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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 08:00

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La vie de Bibi

Jordy Grosborne

 

 

C’est d’abord la bouteille de vodka que j’ai regardée en me levant. Enfin, je dis en me levant, je devrais plutôt dire en rampant sans aucune élégance au bas de mon divan modèle 1972, 4 ressorts en ligne, en croute de cuir de Ragondin Polonais. Un truc suréquipé : Accoudoirs fixes latéraux, pieds escamotables ( et en l’occurrence escamoté, en tous cas celui en bas à droite), réserve de biodiversité à Acadiens – si, si ces petites bestioles tromboscopiques toutes moches qui vivent sur le fromage - dont certains modèles n’existent sans doute plus qu’ici, garde-manger pour période de disette avec notamment de multiples variétés de chips à faire pâlir d’envie la succursale d’un groupe de hooligans de Manchester, perruque en devenir eu égard aux nombreux attributs capillaires perdus sur la bête qui ne demandent qu’à être réimplantés avec amour (je déconseille néanmoins la réimplantation de certains dans des zones non couvertes par un chapeau), deux bons mètres de bières de la blanche à la Guiness si je juge aux tâches, matelas en éponge (pour absorber c’est mieux !), coussin auto-adhésif aux Haribos world mix, draps d’origine, cendrier intégré entre les trous, et surtout, surtout, lattes bud not liste, Bibi vautré dessus toute la journée. Bibi c’est moi. 74 kilos de barbaque qu’on la retrouverait dans des lasagnes qu’on ne verrait pas de différence avec un cheval de compèt ! Enfin bref, maintenant que je vous ai fait faire le tour de mon appart, je poursuis. Donc, nous étions le 22 à l’aube quand 11 heures sonnaient à la cloche. Rien à voir avec le SDF qui me sert de coloc, lui était parti en stage d’entreprise comme évideur de carpe à la société de pêcherie de Bar-le-Duc «  A la Carpe Diem ». Fallait voir comme il était tout fier quand il m’a annoncé qu’on lui avait trouvé du boulot… Même Humphrey il avait l’œil vif en le regardant. Humphrey c’est mon chat. Quand on lui parle de carpe, il a l’œil qui s’agite. Faut dire qu’il a perdu l’autre dans un combat épique avec une botte d’aiguilles à tricoter. Attention, hein, c’est pas que je tricote, j’ai ma fierté, mais c’était un cadeau pour ma mère que j’avais trouvé dans le TER sur la ligne Bourg Bruche – Schirmeck la Broque. Non, les aiguilles ! Pas ma mère. Ma mère c’est elle qui m’a trouvé y parait. Moi, j'sais pas, j'y étais pas.

Enfin bref, il était 11 heures et j’ouvrais l’œil gauche. Non, moi j’ai bien les deux à moi, mais j’en garde toujours un fermé avant midi pour reposer la partie du cerveau haddock comme on dit. Eh, eh, c’est que je ne suis pas sorti de la cuisse de Vénus moi, hein !! Vous vous demandez sans doute pourquoi je m’étais réveillé si tôt ? L’instinct. Quand on vie sur l’ébrèche comme moi, faut toujours être sur le convive. Ça me rappelle ce que disait toujours le père d’un pote quand je mangeais chez lui «  Il faut bien que les cons vivent pour venir manger ». Bref, Humphrey, en magnifique chat d’égouts qu’il est, était venu me lécher la tronche pensant sans doute avoir retrouvé sa tranche de jambon de la semaine d’avant. C’est marrant, moi j’ai d’abord cru que c’était mon coloc qui était rentré avec un sot de carpe. Enfin je dis graisse, je dis graisse… donc, mollement agenouillé sur la moquette, l’œil vif, la langue pendante et l’haleine vierge de toutes substances matinales, j’ai senti que le monde avait changé. Je me suis précipité à la fenêtre et là, surprise, le noir complet. Pris de panique j’ai appelé Humphrey dans un cri prix mâle à faire pâlir le mime Sophie Marceau. Son miaulement rauque m’a fait comprendre ma terrible erreur d’appréciation. C’était l’œil fermé qui était devant la fenêtre, mon œil ouvert était lui collé contre la tapisserie style en pire. Pris de vertige devant le choix cornélien qui se présentait, je suspendis mes gestes pour réfléchir. Que faire ? Faire faux rebonds à mes principes et ouvrir mon œil fermé, ou me décaler de quelques pieds pour placer mon œil ouvert devant la fenêtre ? Finalement, devant l'implacabilité d'un tel raisonnement j’ai compris que mon cerveau était assez reposé et j’ai ouvert les deux yeux et là, stupeur !!! Ô reur, ô des espoirs, neige donc tant d'écus que pour cette un famille ? La rue était vide de plein de monde ! Les voitures étaient arrêtées au milieu, moteur coupé au scalpel, portière béante sur rien. C’était calme comme si j’avais mis des boules « Qui est-ce ? » dans les oreilles. Mais je ne pouvais pas savoir qui c’était bon sang puisque je n’entendais rien ! Avec Humphrey on s’est regardé droit dans le fond de l’œil et on a compris tout de suite ! Enfin, je dis tout de suite… disons qu’on est allé s’étendre sur le canapé, j’ai pris une bière et lui aussi et, vers 13 h, quand on s’est trainé, épuisé, vers la fenêtre, on a su que la fin du monde avait eu lieu et que nous étions irrémédiabla, immédiable, imetdesal, certainement des zélus. J’ai pris Humphrey dans mes bras et je lui ai dit « Humphrey, mon fidèle compagnon de luttes intestinales, un grand festin nous attend !! Nous sommes les zélus qui ont été choisis et c’est à nous qu’il appartient qu’on doit nous incomber qu’en tant qu’zélus de repeupler la planète de la terre Google Maps ». Humphrey a fixé le frigo en miaulant et j’ai su qu’il comprenait la mission qui nous était dévolutionné à nous. C’est là que j’ai su que le chat était intelligent, parce que moi, j’étais pas très certain d’avoir compris la mission qui me dévolutionnait à moi. Alors on est allé sur le canapé et on a réfléchi en ouvrant une boite de concon. On en était à se lécher les babines en tout bien tout donneur – chacun les siennes, attention - quand je me suis rappelé cette phrase que mon grand-père me disait en face de la messe (à moins que cela ne soit l'inverse) le dimanche matin. « Il ne faut pas vendre la peau de l’ours ! » Il est des phrases qui restent en suspens dans l’air jusqu’à ce qu’elles vous retombent dessus comme un crachat quand tu te pousses pas assez vite avant que les lois de la gravité s’appliquent. Et là, la situation était pleine de gravités qui rappliquent. Alors j’ai pris Humphrey avec moi et on est sorti de l’appartement. Pas un bruit dans la cage d’escalier. La porte des voisins de paliers était ouverte, on est rentré, personne. J’en ai profité pour prendre quelques trucs que les zélus ils doivent avoir sur eux : Un rechargeur de batterie Sol/air, des lunettes de soleil bien plus belle que les miennes, une casse couette, des basses couettes, un couteau et des boules de Berlin avec de la framboise dedans !

Une fois dans la rue, j’ai su que le Père Noël était en avance avec ses reines et ses butins ! Toutes les bagnoles avaient encore leur clef sur le contact ! On a pris une décapotable pour faire une maxi- virée-qui-déchire-sa-race-de-zélus. Fallait voir Humphrey poils au vent, accroché à l’appui-tête de toutes ses griffes qui était heureux comme un pacha, mais presque. Il m’a fait un sourire, pas tibulaire mais presque aussi, et je lui en ai fait un, et je crois qu’après on a passé l’après-midi à se compter les moustiques collés sur nos dents du dedans. Trop de bonheur de ouf cette fin de monde. Car c’était la fin du monde. Forcé, y avait personne à part Humphrey et moi. Les deux derniers et digne représentants de la race humaine. Nous étions fiers, nous étions beaux, nous sentions bon le… Bref, j’ai eu un pincement au cœur en pensant à mon coloc, sans doute mort, les mains couvertes de gants en plastique brun, une carpe morte au ventre ouvert entre les doigts, vidée comme les cerfs, proprement, professionnellement. Du beau boulot le coloc, dis-je à voix haute solennela… sonale, seau à nel, sonnetallemand, solennelléle, sonneannuellement, saunaalement, sot l’ylaissement… super fier quoi.

Après une longue route genre odyssée du lys, Je me suis finalement arrêté là où j’ai toujours rêvé d’aller… à Berck ! Berck-sur-mer allait devenir le nouveau berceau de l’humanité et ce n’était pas un hasard. Telle des Rémi Naissances – drôle de nom - , je me souviens maintenant de tous ces moments de ma vie qui prennent un sens. A gauche après l’impasse. Les premiers mots de ma mère quand elle m’a vu, celui des proches, des copines qui venaient chez moi, sans forcément être payées, des profs à l’école en voyant mes dessins, mes rédactions… tous n’ont eu que ce mot à la bouche. Berck. Berck, Berck et Berck ! La boucle est attachée ! J’étais prédigéré à être le nouveau messti. Et Humphrey serait mon épautre ! Va vite falloir que je trouve de quoi écrire pour témoigner de la gégène de l’humanité, là où tout a commencé, là où l’homme est devenu homme aux sapins puis homo érectil ! Plutôt que du papier, je vais penser aux dégénérations futures qui vont naitre de ma personne et coucher les mots sur le dictaphone comme disait les poètes. Je l’appellerai… La vie de Bibi, en hommage aux comiques anglais, les « mon p’tis pitons » du Martin Circus ! Je vois qu’Humphrey est admiratif devant mes lettres !! Je vois aussi que l’ivresse de la vitesse l’a fait se soulager négligemment sur le siège arrière de la décapotable. Il est temps de changer de voiture. Il est temps de changer de vie même. Terminé le has been, vive le wall a be de Bibi. Et que ça saute.

On est arrivés sur la plage de Berck, des panneaux pub y s'y terre annonçaient qu'il devait y avoir une rencontre de cerfs-volants dans quelques semaines. J’étais dubitatif ! Comment des gens arrivaient-ils à faire voler ces énormes bêtes ? Comment un peuple capable de telles prouesses pouvait-il disparaître de son vivant ?

Avec Humphrey on a quitté la plagedesablefin et on a décidé de s’installer en ville. On a mis du temps avant de trouver un appartement qui convienne, on avait tellement de choix, pas besoin de payer, le luxe était à nous. Au début, ça nous a vraiment plu. On passait nos journées à chercher de quoi manger, boire, et manger et boire, et boire, et boire et le reste du temps on dormait. Et un jour, je me suis réveillé en me disant que la fin du monde n’avait rien changé pour nous et qu’on se devait de vivre autrement. Si nous avions été choisis par les zélus des zélus, cela ne pouvait pas être par hasard. Non ?

Aujourd’hui, Humphrey est plus obèse qu’une baleine à gosses et moi, je m’ennuie terriblement. Personne pour écouter mon histoire. A quoi bon alors être un zélu si personne ne vous écoute ? Je traine d’appartements en hôtel de luxe, j’ai visité toutes les piscines du coin, nagé nu dans les palaces, dépensé plein de fric pris dans les magasins pour tout acheter, je suis habillé des plus beaux costards. Tout est à moi, le monde m’appartient, mais voilà, il n’y a que moi qui le sait. Et Humphrey, mais je vois bien que lui aussi s’ennuie ferme. Il n’y a plus d’oiseaux, plus de souris, rien, rien de vivant n’existe à part nous, les derniers cerveaux en fonction.

Le monde est triste à mourir et surtout, surtout, je suis pris d'un grand doute et une question me turlupine – eh, eh ça vous la croupe hein ! – comment je vais bien pouvoir faire Adam, si je n'ai pas Dave ?

Déjà que j'ai qu'un épeautre, je vois la scène d'ici !

Alors Humphrey et moi on a repris la route de chez nous, on a retrouvé le canapé, on s'est allongé et on s'est dit qu'on allait attendre la ressucitation du reste monde pour faire les zélus à plusieurs. Après tout, on ne l'a pas demandé nous la fin du monde. Et y a pas de Mayas se faire du bien !

Humphrey s'endort tout contre moi, il ronronne, il est heureux d'être revenu chez lui. La gloire, les traces et les palettes, c'est vraiment pas pour nous, ça c’est juste bon pour le festival de canes.

Nous, on est juste des gens comme les autres, même si les autres, ben… y'en a plus.

 

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commentaires

le Belge 25/03/2013 09:35


Pour être enlevé, c'est enlevé! Y'a pas à dire, c'est quand même plus jouissif quand on n'est pas sérieux.

Jean 23/03/2013 13:00


Beau florilège de calembours, Jordy ! "Il faut bien que les cons vivent pour venir manger". Cela me rappelle les blagues estudiantines : "A la radio,  plus le concert dure, plus
l'habitant jouit" et le fleuron qui explique le taux de natalité élevé à Lille : "Le concerto en sol mineur de Beethovan"

Pilgrim 23/03/2013 11:01


Réjouissant !!!

Yvonne Oter 23/03/2013 10:50


Ebouriffant ! J'ai les cheveux en pétard tellement Jordy m'a fait tourner la tête. Waouw ! que j'aime ça !

M 23/03/2013 09:58


Z'ai lu, mais z'ai encore soif ...Continue, Jordy !