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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 08:00

StandardPoors.jpg

 

Petite histoire sado-maso de Miss Moody et Mister Poor

par Ysiad

 

 

 

Miss Moody portait bien son nom. Elle était capricieuse. Avait ses humeurs ; ses jours avec, et ses jours sans. Ses réactions étaient imprévisibles, toujours. Elle était sadique, aussi. C’était ce qui faisait son charme, disait-on dans les milieux boursiers. Quant à Mister Poor, il cachait bien son jeu. Il n’était pas pauvre du tout. A côté de lui, Crésus, c’était de la petite bière ! Au fond de ses yeux brillait le logo du dollar. Miss Moody lui trouvait un air canaille et quelque chose d’excitant dans le regard. Elle le fréquentait depuis qu’elle s’était mise en tête de dégrader à tour de bras. Je suis Miss Moody, donc je dégrade ! C’était le leitmotiv de cette ambitieuse née. Mister Poor s’en méfiait un peu, mais il aimait en secret Miss Moody. Ou pensait l’aimer. Quoi qu’il en soit, ses sautes d’humeur l’émoustillaient.  

 

En ce jour qui nous occupe, Miss Moody était d’humeur à dégrader. Dégrader : elle n’avait que cette pensée en tête. Elle était complètement obsédée à l’idée de faire dégringoler la cote de Mr Poor. Elle avait déjà méchamment dégradé du côté des Etats-Unis. Elle prononçait Zéta Zuni, comme tout le monde, mais avec son cheveu sur la langue c’était vraiment marrant à entendre. Toute harnachée de cuir, elle était allée donner du fouet à ses fréquentations bancaires qui avaient prêté de l’argent aux pauvres. Prêter de l’argent aux pauvres ; on n’avait pas idée ! Ce qu’il fallait supporter, tout de même ! Le plus ennuyeux de l’histoire, c’était que ses amis les banquiers s’étaient fait avoir par les financiers, et que la gabegie régnait depuis que les Etats avaient abdiqué leurs prérogatives - pour dire ça avec des mots gracieux - et laissé les marchés gouverner à leur place. Bref, personne n’y comprenait plus rien. Sauf Miss Moody bien sûr, sinon cette histoire n’aurait pas de raison d’être.

 

En ce jour qui nous occupe, donc, il était déjà plus de vingt deux heures à la grosse pendule qui trônait dans l’entrée de Mister Poor. Qui commençait à avoir une faim de loup. Miss Moody écrasa son index manucuré sur la sonnette en or de Mister Poor, et quand celui-ci ouvrit la porte, il crut défaillir. Miss Moody avait revêtu sa tenue en cuir noir avec des zip partout, celle qu’il préférait, parce qu’ainsi moulés, ses seins ressemblaient à deux gros bonus.

 

- Qu’y a-t-il pour le dîner ?, attaqua-t-elle en se passant la langue sur ses lèvres qu’elle avait charnues.

- De l’andouillette AAA, répondit-il d’une voix sensuelle, en traînant exagérément sur le dernier A.

- Encore faut-il que tu gardes ton triple A, mon ami ! siffla Miss Moody, et elle passa devant lui d’un pas de mannequin défilant sur un podium financé par Dior.

 

Mister Poor aimait les provocations castratrices de Miss Moody. La perspective de perdre son triple A lui refilait des décharges électriques dans les reins. C’était normal vu qu’il était maso. Miss Moody mit le feu aux poudres en désignant d’un œil aguicheur la table de la cuisine. En un tour de main, Mister Poor mit le couvert. Il était grand temps de passer à table !

 

Emporté par sa fougue, Mister Poor perdit son sang-froid, et là, que le lecteur me permette cet aparté, franchement, connaissant Miss Moody et ses instincts quelque peu sournois, ce qui arrivait à Mister Poor était prévisible. Depuis le début de la soirée, cette garce faisait tout pour le déstabiliser. Elle n’arrêtait pas de susurrer d’un air  provocateur: « On va voir si ton andouillette mérite encore un triple A » ; ou : « moi, la charcuterie, je l’aime quand elle est bien ferme ! ». Elle tenait des propos si déstabilisants que Mister Poor eut une panne de liquidités, qu’il tenta de surmonter par toutes sortes de contorsions. Or tout le monde sait que les contorsions sont vaines et aussi que rien ne sert de courir, il faut partir à point ; mais bon, c’est dans la nature de l’homme que de vouloir rattraper les choses, et c’est ainsi que les contorsions engendrèrent des soubresauts boursiers, beaucoup de bas, très peu de hauts, si bien qu’à la fin du repas, la table de la cuisine tenait davantage du champ de bataille que de la morne plaine. Miss Moody fit claquer sa langue : « Ton andouillette peut toujours courir pour récupérer son triple A ! » Et elle partit en laissant sur la table un gros B.

 

B comme Bof. Ou encore Beurk. La honte suprême !

 

Mister Poor n’était pas au bout de ses peines. Lorsqu’il apprit que Miss Moody s’était mise à la colle avec son meilleur ami, le gros Standard, Poor crut qu’on lui enfonçait un obus dans le cœur. Tout de même. Standard. Franchement. Non. Il n’y avait pas plus nul que ce type ! Standard, c’était le mec qui ne voyait pas plus loin que le bout de son indice et qui sans arrêt avait besoin de Poor pour lui indiquer comment aller au but. Standard et Poor étaient très liés, ils avaient beaucoup d’intérêts communs. Poor alla trouver Standard pour le raisonner, mais Standard lui dit que Miss Moody avait récemment accordé à sa Morteau la note la plus haute qui fût. « Même qu’elle a fait A….. A….. A…… rien qu’en la voyant » crâna le gros Standard en faisant trembler son menton bien gras.

 

Ecœuré par cette histoire qui se terminait en eau de boudin, Poor jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

 

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Les 100 derniers jours
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commentaires

Lza 01/02/2012 18:09


De toutes façon, j'ai toujours été contre les notes et les classements: c'est anxiogène, décourageant, ou ça fait enfler la tête! En plus, ça suscite des jalousies ou ou de la condscendance!

Laurence M 01/02/2012 09:30


Jubilatoire, tout simplement jubilatoire ! Moi je dis B, comme Bravo ...

ysiad 01/02/2012 07:37


Merci pour ces gentillesses. En effet Lza, Patou n'a pas de note, il est bien au-dessus de ça, il est indégradable sur son radiateur qui lui sert de piédestal.

Annick Demouzon 31/01/2012 17:20


De l'Ysiad dans son habituelle splendeur.


 

BLANC Chantal 31/01/2012 08:55


C'est excellent!    je dirais, supAAA