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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 08:00

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Le discours

Joël Hamm

 

 

Citoyennes, citoyens, merci d’être venu si nombreux  défendre avec moi les valeurs qui au cours des siècles ont fait la grandeur de notre pays et qui, vous le savez, sont en but aux attaques les plus basses. Pas de panique, nous vaincrons. De tout côté les renforts accourent. Ainsi, j’ai l’honneur de vous présenter ce soir quelqu’un de grand mérite qui m’assistera dans la lourde tâche de mener à bien notre politique qui, pour austère qu’elle soit, dégagera pour chacun d’entre vous un espace de bonheur et de joie, certes limité mais néanmoins vital en ces temps de vaches maigres où le veau d’or est toujours debout. Je vous demande donc d’applaudir quelqu’un d’exceptionnel. Quelqu’un, c’est vague me direz-vous. En général la préposition indéfinie quelqu’un peut aussi bien désigner une personne remarquable - Ah, c’est quelqu’un ! – qu’un parfait inconnu. En effet, quand vous demandez : Quelqu’un peut-il me donner l’heure ? Vous avez peu de chance de recevoir ce don d’une vedette du cinéma ou de la chanson. Un passant anonyme et sans charisme peut parfaitement vous renseigner. Vous devriez vous méfier. Va savoir à qui cette personne aura subtilisé ce qu’elle vous offre si généreusement alors que le temps est un espace partagé qui appartient à tout le monde, où chaque être humain est plongé gratuitement dès sa naissance - bien que le processus soit coûteux à la longue et que tout un chacun en fasse les frais un jour où l’autre. Citoyens, boutons hors de nos frontières les voleurs, les laxistes et les négligents ! Que chaque français se dote des moyens techniques nécessaires à son repérage dans le flot temporel et qu’il ne compte plus sur la charité de ses concitoyens ou, pire, sur celle de l’état déjà suffisamment endetté par la politique irréaliste de nos prédécesseurs, impécunieux dispensateurs de biens sociaux injustement distribués à des personnes dont l’identité nationale est douteuse. Cessons d’encourager l’assistanat ! Ceux qui redoutent d’exhiber à leur poignet une montre bas de gamme, révélation honteuse de leur manque de réussite sociale, doivent savoir qu’en n’ayant plus besoin d’adresser la parole à des inconnus ils éviteront au moins d’être la victime d’un de ces malfrats de piètre extraction qui rôde dans nos rues pourtant les plus sûres du monde grâce aux caméras de surveillance et à nos vigilants voisins organisés en milices. Demandez l’heure ou son chemin à un étranger – de ceux que l’on n’a pas encore renvoyés dans leur savane, faute de kérosène à prix abordable - c’est cherchez les ennuis ! Nos policiers, dont l’effectif a dû être réduit pour faire face aux exigences du budget, ont déjà bien d’autres chats à fouetter. Manière de parler, bien entendu, le fouet n’étant donné qu’à des humains coupables de déviance, pas à des animaux. En ce qui concerne les animaux, nous avons d’autres moyens - l’électrocution, le merlin - bien plus respectueux de la bête que le couteau rouillé utilisé par des communautés archaïques. Pour plus de précisions sur nos méthodes, adressez vous aux bouchers présents dans la salle dont j’aperçois la bannière syndicale. Merci de votre fidélité, humbles travailleurs de la viande, pourvoyeurs d’os à moelle et de rumsteck saignant. Les végétariens n’ont qu’à bien se tenir... Mais revenons à la question du civisme. Posséder une montre en état de marche est le premier pas vers le respect de nos institutions. Cela vous permettra par exemple d’arriver à l’heure à votre rendez vous à la maison de l’emploi, ce qui est la moindre des choses quand on sait que l’exactitude est la politesse des pauvres et que nos fonctionnaires en nombre réduit désormais n’auront que quelques minutes à vous consacrer. Il n’y en aura pas pour tout le monde. Qu’on se le dise ! Où en étais-je ? Oui… à vous consacrer… En ce qui concerne votre consécration je vous recommande de contactez le personnel ecclésiastique qui assure la bonne tenue de cette salle. Le premier curé venu saura vous satisfaire. A moins que vous ne le satisfaisiez vous-même si l’homme est assez pervers pour se soumettre à vos pulsions. Alléluia ! Mais revenons à nos moutons. Manière de parler, ces animaux se moquent bien d’être redevable de quelqu’un et suivent leur instinct grégaire, tels d’écervelés électeurs, indifférents à l’heure qu’il est et au temps qu’il fait, bien protégés par une épaisse toison qu’il est nécessaire de tondre régulièrement. N’oublions jamais que le troupeau n’est rien sans le chien et que le chien obéi au berger qui lui, n’a pas besoin de montre pour arriver à son heure. Et justement, il est temps d’accueillir parmi nous celui ou celle que vous attendez avec l’impatience qui vous caractérise, ô contribuables dévoués et néanmoins récalcitrants ! Un homme, une femme ? Chabadabada... Surprise ! En me contentant d’évoquer quelqu’un au début de ma présentation, vous ne pouviez en effet deviner le sexe de cette personne. Même d’une femme, on a l’habitude de dire (rarement, je vous l’accorde) : C’est quelqu’un ! On devrait employer la proposition quelqu’une, heureusement inusitée. Si elle ne l’était pas (inusitée !) et que notre invité en était une (invitée), j’aurais pu m’exclamer en pensant à cette hypothétique héroïne : Ah, c’est quelqu’une, vous savez ! Mais vous auriez cru à une faute grammaticale et comme je désire seulement à présenter mon quelqu’un sans m’étendre sur ses mérites - bien que je l’admire beaucoup - je précise que mon quelqu’un est un homme. Voyons voir de plus près. En disant cela,  je me rends compte que cette expression ne signifie rien à vos yeux puisque elle peut-être employé aussi bien par un aveugle. S’il y en a un dans la salle, qu’il me précise la manière dont il reconnaît que quelqu’un est un ou une, cela m’éclairera sans l’éblouir et nous pourrions... Suis-je assez clair ? Certainement, puisque vous m’avez élu. Mais brisons là et résumons. Celui qui attend derrière ce rideau, ce mystérieux quelqu’un, est vraiment un être d’exception, croyez-moi ! Un homme providentiel que vous apprécierez tout spécialement. Avec le temps, cette personne comptera pour vous. Que comptera-t-elle, il faudra lui spécifier. C’est vous l’employeur. Ça ne me regarde pas. Je me contente de mettre les gens en présence, à eux ensuite de s’arranger entre eux dans un marché libre et non faussé. Faussé par qui ? Par la concurrence déloyale des services publics. Rien à craindre avec celui dont je parle qui est un homme public dotée d’une intense vie privée. Privée de quoi ? De rien. L’homme a su tisser des liens étroit avec la finance internationale - Dieu la protège ! -  qui veille sur l’équilibre du monde. Souvenons- nous au passage que des liens trop lâches font douter d’une relation véritable et que si vous les resserrez trop, vous provoquez la mort de votre interlocuteur. Louons donc la mesure et la force de notre champion ! Peuple avide de biens matériels, fervents contempteurs du désordre, je vous demande d’accueillir maintenant avec tout le respect qu’on lui doit et la servilité qui vous caractérise ...

Soudain, l’orateur se rendit compte du silence qui régnait dans la salle. Il releva les yeux de ses notes. La salle s’était vidée. Dans les coulisses, il ne trouva personne non plus.   

Il se mit a hurler : Y a quelqu’un ?

 

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Les 100 derniers jours
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commentaires

ysiad 07/04/2012 19:48


En effet, espérons que l'issue qui se rapproche éradique les types qui font la couverture de Paris Match après quatre heures de maquillage (voir article du Canard enchaîné de mercredi) et
pratiquent la langue de bois en promettant tout et n'importe quoi. Non, non, non, nous ne sommes pas des moutons !

Castor tillon 07/04/2012 03:58


C'est le maire de Champignac ! C'est le Peppone de Guareschi !

Lza 03/04/2012 10:05


Cela n'enlève rien

Lza 03/04/2012 10:03


En relisant, avec jubilation, votre texte, voilà que je découvre une nouveauté grammaticale: "Quelqu'un",>. Il me semblr bien que c'est un pronom indéfini.
Cla n'enlève rien à la franche rigolade qu'a déclenchée votre article! Et je rève d'un pathétique>

joël H 02/04/2012 20:10


Oui, cher Jean, je préfère aussi "en butte aux attaques". A part ça, j'aimerais que ton pronostic concernant l'issue de ces désolantes élections soit  juste. Place au peuple qui prend son
destin en main...