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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 14:44

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Le texte qui suit est un avertissement aux auteurs participant aux concours de nouvelles en général et aux concouristes du Calipso 2010 plus particulièrement. Lisez-le attentivement, riez si cela vous chante, pas trop quand même car " Entre chien et loup " se termine dans six semaines. On vous aura prévenu.

 

 

A la poste

par Ysiad  

 

La poste le voulait, la poste l’a fait ! Tout est neuf. C’est ce qui s’appelle des gros travaux ! Adieu néons, vieux présentoirs, peinture écaillée, sol crasseux… Un peu tape-à-l’œil, le décor, avec ces spots au plafond et ces carrés de faux marbre. A leur place, j’aurais fait plus sobre… Il y a même des écrans plats, avec des chiffres qui clignotent en jaune et bleu… Au fait, pourquoi deux couleurs ? Etrange. Il y a même un préposé aux tickets... Un peu débraillé, le préposé. Pour inaugurer des locaux, y a mieux. Et d’abord, qu’est ce qu’il fiche, ce type, à glander comme ça ? L’usager est assez grand pour appuyer lui-même sur le bouton de la machine à ticket… Avec le monde devant moi, je suis condamnée à patienter. Ce pli doit partir ce soir, c’est impératif, le cachet de la poste doit faire foi. Il a férocement intérêt à faire foi, le cachet de la poste, je n’ai jamais rien écrit de mieux que ce texte ! Je la sens bien, la victoire, avec une nouvelle pareille. Presque un chef-d’œuvre ! L’incipit va les scotcher. Un seul mot : Boum ! Au moins, je leur aurai épargné des trucs du type : Alors qu’un grand soleil dardait ses rayons brûlants sur la plaine encore humide de rosée et qu’un petit vent frais faisait onduler les blés bien blonds comme des chevelures de soie sur la terre alanguie, Mathilda, mon intrépide chèvre angora, piétinait gaiement de ses sabots fringants un tapis de pâquerettes à peine écloses…Je ne sais pas pourquoi, mais ce genre de phrases me donne envie de pousser une hennissante d’enfer… Hhhhhhiiiii. Flûte. Voilà Glandu qui ramène sa fraise. Mon Dieu, ça sent le chacal à cinq mètres. Franchement, on pourrait se passer d’un type qui répand partout ses particules pestilentielles pour vous fourguer d’office un numéro en transpirant… Misère de misère… Pas le choix.

 

- Bonjour. C’est pour quel genre d’opération ?

- Un affranchissement.

- Vous voyez les écrans ?

- Encore assez bien, ma foi.

- Les chiffres en bleu, c’est pour les opérations courantes. Les jaunes, pour les opérations complexes.

- Epatant.

- Vous, c’est bleu. Votre ticket.

- Merci.

 

Vade retro, le sconse ! 601. C’est quoi, ce gag ? Je ne comprends rien. L’écran bleu indique 896. Y a comme un couac... Bon. Patience. Vingt-deux personnes avant moi, sans compter le pépé assis sur son pliant, et seulement trois caisses. A raison de cinq minutes par tête de pipe, à supposer que les caisses restent ouvertes et que la plupart se ruent sur les opérations complexes, ça me fait dix minutes maxi à poireauter stoïquement, entre la boutique à gadgets et le glandouilleur qui cocote en traînant la savate. C’est jouable. Voilà qu’il me mate, à présent. Il pue, ce type. Ils devraient fournir des masques à gaz ou des sprays qui font pchit pchit à la boutique gadgets… Flûte. Il rapplique.

 

- Vous l’avez toujours, vot’ ticket ?

- Mais oui.

- Parce que si vous l’aviez perdu, je vous en aurais donné un autre.

- Trop aimable.

- C’est combien, vot’ numéro ?

- 601.

- Vous êtes après le 600.

- Bien vu.

- Au numéro 899, le compteur repart justement à 600, pour faciliter le décompte.

- Ah. C’est moderne.

- Y en a certains qui comprennent pas. C’est pour ça que j’explique.

- …

- Le p’tit problème, c’est que vous pourrez pas passer aujourd’hui.

- Quoi ? Comment ça ?

- On ferme dans trois minutes.

- C’est une blague ?

- Ah non. Ce sont les nouveaux horaires.

- Mais…

- Nous ouvrons demain à partir de 8h 30.

 

Ils sont nuls. NULS ! Des nuls pareils, ça ne s’invente pas ! Mais quel besoin avait-on de rénover la poste ! Elle était très bien autrefois ! Où il va, notre service public ? Droit dans le mur, oui ! Il ne me reste plus qu’à aller à la poste du Louvre avec mon chef-d’œuvre. Et bien sûr, il flotte à mort et je n’ai pas pris de parapluie. Quelle galère… Ils ont intérêt à l’apprécier, mon incipit…

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso expression
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commentaires

Jean 29/05/2010 14:22



Toujours croustillantes tes satires sur la privatisation de notre bien commun à tous : le service public ; bravo et merci Ysiad.



ysiad 25/05/2010 17:44



Pourtant je n'invente rien. Depuis, le préposé n'est plus là pour distribuer ses tickets, il est vrai que les gens vont directement affranchir aux machines automatiques mais on attend toujours
autant et il y a moins de guichets qu'avant, et une boutique de gadgets assez inutile avec toutes sortes de produits estampillés La Poste.



Annick Demouzon 24/05/2010 17:57



De quoi se faire des ennemis à La Poste, écrire un truc comme ça. Mais c'est à peine réaliste: 10mn de queue? seulement? Je n'y crois pas, mais pas du tout. 


Bon je suis allée vérifier mon règlement, pour le concours : 6 semaines, aïe, aïe! Même plus, aujourd'hui. Que le temps passe vite!



Yvonne Oter 19/05/2010 18:56



Et vous êtes une grande veinarde, Ysiad! Vous avez encore un bureau de poste!


Dans mon village, il va fermer le mois prochain. Définitivement...



Jean-Pierre 19/05/2010 14:30



Il ne sera pas bon de vieillir dans quelques années, quand nous serons à la tâche encore à 70 ans avec le souci de perdre notre emploi...Aurons-nous encore la faculté d'envoyer nos oeuvres à
Patrick pour qu'il puisse en faire profiter les amis sur Internet...Je n'ose y penser, avec ce progrès, qui se veut toujours plus performant et qui nous complique la vie.J'espère que notre
administrateur se montrera plein de compréhension à notre égard.