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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 08:00
Jour-5.jpg 
 
Highway to hell
Ysiad
 
Je ne connais pas vos aspirations ni de quoi vos songes sont faits, mais pour ma part, j’attendais beaucoup de la fin du monde. Vraiment beaucoup, je vous l’avoue. Longtemps j’ai espéré très fort qu’en ce jour fatidique du 21 décembre, je serais exemptée d’aller bosser. Car si la fin du monde devait faire quelque chose pour moi, c’était bien celle-ci.
 
En me réveillant je me suis dit que quelque événement cataclysmique surviendrait sur le trajet, qu’il y aurait du déraillement dans l’air, du hasard, de l’imprévu, pourquoi pas une lame de fond, et c’est dans cet état esprit que j’ai pris la direction du métro avec en tête l’air de Highway to hell. Or il ne pleuvait même pas, ce qui est contradictoire avec l’idée d’un gros déluge que j’étais en droit d’attendre de la part des amérindiens, et j’ai espéré que la terre trouve le moyen de s’arrêter de tourner subitement, que tout se fige, clac ! Rideau, fin de la représentation, tout le monde descend, la suite sur une autre planète. Comme je me rapprochais des grands boulevards, j’ai constaté que les gens sortaient vivants du métro, avec, sur les visages, la même expression lasse que je connais bien pour arborer la même, alors je me suis forcée à sourire pour conjurer toute cette tristesse, et j’ai descendu l’escalier qui mène aux tourniquets, en guettant à chaque marche le grand big bang de fin. En passant le tourniquet je n’ai eu aucun problème, mon Pass Navigo a marché au quart de tour, toujours pas d’explosion en vue en descendant l’escalier, et rien à signaler lorsque les phares du métro sont apparus au fond du tunnel. Je commençais à être déçue.
 
A la station Saint-Augustin, j’ai bien eu un petit espoir ; le métro s’est arrêté, longtemps, sans raison majeure. Il y avait beaucoup d’effervescence sur le quai, des agents revêtus de leur gilet jaune parlaient dans des hauts parleurs pour inciter les usagers à libérer les strapontins et à laisser entrer les voyageurs, et l’attente s’est éternisée. On était tous là à la subir, avec l’affiche en noir et blanc du visage odieusement souriant de Carla Bruni faisant de la publicité pour un casque – comme s’il fallait inciter les gens à s’isoler encore un peu plus, dans une ville où le quidam qui ne porte pas d’écouteurs constitue l’exception à la règle –,  et j’ai vu le moment où tout sautait, booouuum, gravats, poussière, néant, dilution générale. L’explosion était sur le point de se produire lorsque cet imbécile de métro a redémarré. Je suis sortie à la station suivante, histoire de taquiner le destin ; j’ai grimpé les marches, j’avais deux rues à traverser et quelques pas à faire, il se passerait forcément quelque chose, un typhon devant le Monoprix, mais rien n’est arrivé hormis le 80, dans lequel je suis montée.
 
Comme l’autobus marquait un très long arrêt à Saint Philippe du Roule, je me suis dit que cette fois c’était la bonne et que je la tenais, ma fin du monde. L’exaspération montait sur les visages et à nouveau, j’ai attendu qu’une explosion survienne, une bonne grosse explosion de derrière les fagots, eh bien toujours pas, le chauffeur nous a demandé de descendre, le bus était en panne. J’ai repris un autre autobus en direction de la Tour Eiffel. J’eusse espéré d’elle qu’elle ait au moins la tête dans les nuages, mais rien de tout cela. Elle était tout d’une pièce, bien campée sur ses quatre fers, pour une fin du monde c’était franchement décevant, et bien sûr, toujours pas de gros déluge en vue. Je suis arrivée saine et sauve devant l’immeuble, même l’ascenseur était en état de marche, alors j’ai fait le vœu qu’il ait la bonté de se décrocher, mais il est monté d’une traite sans marquer aucun arrêt pour me cracher au sixième étage, où m’attendait le chef de service avec sa tête d’énarque.
 
Ce n’est pas parce que les fêtes approchent qu’il faut trouver le moyen d’arriver en retard, m’a-t-il dit de sa voix nasillarde, et c’est là que je l’ai vraiment regrettée, la fin du monde, tout en espérant très fort qu’il aille se faire voir chez les Mayas.
 
 

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commentaires

Jean 16/01/2013 03:36


Bah oui, mais, Ysiad, tu étais en avance. C'était le 12/12/12 à 12 h 12' 12'' que ton chef de service devait aller rejoindre les Mayas.


Merci pour cette tranche de bon et bel humour.

Lza 29/12/2012 18:17


Plaignez-les, ces petits-chefs: Ils sont opprimés par leurs supérieurs, qui sont aussi opprimés...etc,etc...

Castor tillon 25/12/2012 05:14


Il n'y a pas qu'Ysiad qui maîtrise la foirade : les Mayas ne sont pas mal non plus. Par contre, ils avaient des gémonies assez sanglantes, et ils n'ont jamais pensé à y vouer leurs petits chefs
exaspérants.


Nous, on ne sait pas prévoir la fin du monde pour dans quelques millénaires, mais on devrait en organiser une petite pour quelques tyrans d'entreprise qui élèvent la mesquinerie au rang
d'institution.

Liliane 24/12/2012 08:47


Une fin du monde sélective, une de celle qui fait disparaître les chefs hargneux et les envoie dans un lieu d'où ils ne pourront revenir ! Dommage.... il faut continuer de bosser pour eux !

le Belge 24/12/2012 08:46


On sent que c'est du vécu. On sent que ça se répète, encore et encore. On mesure bien la souffrance du héros. On compatit. Et on en viendrait à croiser les doigts pour qu'ils ne se soient trompés
que de quelques jours, les Mayas, histoire de te donner le courage de reprendre le travail, après les fêtes, Ysiad, avec l'espoir que cette fois, enfin, tout explose.


Et si ça ne vient pas, si le monde s'obstine, as-tu pensé à tuer ton chef? Tu peux déléguer, aussi, ça se fait...