C'est comme d'habitude. Il laisse aller un soupir dans son dos.

- Toi, tu sais jamais rien !

- Quand même ! s'insurge-t-il.

Brusquement, elle tourne la tête vers lui. Elle, sait. Elle a la réponse au bout de la langue.

- T'as pas vu sur la route en arrivant, y avait un BUT.

- Si j'ai vu.

- Celui sur la rocade juste après Merlin ?

- Oui, celui-là.

- Il était pas grand pourtant.

- Je l’ai vu quand même.

- Ah oui ?

- Oui !

- Ben c’est tant mieux parce que va falloir…

Il regarde sa montre et secoue la tête.

- Si, t'as encore le temps d'y aller, il est même pas six heures et demi.

- Sauf qu'avec les bouchons …

- T'as largement le temps, je te dis !

Il ne discute pas davantage. Un BUT, il y en a un près de chez eux. Il connaît bien.

- Tu prends un 140, un dur, déjà que j'ai le dos à moitié coincé à cause de ta voiture.

Il n'a rien à redire. C’est vrai, la voiture est fatiguée, elle aussi.

- Regarde voir s'ils ont des Futons, il paraît que c'est bon pour la colonne.

Il ne répond pas et sort sans demander son reste. Dans sa tête, il s'imagine en train d'acheter vite fait le premier matelas venu puis de filer s'en jeter un ou deux au bistrot du bourg. Le soleil a disparu et une fine bruine colle au pare-brise barbouillé de résidus d'insectes. Le poste est branché sur France Info et question temps, ils n'annoncent rien de bon. Quant à la circulation, à les entendre, on serait toujours dans le noir. Mais la radio, il s'en fout Victor, pour lui ils disent que des conneries. La preuve, là il roule à 110, 120 sans problème. Il fredonne tomber la chemise, l'air de l'été, et pianote sur le volant en pensant à l'apéro. Sa voix est fausse, plutôt caverneuse, il s'en moque. Il roule. Mais voilà qu'à l'approche du centre commercial, c'est la pagaille. Pas moyen de se rabattre. Les klaxons des locaux crépitent à tout va. Il crie des insultes par la fenêtre. En vain. Il est obligé de poursuivre tout droit. La sortie d'après est à plus de trois kilomètres. Elle ne lui dit rien : "Ilot du Marais", y a écrit. Un truc à se paumer. La suivante ne vaut pas mieux : "Le Carré des Tuiles". Il grimace et se dit que putain y a des jours. Moins d'un kilomètre plus loin, là c'est la poisse. Le périphérique se scinde en trois avec à gauche la rocade sud, à droite la Zone d'Activités des Granges et au milieu l'inéluctable "Autres directions". Le n'importe où, quoi. Et quoiqu’il fasse, presque neuf fois sur dix, il se retrouve embringué au diable Vauvert. Il n'a jamais rien compris aux réseaux express des agglomérations, à tous ces numéros de sortie qui donnent sur des centres, des cités, des résidences, des zones, des pépinières…, jamais rien compris aux présélections qui mènent dans un patelin qui ne figure sur aucune carte. Il n'arrive pas s'y faire. Hors de son département, c'est incroyable comme les indications sont mal fichues.

Encore heureux qu'il est seul. Il imagine sa femme à côté de lui grinchant : "C'était par là, t'as pas vu le panneau ? Ah la la, tu regardes jamais où tu vas !". "Tu regardes jamais où tu vas ! Tu regardes jamais où tu vas !", répète-t-il en ricanant. Il se reprend à pester contre les locations et sur cet entêtement à toujours vouloir louer. "Nous, on loue, confie sa chère à leurs imbéciles de voisins, c'est quand même plus pratique que la caravane, et en plus on peut recevoir". Ça le fait rigoler en douce Victor, vu qu’ils ne reçoivent jamais personne. Il aimerait pourtant bien des fois. Au moins pour l’apéro. Mais bon.

L'"Autres directions" va du mauvais côté. Forcément. Dépité, il enclenche les warning, gare la voiture sur la bande d'arrêt et s'enfonce mollement dans le siège. Il resterait bien comme ça un bout de temps à rien faire qu'à souffler et se dire merde pour le matelas. Mais voilà, France Info repart pour un tour "Dix huit heures quarante neuf" avertit le présentateur. "Fait chier" jure-t-il. En cherchant à se caler sur Europe, il tombe pile sur une locale qui clame : "Choisissez bien, choisissez la sortie 7". Il explose : "Putain alors, mais y en a deux !". La 7, il vient juste de la passer. Suffit de faire demi-tour à la huit. "Ah putain, c'est pas vrai ! Mais c’est pas vrai !". Il assène une bonne dizaine de coups sur le volant et repart sur tomber la chemise. Ça l'aurait quand même embêté de revenir sans rien, fichtrement ! Mariette lui ferait la tête et à tous les coups ça serait tintin pour l'intimité. Déjà que ça fait un bout de temps qu'elle lui tourne le dos. Des fois, il se dit qu'elle l'aime moins qu'avant. Avant, même quand il manquait quelque chose, ça ne l'empêchait pas d'être heureuse. Il ne sait pas quand cela a commencé cette histoire de manque. Si c'était à cause du lit, le soir elle n'irait pas se coucher si tôt. Ou alors, elle dirait qu'elle n'est pas dans son assiette. Avant, quand il l'embrassait et qu'elle ne frémissait pas, c'est qu'elle avait mal au ventre. Bon, il se tournait et n'y pensait plus. Maintenant, il n'ose même plus laisser aller sa tête sur son épaule. C'est sûr, il n'y a pas que le problème du lit.

La vendeuse du BUTest une grande perche taillée à l'os avec des lunettes, un chignon et un décolleté qui tombe. Elle a le sourire plutôt pressé. Comme lui. Il demande sans détour si elle fait des Futons. Elle rougit à moitié et répond bêtement que non elle ne fait pas. Il dit que c'est tant pis, fait mine de partir puis se ravise.

- Vous savez moi, c'est juste pour du dépannage, on a loué et le lit c'est un 120, le genre mou, si vous voyez ce que je veux dire…

Elle dit que, oui elle voit, que ce sont des choses qui arrivent. C'est pas vraiment ce qu'on a envie de trouver après une journée de route, poursuit-il. Elle en convient. On a beau chercher à se tourner dans tous les sens, la nuit on compte les heures, y a rien à faire. Vous imaginez la bouille le matin ! Elle imagine. Et les jambes … on a plus que des jambes pour rien faire ! On est sans force, voilà ! On peut profiter de rien ! Elle dit que c'est vrai, qu'elle connaît ça. Heureusement, elle a un Mérinos en promotion.

 

... à suivre

 

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1 mai 2006 1 01 /05 /mai /2006 09:17

 

 

R e l â c h e

 

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30 avril 2006 7 30 /04 /avril /2006 10:08

 

Chaque jour, les agences de presse nous inondent de dépêches du monde entier. Spectacle mémorable d’une humanité aussi grotesque que désespérante. Longtemps, je me suis amusé à mettre de côté quelques unes de ces brèves… laissées pour conte…

  

 

  

Belgique, février 2002 –

Un vagabond est resté enfermé pendant trois jours dans une cellule du commissariat d'Anderlecht, sans eau ni nourriture, oublié par ses gardiens à la suite d'une erreur administrative.

Les cellules sont équipées de caméras de surveillance mais ne montrent qu'une partie de la cellule. Ce n'est que lorsque les gardiens ont conduit un autre gardé à vue dans une cellule voisine qu'ils se sont rendus compte de leur oubli. Le commissaire a déclaré que durant tout le temps de sa mise au vert, l'homme, âgé d'une trentaine d'années, n'avait jamais poussé le bouton d'alarme de sa cellule.

 

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29 avril 2006 6 29 /04 /avril /2006 17:22

 

Chaque jour, les agences de presse nous inondent de dépêches du monde entier. Spectacle mémorable d’une humanité aussi grotesque que désespérante. Longtemps, je me suis amusé à mettre de côté quelques unes de ces brèves… laissées pour conte…

Danemark, décembre 2001 –

 

Les seins faisant partie de l’appareil de production d’une prostituée, ceux-ci peuvent être considérés, selon le code des impôts danois, comme un actif professionnel et de ce fait les frais de chirurgie esthétique occasionnés par une opération d’augmentation de la taille des seins, font partie des investissements susceptibles d’entretenir et d’améliorer l’instrument de travail et sont donc de ce fait, déductibles des impôts.

 

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