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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 11:03

Peut-être se sont-ils croisés au bal des 500 et peut-être se sont-ils dits que le plaisir ne dure qu’un temps et qu’il ne fallait point se laisser troubler par la poésie ou la musique et qu’il convenait de revenir au plus tôt sur les questions essentielles que tout un chacun se pose : Dieu serait-il tout et l’Autre rien qu’un usurpateur d’identité (nationale) ?

Après Claude Romashov c’est au tour de Claude Bachelier de venir nous en dire quelques mots…

 

 Jésus, créateur inspiré

 

En ce temps là, Dieu le Père dit à son fils, Dieu le Fils – mais qu’il appelait affectueusement Jésus : " mon fils, c’est très bien de prendre des initiatives. "

En entendant ces belles paroles, Jésus était tout fier : ce n’est pas souvent que son dieu de père le félicitait. Il faut dire qu’il n’en a pas souvent l’occasion, Jésus ne faisant strictement rien de son éternité. Pas par paresse, pas par fainéantise, mais plus simplement parce qu’il n’y a rien à faire. Rien de rien ! Pas la moindre bonne action, pas de mauvaises non plus. Tout au plus, aurait il pu lutiner quelques anges. Mais son père lui a dit que les anges n’avaient pas de sexe et qu’il n’était pas question d’envisager la moindre culbute. Il ne saurait être question de familiarités avec le personnel. Jésus a bien essayé d’en discuter avec son auguste géniteur mais ce dernier n’en démordait pas et restait ferme sur ses positions. La question du sexe des anges ne faisait que commencer…

Donc, Dieu le Père dit à Jésus : 

- mon fils, c’est très bien de prendre des initiatives. Mais as tu bien réfléchi ? As tu fait au moins une étude de marché ? As tu pensé aux conséquences géostratégiques ? Aux implications macro ou micro économiques ? Au fragile équilibre des budgets divins ? Aux….

- Mais oui, mon Père, mais oui, le coupa Jésus. D’ailleurs, je ne fais que cela. Et puis, si vous me félicitez, si vous m’encouragez même, pourquoi ce " mais " qui semble sous entendre que vous vous contredisez…

Là, le Jésus, il y allait un peu fort et Dieu le Père lui en aurait bien collé une. Mais Dieu le Père n’a rien d’un brutal ni d’un violent. Peut être un peu colérique, et encore. Même si ça n’arrive pas souvent, il est vrai que quand il pique une colère, ça fait des flammes. La dernière, ça a fait des trous noirs un peu partout. Non, Dieu le Père, il est bien plus du genre cool, voire baba cool, avec ses longs cheveux blancs et sa barbe fleurie. Sans parler de cette espèce de tunique blanche qu’il ne quitte jamais, tout comme ses sandales Méphisto, du nom d’un ange retors qui, voulant se faire bien voir, les lui avait offertes.

Dieu le Père encaisse donc avec stoïcisme la rebuffade de son rejeton et reprit de plus belle :

- mon fils, là n’est pas le problème. Que tu veuilles créer quelque chose qui n’existe pas, je ne peux que souscrire. Mais - parce qu’en toutes choses et pour toutes choses, il y a et il y aura toujours un mais - mais, disais je, fais bien attention à ce que tu vas faire. Et surtout méfie toi des conseilleurs méfies toi ! Ces conseilleurs ne sont jamais les payeurs, poursuivit-il en haussant le ton et en fixant sévèrement le voisin de Jésus, qui n’était autre que le fameux Méphisto, que chacun appelait familièrement Lucifer. Il faut dire que le Lucifer en question avait conseillé aux autres anges de le nommer prince. Ce qu’ils firent en toute confiance et ce qui leur vaut aujourd’hui d’être les bonniches de ce beau parleur…Dieu le Père n’avait alors rien dit, mais il n’en pensait pas moins. Comme quoi, il faut mieux toujours dire ce que l’on a sous l’auréole !…

Devant l’air excédé de son fiston, il reprit le chemin de ses appartements divins. Il ne comprenait pas pourquoi Jésus voulait se faire créateur. Il était fils de créateur, soit, mais était ce une raison pour en faire autant ? D’autant que n’est pas créateur qui veut. Il le sait bien lui, Dieu le Père, il le sait bien, lui dont sa propre création tient plus du big bang que d’autres choses.

On est pourtant bien ici, se dit il en lui même, on est peinard, on fait ce qu’on veut ; on ne fait pas la vaisselle, on boit un canon quand on en a envie, on fume, on chique…Bref, que veut il de plus ? Bien sûr, côté bagatelle, c’est pas terrible. Mais enfin, il n’y a pas que ça dans la vie !…J’aurais dû lui faire une frangine : le problème avec les enfants uniques, c’est l’ennui. Et en plus, je l’ai trop gâté.

 

Jésus, lui, a sa petite idée. En plus, il a la bénédiction paternelle et cela l’encourage. Si son père s’était opposé à ses projets, il n’aurait pas insisté : Jésus est du genre obéissant.

Donc il va créer deux choses : un mâle et une femelle. Pour ne pas se compliquer la vie, il va les créer à son image : une tête, deux bras, deux jambes, etc, etc…

Le mâle, il sera grand, il sera fort, il sera bête. Ce dernier point est indispensable, car s’il n’a que des qualités, ce couillon là va se croire arrivé. Quant à la femelle, elle sera belle, intelligente et soumise. Il ne sait pas pourquoi, mais il n’arrive pas à lui mettre de défauts à cette femelle…

- Jésus

- Oui, Lucifer ?

- Et où vas tu les mettre ces deux-là ? Je te conseille de leur créer un grand verger, avec des milliers de pommiers qui donneront des millions de pommes…

Jésus opine du chef, mais ne répond pas. Il se souvient de ce que lui a dit son père, " les conseilleurs ne sont pas les payeurs ". Et il va l’écouter, ça oui, il va l’écouter. Il n’a pas envie de se retrouver un jour ou l’autre cloué sur un morceau de bois…

Mais à quoi je pense, moi, tout à coup, se demanda Dieu le Fils. Je travaille trop, je suis crevé, crevé ; j’ai vraiment besoin de vacances.

Et, n’écoutant que son courage et son sens du devoir, Jésus se remet à l’ouvrage. Le mâle tout d’abord : pour ne pas le confondre avec la femelle, il va lui mettre des poils partout et lui coller une grosse voix. Pour faire viril. Et pour qu’il soit encore un peu plus viril, il va lui greffer un machin à géométrie variable et usages multiples. Ce machin en question, il ne sait pas trop comment l’appeler : de chibre à braquemard ; de zézette à zigounette ; de verge à pénis, il a le choix. Et puis, Lucifer sera là pour le conseiller au cas où… Et ce mâle, je vais l’appeler ADAM !

La femelle, je vais l’appeler EVE. Pour bien la différencier du mâle, je vais lui mettre des formes harmonieuses, là où il faut, juste ce qu’il faut. Pas de poils, on risquerait de ne pas voir les formes et ce serait du gâchis. Pas de machins non plus, ça déséquilibrerait l’ensemble. Une voix douce et caressante.

 

Ah, il est content, Dieu le Fils. Il est même fier de lui. Ses deux créatures seront parfaites : Adam, grand, fort et bête ; Eve, belle, intelligente, soumise. Parfaits ! Ils seront parfaits !

Bon, où vais je pouvoir les installer ? Je règle le problème vite fait bien fait et j’irai voir le Pater. Je lui parlerai de mes créatures et on boira un canon. Je suis sûr qu’il sera fier de moi !

L’idée de Lucifer n’est pas mauvaise. Mais si je ne leur mets que des pommiers, ils vont se gaver de pommes et je suis certain qu’après cela, Eve aura un gros ventre.

Ou alors, je ne mets pas d’arbres, mais de l’herbe. Oui, c’est cela, de l’herbe, uniquement de l’herbe !…Oui, sauf que ces deux-là, ils vont marcher à quatre pattes et ils se rouleront dans l’herbe et le foin. Et à force de se gaver, là encore, Eve risque le gros ventre !…

Ou alors, ils restent là, avec nous, Papa, moi, Lucifer et toute la smala céleste… Oui, mais alors, finie la tranquillité, finie la petite mousse avant la sieste, fini le pastis du midi sous les oliviers, finie la dolce vita…Et bonjour les cris, bonjour les engueulades et les batailles ; bonjour les coups de fusil, les coups de canon ; bonjour les champignons….

 

Alors, pris d’une sainte colère, Dieu le Fils prit tous ses plans, tous ses projets, tous ses rêves et ses fantasmes et les jeta dans un trou noir, afin qu’ils disparaissent à jamais !

Conscient d’être passé à deux doigts d’une catastrophe, Jésus prit deux mousses bien fraîches dans le frigo et, guilleret, partit chez son père lui annoncer la bonne nouvelle.

 

Sans voir, hélas, Lucifer s’engouffrer en cachette dans le trou noir…. 
                                                                                              Claude Bachelier

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso nouvelles
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commentaires

claude 15/11/2009 12:02


Dieu le fils a bien grandi et comme tous les ados boutonneux a des poussées de fièvre. heureusement que son papa veille et remplis le frigo.