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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 14:45

Invitée de la dernière heure, Ana Surret propose de nous rafraîchir un moment et de goûter un peu l’air de la mer avant le bouquet final…



La mer


Horizon sans bornes, le ciel dans l’eau, l’eau dans le ciel, l’œil hypnotisé se noie dans une brillance bleutée aux tons changeants, et se réveille à la vue d’un frêle esquif laissant une fragile écume dans son sillage.

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La mer s’esquive emportant avec elle le sable que les pieds ne peuvent retenir, et revient sournoise au-delà de la limite repérée, abandonnant d’éphémères bulles et des débris de posidonie.


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Chaude sous le soleil d’été, elle invite à l’abandon, baignoire géante accueillant mille nageurs qu’elle surprend par une brusque vague surgie d’ondulations douces et régulières, amorce d’un chahut naissant sous le vent, devançant l’orage.


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Furieuse, les vagues montent à l’assaut des rochers dans un mouvement tant et tant de fois répété que la pierre est creusée de mille trous, l’éclatement violent des vagues disperse bien au-delà de la promenade une écume salée poissant les cheveux des promeneurs téméraires.


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Quelques nuages mouchètent encore le ciel, l’eau agitée n’a pas retrouvé sa limpidité, elle s’apaise, sa furie se mue en caresses appuyées, les vagues abandonnent sable et algues en cordons parallèles, des pêcheurs en suroît jaune trempent du fil dans l’eau brouillée, la mer leur appartient pour un temps encore.

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Le navire haut comme un immeuble de dix étages est solidement amarré au quai, son flanc ouvert en trois points avale les provisions, les bagages et le flot des voyageurs, la passerelle pentue oscille sous leurs pas faisant naître une appréhension chez certains, les portes sont refermées, coups de sifflets et ordres au porte-voix dominés par la sirène scandent le départ, un long tressaillement se répand de la poupe à la proue, le navire s’éloigne du quai aidé par les remorqueurs et tourne son étrave vers le large, un claquement sur l’eau à peine audible, les remorques ont été décrochées et le paquebot file plein sud sous le soleil de midi.


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Le navire est chahuté en tous sens, agrippés au bastingage du pont sous la salle des commande, où l’on imagine le capitaine scrutant le noir et ses aides les yeux rivés sur les écrans radars, nous résistons au vent, aux embruns portés par les paquets de mer qui s’écrasent au-dessous de nous, le pinceau d’un puissant projecteur éclaire la confusion liquide, depuis deux heures, la modeste houle dans laquelle batifolaient des dauphins s’est transformée en tempête, la mer se creuse et s’élève formant des vagues de plus en plus haute, elle a finalement raison de nous et nous renvoie à l’intérieur.

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Bal des 500
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commentaires

Joël 08/11/2009 10:39


Quel talent dans les mots et l'image dans cette manière de nous présenter la Mer. Bravo Ana !


Marie 08/11/2009 08:36


Cette présentation de "l'immensité" aux reflets métalliques est une vraie splendeur, et la prose qui l'accompagne est à ravir. Compliments ! Ana.


ANNA 08/11/2009 06:22


Belle évocation poétique de la mer.
Bravo Ana Surret !


jackie 07/11/2009 22:00


Belle image et belle prose poétique. Ca fait rêver. Clap ! Clap ! Clap !


Laure 07/11/2009 17:42


Une façon originale de raconter la mer. Et quel beau couchant !