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2 juin 2007 6 02 /06 /juin /2007 22:18
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La nouvelle est écrite depuis belle lurette. La grande enveloppe traîne sur le bureau. Pas encore cachetée. En souffrance pour ainsi dire. Il ne se résout pas à l’expédier. Parfois, il ressort un feuillet, le parcourt avec précaution. Il a presque l’impression de deviner les mots, de respirer ses pensées, d’entendre ce qu’il n’a pas osé. Il pense à tous ces instants où il triturait ses méninges à la recherche du meilleur angle d’attaque. Il pense à toutes ces choses diffuses qu’il aurait aimé rassembler en deux ou trois paragraphes. Il pense à ces idées bizarres venues de l’intérieur et qui lui assombrissent le visage, à ces visions qui lui font tourner la tête, à ces élans d’amour qui l’ont laissé exténué. Il pense au bruit que ses tournures feront si jamais il était distingué et lu. Il pense aussi à ce personnage qui ne tient pas tout à fait la route et à cette dernière phrase qui le fera peut-être chuter. Il pense à l’inquiétude qui le prendra chaque matin en ouvrant sa boîte aux lettres. La tentation est grande de tout reprendre à zéro. C’est toujours comme ça. Reprendre dans l’idée d’aller jusqu’au bout des choses. Au risque de la douleur. De toutes façons, le soir est arrivé. Il a toute la nuit devant lui pour se refaire. Aux premières lueurs du jour, il en aura terminé. A moins qu’il ne se dise une nouvelle fois ce n’est pas encore ça…

En fait, il dispose d’encore quarante quatre jours. Quarante quatre ! C’est le 16 juillet 2007 que le concours de nouvelles Calipso 2007 " Sens dessus dessous " sera clos. 

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31 mai 2007 4 31 /05 /mai /2007 19:46
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Cher lecteur,

Vous trouverez ci-dessous le courrier que Madame Aube Dumatin vient de nous faire parvenir en ce début de soirée. Il nous a semblé essentiel de vous en faire part au plus tôt tant cette missive nous apparaît témoigner de l’importance de la constance et de la fidélité en matière d’écriture ; vous comprendrez naturellement à sa lecture que l’attraction naturelle qui existe entre gens de lettres n’est pas seulement de l’ordre de l’irrésistible mais bien une affaire qui engage au-delà de l’impérieuse nécessité et que l’on ne peut s’en débrouiller durablement qu’avec l’intime conviction que le temps n’est rien d’autre que ce que nous en faisons.

 

 

Monsieur le directeur de la collection Miroirs de la mémoire,

 

Vous trouverez ci-joint la dernière version retouchée de mon roman autobiographique, Mémoires d’une vingtenaire.

Vous pouvez commencer votre lecture directement à la page 3822, puisque vous avez déjà pris connaissance au fil des décennies, des précédents chapitres. Mon premier envoi, il y a quelques années, au tout jeune assistant d’édition que vous étiez alors d’un manuscrit intitulé Mémoires d’une nonagénaire  ne vous avait " convaincu qu’à moitié " .Vous m’avez alors conseillé, dans votre lettre de refus, que j’ai conservée, écrite à l’encre violette et à la plume, de " travailler avec persévérance ". Ainsi fis-je, vous faisant parvenir tous les dix ans le résultat de mes efforts acharnés.

Hélas, l’année des Mémoires d’une octogénaire, vous avez préféré publier la biographie d’une star avec laquelle on vous voyait souvent dans les soirées parisiennes.

J’ai reçu la lettre de refus pour les Mémoires d’une septuagénaire quand tous les critiques encensaient le Journal d’une crétine, recension hardie des frasques d’un mannequin de vingt ans avec laquelle la rumeur dit que vous avez eu un enfant.

Quelques mois après l’envoi des Mémoires d’une sexagénaire, vous leur avez préféré les gribouillis d’une débutante, ingénue de seize ans que vous avez épousée l’année suivante.

Les Mémoires d’une quinquagénaire  m’ont été retournés la semaine où paraissaient les souvenirs de ce très jeune homme mince, si blond et maniéré, dont vous aviez fait votre bras droit avant qu’il ne se pacse avec un metteur en scène.

Les Mémoires d’une quadragénaire n’ont pas attiré davantage votre attention. Vous voyagiez souvent en Thaïlande et aux Philippines cette année-là, pour des raisons assez floues, on parlait de parrainage d’enfants...

L’année où les Mémoires d’une trentenaire, ont été perdus par votre service des manuscrits votre biographie de l’inventeur du Viagra était en tête de console dans tous les supermarchés. Ce qui a redressé vos comptes (entre autres) pour la décennie suivante.

L’édition conserve bien.

Vous avez déclaré récemment aux journalistes du MagLittéraire à l’occasion de votre quatre-vingt-quinzième anniversaire que " seule la mort pourrait vous arrêter ", ajoutant que vous l’attendiez avec résignation quoique sans impatience. Cette perspective funèbre me paraît assez désastreuse, car de nature à interrompre prématurément notre collaboration, à peine amorcée.

L’âge aidant, j’ai perdu de ma naïveté et je me suis laissé dire que les manuscrits n’étaient pas toujours lus jusqu’au bout par les éditeurs. Pourrais-je donc attirer votre attention sur la note du bas de la page 876 ? Elle vous signalait que je peux faire parvenir sur simple réception d’un contrat classique avec préférence pour 5 romans ou essais les coordonnées de ce chercheur génial qui a découvert le secret de la jouvence et de l’immortalité dont je suis moi-même l’heureuse bénéficiaire.

Ayant été son premier (et unique) cobaye, je n’ai qu’à me féliciter de l’avoir rencontré il y a soixante-dix ans. C’est lui qui m’a conseillé de rajeunir mes titres afin de suivre ma propre régénérescence. Peu pressé d’encombrer la planète de mutants, ce chercheur, par ailleurs aussi mon mari, refuse de faire connaître à d’autres une invention qu’il s’est réservée. Il serait cependant d’accord pour faire une exception en votre faveur.

Notre collaboration à tous trois, longue et fructueuse, ne sera-t-elle pas gage d’immortalité ?

Aube Dumatin

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28 mai 2007 1 28 /05 /mai /2007 16:53

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C’est un vieil habitué du café. Il exerce aujourd’hui ses talents de reporter en campagne sous le nom de Gamey. Saurez-vous le reconnaître ?

 

Lièpvre-sur-Cresson,

par Gamey

 

Vous qui aimez la campagne, connaissez-vous Lièpvre sur Cresson (on prononce " lièvre sur creusson ") ? Ce coin de France profonde est situé à mi-chemin entre Orléans et Vierzon. Quelque part au milieu de cette contrée riante, marécageuse et vrai royaume des guernouilles au temps jadis : la Sologne. Blotti entre les fourrés et les forêts, les bois et les guérets, le bourg de Lièpvre est arrosé par un roussiau, le Cresson, où il n’y a pas si longtemps, on pêchait la truite à la main.

Les maisons sont en brique et l’église est prolongée par le traditionnel caquetoire, cette sorte de visière de casquette, permettant à la sortie de l’office de jacasser à l’abri de la pluie. Cachet solognot pur jus. J’allais oublier le bistrot. Face au saint lieu, fermé depuis " belle burette ", l’auberge du Cerf volage est largement ouverte. La patronne, accorte, est une blonde de chez Blonde que les habitués appellent " Bichette ". Et on y boit autre chose que du vin de messe. La clientèle va du Liépvrien de souche, qui picole à crédit et qui a son ardoise, au couple de touristes japonais égarés, cherchant le château de Chambord en voiture de location.

La vie est restée tranquille à Lièpvre. Il y a de purs paysans attachés à la glèbe et des " pendulaires " qui vont travailler à Vierzon ou ailleurs. On s’intéresse à l’équipe de foute de Romorantin, à la pêche au gros dans les étangs et surtout à la chasse. Sans négliger le barbarie qui passe, on traque le lapin de rabolière et le faisan d’élevage. On s’attaque aussi, pendant cette période, aux grosses bêtes : les porte-bois, genre Papa de Bambi dont on collectionne les " massacres ", et les cochons sauvages à la hure ravageuse. Pour le Gaspi et le Dahu, c’est ouvert toute l’année. Aut’fois, il arrivait que l’on tire une bergèze au coin d’un bois, au " fusil à un ou deux coups ", mais de nos jours les occasions se font rares…

La vie est restée traditionnelle dans cette commune rurale. Le dimanche matin, le Cerf volage ne désemplit pas. Antan, déjà, les hommes avaient l’habitude d’y beurvacher un canon de vin en bavassant pendant que leurs femmes étaient à la messe. Aujourd’hui, ces dames restent à la maison, mais ces messieurs n’ont rien changé à des habitudes qui remontent aux premiers chrétiens.

La vie est restée bien tranquille et très traditionnelle, jusqu’à maintenant, mais le nouveau secrétaire de mairie risque de tout bousculer avec sa manie de vouloir attirer des visiteurs  murmure-t-on au Cerf volage.

– Ecoutez son projet de spot de promotion radio dit le cantonnier.

A Lièpvre-sur-Cresson, l’automne est romantique. Venez vous balader gratuitement sur le chemin communal autorisé. Avec un bon zoom sur votre appareil numérique, vous pourrez réaliser de superbes photos de cèpes de Bordeaux, chanterelles et autres délices.

– Avec des promesses pareilles aux visiteurs, il est sûr qu’en octobre on va voir débarquer tous les dimanches les Orléanais et les Tourangeaux par milliers, Sapré bon Guieu !…

–Il est probable qu’avec leurs écriteaux " Pièges à loups ", " Tir à balles réelles ", " Champignons interdits ", " Attention : amanites "etc… les autres communes continueront d’effaroucher le visiteur et resteront donc plus tranquilles que la nôtre.

– Et les japonais vont débouler cheux nous par charters entiers ! Tout ce monde va nous piétiner nos plates-bandes et certains promeneurs ne résisteront pas à la pulsion de la cueillette : pour aller ramasser trois bolets, ils n’hésiteront guère à pénétrer dans une propriété privée en sautant les barbelés qui délimitent le chemin autorisé…

–Je propose de les électrifier !

– Et vous ne savez pas la meilleure ajoute le cantonnier, mais mon godet est à sec, versez-moi d’abord, la patronne, un coup à boire… Je reprendrai du Sancy

– C’est un blanc qui me donne le frisson, tellement il est long en bouche, dit la blonde.

– Tais toi-donc ma Bibiche ou tu vas encore nous dire des énormités marmonne le patron, toujours aussi peu féministe. 

– J’adore ce vin Berrichon à la robe paille, au nez de banane trop mûre, et au goût de pierre à fusil. Ce vin qui développe dans la langueur, des arômes musqués de vieux cuir et de fromage de tête…

Le cantonnier devient poète

– On veut la meilleure, On veut la meilleure, On veut la meilleure… .

– La meilleure, je l’ai apprise en lisant le courrier du maire, dans son parapheur. L’ASP, Agence Sologne Presse, qui est une filiale de CPE-Romo et de l’Agence Reuters va installer ses bureaux dans les locaux du presbytère. Chaque mois l’ASP publiera une actualité sélectionnée dans le " Petit Solognot ".

– La meilleure ? Attendons nous plutôt au pire !

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26 mai 2007 6 26 /05 /mai /2007 16:01
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Une chronique à la petite semaine de quelques judicieuses fabriques de littérature.

à cliquer dans les Aiguillages :

 

Sur Mot Compte Double

Le feuilleton du printemps écrit par Désirée Boillot, " Les aventures de Scipion Lafleur " est toujours d’actualité et c’est à lire en alternance sur Mot compte double et Calipso.

Parenthèse ecclésiastique : il semblerait que des hordes de grenouilles de bénitier aient pris d’assaut le site au motif que les confesses y seraient particulièrement jubilatoires.

Sur Délit de poésie

Le site de Cathy Garcia est tellement riche en poésie, en utopie, en inspiration, en intuition, en engagement, en cœur, en légèreté et en malices que l’on ne se demande plus pourquoi sa fréquentation est nécessaire. Et puis pour continuer à respirer l’air ambiant, la lecture de l’édito du numéro 23 de la revue (7 mai 2007) est chaudement recommandée.

Sur le site Ainsi vit-on aujourd’hui

De la gorge et du ventre d’Emma sortent des cris et des larmes de toutes les couleurs dispersant les nuages noirs enfouis dans les profondeurs de son corps. (Blancs)

Sur Pour le plaisir d'écrire

Rien qu’un petit point noir sur l’écran blanc d’une nuit sans fin pourrait-on dire, et pourtant c’est à une ode aux vivants tendre et mordante, et à un défi au temps qui s’épuise que nous convie Ernest J. Brooms dans Le point blanc.

Sur Mercure liquide

A télécharger le magnifique et imposant dossier de presse du numéro 6 de cette revue littéraire et graphique, parue le 25 mai 2007.

 

La dépêche expéditive de chez Reuters

Une Australienne participant au Big Brother local a perdu son père pendant l’épreuve, mais elle n’en a pas été informée. Avant de succomber à un cancer, le papa âgé de 53 ans, a demandé que sa fille Emma, recluse dans l’émission de télé réalité, ne soit pas prévenue pour que ses chances de gagner restent intactes.

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24 mai 2007 4 24 /05 /mai /2007 12:48
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Originaire de Toulouse, ville rose aux accents ibériques où sont plantées ses racines, Gilbert Marquès se qualifie volontiers de créateur multidisciplinaire anarchisant ; il exerce depuis une quarantaine d’années ses talents d’auteur comme nouvelliste, romancier, poète mais également comme homme de théâtre et musicien. Invité du jour, il nous propose avec "Camille" une nouvelle tirée du recueil Nouvelles instantanées


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Camille ne savait pas pourquoi elle n’aimait pas les chats. Enfant, elle se souvenait avoir eu souvent envie d’en caresser, de laisser ses doigts courir sur le pelage lustré mais leur approche la tétanisait. Elle observait pourtant avec un plaisir évident teinté de jalousie la grâce naturelle de cet animal qui se déplaçait silencieusement.

Elle avait peur, par contre, quand un minet, même le plus inoffensif, la regardait. Ne pouvant lire dans ses yeux jaunes ou verts un quelconque sentiment, elle n’y voyait qu’indifférence dédaigneuse envers les humains.

Camille ignorait pourquoi elle apparentait les Chinois aux chats. Pour elle, tout humain à la peau jaune était Chinois. Blanche comme du lait, toute autre couleur lui semblait une mascarade inadmissible.

- Comment pouvait-on supporter une teinte pareille ?

Pensait-elle.

Pourtant, ni les Chinois ni du reste quiconque d’autre, ne lui avait jamais rien fait mais comme pour les chats, si elle enviait la beauté des femmes, elle craignait leur regard. Ces yeux noirs cachaient derrière leur deuil toute expression humaine. Les voyant, elle songeait immanquablement à des robots ou à des zombies.

Camille se demandait pourquoi elle apparentait les hommes aux chats. Il est vrai que l’animal n’a aucune pudeur et se pavane souvent, la queue haut levée, pour montrer innocemment ses attributs. Une telle indécence, bien que parfaitement normale et naturelle, la choquait. N’importe quel homme croisé dans la rue lui paraissait tout aussi indécent bien qu’elle n’eût jamais rien su d’eux autrement que sur un plan théorique.

Elle tremblait si un homme la dévisageait. Ses yeux, croyait-elle, avaient toujours une lueur lubrique. Elle se sentait… violée.

Camille ne comprenait pas pourquoi elle se prenait en rêve pour un chat.

- Etait-ce à dire qu’elle ne s’aimait pas mais savait-elle seulement ce qu’aimer signifiait ? Que connaissait-elle des plaisirs de l’amour autres que ceux qu’elle se donnait parfois solitairement ?

Au sortir du bain, elle détaillait son corps dans la grande glace embuée. Grande mais sans trop, elle possédait de belles jambes bien galbées qu’elle mettait en valeur en chaussant de hauts talons. Ses cuisses lui semblaient musclées mais sans exagération, nerveuses sans excès. Tout se gâtait à partir de là. Ses fesses, plates, lui interdisaient de porter des pantalons. Sa poitrine, inexistante, la transformait en échalas filiforme, sans charme. Son visage même n’était pas beau avec sa bouche trop large et trop fine, son nez trop fort. Elle était somme toute ordinaire comme il lui paraissait impossible de l’être davantage.

Ses yeux surtout la tourmentaient. Elle les avait en horreur. Elle subissait un véritable calvaire chaque fois qu’elle devait se regarder en face. Ils étaient pourtant véritablement magnifiques ; couleur de ceux des chats et bridés comme ceux des Chinois.

Nul ne comprit jamais pourquoi Camille se suicida…

Gilbert Marquès

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22 mai 2007 2 22 /05 /mai /2007 18:20

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Un jour, un événement se produit, un incident, peut-être une simple peccadille, un contretemps ou un contrecoup, un impondérable qui se révèlera probablement chargé de conséquences. Dans un bureau, un bistrot, une voiture, une chambre en ville quelqu’un observe, écoute, raisonne, saisit un fil… Faux-pas, faux-semblants, faux-fuyants sont à la noce, le noir est de mise pour les convives, on se met à table et soudain des têtes valsent. Dans la foulée les supplétifs se dérobent, les traces se ternissent, les mots se masquent, la compréhension semble toujours plus lointaine, inatteignable…
Un type, peut-être un auteur, interroge, prend le lecteur à témoin, l’entraîne dans sa quête. Ce type-là connaît des détails, les frasques et les fautes, il délie les langues, donne une consistance aux ombres, rassemble des éclats de vie, il tient son sujet mais la conclusion reste incertaine… forcément, cette histoire n’est pas tout à fait comme les autres…

 

Le recueil des nouvelles primées au concours Calipso 2006 " Enquêtes et filatures " nous arrive cette semaine avec, rappelons-le, au sommaire : Désirée Boillot, Dominique Le Gall, Dominique Mitton, Karine Zibaut, François Perrin, Caroline Privault, Claire Marlhens, Jean-Claude Touray, Jacques Fenimore.

(sur commande auprès de Calipso, 5€)

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20 mai 2007 7 20 /05 /mai /2007 18:11

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La suite des aventures de Scipion Lafleur, le feuilleton du printemps en alternance sur Calipso et Mot compte double, par Désirée Boillot.
(photo de Julie Boillot)

Episode 7 



" … Non, Roger, ce n’est pas la bonne réponse, c’est Mistinguett qui vantait les vertus du savon Cadum : " Savon Cadum, le plus agréable à employer !", il n’était pas question de télé ni de poules dans les années dix-neuf cent dix, vous et moi n’étions pas nés, le slogan que nous cherchons est beaucoup plus récent, vous avez quel âge, Roger, 45 ans, alors vous avez dû l’entendre, ce slogan, il était interprété par des poules dans les années soixante-dix, c’est un indice essentiel que j’avais déjà livré aux auditeurs la semaine dernière et qui logiquement aurait dû vous mettre sur la voie, en disant cela je vous la donne presque, la réponse, au revoir Roger, à une prochaine fois, plus que quatre minutes de jeu, pour obtenir le standard de Flippeur, la radio de tous les joueurs : 01 2345 4321, rappelons à nos chers auditeurs que nous cherchons un slogan publicitaire interprété par un chœur de poules dans les années soixante-dix, côt côt côt codak, plus que trois minutes de jeu, pour joindre notre standard composez le 01 2345 4321, allô allô ? C’est un appel qui nous parvient des côtes d’Armor, bonjour Ursule, vous avez suivi l’émission je suppose, c’est parfait, la cagnotte est pour vous si vous me donnez le slogan des poules, je vous écoute, c’est à vous !... Non pas du tout, c’est pas un slogan pour Kodak, ça aurait pu mais c’est raté, au revoir Ursule, Flippeur, la radio de tous les joueurs, 01 2345 4321, le temps file, dépêchez-vous, plus que deux minutes de jeu, il reste une dernière chance de nous joindre au 01 2345 4321 pour remporter la cagnotte… Allô oui, c’est bien moi Jean-Pierre, très bien, je vous entends très bien, bonjour Lola, vous êtes la dernière candidate aujourd’hui, vous nous appelez d’où ? De Paris et quel temps fait-il chez vous ?... Il pleut des cordes ?... Ici il fait grand soleil, bon, alors, ce slogan des années soixante-dix que nous cherchons depuis trois semaines consécutives, vous avez une idée ?

Je crois Jean Pierre.

Alors : à quoi s’applique t-il ?

Aux pâtes Lustucru.

" Aux pâtes Lustucru, excellent début Lola, maintenant vous allez me donner le slogan tout entier, il me le faut, ce slogan que tout le monde a sur le bout de la langue pour vous déclarer gagnante au Bingo Bingo, c’est à vous ! "

Je… Vous permettez que je le chante Jean-Pierre ?

Encore mieux !

Les pâtes Lustucru ont quelque chose de plus : Des œufs frais ! Des œufs frais !

" BINGO BINGO ! Bravo Lola ! Et puis quelle voix mélodieuse ! Vous ne seriez pas dans la chanson par hasard ?... Au chômage, ah, mais ça ne saurait durer, en attendant vous venez de décrocher la super cagnotte des trois dernières émissions de Flippeur, la radio de tous les joueurs, soit deux cent soixante-trois euros et soixante dix centimes, ainsi que toute la gamme des produits Lustucru, des pâtes, des sauces, des plats préparés comme s’il en pleuvait, on applaudit bien fort Lola de Paris, notre gagnante de la semaine qui remporte la cagnotte, bravo Lola et bonne chance dans votre recherche d’emploi ! Flippeur, la radio de tous les joueurs au 01 2345 4321 vous dit : à la semaine prochaine, pour un prochain Bingo Bingo ! "

 

*

Bien avant que Lola ne se décide à gagner son poids en pâtes Lustucru, elle avait cherché âprement du boulot. Elle avait même beaucoup espéré. Certains soirs, il lui arrivait de regarder les toits de Paris avec cette sorte de transport que l’on éprouve lorsque, dans un ciel pur d’été, passe une étoile filante.

Ziiiiim.

L’instant est si beau, si fugace, si grandiose sous la voûte céleste, qu’il est permis de s’émouvoir de la coïncidence d’être là, sous les étoiles, au moment exact où l’une d’elles décide d’abolir quelques milliards d’années en mourant pour celui qui, debout dans la nuit, guette ses derniers feux.

Et il y en avait eu, des offres d’emploi, qui avaient traversé le ciel de ses recherches comme des étoiles filantes ! Les semaines, les mois avaient passé de la même manière, laissant derrière eux beaucoup d’espoirs déçus. Les petites annonces pour lesquelles Lola postulait avaient pour fâcheuse habitude de ressembler à ces comètes sur lesquelles on tire tous les plans du monde, mais qui ne brillent que pour certains candidats ayant des relations munies d’un bras suffisamment long pour les leur attraper. Il n’y avait rien de réjouissant à affronter le chômage sans relation aucune, rien de réjouissant à accepter de jouer les bouche-trous sur de courtes périodes de temps pour prouver à l’ANPE qu’on sait encore travailler. Lorsque Lola ne dispersait pas les communications dans les étages des entreprises, elle composait d’une main le 01 2345 4321 tout en feuilletant de l’autre des dictionnaires encyclopédiques pour trouver le nombre de panneaux criblés de trous de chevrotines sur les routes de l’île de beauté, dans l’espoir de décrocher le lot de pinces à attraper les saucisses, à refourguer sur le vaste Internet.

Car après la radio, venait l’heure du troc sur la toile, et dans les bons jours ça pouvait rapporter gros : le pécule sur lequel Lola vivait provenait de la vente en ligne d’une photo couleur extrêmement rare et très recherchée par les collectionneurs, de format 21X29.7 certifiée originale, (qu’elle avait gagné pour avoir trouvé le premier sobriquet de Schwarzenegger bébé), où l’on voyait le culturiste plus du tout poupougnard mais de face, en slip léopard, en train de brandir au bout de deux tresses de muscles des haltères gros comme les roues d’un char romain, à l’époque où il pompait de l’acier les yeux rivés sur le titre de Monsieur Univers, un peu moins glamour il faut bien le dire que celui de Gouverneur de la Californie (lequel ne s’adresse pas forcément aux balèzes à gros biceps, mais enfin joignez tout de même une photo à votre candidature, ça ne peut pas nuire).

Ce soir-là, tout en dégageant à la pince à épiler les paquets de poussière agglomérés par le temps entre les poils de la brosse aspirante de son cher serpent vert, Lola repensa à la fulgurance de joie qui l’avait traversée en apprenant trois mois auparavant qu’elle avait gagné un week-end de thalasso pour deux personnes avec à la clé des bains de toutes sortes, que chacun pourrait souhaiter lorsque la douche s’entête à ne laisser filer que quelques gouttes sur le sommet du crâne façon supplice chinois. Se levant, elle esquissa de gracieux pas de danse accrochée au cou de l’aspirateur, cherchant l’angle sous lequel elle présenterait les choses à Scipion lorsque le moment serait venu de lui parler de jets rotatifs à fort potentiel exfoliant.

La baignoire de ses fantasmes débordait de Dom Pérignon quand des pas se précisèrent dans l’escalier. Interrompant sa danse, Lola rassembla en toute hâte les morceaux du serpent vert qu’elle fourra au fond du placard : Scipion avait toujours considéré que la poussière, c’était la vie, tout comme le fouillis, et qu’il était essentiel de les préserver.

à suivre…

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16 mai 2007 3 16 /05 /mai /2007 17:23
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Juste comme ça, histoire de cogiter avec cet extrait de De la démocratie en Amérique, Livre II, publié en 1840, d’Alexis de Tocqueville 


"Il y a un passage très périlleux dans la vie des peuples démocratiques.

Lorsque le goût des jouissances matérielles se développe chez un de ces peuples plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté, il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d’eux-mêmes, à la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont prêts à saisir. Préoccupés du seul soin de faire fortune, ils n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous. Il n’est pas besoin d’arracher à de tels citoyens les droits qu’ils possèdent, ils les laissent volontiers échapper eux-mêmes.

Si, à ce moment critique, un ambitieux habile vient à s’emparer du pouvoir, il trouve que la voie à toutes les usurpations est ouverte. Qu’il veille quelque temps à ce que tous les intérêts matériels prospèrent, on le tiendra aisément quitte du reste. Qu’il garantisse surtout le bon ordre. Les hommes qui ont la passion des jouissances matérielles découvrent d’ordinaire comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que d’apercevoir comment la liberté sert à se le procurer ; et, au moindre bruit des passions politiques qui pénètrent au milieu des petites jouissances de leur vie privée, ils s’éveillent et s’inquiètent ; pendant longtemps la peur de l’anarchie les tient sans cesse en suspens et toujours prêts à se jeter hors de la liberté au premier désordre.

Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je ne veux pas oublier cependant que c’est à travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés à la tyrannie. Il ne s’ensuit pas assurément que les peuples doivent mépriser la paix publique mais il ne faut pas qu’elle leur suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l’ordre est déjà esclave au fond du cœur ; elle est esclave de son bien-être, et l’homme qui doit l’enchaîner peut paraître.

Il n’est pas rare de voir alors sur la vaste scène du monde, ainsi que sur nos théâtres, une multitude représentée par quelques hommes. Ceux-ci parlent seuls au nom d’une foule absente ou inattentive ; seuls ils agissent au milieu de l’immobilité universelle ; ils disposent, suivant leur caprice, de toutes choses, ils changent les lois et tyrannisent à leur gré les mœurs ; et l’on s’étonne en voyant le petit nombre de faibles et d’indignes mains dans lesquelles peut tomber un grand peuple."

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15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 18:29
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Philippe Leroyer, nouvel invité au café nous propose un poème post Mouvement du 22 mars.

Se présenter ? J'écris.

Pourquoi ? Parce qu'à 17 ans j'ai découvert que le monde est plus facile à supporter quand on met des mots dessus.

Et ça va mieux ? Le monde, non. Moi, je persiste à écrire.

A part ça ? Ce n'est pas parce que tout a été dit qu'il ne faut pas continuer à le dire.

Donc ? Parfois on peut me lire en revue, voire même en livre (un roman jeunesse : Plume de bison et les foies jaunes, Sedrap, 1999).




Hasbeen hédonisme

10.05.2007

Il fallait que cela se produise

Le bonheur n'est pas dans nos gènes

L'ordre moral patrouille sur les estrades

L'étendard de la Nation en cache-misère

Le tricolore pour fouiller les plaies haineuses

C'est ainsi

La jouissance aux maîtres

Golden partouzes sur matelas de cash-flow

Les petits matins de labeur triste

Aux décervelés du travailler plus pour peiner plus

Ce ne sont plus des lendemains qui déchantent

Mais un crépuscule mortifère de reniement charnel

La croissance en ligne bleue des Vosges

Je ne veux voir qu'une seule tête de gondole

L'armée des ombres a retourné sa veste

Ce sont désormais légionnaires du Christ vengeur

Et adventistes de la fusion acquisition

Dont les urnes ont vomi le règne

Alléluia

Philippe Leroyer

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13 mai 2007 7 13 /05 /mai /2007 19:08

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Revendiquée, consentie ou subie la solitude peut se conjuguer sur de multiples partitions mais elle reste avant tout une affaire de capacité à composer avec la rencontre, à supporter l’épreuve du désir, à tisser un lien vivant avec les autres et à soutenir la division. Si le désir de l’autre se joue d’abord dans la pensée, le fantasme, il prend corps dans l’absence, dans cet espace laissé vacant par la séparation, cet interstice peuplé d’images, de résonances, d’affects. C’est l’inadéquation du désir à son objet qui rend à la fois douloureux et enchanteur la relation d’amour. Le sujet pris dans la seule subjectivité connaît bien ce temps de l’amour ou tout paraît singulier et unique, où l’on entrevoit le vrai de l’autre, où l’on est mis hors de soi et où l’on éprouve dans cette sorte d’absence au monde le sentiment de sa propre disparition. Ce temps volé à la mort qu’est le temps de la jouissance résonne comme un retour aux sources, comme un lieu en deçà de la perte, un lieu qui se tait, qui n’a rien à voir avec l’autre. Alors quand ce temps extatique vient à refluer, qu’il n’est plus du côté d’une évidence aveuglante, le regard se prépare à un retour orgueilleux sur soi, à une reconquête qui ne peut se faire que sur le dos des autres. La relation à l’autre, sa présence même en vient du coup à être ressentie comme une menace, un empiètement douloureux, insupportable.

Les personnages mis en scène par Emmanuelle Urien sont à la recherche de cette fiction idéale où l’autre, ce double de soi toujours imparfait, serait à reconstituer, à remodeler dans l’espoir de venir à bout de cette angoisse d’abandon qui les taraude. Aux prises avec cette blessure originelle, cette douleur jamais assouvie, ils vont et viennent, chargés de ces éternels fantasmes de retrouvailles avec l’objet perdu. Tous ambitionnent d’être pris dans le mouvement de l’humanité ; pendant que les uns tentent d’affronter le pire pour trouver le meilleur, les autres se contentent de résister à la détresse en multipliant les passages à l’acte ignominieux. Est-ce que vous m’aimez ? ou plutôt y a-t-il quelqu’un pour m’aimer ? hurlent tour à tour les interprètes de cette foire aux monstres. La question envahit l’espace psychique, efface les repères. Les récits sont peuplés de mendiants en quête d’affection, d’attention, de reconnaissance, de laissés-pour-compte avides de vengeance, de rédemption, d’expiation, de naufragés hélant des fantômes et happant le vide,

Dans un style épuré et incisif, Emmanuelle Urien nous donne à sonder sa collection d’êtres à la dérive, à toucher au plus près ces gens pris par la détresse, qui ne savent plus marcher droit, les yeux perdus dans la nuit et qui pressentent que la grâce ne viendra pas.

La collecte des monstres d’Emmanuelle Urien aux Editions Gallimard, 157 pages, 13,5 €

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans chroniques littéraires
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