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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 21:35

Vous le savez, le café n’est pas seulement un débit de boissons, ni une auberge ou un bastringue, le café est une espèce de théâtre imaginaire où les acteurs ont envie d’aller et venir, de danser, de voler dans les airs, d’être dans l’éternité d’un poème, d’être un livre singulier avec son odeur propre, secrète et bouleversante, d’avoir l’esprit chargé des histoires des uns et des autres.
Danielle Hymbert- Zenaïdi est venue au café, a humé quelques bouffées de musique et s’est lancée…

 

La fonderie de caractères

 

Au 8 rue de l’Abbaye, derrière la cathédrale Notre-Dame à Paris, se trouve une fonderie de caractères pour l’imprimerie et la reliure.

L’écusson en cuivre et en laiton orne la porte depuis sa création en 1871. Les ouvriers spécialisés qui y travaillent sont les dépositaires d’un savoir-faire ancien, ancré dans la tradition et le bon goût. Ils ont su évoluer avec les techniques nouvelles.

Les derniers descendants des fondateurs, les trois frères Bertrand se sont séparés à la suite d’une querelle d’intérêts. Louis voulait ses parts pour s’installer en Patagonie y élever des chevaux, Georges, dit Jojo, parcourait toute l’Europe et brûlait sa vie dans les endroits les plus louches. Le dernier, Pierre, un homme très austère, tenait à bout de bras les rênes de l’entreprise.

Après le partage, les temps furent difficiles pour la fonderie, malgré les nombreuses commandes pour l’édition de livres rares destinés à des bibliophiles.

A Anvers, Jojo rencontra Mademoiselle Irma. Ce fut tout de suite entre eux l’amour fou ; elle tenait dans une ruelle sombre près des docks une maison de tolérance au nom poétique " Au Carrosse doré " ; ils se mirent en ménage et… en affaires ; l’entreprise fut florissante ; ils vécurent riches et heureux pendant de nombreuses années ; 5 enfants vinrent égayer leur doux foyer.

Pourtant, un jour Jojo et Irma durent rentrer en France ; l’affaire familiale périclitait ; c’était en raison d’une mauvaise gestion, de placements hasardeux, de désaccords entre les actionnaires.

Le frère qui menait la société depuis la mort du père n’avait pas un grand sens du commerce et il était ennuyeux : jamais il ne riait, il ne se distrayait point, travaillait sans cesse ; d’ailleurs il n’a jamais pris le temps de se marier, trop occupé disait-il.

Avec quel argent renflouer l’entreprise familiale léguée par les anciens ? Faire appel au crédit bancaire ? Impossible ; c’était la crise ; on venait d’entrer en récession, les plus optimistes parlaient de croissance négative. Qui et que croire ? Jojo et Irma, consultés par écrit, firent une proposition... Ils pouvaient apporter des capitaux.

Ce fut pour Pierre un dilemme ; comment accepter l’argent malhonnêtement gagné ; c’était contraire à son éthique personnelle et à tous ses principes moraux. A quoi bon avoir vécu et travaillé honnêtement toute sa vie pour en arriver à un tel choix ?

Lorsque sa belle-sœur anversoise fit son apparition, là devant lui, il eut un choc émotionnel, le premier de sa vie; elle était  si belle, grande, rousse, les cheveux bouclés, court vêtue et elle portait des escarpins rouge et doré. Jamais il n’avait vu une telle créature. Et elle en avait du caractère ! Une maîtresse femme ! Sa seule apparition mit fin à tous ses scrupules. Il fondit.

D’un commun accord tous les trois changèrent le nom de l’entreprise et l’appelèrent " Au Carrosse doré Bertrand Frères et belle-soeur " 

 

 

Danielle Hymbert-Zenaïdi a une cinquantaine d’années, deux fils, une formation en gestion. Elle a vécu longtemps à l’étranger. Lotoise de cœur et d’adoption mais originaire de Paris.

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Bal des 500
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commentaires

ANNA 29/10/2009 07:12


Quand les émotions se mettent à gouverner les actes, la voie de la sagesse cède le pas aux sentiments.


Gaby 28/10/2009 07:35


Pauvre Jojo !il a bien fait de rentrer en France. Ah la famille j'vous jure.


Thomas 27/10/2009 22:55


Une bien belle petite plume.
Compliments à Danielle Hymbert-Zenaïdi.


Jean-Pierre 27/10/2009 22:14


Ce que je ressens à cette lecture, Danielle, c'est que tu as posé les jalons pour écrire un livre. Trois personnages, trois caractères différents, que l'on aimerait voir évoluer chacun de leur
côté sous ta plume. Il y a du pain sur la planche, mais aussi une belle aventure à la clef.Penses-y.


Mickaël 27/10/2009 16:57


Un événement inattendu et perturbant pour cet homme intègre : l'Amour. Comme quoi il ne faut jamais désespérer, tout vient à qui sait attendre.