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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 08:00

Jour -82

 

Petite histoire de Miss Moody (2)

Ysiad

 

 

Peu après que la séparation de Miss Moody et Mr Poor fut officialisée et que les journaux se furent jetés sur leurs disputes pour en faire leurs manchettes : « Moody dégrade l’andouillette de Poor », « L’andouillette de Poor roulée dans la farine », « Mais où est donc passée l’andouillette de Poor ? », les affaires de la finance traversèrent une période de très grande dégradation. On ne savait plus qui était avec qui. Ni qui faisait quoi. Ni combien faisaient 3 x 3, et pourquoi Standard opérait un retour fracassant sur les marchés en poussant des cris d’orang-outang en rut, et pour quelle raison Poor ne cessait de dire que les performances de Standard, c’était de la daube par rapport aux siennes. Bref, il y avait du grabuge dans l’air, mais le plus ennuyeux, c’est qu’on ne savait toujours pas d’où venait le vent, et ça, c’était un vrai problème.

 

Il faut toujours, toujours savoir d’où vient le vent, surtout en période de crise.

 

Pour savoir d’où pouvait venir ce putain de vent de crise, les financiers tendaient leur doigt en l’air mais comme les récents événements leur avaient fait perdre la boussole, au lieu de l’index, c’était le majeur qu’ils pointaient vers le ciel, ce qui prêtait à confusion.

 

Et sans doute était-ce pour cette raison que le ciel, furieux de cette forêt de doigts d’honneur dressés vers lui et qui semblaient le désigner comme le seul coupable de la crise, le ciel en avait pris ombrage, et se refusait catégoriquement à afficher un temps clairement lisible.

 

Il y avait des perturbations de plus en plus nombreuses, des vents de plus en plus contraires et une multitude de nuages qui arrivaient tout fringants et galopants au milieu de l’été pour crever sans prévenir au-dessus de la mer Egée, comme s’il avait fallu absolument désigner un coupable dans le grand bordel général de la dégradation ambiante, et comme si ce coupable devait supporter sur ses épaules toutes les dérives profondes du monde que dirigeaient ces types qui prenaient leur majeur pour leur index, et suivaient avec grand intérêt dans les journaux les sautes d’humeur de Miss Moody, laquelle venait de larguer Standard.

 

Car Miss Moody en avait marre de ce gros Standard, beaucoup trop dans la norme à son goût, beaucoup trop porté sur la cuisine ranplanplan, et qui levait un petit majeur timoré vers les nuages en faisant des risettes pour implorer la clémence du ciel, afin que la crise, elle s’arrête un jour, et que Moody, elle lui revienne vite, oui, vite, sexy, canaille, toute habillée de cuir, avec des seins comme des bonus et la bouche pleine de ce fameux AAA qui sauve la situation de la débandade.

 

Du jour au lendemain, crac ! Plus de Standard.

 

Ce qu’il lui fallait, c’était Fitch, rien moins.

 

Fitch, le grand type ténébreux ressemblant à Georges Clounie des Zéta Zuni, dont la saucisse gros calibre n’avait encore jamais perdu son triple A. Fitch ne prenait pas son majeur pour savoir d’où venait le vent, il brandissait directement son poing vers le ciel, et cela lui avait valu de la part des journaux une réputation de dur, qui était revenue aux oreilles de Miss Moody, toujours en mal de mâle.

 

Ce fut elle qui provoqua la rencontre. Elle prit son téléphone et appela Fitch qui lui donna rendez-vous le soir même à son domicile. Fichtre ! fit Fitch, Miss Moody à dîner, j’ai intérêt à bien performer ! et il passa l’après-midi aux fourneaux afin que sa visiteuse garde de son art d’accommoder la saucisse un souvenir long en bouche.

 

A peine Miss Moody avait-elle mis le pied chez Fitch qu’elle attaqua en lui demandant de lui montrer comment il s’y prenait pour savoir d’où venait le vent.

 

Flatté par cette entrée en matière, Fitch ouvrit la fenêtre, brandit son poing au ciel et lança des injures, ce qui n’eut pas l’air d’impressionner le moins du monde Miss Moody. Arrête ton Fitch-fucking, lui fit-elle cavalièrement, comme elle aurait dit à Ben-Hur d’arrêter son char ;  t’as intérêt à te donner du mal pour garder ton triple A, Fitch ! claqua-t-elle, en manière de défi.

 

Fitch garda son sang-froid tout le long du repas. Il se montra particulièrement attentif à redresser la situation chaque fois que celle-ci avait tendance à s’infléchir, agrémentant ses propos de quelque saillie opportune pour relancer le mouvement, veillant à ne point bâiller entre la poire et le fromage à l’instar du gros Standard, à ne point s’endormir au moment du dessert comme l’avait fait Mister Poor, éreinté par le rythme que Miss Moody lui imposait afin qu’il maintînt sa barre au plus haut, à se montrer toujours attentif à prévenir les désirs de sa partenaire, en la resservant autant qu’elle le voulait, dès qu’elle le souhaitait.

 

Miss Moody se déclara satisfaite et le prouva en lâchant un AAA. Aussitôt, le naturel revint au galop, comme il se doit, et Fitch, qui s’était longtemps maîtrisé durant tout le temps de leur tête à tête, ne put se retenir de sortir une énormité.

 

Satisfaite ? fit-il, en macho de base gavé de séries télévisées, lorsqu’elle reposa sa fourchette.

 

Miss Moody se vengea de l’affront qu’il venait de lui faire en supprimant deux A, dès le lendemain, à son gros calibre.

 

Comme ses prédécesseurs, Fitch jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

 

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Les 100 derniers jours
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commentaires

jean 20/02/2012 00:56


Quel beau style coquin pour alpaguer les coquins. Bravo Ysiad !

Castor tillon 18/02/2012 04:02


Les doigts auxquels on l'associe sont secs.


Ysiad, tu es mon héroïne.

danielle Akakpo 16/02/2012 09:00


Ha, ha, ha, la coquine, avec elle, on comprend tout à la finance!

annie 15/02/2012 23:04


AAA,  je n'y comprends rien à toutes ces histoires mais là c'est curieux j'ai l'impression de comprendre tout à coup ! merci Ysiad ! un style qui rappelle celui de certaines chroniques que
nous aimons.  

Laurence M 15/02/2012 21:44


J'adore les histoires d' Ysiad truffées de jeux de mots, qui parlent d'andouillette et finissent en noeuds de boudin !