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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 08:00

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Si vous pensiez que c'en était fini avec les foirades d'Ysiad, c'est que vous ne saviez pas à quel point notre talentueuse chroniqueuse était particulièrement habile pour chaque jour remettre l'ouvrage sur le métier et faire sienne la maxime Shadokienne : plus ça rate, plus ça a de chances de réussir...

 

Comment bien foirer en choisissant de se dépayser

Ysiad

 

 

Face au succès planétaire de la série « foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux », qui se pourrait comparer à la trajectoire fulgurante d’un Jean Dujardin ou à l’essor irrésistible de la boîte de conserve au XIXème, vous avez résolu de raconter à vos lecteurs (qui tapent d’excitation leur oreiller et s’en retournent les pouces d’impatience), le récit de la fille qui s’est méchamment plantée en choisissant la destination la plus géniale de tout le monde entier, à l’occasion de ses vacances de Pâques 2010. Pourquoi Pâques 2010, et pas Pâques 2009 ? Parce que si c’était Pâques 2009, ce serait pas marrant. Et puis la fille en question, c’est pas n’importe laquelle, hein. Non. C’est vous, quoi. The artist. Ben ouais. Bon. Allez, en avant, mauvaise bête, zou, et plus vite que ça, on tire la patte, là, on lambine, on n’a pas que ça à faire, y a tout le linge à sortir de la machine et le chat à nourrir ensuite.

 

Aussi étrange que cela puisse paraître, ce que vous chérissez par-dessus tout, dans le contexte d’un voyage, ce n’est pas le moment où vous posez un pied en terre étrangère, non, ni celui où l’autochtone se précipite pour vous aider à descendre du chameau et vous ouvre sa porte avec un grand sourire pour une dégustation de thé à la menthe, non, ni celui où vous partez au petit jour en excursion dans la forêt encore trempée de rosée pour entendre le cri du toucan, toujours pas, c’est celui, absolument magique et unique, qui consiste à imaginer tout ce qui vous attend, là-bas, tout là-bas, avant le départ.

 

Yeux fermés, bien installée au fond du canapé (avec en option un animal de fourrure faisant bouillotte sur votre estomac), vous vous concentrez sur cet instant où tout est encore intact et reste à vivre, cet instant fragile au cœur duquel vient s’inscrire une merveilleuse série de possibles que vous avez entrevus au fil d’un documentaire, et soudain, voici que transportée sous des cieux changeants, vous rêvez à des geysers de vingt mètres de haut, des sources chaudes et des coulées de glace, des déserts blancs et des falaises de lave, des promenades sur une terre rouge d’où jaillit toutes les cinq minutes un jet d’eau chaude, et voilà, de longs panaches de vapeur cernent le canapé et vous transportent en terre d’Islande, vous flottez, là où les sources sont chaudes et où les lacs arborent des bleus que vous n’avez jamais vus nulle part.

 

Jusque-là, pas de cata, tout va bien.

 

Et vous avez fort bien fait les choses ! Vous avez pris votre billet cinq mois à l’avance et prévenu le bureau que vous assureriez la permanence à Noël, pour prendre des vacances à Pâques. D’où le slogan inventé pour l’occasion : Noël au burlingue, Pâques en bourlingue, que vous chantez gaillardement en faisant vos photocopies sous le néon de la salle des machines. Votre fille vaillante et dynamique vous accompagne, le voyage sera assurément grandiose, car après le feu et la glace, vous lui avez promis New-York. Dès les premiers jours de janvier, l’Empire State Building fait irruption dans la conversation, et le pont de Brooklyn, et les arbres en fleurs de Central Park, et la Statue de la Liberté dresse un bras vainqueur au-dessus de Hudson River, comme si elle vous disait : Frenchies ! Venez vite !

 

Tout cela est bien beau et bien glorieux mais il ne faudrait pas oublier qu’il s’agit d’une foirade, n’est ce pas, et que les choses vont prendre un tour légèrement différent quatre semaines avant le départ. N’oublions pas non plus que même si l’Islande ne peut se targuer d’avoir autant de volcans que la France de fromages, elle en a tout de même cent trente qui ne demandent qu’à se réveiller, surtout quand l’occasion s’y prête.

 

En ce mois de mars 2010, elle s’y prête vachement. Le volcan au doux nom de  

Eyjafjallajökull (restons poli, hein) a dormi durant 180 ans, la petite sieste est finie, on se réveille, youplaboum, feu ! Paaaaaaf !

 

C’est le 20 mars. Nous sommes à trois semaines du départ, l’écran de la télé se remplit de fumées noires et blanches, y en a partout, le combiné Reykjavik-New-York a tendance à disparaître chaque jour un peu plus au profit de ce que vous appelez le « truc », faute de pouvoir prononcer correctement cette saloperie d’Eyjafjallajökull, et ce « truc » est d’autant plus énervant qu’il devient la star médiatique du moment, et qu’il n’est pas une radio ou une chaîne de télé ou un journal qui n’en parle et ne nous décrive une situation apocalyptique. Et les jours passent. Et ça empire. Et l’espace aérien ferme. Et les aéroports d’Europe, l’un après l’autre. Et l’agence vous dit que c’est un peu fichu. Et on vous rabâche qu’il n’y a plus aucun espoir de départ. Et on vous dit qu’à moins d’être Haroun Tazieff, vous seriez complètement frappée de partir là-bas avec votre fille. Et le « truc » continue de cracher ses paquets de fumée à l’écran. Et y en a marre. Et si ça continue, faudra que ça cesse.

 

Noël au burlingue, Pâques en… comment déjà ?

 

La veille du départ, les vents changent de sens, les avions d’Icelandair n’ont pas peur des particules de cendre, allez les touristes, on embarque ! Une fois dans l’avion, vous êtes tellement soulagée que vous demandez du champagne. Du champagne ? L’hôtesse à tête de viking vous regarde comme si vous aviez demandé les bijoux de la couronne, puis elle vous dit en fronçant les sourcils : Ekkert kampavín. Y en a pas, quoi. Elle vous sert un grand verre d’eau pour vous rafraîchir et un repas chaud, ce qui est exceptionnel sur les lignes d’Icelandair.

 

Une fois à Reykjavik, le programme est chargé. Durant les visites, vous chercherez désespérément à apercevoir les fumées de l’Eyjafjajallala… le truc, quoi, mais celles-ci resteront invisibles tout le temps du séjour. A défaut de volcan en éruption, vous verrez des poneys sauvages et des lacs céladon, des lagons et des sources chaudes, le parc de Thingvellir, la faille terrestre, des sources chaudes, le petit Strokkur qui explose toutes les six minutes sous un ciel limpide, les chutes d’or, encore des sources chaudes jusqu’à ce que les vents rechangent de sens et qu’il faille tomber du lit un matin par -10°C pour attraper un car jusqu’à l’aéroport d’Akureyri, au nord de l’île, sous un soleil de glace.

 

Et là, patience.

L’avion pour Glasgow avant New-York n’est pas encore arrivé. On se calme. On s’assoit. C’est une foirade. On est sur les listes d’attente. Y a du monde. On n’est pas sûrs de pouvoir embarquer.

 

Vous avez le temps de vaquer à vos occupations pendant que le deuxième volet de cette foirade se rédige.

 

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Comment bien foirer...
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commentaires

ysiad 14/05/2012 07:32


Ce serait bien Castor, d'accord, mais n'oublions pas que plus ça rate, plus ça a de chance de réussir...

Castor tillon 14/05/2012 02:44


Je serais content que tu les publies, Ysiad, sérieux, ça me permettrait de virer mes bouquins chiants, et de mettre les tiens à la place. Une tranche de rigolade, ça vaut une tartine de
philosophie.

ysiad 13/05/2012 09:11


Merci à Patrick pour sa photo grandiose, merci à ceux qui apprécient les foirades,  côté éditeurs, c'est vraiment super bien foiré, donc y a plus qu'à continuer.


Quant à Patou, il adore les lettres de refus, il couve dessus.

Castor tillon 13/05/2012 01:09


je ne dois pas être quelqu'un de très charitable : chaque fois qu'Ysiad foire, j'arrive au galop pour ricaner. Je suis un adorateur de l'auto-dérision.


Heureux Patou resté au chaud, qui n'a eu à subir ni la fumée du volcan ni celle de ta cigar... oups, j'ai gaffé, là, depuis Cuba, tu ne fumes plus.

dominique guérin 11/05/2012 20:24


ça donne envie de voir du pays -lol-.... Et puis 2O1O est derrière nous. Et Pâques aussi. Je suis une fille optimiste. Dis-moi juste où tu ne vas pas passer juillet 2O12