Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 08:00

Etienbled2.jpg

 

Qu’emporter pour la fin du monde ?

Sophie Etienbled

 

 

- D’accord les Mayas se sont trompés, concéda Sam, mais c’est reculer pour mieux sauter. Il ne faut pas se faire d’illusion, un jour ou l’autre, la fin du monde va nous tomber sur le bout du nez. Alors autant se préparer. Moi, mon deuxième prénom, c’est Noé. Ouais, mes parents n’aimaient que les prénoms à trois lettres. Les trucs courts, comme pour les chiens. J’aurais tout aussi bien pu m’appeler Tom ou Max. Pas Ed, deux lettres, là ce n’était pas assez, ça aurait fait négligé. Si j’avais été une fille, c’était Sue ou Ava. Bref, c’est un signe, Noé, c’est le gars qui avait rassemblé sur son arche tout ce qui selon lui méritait de survivre pour refaire un monde. Alors, je me suis dit : pourquoi je ne serais pas le Noé du troisième millénaire ? Comme vous êtes mes potes, je vous propose de partager l’aventure : J’achète une péniche et je m’occupe du matériel, tout ce qu’il nous faut pour tenir à dix, six adultes, deux adolescents et deux enfants, quarante jours et quarante nuits.

- Deux couples et deux célibataires mâles, quatre mômes, j’espère qu’il y aura d’autres rescapés car ça va pas être facile de repeupler le monde à la vitesse grand V, surtout qu’Ernest et Paul sont jaloux comme des tigres, rigola Arthur.

- À la guerre comme à la guerre, dans le monde animal, le mâle dominant chasse les prétendants plus faibles, essaie d’approcher de Mélanie, répondit Ernest en roulant des biceps.

Sam reprit la parole :- Au lieu de faire les malins, commencez à réfléchir : qu’est-ce que vous emporteriez d’indispensable, ce dont vous ne pourriez vous passer, ou l’objet essentiel destiné à pérenniser notre civilisation ? Attention, comme la place est limitée, vous n’avez droit qu’à un choix !

- Moi, je prends mon oreiller en plumes, parce qu’au moins je pioncerai tranquille en attendant le redoux, asséna Arthur.

- Arthur, toujours aussi violent et positif, ironisa Mélanie.

- Quarante jours sur un bateau, c’est vrai qu’il faudra s’occuper, renchérit Paul.

- Un appareil de muscu, ce ne serait pas bête, non ? proposa Ernest.

- Un puzzle de… mille pièces ? glissa la petite Fleur, fille de Paul et d’Alice, ou un jeu de cartes…

- Je ne sais pas, un livre peut-être ? Un que je ne me lasserais pas de relire : « Voyage au bout de la nuit » de Céline…, suggéra Alice.

- Drôle de choix, déjà qu’on aura le moral dans les chaussettes ! Moi, je verrais bien « A la recherche du temps perdu », je n’ai jamais pu le lire en entier, déclara Mélanie.

- Autant prendre l’Encyclopédie en vingt volumes, histoire de pouvoir reconstituer tout ce qu’on aura perdu dans le naufrage ? hasarda Thomas, frère d’Estelle, du haut de ses dix ans studieux.

- Ou « la Fin du monde pour les Nuls », s’esclaffa Arthur.

- Si j’ai mon couteau suisse multi-usages, je suis paré pour toutes les situations, affirma Thomas.

- Moi, en tout cas, je prends ma tablette, émit Kévin d’un ton sans appel.

- L’ado dans toute sa splendeur, commenta Alice.

- Ben, quoi ? grogna son fils sans s’arrêter de caresser son écran.

- T’es trop relou, tu te connecteras à quoi puisque ce sera la fin du monde ? ricana Estelle, de deux ans son aînée. Y aura un miroir dans ton vaisseau, Sam-Noé ?

- L’éternel féminin, souligna Paul. Moi, je pense à la musique, j’ai toujours rêvé de jouer d’un instrument. Si on est coincé quarante jours, ça peut être l’occasion. C’est quand même un incontournable de la civilisation, Bach, Beethoven, Chostakovitch…

- Je préfère le rap, intervint Kévin sans lever les yeux.

- Fais gaffe au choix de l’instrument, ce n’est pas extensible une péniche ; un piano, faut même pas y penser, fit remarquer Sam.

- Et surtout pas de violon, gémit Mélanie, ou on va tous finir hystériques. Déjà que les gammes en boucle, c’est insupportable. Tu penseras aux boules Quies, Sam.

- L’harmonica, peut-être ? J’adore « Il était une fois dans l’ouest » ! continuait Paul, rêveur.

- Et puis, comme la fin du monde n’est pas encore programmée pour demain, si tu t’y mets tout de suite, on échappera peut-être au calvaire du débutant. Et ça va vous donner le temps de la réflexion, conclut Sam-Noé, parce que, permettez-moi de vous le dire, mais vous ne me semblez pas trop au point !

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Florent 16/03/2013 21:52


Sympa.


Défénitivement pour la fin du monde ce que chacun devrait garder avec soi c'est un manuel de savoir-vivre et d'aide à la compréhension de ses semblables !


Excellent texte. Comme d'habitude. ;)


 

Lza 16/03/2013 09:30


Pourquoi pas des graines et un livre de jardinage? Parce que les gadgets, vous en trouverez plein  sous forme d'épaves...