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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 08:00

Jour--75.jpg

La poule et les conseilleurs

Jean Calbrix

 

 

Un jour dans une ferme, une accorte poulette,

La plume bien soyeuse et faisant des jaloux,

Se plaignait de son nid dans un buisson de houx

Attirant le renard, le putois, la belette.

 

Pour protéger ses oeufs et ses mignons poussins,

Elle aurait bien aimé les murs d'une bâtisse,

Un poulailler en dur, afin qu'elle jouisse

De la sécurité loin de ces assassins.

 

Elle aurait bien donné plumes de son plumage

Pour acquérir ce havre où l'on goûte la paix,

Où l'on couve ses oeufs sur un tapis épais

Sans souci du grand froid, du vent et de l'orage.

 

Elle alla demander conseil aux autres gens :

Comment construire un mur, un toit, une charpente ?

Existe-t-il ici quelque bâtisse en vente ?

Espérant la réponse à ses besoins urgents.

 

Le premier qu'elle vit, perché dessus des grumes,

C'était le sieur canard se dorant au soleil.

Il réfléchit et dit, que dans un cas pareil,

Il savait qui savait, ce, moyennnant trois plumes

 

Que paya la pauvrette ; il dit que le dindon

Etait très bien placé sur les abris en pierre.

Elle alla donc le voir. Soulevant sa paupière,

Le gros gallinacée enfla son gros bedon,

 

Se vanta bien d'avoir des maisons, des chaumières,

Mais qu'à l'instant, hélas, tout était retenu.

Pour l'heure, il connaissait un secret bien tenu

Qu'il confierait ici de grâce et sans manières

 

Contre tout un bouquet de plumes d'aileron.

Elle accepta, naïve. Il lui dit que la vache

Avait dans son étable un coin sous une bâche,

Qu'elle y serait à l'aise auprès d'un percheron...

 

Ainsi la pauvre poule alla de l'un à l'autre,

Subissant chaque fois un dur prélèvement,

Si bien qu'elle revint au bout de l'errement,

Nue, auprès du canard, riant, le vil apôtre.

 

 

Piteuse et déconfite, elle alla sous son houx,

Couva ses oeufs gelés du soir jusqu'à l'aurore

Mais sans le chaud de plume, ils ne purent éclore.

La pauvrette mourut d'une mauvaise toux.

 

Méfions-nous des conseilleurs

Ce ne sont pas eux les payeurs.

Au loin, fuyons-les comme la peste

Déplumés nous serons si l'on reste.

 

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Les 100 derniers jours
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commentaires

Jean 24/02/2012 22:44


Merci à tous et à toutes. Je n'ai pas encore barbouillé, Patrick, mais peut-être le ferai-je dans une seconde vie. Histoire d'être le mec qui devint ci. Je ne suis pas sûr, tout de même, que cela
puisse enthousiasmer les foules. Je préfèrerai bidouiller les moteurs des voitures, ça, ça me branche. Mais quand il n'y aura plus de pétrole...

jordy 23/02/2012 20:14


Quelle verve, quel talent même !! Humour, finesse et élégance. Quant aux conseiller, le Guano aurait presque pu donner son nom à un fidlèle conseiller de notre cher président, s'il n'était
certain qu'il n'était engrais que pour lui et ses proches. Mais notons que de la poule à la mouette, il n'y a que quelques oisillons à plumer. Entre le chauve sourd et la chauve souris, il ne
manque qu'un i. Entre le guano et le conseiller, comme dirait Fernandel, "aussi !"

romashov.claude 23/02/2012 17:30


Délicieusement terrible ! Pauvre poulette !

Laurence M 23/02/2012 10:49


Jolie fable !

Victorin 23/02/2012 09:30


De la vraie poésie ! Magnifique !