Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
23 mars 2007 5 23 /03 /mars /2007 18:02

Mouvement du 22 mars (2)

Théâtre ce soir au café littéraire de Calipso avec une adaptation de Gros-Câlin, d’Emile Ajar. L’occasion ici d’engager le compte à rebours du " Mouvement du 22 mars " annoncé hier avec un extrait du roman.

" Une fois… j’ai pris à la Porte de Vanves un wagon qui s’est trouvé être vide, sauf un monsieur tout seul dans un coin. J’ai immédiatement vu qu’il était assis seul dans le wagon et je suis allé bien sûr m’asseoir à côté de lui. Nous sommes restés ainsi un moment et il s’est établi entre nous une certaine gêne. Il y avait de la place partout ailleurs alors c’était une situation humainement difficile. Je sentais qu’encore une seconde et on allait changer de place tous les deux mais je m’accrochais, parce que c’était ça dans toute son horreur. Je dis " ça " pour me faire comprendre. Alors il fit quelque chose de très beau et de très simple, pour me mettre à l’aise. Il sortit son portefeuille et il prit à l’intérieur des photographies. Et il me les fit voir une à une, comme on montre des familles d’êtres qui vous sont chers pour faire connaissance.

- Ca, c’est une vache que j’ai achetée la semaine dernière. Une Jersey. Et ça, c’est une truie, trois cent kilos. Hein ?

- Ils sont beaux, dis-je ému, en pensant à tous les êtres qui se cherchent sans se trouver. Vous faites de l’élevage ?

- Non, c’est comma ça, dit-il. J’aime la nature.

Heureusement que j’étais arrivé parce qu’on s’était tout dit et qu’on avait atteint un point dans les confidences où il allait être très difficile d’aller plus loin et au-delà à cause des embouteillages intérieurs. "

Repost 0
Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso expression
commenter cet article
22 mars 2007 4 22 /03 /mars /2007 21:15

 

Un mois pour rassembler des pensées éparpillées, donner des couleurs à l’imaginaire, brasser les circonstances, aller à la rencontre de l’incertitude, revisiter les malentendus et les sous-entendus, dire les envies de pleurer, les soifs de rire …

Un mois pour prendre

le temps de la suspension de l’inexactitude du retard de l’envers du retour en surface …

la mesure de l’impatience du bruit des bottes de la ligne d’ombre de l’instant du lendemain de l’antérieur de l’invisible des effets d’optique de l’incertitude des amours d’antan des amitiés particulières de l’émiettement des étoiles…

le poids des bancs de pierre des ongles rongés des apparences des antécédents des enchaînements des soubresauts des fautes d’impression du chagrin de la terreur de la répétition de l’extinction…

le cours de la condition humaine du chant des cigales des vessies et des lanternes des offres d’emplois des généreuses attentions des mots définitivement définis des anguilles sous roche de la poudre d’escampette du cri étranglé…

le pouls du préliminaire du balbutiement de l’impudique de l’au-delà de la multitude des jeux d’enfants des visages anonymes de la fleur de peau de la riposte…

 

Donner chaque jour du dernier mois avant les élections des mots pour questionner un monde qui serait imperceptiblement devenu très différent…

22 mars – 22 avril 2007 Le cœur vous en dit ? Contributions à poster sur assocalipso@free.fr

 

Repost 0
Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso expression
commenter cet article
20 mars 2007 2 20 /03 /mars /2007 21:12

 

Cette nouvelle de Patrick ESSEL fait partie d'une série de récits concoctés à partir de ses rencontres professionnelles.

 

Zamok

 œ

Le haut de son cœur serait écorché. C'est pour cela qu'il aurait toujours cet air un peu barbouillé et qu'il raclerait les mots avant de leur donner vie.

C’est vrai, il n'aime pas faire le malin et encore moins passer pour quelqu'un de frivole ou de familier, alors oui, les mots ne le quittent jamais d'un seul coup. Il prend le maximum de précautions avant de se prononcer sur quoi que ce soit. Il ne sait pas comment les autres font avec leurs mots, comment ils les font passer de l'autre côté sans risquer d’y perdre leur bon ordonnancement. Les siens viennent autant de l'esprit que du tempérament. C’est ainsi ! Et avant qu'il ne les autorise à prendre l'air, à respirer ne serait-ce qu'une petite goulée du dehors, il les fait tourner, vibrer, se tortiller en lui. Il se les dit et redit. Avec constance et détermination : toujours concis et rigoureux. Un mauvais mot est si vite arrivé. Ceci étant, il pratique aussi l’inversion. Ou plutôt l’envers. L’envers, c’est parfait pour déceler les excès. Avec l’envers, ça bourdonne, ça grince, ça craque. Ça secoue le sens et ça ébranle le sentiment mais il faut en passer par là pour ne pas se laisser surprendre. Parfois, tous ses membres sont pris de tremblements tellement il triture. Ses entrailles se court-circuitent, ses veines se gonflent et ses nerfs s'électrisent donnant à ses chairs des couleurs incendiaires. Cela en surprend plus d’un autour de lui.

Parfois en aparté, il explore les mots qui font des bruits de bête. Surtout les mots tapis au fond de sa poitrine, ceux qui ont emmagasiné les ressentiments, ceux-là mêmes qu'il sait pouvoir faire remonter jusqu'à la commissure de ses lèvres quand il est dans l'embarras. Attention, seulement jusqu’à la commissure. Pas plus loin. Ou alors il lui faudrait aussi apprendre à composer avec tous ces intrus venus de nulle part et qui jour après jour cherchent à s’incruster dans son répertoire. Vous imaginez la scène : les discours obligés, les prêchi-prêcha, les exhortations et puis les suppliques, les braillements, les pleurnicheries, bon sang, il n’arrêterait tout simplement pas !

En fait, il trouve détestable qu'il faille en passer par la bouche. Cette béance ! Cette souillure ! Cette plaie qui envahit tout son corps.

Lui, c'est par les yeux qu'il aimerait pouvoir officier. Par le blanc des yeux. Là où se trament l’effroi et la jouissance. Avec la complicité des larmes, bien sûr ! Les larmes sont les sentinelles les plus appliquées qui soient. De loin préférables aux guillemets, parenthèses et autres tirets. Et jamais chipoteuses ! Combien de mots malmenés, estropiés, abîmés dans leurs racines, n’attendant plus rien de la langue, défigurés jusqu’à la souche, ne continuent-ils pas néanmoins à vaquer silencieusement sur les bords des prunelles ? Et combien de tournures et de formules regagnent avec elles une place de choix aux yeux du monde ? Elles vont et viennent au gré des nécessités. Il les adore. Les larmes absorbent toutes les impuretés lexicales et raccommodent délicieusement les sens.

Mais rien ne serait possible sans les paupières. Où en serait-on sans ces veilleuses ? Certainement à chevroter comme de fieffés imbéciles ! Imaginez la cacophonie si nous étions toujours libres de laisser aller cet immense flux de mots qui sans cesse nous traverse, si rien ne venait endiguer les digressions et les faux-semblants ! Heureusement qu'elles sont sur le qui-vive. A tressauter. A faire tourner le vent. A casser les petits penchants. A conjurer les figures sans queue ni tête. Sans elles, oui sans elles, aurait-on ce pouvoir d’escamoter en une fraction de seconde les intitulés incorrects ou les énoncés impropres ? Non ! Bien sûr que non !

Et puis avoir un mot sur le bout des cils ne serait absolument pas gênant. Bien au contraire ! Qui se plaindrait d'un mot en suspens? D'un mot qui ferait vibrer l'air et l'intérieur de soi avant de prendre son envol ? Certainement pas les jeunes filles, elles aiment tant papillonner ! Quant aux hommes, cela leur donnerait assurément un air plus gracieux ! En outre, ce serait là un cas de figure inédit. Les gens auraient enfin autre chose à observer que ces bouches truffées de parasites.

Car enfin lui – même lui ! - il a beau prendre toutes les précautions du monde, il rencontre sans cesse des difficultés à se faire entendre convenablement. Heureusement, il est de ces hommes qui ont expérimenté la trahison et qui savent saisir ce qui n’est pas dit. Mais quand même, il y a des moments où il se dit qu’une puce, une petite puce toute simple, implantée exactement là où il faudrait, avec toutes les précautions utiles et nécessaires, il se dit que cela suffirait à rendre les choses moins compliquées. Un mot juste pour chaque chose. Un point c’est tout. Plus de laissés-pour-compte ! Plus de trous ! Plus de vociférations !

Au lieu de cela, il lui faut sans cesse répondre de ses mots. Aux uns, aux autres, et en fin de compte au tout-venant. C'est là incontestablement une de ses principales sources de tracas. Car enfin, il n’est pas une journée sans qu’il ne s’entende dire :

"Que dit-il ? "

" Mais que dit-il donc à la fin ?"

Voilà comment on le traite. Comment on se soucie de son désir de bien se faire comprendre.

Un jour, excédé, des mots terribles lui avaient échappés et avant même qu'il ne se rende compte de leur portée quelqu'un s'était exclamé :

"Eh bien, pour une fois il n'y est pas allé de main morte !"

Il avait baissé les yeux et regardé longuement ses mains, incrédule. Bien sûr, elles n'y étaient pour rien ses mains mais il n'avait pu s'empêcher de les examiner avec la plus extrême minutie, de les palper, les tordre, les renifler. Et puis brusquement il avait pris peur. Peur que sa raison le trompe et qu'il se mette à bégayer comme autrefois. Peur de ces mots pris au piège d'une langue pleine de boue. Peur de cette haleine chargée de mots grippés. Peur des odieuses dégoulinades qui s'en suivaient.

Une mauvaise journée, vraiment !

Pour l'oublier, il s'était mis en tête d'apprendre une autre langue. Une langue lointaine, peu usitée et dont il ne retiendrait que des mots soigneusement choisis. Des mots éprouvés qui ne pourraient ni s'engourdir ni s'enhardir ni usurper subrepticement une autre place.

Seulement voilà, dès qu’il avait voulu essayer cette langue-là en public, il s’était trouvé presque immédiatement quelqu’un pour s'écrier :

″ Mais qu’est-ce que c’est que ce chinois-là ? ″

Rien d’autre. Pas un seul autre mot pour dire autre chose que :

″ Mais qu’est-ce que c’est que ce chinois-là ? ″

Souvent, on le regarde bizarrement, comme si on voulait le sonder ou plutôt comme si on cherchait à lui tirer des vers du nez. Depuis toujours on le trouve obscur, maussade, sournois, perfide, on le trouve contrefait aussi et empoté, trompeur, véreux … que des épithètes répétées dans son dos et jetées à l’emporte-pièce sans rien savoir de ce qu’il en est exactement.

Comment peuvent-ils s’imaginer un seul instant qu’il puisse renoncer à être irréprochable.

D’accord, la langue parfaite n’existe pas.

Pas encore.

Mais lui, il y travaille. En secret. Démêler le pire du meilleur. Toujours. Il ne s’agit pas d’une tâche à prendre à la légère. Il faut juste lui laisser du temps. Si seulement il n’y avait pas tous ces maudits grains de sable qui obstruent méthodiquement la mécanique !

 

Zamok, mot d’origine russe pour château, culasse, serrure 

Repost 0
Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso nouvelles
commenter cet article
18 mars 2007 7 18 /03 /mars /2007 17:51

 

Si lire c’est être poussé par le désir d’une connaissance des êtres et des choses, écrire pourrait être l’art de contempler ces choses et ces êtres qui sont en nous, à la fois effacés et vivaces, éparpillés, morcelés, transfigurés, bref à s’illusionner sur ce que nous sommes. Quelle sorte de mémoire est attachée à l’écriture ? Qu’est-ce que les écrits viennent débusquer, expulser, glorifier, éliminer de nous-mêmes ? Que viennent confier en définitive ces mots arrachés au passé ? Quelle sorte d’espace occupent-ils ? Celui de l’autre possible ou de l’autre hostile ? Est-ce l’annonce d’un changement ou d’un enfermement ? D’une relation au monde devenue hasardeuse ? Pourquoi ce bouleversement subit dans le regard des proches ?

Ecrire, est-ce chercher à attraper au vol l’imprévu qui se montre pour créer un objet sentimental ou est-ce vouloir réinventer sa vie pour en faire quelque chose d’aussi intéressant qu’un roman ?

Qu’attend donc le narrateur si ce n’est d’être, sous le masque, quelqu’un de désirable ?

A quoi penses-tu, mon chéri ? vient dire une petite voix dans l’ombre de l’intimité. La question fait penser à l’absence et à une demande d’amour mais également, en dissipant le rêve et l’inexplicable battement du cœur, à l’opportunité d’entrer dans la fiction. Que dit l’écrivain de ce qui lui est venu à l’esprit à ce moment là ? Restera-t-il confiné dans la solitude de l’écrit ou se saisira-t-il de ses pérégrinations intérieures pour s’enhardir du côté de la parole ?

Qu’écrirez-vous donc ce soir ? Une page de journal intime, d’autobiographie ou d’autofiction ?

Les écritures du Moi, hors série du Magasine Littéraire

mars-avril 2007, 6,40€

Repost 0
Published by Patrick L'ECOLIER - dans chroniques littéraires
commenter cet article
15 mars 2007 4 15 /03 /mars /2007 18:19

 

Dans quinze jours on y sera ! Le blog calipso soufflera sa première bougie. Pour fêter l’événement, la page anniversaire sera offerte à l’un des abonnés de toujours, d’aujourd’hui, voire de demain pour celui qui saisirait l’occasion de s’inscrire avant le terme à la Newsletter (Voix Rapide sur le site). Thème, forme et style sont libres à condition toutefois de pouvoir s'insérer sur un nombre raisonnable de pages d’écran. Le sujet couronné sera bien évidemment le résultat d’un choix qui ne pourra être que subjectif.

Merci de poster vos idées cadeaux sur assocalipso@free.fr

Repost 0
Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso expression
commenter cet article
12 mars 2007 1 12 /03 /mars /2007 19:06

 

Les accès au théâtre contemporain sont multiples. Les scènes actuelles permettent d’ouvrir des espaces de création où le jeu, dégagé des contingences de la forme, peut donner à voir et à entendre quelque chose d’une étrange gravité où tout paraît autre, quelque chose résonnant au-delà des tréteaux et des bancs de velours, quelque chose venant détacher le spectateur du seul lieu de la distraction.

Le théâtre c’est sans cesse passer du dedans au dehors. Seulement voilà, bon nombre d’artistes sont durement externalisés ou restent coincés durablement dans une porte à double battant. Dans un article récent, Jean-Claude Touray n’hésite pas à pointer les contradictions de l’époque, à tailler dans le vif et à faire exploser les contraintes ; il aime aller de l’avant et à lire ses modestes propositions en matière d’aménagement culturel, on se dit que les gens de théâtre ont là les moyens de se jouer de quelques faux-semblants.

 

Pour un théâtre de proximité

par Jean-Claude Touray

 

On en a marre du tintamarre des MacDo de la culture extensive. Ces salles trop grandes pour grand-messes théâtrales où le public vient en masse consommer les incontournables du répertoire et les nouveautés de la saison. Marre de ces affluences où ne fonctionne qu’une machine à applaudir faisant écran à une relation de cœur entre interprètes et spectateurs. La situation est encore pire, en l’absence de salle, quand les prestations des artistes sont improvisées dans la rue. Les courageux intermittents de l’exhibitionnisme ont alors bien du mal à trouver un vrai public au milieu d’une foule de passants indifférents ou rigolards.

Voilà pourquoi je crie " Vive l’intime, vive l’infime ! A bas les grands rassemblements ! " Vive les lieux dont l’exigüité est propice à cette relation quasi charnelle entre acteurs et spectateurs qui fait les instants riches en émotion. Tu en trouves l’été au hasard des festivals, bals et carnavals des villes et des champs, mais il y a toujours trop de monde pour l’amateur d’auditoires vraiment réduits. Il est urgent de chercher de nouveaux espaces du côté du minuscule pour faciliter le rapprochement de l’artiste qui s’exhibe et du spectateur qui le mate.

On connaît la solution du théâtre en appartement. Je ne parle pas des séances de grimaces des Augustes de service devant le gâteau d’anniversaire des petits bourges. Mais je pense aux représentations d’œuvres bâties sur le vécu de la chambre à coucher et jouées sur le lit conjugal pour deux ou trois couples de voyeurs ; je pense aux mélos mélodies de la vie en yoyo des ménages hétéros ; à la poésie des lavabos, à la mise en scène des trous de serrure. Le spectateur de retour dans son logement peut improviser en famille et créer son propre spectacle à montrer aux voisins. Malheureusement le théâtre en appart’ n’a pas obtenu le succès qu’il méritait. En partie à cause de la brigade mondaine qui cassait régulièrement l’ambiance quand les actrices étaient roumaines ou albanaises. Autre problème : l’organisation des tournées en province. Il faut trouver chaque jour un F3 ou une surface équivalente à louer pour une seule soirée. Difficile même dans les motels qui font le gros de leur chiffre entre cinq et sept et sont pratiquement vides ensuite.

J’ai longuement cherché un " petit endroit " mobile pour théâtre de proximité. Pourquoi pas une caravane, tirée par six ou sept chevaux fiscaux. Cette coquille accueillante installée sur la place de l’Eglise ou devant la mairie deviendrait, en soirée dans les villages, un lieu de représentation, à la fois scène et parterre, pour un ou deux artistes devant un ou deux couples de spectateurs.

Héritière de la roulotte bohémienne, la caravane a déjà fait ses preuves comme lieu de communication. Les gitanes qui ont pris trop de poids pour continuer à danser le flamenco y pratiquent la voyance dans un clair obscur extralucide (tiens un oxymore). C’est un vrai spectacle avec ambiance, jeux de scène et boule de cristal. Le texte est improvisé autour de mots-clés comme amour ou argent et d’expressions comme " retour d’affection " ou " ça fera cinquante euros ". On pourrait généraliser la formule et créer des cellules théâtrales mobiles dans des caravane. Bien sûr, vu l’exiguïté du lieu on ne pourrait pas monter Bérénice, mais deux acteurs, en se serrant un peu, pourraient jouer " Nuit torride en Floride " avec un décor de palmiers en carton. Les deux ou trois spectateurs n’auraient pas besoin de jumelles pour voir couler des yeux des interprètes le Rimmel avec les larmes de la passion. Pour faire plus petit que la caravane tu ne trouves que la bagnole qui la tire. Bien qu’elle soit très utilisée au Bois pour des scènes de genre sur sa banquette arrière, l’auto doit encore gagner ses galons d’espace théâtral de poche. Il faudrait des œuvres contemporaines qui lui soient adaptées. On commence à en trouver : la compagnie " En voiture Simone ", composée d’un auteur-interprète unique, envisagerait de créer dans une décapotable " Attentat à la pudeur ", drame juridique dont les répliques sont des articles du code pénal. Mais le projet sera peut-être réalisé dans un spectacle de rue avec un simple imperméable.

La caravane, l’auto qui la tracte et d’autres lieux minuscules deviendront ils, au bénéfice de quelques uns, des sites pour petites jubilations et grands émois théâtraux ? Halte là, je nage dans une mer d’utopie sans gilet de sauvetage. Fini de rêver, j’entends déjà les cris des gestionnaires qui distribuent les subventions : " Bonjour le coût par tête de client qui met l’entrée au tarif du massage en salon avec un ticket qui n’est pas remboursé par la Sécu " disent-ils. Le comble c’est qu’ils ont raison. J’ai retourné le problème dans tous les sens. Insoluble.

Insoluble sauf si le spectateur est en même temps l’acteur, pour tout dire le spect-acteur d’une séquence dramatique jouée en solo ou à la rigueur à deux. Le prix de la minute de culture passe alors de celui du gramme de caviar à celui du kilo de pommes de terre. Non seulement il n’y a plus que des bénévoles sans aucun cachet mais il existe déjà un lieu tout prêt à accueillir les personnes seules (ou exceptionnellement les couples)  pour cette forme de théâtre. Avez-vous deviné ? Non ? L’héritière de la vespasienne romaine, cette vedette du mobilier urbain : la sanisette. Vous l’aviez sur le bout de la langue ? Un lieu qui ne demande qu’à être transformé en édicule culturel. C’est possible pour une bouchée de pain. Il suffit de mettre à disposition du spect-acteur des scènes choisies imprimées sur papier plastifié, scènes qu’il pourra lire à haute voix tout en mimant l’action devant une glace. Mais les bons titres sont encore rares. On peut citer : " Solitaire dans le plaisir ", comédie de mœurs, ou " Du côté d’Onan ", tragédie-concerto pour la main gauche inspirée d’un épisode biblique.

Repost 0
Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso expression
commenter cet article
10 mars 2007 6 10 /03 /mars /2007 11:24

 

S’il existait un livre d’or de l’éloge en littérature, le roman de Milena Agus Mal de pierres y figurerait certainement en excellente position. C’est un beau roman, c’est une belle histoire, assurément singulière et captivante, et l’on pourrait voir dans l’accumulation de louanges qui lui sont consacrés un effet d'engrenage où la surenchère dans le coup de cœur permettrait de se singulariser aux yeux du lecteur indécis. Mais peut-être viennent-ils simplement dire ce qu’il en est de l’excitation du lecteur averti reconnaissant dans ce qu’exprime l’auteure quelque chose de sa propre pensée désirante, quelque chose qui autoriserait le fantasme à prendre corps. Car il est bien question du corps - de ce qui l’anime comme de ce qui l’étouffe - dans les liaisons fugitives qu’entretiennent les personnages. A commencer par ce mal de pierres qui tenaille le ventre de l’héroïne et qui lui barre l’accès à la seule chose qui lui importe, l’amour.

Se délivrer du mal en se livrant à l’homme qui voudra bien l’aider à se tenir debout, voilà bien ce qui l’agite. Elle paye de sa personne pour être quelques instants le jouet d’un mari qui ne la regarde pas et dont elle ne sait même pas s’il est beau ou laid. Dans l’intimité, elle devient une prestataire de service honorée du côté de la seule satisfaction de fantasmes or ce qu’elle voudrait, c’est prendre plaisir à donner la vie, être créatrice plutôt que créature, inventer une vie qui déborde du rêve, être la rescapée d’un naufrage annoncé.

A ce corps qui ne réagit pas comme elle aurait tant aimé, tellement lourd de l’absence d’autrui qu’il lui est impossible d’héberger un petit être vivant, il faudra toute la puissance du désir pour qu’il s’éveille, se remplisse de joie plutôt que de pierres et que le blé puisse lever.

Mal de pierres de Milena Agus aux Editions Liana Levi, 124 pages, 13€

Repost 0
Published by Patrick L'ECOLIER - dans chroniques littéraires
commenter cet article
7 mars 2007 3 07 /03 /mars /2007 21:58

Saura-t-on jamais si les anges sont immatriculés ? Ou même si un signe ostentatoire les désigne comme tels et sous quels cieux ? Toujours est-il que la revue littéraire " Le matricule des anges " vient à s’immiscer dans les affaires terriennes en créant ici-bas un espace d’ébats propre à donner des ailes aux hommes et femmes de lettres souhaitant battre la campagne.

Le message des anges est simple : si la politique doit avoir un sens, il y a des chances que vous le trouviez alors sur le blog " Écrivains en campagne ". Pour preuve de bonne foi voici un extrait de l’article du jour signé Jérôme Delclos, écrivain et traducteur :

" Si l’écrivain se prononce sur la campagne présidentielle, le fait-il en tant qu’écrivain ou en tant que citoyen ? Si l’on propose aux écrivains de s’exprimer sur et autour de la campagne présidentielle, si l’on se demande ce qu’ils en attendent , ce qu’ils voient du grand cirque médiatique, et quelle société ils voudraient, c’est bien qu’on leur suppose une sorte de clairvoyance qui excèderait leur seul état de citoyen. Il y aurait alors, dans la condition littéraire, une prédisposition à la critique politique.

L’idée vient peut-être au fond du cirque médiatique lui-même, et d’une certaine starisation des écrivains. Écrivains poseurs, ceux qui font la couverture des Inrockuptibles. Et là, je ne vois pas, en général, ce que le discours de ces écrivains peut apporter à la politique et à sa compréhension, et encore moins ce que leur opinion peut apporter à la littérature. Dans le meilleur des cas, ces auteurs prennent une posture journalistique, très au-dessous en fait de ce que de véritables journalistes ont à dire de la chose politique.

On attend l’écrivain qui saura, qui saurait, faire d’une campagne présidentielle un véritable objet de littérature, qui serait assez grand, comme écrivain, pour hisser le tableau des mœurs politiques, ou la chronique d’une campagne, ou le portrait d’un candidat, ou le suspense entre les deux tours, au niveau de l’art. Pour l’instant il n’existe pas, et l’on peut se demander si une campagne électorale n’est pas un morceau de réel qui résisterait beaucoup au traitement littéraire. Sans quoi les romans de la campagne seraient nombreux, alors qu’il n’y en a pas. Il faudrait se demander pourquoi."…

 

Repost 0
Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso expression
commenter cet article
5 mars 2007 1 05 /03 /mars /2007 17:33

 

Une chronique à la petite semaine de quelques judicieuses fabriques de littérature.

à cliquer :

Chez Stéphane Laurent et ses petits noirs

Nouvelle dégustation en compagnie de Georges Flipo

Sur Mot Compte Double

Pour fêter le printemps des poètes, Monique Coudert fait la part belle à Abdellatif Laâbi

Sur Ainsi vit-on aujourd’hui

"La mer en hiver" ou l’invitation au rêve porté par le vent du large quand s'avancent de sombres nuages.

Sur Nouvelle au pluriel

Le début de la fin du suspense avec une première sélection de prétendants au titre.

Chez Frédéric Boudet

Des propos sur l’Invisible toujours aussi saisissants.

Sur Bonnes nouvelles

Une superbe mise en voix et en musique d’un texte de Corinne Jeanson Quitter Berlin

 

La dépêche expéditive de chez Reuters

Le cinéma serait-il un jeu pour de vrai ? Un film nous transporterait-il pour de vrai dans le jeu de sa fiction ? C’est ce que semble redouter un groupe de parlementaires Egyptiens à l’origine d’un projet de loi visant à s’opposer aux dérives potentielles du septième art, notamment en matière de mariage. Le texte souligne que les unions cinématographiques proclamées solennellement sous le regard des caméras entretiennent une dangereuse confusion entre réalité et fiction. Ainsi donc, les actrices tournant une scène de mariage dans un film devront au préalable divorcer de leur mari. A l’issue du tournage, elles seront tenues de divorcer de l’acteur épousé à l’écran pour prétendre se remarier avec leur ancien conjoint.

Repost 0
Published by Patrick L'ECOLIER - dans Blogcity
commenter cet article
2 mars 2007 5 02 /03 /mars /2007 16:46

 

Françoise Guérin aime les mots. Elle les aime au point de ne jamais oublier qu’ils ont à la fois cette faculté de libérer et d’enchaîner. Sans doute lui permettent-ils de se revoir dans un passé aux contours douloureux, de revivre l’expérience d’une déchirure, de neutraliser quelques vielles figures menaçantes, de rompre avec les ombres de la mélancolie, d’inventer de nouvelles variations sur l’impossible paix avec soi-même, elle n’en continue pas moins à donner rendez-vous aux éclopés de la vie et d’y inscrire en leur compagnie et contre vents et marées son attachement au monde.

Je est un autre, dit-on quand on a eu affaire à cette sorte de rupture intérieure qui vous rend étranger à vous-même et vous prive à la fois de cet ailleurs et de ce possible qui est dans l’Autre. Heureusement, il arrive parfois que l’écriture soit le lieu du rassemblement et du raccommodage d’une parole écorchée et d’une intimité mise à mal. C’est à une lecture de cette intimité déchue, expropriée et indissolublement liée à la question du sacrifice que nous convie l’auteure au fil de ses nouvelles.

Les personnages sont au bord de l’anéantissement, rongés par une sorte de trop-plein d’émotions. Dans les plis sinueux de la jouissance, des hommes, des femmes, des enfants chavirent, gorgés de passions, de rancœurs et de remords, de désirs et de dégoûts, de ravissements et de chagrins.

La force de Françoise Guérin tient en sa capacité à dire l’étrangeté de l’existence et puis à sortir au milieu de la nuit et se donner toute entière à l'impromptu, à faire signe à l’inconnu, à faire corps avec le promeneur égaré, à stimuler l’élasticité de ses rêves pour que surgissent, au-delà de la peur, ces mots longtemps gardés en dépôt et qu’adviennent enfin des sentiments partageables.

On tourne les pages en pensant à ses propres fantômes. Bientôt un vent se lève. Les ombres disparaissent. La lumière dessine un corps. Une musique monte du dedans. Un visage se réincarne et on entend le murmure de la faim. Françoise Guérin est debout et elle embrasse la vie.

 Mot compte double de Françoise Guérin

recueil de nouvelles publié aux Editions Quadrature, 116 pages

Repost 0
Published by Patrick L'ECOLIER - dans chroniques littéraires
commenter cet article