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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 12:12

Fin-monde-A1.jpg

 

Bon, alors, c’est à quelle heure ?

Dominique Guérin

 

 

Et la réponse est : 8.3.2.10.15

Soit 8 baktuns, 3 katuns, 2 tuns, 10 uinals et 15 jours pour ceux qui savent lire le maya dans le texte ou plus exactement qui ont la traduc de leur roue calendaire. Soit encore : le 21 décembre 2012 (impossible d’y échapper, médiatiquement parlant) avec horaire différent suivant les « chapelles ». Flou temporel de mauvais aloi pour les visionnaires sans boule…

Car bien sûr, y’a interprétation plurielle comme dans toute prédiction.

Quoique les dérives du savoir sciento-matheux alliées à la crédulité humaine puissent traumatiser les paranos, moi ça me fait plutôt rigoler. Je pourrais donc sans souci dormir sur mes deux oreilles si je n’étais insomniaque chronique.

D’où ma décision d’affronter ce non-événement in live au lieu de me coltiner le comptage des moutons ou une rediff à la télé. Mon reality show en quelque sorte…

Prudent, j’ai d’abord consulté mon pote Google qui m’a illico fourni quantité de sites administrés par autant d’honorables chercheurs que de brindezingues illuminés. Guère plus fiables les uns que les autres, vu qu’on est tous dans l’expectative.

Je me méfie. L’Apocalypse selon Saint Jean annonçait déjà la fin du monde pour l’an mille et son exégèse a fichu une inutile pagaille chez les moyenâgeux chrétiens lambda ! De telles situations sont légion dans notre Histoire. La plus humoristique date du 11 août 1999, jour où Paco Rabane se ridiculisa avec sa révélation cousue de fil blanc. Du vécu qui, je m’en souviens, a nourri d’esclaffements quelques repas partagés entre amis… Faut savoir rire de tout quand le diable, finalement, ne danse pas sur nos tombes.

Jeudi minuit. La seconde suivante : rien. J’accorde à la trotteuse le bénéfice du doute. Qui sait si ma montre n’a pas un chouïa de retard sur l’horloge universelle.

Minuit cinq. Vendredi bien sonné. Moi, toujours sain et sauf dans le fauteuil du salon, sous le lampadaire halogène à deux abat-jour. J’ai privilégié le mode liseuse à l’éclairage général et je reste l’œil scotché aux aiguilles fatidiques sous l’unique lampe allumée. On n’est jamais trop prudent… Si « aujourd’hui » doit exister avec son irrémédiable lot de « demains », autant agir comme « hier » et réaliser des économies d’énergie. Je suis très pavlovien quand j’y songe…

Je répertorie les infos googueuliennes. Prochaine étape : 7 heures. Pourquoi ? Parce que… c’est le Maya Mundo Maya qui le dit, pardi. Ce vendredi 21 à 7 h du mat’ dans mon salon, il sera pile jeudi 20 minuit heure locale chez eux. Leur B.B.B. (Bing Bang Bis) nous est promis dans un futur immédiat qui me renvoie à un passé tout aussi immédiat. Au secours ! Je repense aux quatre-vingt jours de Philéas Fog qui n’en avait accompli que soixante-dix neufs pour son tour du monde… Stop. Je ne vais pas recalculer les fuseaux. Jules Verne a forcément blindé sa démo.

7 heures. Je me lave les dents. Rien de neuf sous le soleil absent. Je suis déjà habillé, costume-cravate-chaussettes Carnet-de-Vol. Go !

Au bureau, personne ne moufte. Chacun est tout ce qu’il y a de plus vivant, donc soumis à un timing de dingue, donc corvéable à merci. Pas une minute à consacrer à la fin du monde ; d’ailleurs on n’y croit pas, et quand bien même… Serait-ce vraiment une cata au regard du tas de boulot à abattre quotidiennement ?

Pause déjeuner. La grande aiguille de ma swatch attaque la treizième minute du cadran. J’ai le ketchup qui dégouline en savourant ce qui ne sera pas mon dernier Big Mac. Si, bien sûr, l’éradication totale était réellement prévue pour 12 h 12, instant hautement propice du solstice d’hiver, sic ! le Huffington Post . Théorie chère aussi à l’écrivain John Mayor Jenkins, cet illustre inconnu. Mais encore ? Je m’essuie les doigts, trouve la rue bruyante, hâte le pas vers le bureau, glisse un euro compatissant à Misère, l’éternel clodo dont le bien nommé clébard s’appelle Job, me retrouve assis devant ma pile de dossiers à traiter -d’urgence !-.

C’est reparti pour un tour. Pas de quoi pleurer mais pas de quoi se réjouir non plus.

L’après-midi s’écoule, s’achève, devient crépusculaire. Nulle alerte au chaos n’en a perturbé le traintrain.

Courtes vibrations désagréables le long de ma cuisse. Je dégaine mon portable. Lydie a tapoté un SMS laconique : « libre dimanche seulement ». Raté pour notre week-end d’amoureux. Tant pis, je me contenterai du jour du seigneur, à condition que Dieu nous prête vie.

Je n’ai pas sommeil. Ni faim. Je bouquine. Un polar. J’ai tort. Le suspens me tient éveillé…

Vendredi minuit. Le 21 décembre capote enfin dans la nuit noire.

Qui pour se sentir hors de danger ? Qui pour s’imaginer l’avoir échappé belle ? Combien de gens pour avoir ajouté foi à cette fable ? A quand les presciences Incas ou Aztèques ou Olmèques ou XXX pour relayer la Grande Peur Foutraque ?

L’après fin du monde est sur rails. Hélas, je n’entraperçois pas de nouveaux aiguillages…

Alors que, à la réflexion, le cauchemar prédit aurait pu nous offrir l’occasion d’une belle renaissance !

Je n’ai plus d’autre alternative que mon lit. Mais je freine des deux pieds. La faute à Google. Car si on se réfère à l’écrivain Luc Mary, en ajoutant une poudrée d’astronomie à la sauce maya, l’apothéose solaire nous explosera à 00 h 32.
Aujourd’hui. Samedi 22 décembre 2012.

Une petite demi-heure à patienter… ça vaut le coup de rêver encore un peu.

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commentaires

Lza 29/12/2012 09:48


Tout ce charivari me rappelle un énorme fou-rire de deux petites filles qui appelaient la grande soeur en criant;"Viens, on a peur"!

EmmaBovary 23/12/2012 12:20


Alors comme ça, la fin du monde serait faite pour occuper les gens qui s'ennuient?
Mince, je n'y avais pas pensé, je crpoyais que c'était pour cacher tout un tas de trucs (évasion fiscale d'Amazon, crise, tempête aux iles Samoa, Berlusconi qui veut reprendre la
politique...)!
Blague à part, très chouette ce texte! Surtout quand on sait, comme moi, qu'il a été écrit sur le pouce... C'est drôlement bien vu, bien maîtrisé et bien raconté. Chapeau!

Castor tillon 23/12/2012 07:04


En 1999, tous les employés d'une grande entreprise étaient montés sur le toît en terrasse avec des lunettes spéciales, et regardaient l'éclipse en attendant que le soleil ou je ne sais quoi
d'autre leur tombe sur la gueule. On passe notre temps à attendre des idioties au lieu de travailler d'arrache-pied pour faire gagner des sous à notre patron, c'est intolérable.

Liliane 22/12/2012 13:38


La demi-heure est passée et c'est le moment de décider si oui ou non on mangera du foie gras venu de ces pauvres oies bien gavées, elles aussi...