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21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 14:36

Grâce à Suzanne Alvarez et ses invités le café bat son plein pour le bal des 500. Figurez-vous que Claude Romashov a eu l’idée de venir nous saluer accompagnée de quelques personnalités qui seraient à l’origine de tout ce qui existe et in fine de l’organisation même de ces réjouissances… jugez-en par vous même…

 

 

 

La première fois

 

La première fois que Dieu le Fils créa le poisson, il oublia d’en construire la structure. Les chairs se désagrégèrent immédiatement dans l’eau bien que modelées avec beaucoup de savoir-faire. Dieu le Fils mortifié, trépigna et secoua les nuages drôlement bien accrochés au ciel. Il faut dire que son Père était un architecte de génie puisqu’il avait déjà imaginé les plans de la Terre. Mers, montagnes et volcans, routes (ratures sur un calque), fleuves et plaines. Le décor était mis en place. La soufflerie du système solaire posait un problème car le vent trop jeune, ne voulait pas arrondir les angles ni s’époumoner tel un Zéphyr joufflu. Les nuages se télescopaient et jouaient à l’auto-tempo. Pour les néophytes qui n’en connaissent pas les règles, c’est un jeu très rigolo et assez dangereux qui consiste à s’entrechoquer sous la poussée électrique de la foudre et des éclairs. Le malheureux perdant se voit noircir et s’écouler en pluie diluvienne par la mauvaise grâce du Foudre de guerre, le grand artificier du jeu. Quant au soleil, il préférait tirer la queue des comètes bonnes filles chevelues, plutôt que réchauffer la terre.

Dieu le Fils tout contrit tira la manche du Père.

" Père, je n’arrive pas à composer la partition de ce poisson qui commence à me pomper l’air avec ses branchies qui ne m’inspirent pas. "

Le Père fronça ses sourcils blancs car il n’aimait pas les gros mots. " Il faut petit de la patience et la main plus légère ". Le vieux sage examina plus attentivement les restes de ce qui aurait dû être un poisson.

Pour la peau, le gamin avait vu juste. Il avait recouvert son chef d’œuvre d’écailles de couleurs rouge, noires et blanches du plus bel effet. Quant le Père dépouilla la créature sans âme, il ne lui resta qu’un amas rosâtre qui lui glissa entre les doigts. Pas très bon tout ça. Les chairs bien que pleines ne tenaient à aucune vertèbre. Dieu le Père ébahi, vit que son fils en voulant l’imiter avait construit un poisson qui ne reposait sur aucune épine dorsale. On enseigne pourtant dès la maternelle dans la famille Dieu que la nature a horreur du vide.

Il ne gronda pas son fils, le gamin était encore jeune dans la profession et manquait d’Esprit Saint. Le vieux bonhomme Dieu savait combien il est difficile à partir d’une fichue pomme de construire du solide, du vivant. Surtout quand une créature perfide appelée serpent lui gobait les pommes de l’arbre fécond. Et encore, une fois achevée, elle risque de vous échapper bizarrement happée par le pouvoir attractif de la Terre. Une planète subversive qui n’obéissait pas au doigt et à l’œil de son Créateur. Dieu le Père expliqua posément à son fils les étapes de la Construction Divine.

" Même s’il s’agit d’un poisson " s’étonna le Fils.

" Toute créature même la plus infime est une créature de Dieu. "

L’argument imparable laissa le jeune Dieu sans voix. Il s’appliqua à la tâche et sortit une maquette un peu rigide qui ressemblait à un poisson. Après des jours et des nuits d’efforts, le Divin Fiston présenta à son Père une magnifique carpe japonaise. Très belle, quoique un peu figée, dénuée de nageoires et de bouche.

Devant tant de négligence, Dieu le père se fâcha. Les nuages frissonnèrent et se resserrèrent en cumulus avant de jouer à saute-mouton. Même devant le déluge, les nuages ont l’humeur primesautière.

A quoi bon prêter ses meilleurs outils à un apprenti s’il ne sait pas correctement les utiliser ? Dieu le Père était vraiment fâché.

Tout penaud, le Fils reprit son chantier en commençant par fabriquer ses propres outils et sortit de la presse le poisson pensant. Un poisson où soufflait l’esprit divin. Un modèle unique et fort beau ma foi.

Quand le Père vit le résultat nageant dans le fleuve des Délices, il félicita chaudement son Fils et, lui confia à l’oreille un secret de la plus haute importance.

" Fais attention petit, ne multiplie pas trop les poissons car il faut éviter toute revendication chez les créatures moins élaborées. Mais tu vas encore t’amuser car nous allons façonner l’homme à notre image maintenant. "

" Qui prétend que la Création n’a pris à Dieu que sept jours n’a jamais mis les mains dans la glaise ! "




Claude Romashov : je suis née dans le gris. Mais je me suis vite rapprochée de la lumière de la Méditerranée. Lumière qui flatte mon œil de peintre, et puis, j’ai découvert l’écriture en 2003.

J’ai 2 nouvelles publiées par l’ACLA en 2007 et 2008 et deux nouvelles policières primées au concours de la MEL à Marseille en 2008. J’ai aussi des parutions dans les revues " Pr’Ose ", " Les Hésitations d’une Mouche " et " Locomotif " On peut lire deux de mes textes sur le blog de l’Antre lire et deux autres sur celui de Magali Duru, ainsi que quatre de mes nouvelles sur le site " Bonnes nouvelles ".

Email :  romashov.claude@free.fr

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Bal des 500
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commentaires

Régine 24/10/2009 19:17


J'ai passé un bon moment. Merci pour ce texte savoureux, Claude.


ANNA 22/10/2009 15:59


Très drôle !


Driss 22/10/2009 15:22


Bel humour. Félicitations Claude.


Jean-Pierre 22/10/2009 09:53



J'ai toujours eu un doute sur la seule participation de Dieu pour créer les êtres. Cette version de Claude me confirme que le "petit" lui a donné un bon coup de main.Est-ce lui, qui en
bricolant pour épater son père a fait respirer un peu de mercure au poisson naissant? Une chose est sûre, il y a encore des traces...
 



Joseph 21/10/2009 22:46


Géniale la photo et le texte super. BRAVO !!!!!!!!