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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 08:00

Sports d'hiver

Comment bien foirer son petit séjour aux sports d’hiver

par Ysiad

 

Aujourd’hui, tout en gardant en mémoire la devise selon laquelle "foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux", nous partons en famille avec le chat pour les sommets enneigés des Hautes Alpes, histoire de prendre un peu d’altitude.

 

Et pourtant. Les sports d’hiver, ce n’est pas votre truc. Vous aimez la montagne, oui, ses crêtes éblouissantes se détachant sur un ciel d’azur, oui, les chocolats réconfortants dans les relais d’altitude, oui, le fromage onctueux dans le ruban duquel vous enroulez votre morceau de pain, oui. Vous aimez tout cela. Si la montagne se bornait à ces joies simples, ce serait bien. Et ce serait encore mieux si vous saviez skier. Là est le premier hic. Vous skiez comme un pied, et même comme un double pied. Plus nulle et raide que vous sur deux planches, il n’y a pas. Franchement, skier avec vous n’est pas une sinécure. Il y a toujours quelque chose qui ne va pas. Ce sont les fixations trop serrées qui vous font mal, le bonnet qui gratte, les lunettes que vous avez perdues, ou encore vos doigts de pied, que vous ne sentez plus. Vous trépignez souvent. Grognez, pestez. C’est d’ailleurs pour cette raison que votre conjoint vous laisse assez loin derrière lui dès qu’il s’agit "d’attaquer une piste noire". Il skie comme un dieu, là est le deuxième hic. Vous aimeriez bien, vous aussi, éprouver ce merveilleux vertige que donne la vitesse quand elle est contrôlée. Or au-delà de dix à l’heure, vous ne contrôlez plus rien. Attaquer une piste noire ? Pour vous, cela revient à paumer ses moufles dès le premier virage et se prendre gadin sur gadin sur les plaques de verglas pour finir par se vautrer au bas de la pente, la tête la première et les skis en croix. C’est comme ça, vous n’y pouvez rien. C’est sans remède. Vous êtes seule, dans le grand désert blanc de la montagne hostile et sans pitié pour les débutants de votre espèce qui enfilent leurs chaussures à l’envers, et se retrouvent projetés sur le toit du téléski, parce qu’ils ont oublié de lâcher la perche. Après tout, chacun doit faire ses expériences, tout comme les enfants ont impérativement besoin de bon air cette année, et c’est ainsi qu’après avoir relevé une publicité faisant état de jolis appartements dans des chalets de bois, en amont d’une station charmante et conviviale, vous vous retrouvez à P. St V., dans un studio de quinze mètres carrés, à un gros kilomètre de la station, face à une barre de béton. Sans vue sur la montagne, et sans appareil à raclette. Et le chat boude, le radiateur est glacé. Enfin. Vous avez eu le temps de louer les skis, c’est toujours ça.

Dès le premier jour, comme pour rattraper les choses, un grand soleil pur se lève au-dessus des montagnes. Pas un nuage, le ciel est lavande. Les enfants piaffent. Ce serait dommage de ne pas profiter illico de cette splendide journée, d’autant que la météo annonce de la neige les jours suivants. Il n’y a donc pas de temps à perdre.

Il y a si peu de temps à perdre que vous voilà tous les quatre sur la banquette du télésiège, qui vous hisse lentement mais sûrement vers le point culminant. Bientôt il n’y a plus de sapin, le ciel est toujours bleu dur, et la vue panoramique. Le massif des Ecrins est là, droit devant vous, découpé dans l’azur. Qu’elle est grisante, la sensation d’être sur le toit du monde ! Si seulement vous pouviez contempler les beautés qui vous entourent ! Mais non. C’est impossible, les enfants veulent s’élancer tout de suite, le conjoint aussi, qui ouvre la descente. Allez, M’man, on y va ! Quand faut y aller…

Et comme ils vont vite ce matin-là ! Tous trois dévalent comme des bombes sur la neige toute fraîche, anoraks gonflés, bâtons à l’oblique, corps dans la pente, attaquant les virages les genoux fléchis, faisant des boucles serrées quand la piste devient trop pentue, au début vous attendant un petit peu, pour la forme, mais à peine les avez-vous rejoints qu’ils repartent, cette fois-ci tout schuss, ivres de vitesse et de liberté. Bien, bien, bien. Qu’ils filent. Qu’ils bouffent de la neige à toute berzingue, qu’ils vous oublient. Chacun son rythme. Il n’y a personne sur la piste ce matin-là, vous ne risquez pas de percuter un surfer, avec votre anorak orange vif et votre style si singulier, on ne risque pas de vous rater. C’est toujours ça, pensez-vous en continuant prudemment la descente. Cela fait longtemps que vous avez renoncé à les suivre, et vous n’êtes pas près d’y arriver, avec toutes les cigarettes que vous avez fumées durant l’année et ces douleurs régulières que vous ressentez maintenant dans les genoux. Allons bon, ruminez-vous, il vous faudrait des articulations toutes neuves et de nouveaux poumons, mais enfin. A la montagne, vous ne fumez pas, l’air est trop vif. C’est toujours ça de moins dans les bronches, pensez-vous en plantant votre bâton, alors que votre fille vous attend, impatiente, un peu plus bas, pour vous recommander de ne pas rater l’embranchement vers "Les chamois", une piste verte rejoignant la station.

On s’attend en bas, M’man ! vous lance-t-elle dès qu’elle aperçoit le pompon de votre bonnet. C’est ça. En bas. Va, file, glisse, dévale… Vous continuez, laborieusement, virage après virage, en vous demandant ce que vous faites là et pourquoi la douleur articulaire s’amplifie, mais heureusement, les premiers toits apparaissant au fond de la vallée, vous touchez au but. Un peu de courage. Une petite flexion sur les jambes et tant pis si ça fait mal, on pousse sur les bâtons, on prend un peu de vitesse en évitant de partir en vol plané sur les bosses, on freine…

Et on se viande en beauté, après avoir exécuté son dernier virage.

Paf.

A l’arrêt.

Le nez dans la neige.

S’ensuit une douleur fulgurante, comme si un gros élastique avait claqué sec à l’intérieur du genou gauche. Lequel se métamorphose très vite en pamplemousse. En melon. En citrouille. Allo, les secours ?

Bravo. Bien joué. C’est foiré.  

Mais si par miracle, une heure de brancard plus tard, le médecin de la station vous apprend d’une voix claire que vos ligaments croisés sont rompus, et que l’opération eût été parfaitement envisageable si vous aviez eu vingt ans, mais que maintenant, vu votre âge, ça ne vaut plus le coup de tenter quoi que ce soit, alors seulement, le petit séjour aux sports d’hiver aura été bien foiré.

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Comment bien foirer...
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commentaires

ysiad 10/02/2011 14:03



Je m'identifie tout à fait à ce canard dans le blizzard, merci Patrick pour cette photo d'illustration.


Merci pour vos commentaires. Cette année, c'est décidé : je décroche la médaille du brancard d'or. Une foirade c'est comme un train: ça peut en cacher une autre.


 J'en profite pour souhaiter de bonnes vacances à ceux qui partent en février.


 



dominique guérin 09/02/2011 11:11



Quel bonheur d'échapper à ce cauchemar : non seulement les sports d'hiver ne sont pas mon truc mais les montagnes enneigées et le fromage blanc à peine plus (bon, d'ac, le chocolat... je
n'insiste pas) alors, le ski et moi nous ne nous mesurerons pas. Pour une fois, Ysiad tu as foiré ton foirage auprès d'une de tes ferventes lectrices -lol-. J'suis soulagée



jean 05/02/2011 19:25



C'est mieux que les bronzés font du ski car c'est vif, bien enlevé et criant de réalsme. Bravo, Ysiad



paniss 04/02/2011 15:56



Plutôt que de prendre des risques insensés sur les pistes de ski, il y avait, chère Madame, une autre solution:pendant que votre époux et vos mouflets s'éclatent, vous auriez pu trouver
un ou deux coquins (parait-il ce n'est pas ça qui manque dans les stations) et avec eux dévaler des pentes autrement moins risquées. Et vous auriez pu tirer sur les batons (pas de ski), tirer sur
les batons, tirer sur les batons...



annie 04/02/2011 10:15



ça me fait froid dans le dos tout ça ! Oui, d'accord avec toi, pourquoi descendre quand la vue est si belle là-haut ! pas poètes ces skieurs ! allons donc nous réfugier au Procope devant un bon
chocolat !