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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 08:00

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Bis repetita

Benoit Camus

 

 

Tu attends. Trois quarts d’heure que t’es là, à taper la semelle devant le hall de l’immeuble. T’en peux plus. T’as froid. T’es en sueur. Qu’est-ce qu’il fout ? Tu tournes en rond, tu voudrais qu’il arrive. Je vais clamser, te dis-tu. T’as la nausée. Mal au bide. Ça te démange. Faut qu’il rapplique. Te file la came. T’en as besoin. Juste un fix. Dans ton bras crevassé. Rien qu’un taquet et laisser glisser. Oui, laisser glisser. Tu le hais. Le détestes. Mais il te la faut. Et tu lui refuseras rien. Il te la faut et il l’a.

Ça y est ! Tu le vois. Il se pointe. Il t’a repéré. Tu lui souris. Il est ton sauveur. Il l’a et il s’approche. Tu le rejoins. Te colles contre lui. « T’en as ? » Il te repousse. Te réclame l’argent. Tu l’alignes. Il t’en réclame plus. Tu allonges. T’as tout prévu. T’es content. T’es un malin. Il te dit que t’es un malin. Tu confirmes. T’es un malin, t’es fier de toi. Tu le regardes. Il prend son temps. Joue avec toi. Tu le supplies : « donne-la moi ! » Il ricane. « T’es pressé ? » « Non, enfin si… » Tu insistes. « Donne-la moi ! » Et tu t’agrippes à sa manche. « Allez, s’te plaît ! » Tu chiales presque. C’est trop dur. « Me touche pas ! » Il se dégage. Il recule. Tu le débectes. Il t’a assez vu. N’a plus qu’une envie, que tu t’effaces. Alors, il sort de son blouson le képa. Ton petit képa. Te le sert. Tu trembles. Tu exultes. Le bonheur ! Le récupères et t’arraches. Sans te retourner. « À bientôt, ma gagneuse ! » Il se marre derrière ton dos. Tu t’en fous. Tu l’as. Au creux de ta paume. Ton petit képa. La poudre. Elle est à toi. Elle est pour toi. Et tu perds plus une seconde.

Tu l’emportes dans le local poubelle. La poses sur le couvercle d’un bac à ordures. Et retrousses ta manche. Bon dieu, elle est à toi. Tu sors ta vieille pompe de ta poche. Et tu ris. Tu ris parce qu’elle est là, que dans quelques secondes, tu la sentiras dans tes veines. Tu la dissous. La charges dans la seringue. La dose. Et une bonne. Tu tends ton bras gauche. Un petit nœud autour. Cadeau ! Tu serres. Tu regardes pas ton bras, t’as pas envie de savoir ; tu te contentes de shooter. Tu lâches. Le rush. Elle coule. Le flash. La fin du monde. Une de plus.

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commentaires

Jordy 10/02/2013 10:09


C'est de la bonne ! A fleur de peau. Et le petit noeud autour du bras, cadeau... Belle touche de poésie inattendu et émouvante

Castor tillon 08/02/2013 04:09


Le style et le ton qu'il fallait pour décrire la véritable angoisse des junkies. Bravo.

corinne 06/02/2013 18:25


Cadeau

Liliane 06/02/2013 18:24


waouuuuh !

Ryko. M 06/02/2013 13:18


Percutant.