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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 00:00

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Si, à l’approche des vacances d’été, vous vous préparez à migrer dans nos belles campagnes, cette nouvelle de Jean-Pierre Michel ne manquera pas de vous interpeller et contribuera de la plus belle façon à la préparation de votre immersion dans le terroir.

 

La suite serait délectable

Malheureusement, je ne peux

Pas la dire, et c’est regrettable

Ça nous aurait fait rire un peu ".

Brassens – " Le gorille "

 

Un parfum d’aventure

 

A la fin des vacances, nous emportons notre lot d’anecdotes, faites de rencontres imprévues, de situations cocasses que nous partageons à notre retour avec la famille, les amis et collègues de travail.

C’est l’une d’elles qui m’est revenue en mémoire, presque trente ans après et qui me fait encore sourire, car elle me semble assez exceptionnelle.

Ne voulant pas heurter les âmes sensibles, il m’a semblé préférable de ne la raconter que partiellement, afin de laisser à chacun le soin d’imaginer la suite devant une situation inattendue.

C’était dans les années soixante dix. Après avoir répondu à une petite annonce concernant une location à la ferme, nous sommes partis, mes enfants et moi à St N…

La propriétaire des lieux, qui était en train de retourner du fumier dans la cour à notre arrivée, se dirigea vers nous pour nous accueillir. Elle était accompagnée d’un gros chien à longs poils, ce dernier nous fit la fête en posant ses grosses pattes sur nous. En quelques instants, nos vêtements commencèrent à se marbrer de taches malodorantes, dont il était aisé de deviner l’origine, après l’avoir vu se rouler à l’endroit où travaillait sa maîtresse…

Après avoir été conduits dans les chambres que nous avions réservées, le bleu du ciel se montrant engageant, nous partîmes à pied pour la plage qui était à quelques kilomètres afin de prendre un bol d’air marin.

A notre retour, je laissai mes deux fils dans leur chambre et m’allongeai en travers du lit dans la mienne, après avoir posé à terre le journal de la région pour y lire les dernières nouvelles, cette pose décontractée étant dans mes habitudes.

Etait-ce la fatigue ou une hallucination? Mais il me sembla voir les lettres sauter allègrement sur le journal. N’en croyant pas mes yeux, j’ôtai mes lunettes pour m’assurer que les verres ne me jouaient pas un mauvais tour, puis je posai mes doigts sur le quotidien et ne pus que constater que des milliers de puces venaient d’y élire domicile pour faire la fête. En quelques secondes mes bras furent recouverts de ces minuscules bêtes.

Cette arrivée massive de colocataires, cela va de soi, n’était pas de mon goût. J’appelai la propriétaire des lieux pour lui faire part de mon mécontentement. Cette dernière ne se montra pas trop surprise. Elle me dit que c’était des puces de parquet comme il y en a beaucoup dans les vielles maisons. Et se penchant, elle me montra ces dernières qui circulaient nombreuses sur le journal, comme en pays conquis. Ce n’était pas la place de la Concorde aux heures de pointe, mais on n’en était pas loin !

Les chambres n’étaient équipées que d’un lavabo. La fermière me proposa une bonne douche en m’invitant à la suivre. Je descendis en short dans la cour où je fus accueilli par un jet de forte puissance qui me balaya le corps. Il me sembla voir un sourire amusé sur le visage de la fermière qui devait penser que ces parisiens étaient bien délicats. J’ai cru pendant un instant qu’elle n’arrêterait jamais de m’arroser.

Quelques claques vigoureuses accompagnèrent ce traitement de choc pour chasser les bêtes récalcitrantes. C’est ainsi que je me suis fait secouer les puces….

Elle me proposa une autre chambre en me voyant peu disposé à subir durant un mois cette colonie envahissante, susceptible de me labourer les chairs au fil des nuits. Je ne manquai pas, hypocrite éhonté, lors de ce transfert, de lui dire que j’avais apprécié le jet de cette onde salvatrice dirigé par la main d’une maîtresse femme. J’eus ainsi droit à un sourire qui nous invitait à passer les vacances dans la bonne humeur.

Bien plus tard, j’appris que cette première chambre qui m’avait été destinée, était le refuge de son gros chien quand il n’y avait pas de locataires. Peut-être y avait-il là un lien de cause à effet…

Nouvellement installé, je pus en toute tranquillité, lire mon journal dans ma position favorite sans être gagné par l’angoisse d’y voir s’établir de nouveaux arrivants. En effet, cette chambre avait été miraculeusement épargnée par ces satanées bestioles.

Le soir de notre arrivée, déambulant dans la cour, j’entendis le meuglement des vaches dans l’étable, je crus bon d’aller y jeter un œil, pour y surprendre la fermière à l’heure de la traite.

La tête ceinturée d’un foulard, assise sur un petit tabouret, elle œuvrait tranquille sur les mamelles de l’une des bêtes.

Devant cette multitude de pis, s’agitant au rythme de ses mains, je crus de circonstance de me laisser aller à une plaisanterie de mauvais goût, pour tester son effet. Alors, saisissant un gant de caoutchouc trônant sur une bâche, je me tournai vers elle et lui demandai :- Ce bel ornement, madame, est-il le soutien-gorge de la vache ?-

A cet humour plus que douteux, elle me regarda incrédule, puis ne pouvant se contenir devant mon air sérieux, elle éclata de rire, le corps plié en deux.

Le rire, chacun sait, est un don du ciel. Encore faut-il présumer de l’extension de la mâchoire quand se manifeste celui-ci, surtout quand une prothèse dentaire se montre un peu plus lâche avec l’usure des ans et de ce fait n’adhère que partiellement aux marches du palais…

Je vis son dentier s’animer, claquer comme un drapeau en s’entrechoquant, puis projeté en avant, il s’arrêta sur l’ourlet de la lèvre inférieure. Quelques secondes interminables dues à l’hésitation du râtelier en porte à faux, qui vacilla un instant, et bascula dans le vide pour se laisser choir vers le sol sous la poussée d’un dernier éclat de rire. L’instant était tragique, il pouvait engendrer le pire ou le meilleur. Ce fut le pire !

Dans sa chute, il ricocha sur un seau, ébréchant au passage une canine qui n’en demandait pas tant. Sur le sol, point de moquette ni de pelouse. Je dois le dire, car c’est moche, il s’écrasa sur une bouse…

 

Ce n’était que ma première journée de vacances dans ce petit coin apparemment tranquille, aussi étais-je en droit de me poser cette question : – de quel évènement, demain, serai-je le témoin ?-

 

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso nouvelles
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commentaires

Aline 25/05/2010 10:15



Rhôôô! Florent. On a dit Belluci, pas Lewinsky.



Florent 25/05/2010 09:47



La place étant vacante après le procès de Bill, il semblerait que Georges ait pris la relève. Mais je ne m'en tiensqu'à la presse people, qui, chacun sait entretient la confusion...



Aline 25/05/2010 09:12



Who is this Monica ? Belluci, of course !



Aline 24/05/2010 08:49



Un expresso ? Mon noeil. Il ne s'appellerait pas Monica son expresso ?



Jean-Pierre 23/05/2010 21:11



Georges n'est pas avec moi, Aline, il est parti prendre un Expresso. What else