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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 08:00

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Aujourd’hui, en faisant nôtre l’adage selon lequel "foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux", nous nous aventurons dans la tourmente ménagère pleine de ces pièges sournois que vous tendent les choses pour mieux vous happer dans une spirale infernale, surtout le dimanche matin.

 

Comment bien foirer sa petite entreprise du grand nettoyage dominical

par Ysiad

 

La petite entreprise du grand nettoyage dominical commence toujours de très bonne heure, par une impasse totale devant la page blanche. Le stylo se rebiffe. Vous vous énervez. Si seulement vous pouviez pomper au fond de cette bouteille d’encre toutes les bonnes idées qui ont peuplé vos rêves, mais qui se sont évaporées au réveil ! Rien ne germe sous la plume, pas la moindre étincelle, le cerveau refuse de répondre à vos sollicitations, et pour noircir encore le tableau, en levant le nez, une tache sur le carrelage de la cuisine vous a écorché la rétine. Nom d’une pipe en terre, une tache !

Vous n’avez jamais vraiment bien compris pour quelle raison bizarre les rebuffades du stylo conduisaient nécessairement à attraper un bidon de Monsieur Propre et un balai en état de marche; toujours est-il que de l’impossibilité d’écrire découle le besoin irrépressible de lessiver à fond l’appartement, c’est comme ça, et vous voilà à six heures du mat’ aux prises avec une serpillière parfumée à la lavande que vous passez frénétiquement dans de longues diagonales sur un carrelage maculé de mouchetures d’origines diverses et variées, ahhhh, une deuxième fois, une troisième, et une quatrième avant de rincer à l’eau chaude, c’est pas encore ça mais c’est pas fini, les joints du dallage sont si sales qu’il faut impérativement les ravoir à l’eau de Javel avec un graton laveur, mais comme il s’avère que le graton laveur ne va pas aussi loin que vous l’espériez, vous avez l’idée éblouissante d’aller chercher votre brosse à dents et de la plonger dans l’eau de Javel, pour fignoler dans les interstices. Bien plus tard, la brosse à dents est naze mais pour ce qui est du joint, c’est mieux, ça blanchit, encore un peu d’eau de Javel, attention aux gestes maladroits, qu’est ce qu’on disait, flûte ! Le flacon s’est renversé en giclant, y en a partout sur la robe de chambre, mais patience : c’est juste le début de la foirade. En attendant, remontez vos manches et défoulez-vous sur le four qui croupit dans ses déjections alimentaires, beuuurk, tu vas voir ce que tu vas voir, un grand coup de Spontex parfumée au Décap-Four, c’est une pestilence, ce truc, mais vous allez faire sortir toute cette crasse immonde jusqu’à ce que vous retrouviez la couleur du revêtement d’origine ! Frottez à fond, façon : on achève bien les chevaux, rincez, et en attendant que ça sèche, passez-vous les nerfs sur le four à micro-ondes constellé d’éclats d’épinards, on efface d’un geste souple toutes ces cochonneries, trop ignoble, puis on frotte et on brique avant d’attaquer la pente de la hotte dégoûtante, sus à la graisse alimentaire qui a empoissé la surface de l’inox, c’est dégueu, allez, l’éponge est toute noire mais on n’a pas dit son dernier mot, et on continue à forcer la poussière tout au fond des placards bourrés d’emballages vides que les enfants ne jettent jamais dans la poubelle, et ainsi de suite et de placard en tiroir, jusqu’au panier à linge.

Qui déborde, comme tous les dimanches. Tiens, Le panier à linge déborde le dimanche, ça pourrait faire un titre aussi con que Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi, le dernier roman de Katherine Pancol. Mais qu’est ce que vous attendez, au lieu de ruminer sur les chefs-d’œuvre que notre époque mérite, attrapez-moi ce ballot de linge dans vos p’tits bras musclés et embarquez-le jusqu’à la machine à laver. Accroupissez-vous, chassez l’occupant tapi dans le tambour, miaouste ! et commencez à trier. Triez, triez, triez les jolies chaussettes ! Les côtelées, les lisses, les bicolores, les unies, les rêches et les tricotées main, celles sans trous et celles avec, combien de paires tenez-vous ? Douze, soit vingt-quatre chaussettes individuelles, y a le compte. Cependant tout doux, ne jubilez pas trop vite, vous n’êtes pas du tout sortie de l’auberge ; tout comme nos dépenses publiques, le nombre de chaussettes orphelines suit une très sévère courbe ascensionnelle ces temps-ci, vous l’avez encore constaté la semaine dernière en faisant vos boules de chaussettes, certaines choses n’ont pas leur pareil pour se dépareiller, c’est l’un des grands mystères de la vie, mais aujourd’hui, il en va différemment. Ces chaussettes que vous enfournez une à une dans le tambour ressortiront aussi nombreuses tout à l’heure, nom d’une pipe en bois !

Depuis que vous avez scotché une pancarte au-dessus de la machine priant chacun de bien vouloir vider complètement ses poches de vêtements de tout leur bazar hétéroclite, vous n’avez plus à le faire, mais tout de même, vous vérifiez, on ne sait jamais, un kleenex est si vite oublié. L’épisode du paquet de mouchoirs déchiquetés vous a traumatisée, les fringues étaient ressorties couvertes de charpie de cellulose, impossible de faire partir cette putain de pellicule, raaah, il avait fallu tout rincer à la main. Et encore. Ça ne partait pas. Bon, enfin pour l’instant tout va bien, pas de kleenex oublié, on vous a donné que des trucs courants à laver, frocs, chemises, tee-shirt, sweat-shirt, du linge de corps en veux-tu, en voilà, et au milieu une serviette éponge de couleur qui traînait encore récemment dans la chambre de votre fils. Avant il se lavait pas, maintenant il donne ses serviettes à laver, y a du mieux au pays de la crasse, pensez-vous en la fourrant dans le tambour. Parfait, programmez sur 4, quarante degrés, c’est parti, ça tourne, les enfants prennent leur petit-déjeuner, vous avez le temps de filer sous la douche… D’où vous ressortez précipitamment, juste après avoir entendu une explosion maousse.

C’est rien, M’man, y a juste eu un p’tit accident mais j’me suis pas coupé, le pot d’ Nut’ était trop bien rangé, j’ai dû sauter pour l’attraper et il a entraîné en tombant les pots de pesto et de sauce tomate...

Argh. Que la cuisine est jolie ! Colorée comme il faut, façon impressionniste. Y en a partout. Jusqu’au plafond. Pas besoin de faire appel à un décorateur. La tomate et le pesto ont giclé de concert sur les murs et tous les appareils, tandis que le Nutella, lui, a préféré aller s’incruster bien profond dans les joints du carrelage. Chacun ses goûts, après tout.

Bravo. Dans le mille. C’est foiré.

Mais si par miracle, une heure et demie de serpillière plus tard, les slips de l’époux ressortent fuchsia de la machine ainsi que la totalité du linge de corps de toute la petite famille à cause de la putain de serviette éponge fabriquée à Bombay qu’a dégorgé toutes les couleurs de l’Inde, vous auriez alors bien foiré votre petite entreprise du grand nettoyage dominical.

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Comment bien foirer...
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commentaires

ysiad 19/12/2010 23:31



Hello les amis, merci. Je viens de sortir ma machine et rien n'a déteint. C'est Noël, ou presque.


Regardez les titres crétins dans les librairies. Y a de quoi faire. Katherine Pancol, c'est le summum. Il y avait un truc avec les crocodiles avant, genre : Les crocodiles ont du chagrin quand la
rivière est asséchée, qq chose dans ce goût là. Je ne me souviens plus. Bon. Bonne nuit !



Jean 19/12/2010 20:49



Et surtout, Annie, un dimanche sans Bécaud.



annie 19/12/2010 19:37



"Le panier à linge déborde le dimanche"me semble en effet un titre tout à fait dans l'air de notre temps... il y avait aussi la chanson de Brel " les taureaux s'ennuient le dimanche quand il
s'agit de mourir pour nous..." mais c'était une autre époque !Merci Ysiad, ça fait du bien d'en rire ! 



anne chabanelle 19/12/2010 15:10



En début de lecture, je me suis dit que si la procrastination pouvait au moins me donner lenvie de faire le ménage, ça ne serait pas si mal.....


En fin de lecture, je me suis dit que finalement, aller au cinéma quand l'inspiration ne venait pas, c'était peut être une bonne idée......



jean 19/12/2010 10:43



Comme quoi il est inutile de rester devant une page blanche, l'inspiration naît dans l'action.


"Les chefs-d'oeuvre que notre époque mérite", j'adore.


Merci Ysiad, pour cette rigolade du dimanche matin.