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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 17:09

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La vie rêvée ou ce qui en reste sort toujours de la bouche des objets ; c’est en tout cas ce que propose de nous faire entendre Isabelle Renaud et ses Arts ménagers en treize nouvelles. On imagine l’auteure avec un sourire en coin effleurant une dernière fois son clavier avant d’envoyer son bel objet chez Quadrature, un éditeur qui ne fait pas dans le modèle en série.
On en lit une, deux, trois et l’on est conquit. Sous sa plume, quelles que soient leurs destinations, les objets n’échappent pas à l’imaginaire. Derrière chaque objet réel, il y a un objet rêvé. Quelque chose à chérir, à vénérer ou à haïr. Qu’importe ce qu’il en coûte, l’objet trône, se dresse, s’érige au beau milieu du bonheur familial. Il est témoin d’une promesse, garant d’un lien. Quelque chose vient à défaillir, on l’interpelle, on le convoque, on attend de lui qu’il comble le manque, qu’il se substitue à la détresse, qu’il assimile la violence, qu’il réveille le désir.
On le sait, l’un des moyens de gommer momentanément le trouble de la surface de son regard, c’est de l’objectiver, de le circonscrire à un objet extérieur qui a toutes les apparences de la banalité, voire de la futilité. L’œil a besoin de se poser, de se sentir pris par une sorte d’uniformité face à toutes ces choses invisibles qui le traversent et qui modifient à la fois sa propre image et sa perception du monde.Un objet est chargé de fantasmes. On peut l’exposer au regard de l’autre ou le receler dans un placard, cela ne change rien à l’affaire. On s’en remet à lui pour séduire ou pour tenter d’éviter le pire. On y investit tout ce qui n’a pas pu l’être dans les relations humaines.
Mais l’affaire n’est pas sans risques qu’il vous échappe ou qu’il vous étouffe. Il faut prendre garde au pouvoir de suggestion des choses, de leur propension à vous coloniser Car à trop jouer les faire-valoir l’objet n’est plus que l’écho d’un monde clos, privé de paroles. Dessaisi de sa fonction d’attachement il devient l’intrus, l’hôte indésirable, une salissure que l’on ne peut pas ravoir. On le casse et à travers lui on se prend à souhaiter une dislocation de l’intégrité vivante de l’autre, celui par qui le malheur s’active
le plus fort va étouffer l’autre, l’autre va crever et le plus fort va pousser.
Combien d’objets tombent à pic pour sauver les meubles, pour conjurer les mauvaises augures et combien d’autres tombent en disgrâce dès lors où leur fonction de protection se désagrége et que le fantasme qui y était attaché disparaît dans les oubliettes de l’histoire. Avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité Isabelle Renaud nous rappelle que l’on ne peut pas tout faire passer dans le bac des déchets à recycler. Une belle réussite.

 

Arts ménagers d’ Isabelle Renaud aux éditions Quadrature, 112 pages, 15€

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans chroniques littéraires
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commentaires

isabelle 26/01/2010 20:45


Vraiment bravo pour cette jolie chronique. Je retiens précieusement certaines phrases, comme de petits boucliers qui protègent et révèlent la cohérence du livre. Voili voilou. Un grand merci.