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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 22:11

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La période estivale serait-elle hors du temps ? une incontournable variation saisonnière ? un intervalle paisible pour les sédentaires ? L'été est propice à toutes les audaces. Figurez-vous que c'est durant cette période que se pensent et se font les grandes choses de la vie. Oui, assurément. D'ailleurs il n'y a pas que le barman pour imaginer que l'on puisse réfléchir sous le soleil. Il y a Yvonne Oter. Vous la connaissez Yvonne, elle n'est pas du genre à s'absenter du monde et faire une croix sur l'essentiel,. L'été était déjà à l'œuvre qu'elle pianotait encore sur son clavier. Même quand elle n'est pas dans son assiette, elle garde le lien. Encore et toujours. Au risque d'oublier de passer la serpillière et quitte à avoir les nerfs en pelote Yvonne ne rate jamais un rendez-vous.

Nous voilà au cœur de l'été et force est de constater que La Femme Popote veille sur notre confort...

 

 

7. Le clavier.

" Je suis sale, puant, maculé de partout. S’il n’y avait qu’un peu de poussière pour m’enlaidir, je serais ravi. Mais des taches d’origines diverses me défigurent hideusement. C’est la faute à tout ce que mon utilisatrice utilise en même temps qu’elle me tape dessus. C’est facile, pour elle, elle ne tape qu’à un doigt, le majeur de la main droite. Alors, les neuf autres sont disponibles pour le reste. Mon U garde les traces de ketchup d’un sandwich au poulet. Mon S est tout collé du soda qui a débordé d’une canette trop agitée. La queue de mon Q est irrémédiablement polluée par une goutte de vernis à ongles rouge vif. Ma touche " majuscule " est brûlée par une cendre de cigarette mal éteinte. Je n’ai plus aucun genre, je ne suis plus présentable, j’ai honte de me voir aussi moche. C’est pour quand, le grand nettoyage de printemps ? "

En tirant la langue, je commence à écrire la grande lettre qui va décider ou non de la réconciliation. " mon cher jac ue , … ".

 

8. Les cinq assiettes.

C’est reparti ! Les assiettes commencent à s’empiler les unes sur les autres au sortir de l’évier où elles se prélassaient dans une chaude savonnée. Cette manie de toujours faire des pyramides avec la vaisselle, comme s’il n’aurait pas été plus simple de l’essuyer au fur et à mesure. Mais non. Les assiettes sont déposées sur un plat à gratin qui surmonte lui-même un grand saladier qui recouvre les couverts mêlés à divers raviers.

Aie ! Ce n’est vraiment pas une bonne idée de mettre par-dessus le couvercle de la grosse marmite en fonte ! Les assiettes frémissent d’angoisse, elles le sentent mal, ce coup-là. On ne le leur avait jamais fait. Le couvercle pèse, incommode la dernière de la pile qui cherche à s’en décharger en glissant légèrement de travers, qui déséquilibre celle qui la précède, qui cherche à se rattraper où elle peut, mais qui, compromettant définitivement l’entassement, fait s’écrouler l’ensemble de la vaisselle. Les plats sont sauvés par un réflexe inouï mais les cinq assiettes s’écrasent au sol dans un ultime hurlement de panique. Avec le couvercle…

D’un autre côté, ce n’est pas une mauvaise chose ! Dès demain, je pourrai aller m’acheter ces merveilleuses assiettes rectangulaires, en verre légèrement bleuté, que j’avais trouvé tellement belles la semaine dernière.

 

9. Le lien.

Le lien fixé sous le sac poubelle gémit sous les manipulations de plus en plus fébriles qui le triturent. Il se tord, se plie en quatre, se dénoue, se serre, enserre, glisse, collette, ripe, ondule, se tend, se détend, gémit, roule, lace, délace, rien à faire ! Le sac poubelle résiste et ne se laisse pas prendre à toutes ses ruses.

Pourtant, son contenu a été bien tassé, écrasé, pilé. Son volume reste trop important pour accepter de subir un emprisonnement par le lien. Celui-ci va connaître la plus grande humiliation de toute sa carrière : être arraché et jeté parmi les détritus. Comme si c’était sa faute !

Puisque ça ne marche pas avec ce bête lien de plastique, je vais fermer le sac avec le large rouleau adhésif que j’ai utilisé pour sceller mes caisses lors du déménagement. Tant pis si c’est moins facile à transporter, mon mari n’aura qu’à se débrouiller…

 

10. Les moutons.

Le peuple des moutons est un peuple sage. Il croît et se multiplie avec lenteur, en prenant son temps, en laissant le temps au temps. Le peuple des moutons n’est pas nomade. Là où il naît, il vit, bien au chaud, en sécurité, sans esprit vain d’aventures hasardeuses. Le peuple des moutons forme une tribu où la vie est calme, harmonieuse, sereine.

Une fois par an, se prépare l’Aïd El Kebir. Alors, le peuple des moutons est rassemblé à grands coups de balai, énergiquement, mais sans brutalité excessive. Quand tous les individus sont réunis, apparaît le long tunnel scintillant chargé de les transporter vers le lieu du sacrifice. En grande pompe, avec musique ronronnante et souffle divin qui les aspire vers leur destin. Tous ensemble, sans exception. Et tout est bien, ainsi que le prévoit la fatalité prévue par les prophètes.

Ouf ! Je range l’aspirateur dans le placard avec un grand soupir de soulagement. Encore une chambre dont j’ai terminé le grand nettoyage. Mon dos est douloureux mais je suis satisfaite du résultat : plus rien ne traîne sous le lit.

 

11. La serpillière.

Les coins se sont mis en grève et leur mouvement de résistance prend de l’ampleur au fil des jours. Non mais ! Pourquoi faudrait-il toujours qu’on s’en prenne à eux, systématiquement, sans répit ? Les coins en ont tout simplement assez de se faire pourchasser par la serpillière.

Au début de leur contestation, ils semblent obtenir des résultats et leur ennemie jurée, maniée par une main masculine, les laisse désormais en paix. La serpillière lave à grande eau le centre de la pièce, mais ne vient plus les harceler de manière agressive. Alors, les coins en profitent, se vautrent dans les noirceurs qui les envahissent et en oublient peu à peu les affres du frottage et du récurage réguliers.

Après trois semaines de tranquillité béate, il leur faudra bien déchanter. La maniaque est de retour et la serpillière, reprise en main avec fermeté, les traque de plus belle.

Si c’est pas malheureux ! Trois semaines de maladie, et il fait tout de suite dégoûtant, ici ! Je ne peux compter que sur moi-même pour que le ménage soit propre et net !

 

12. La pelote.

La pelote jaune paille de laine layette, à tricoter avec des aiguilles 2½, est une petite chose fragile, délicate, à manier avec douceur et respect. Elle ne supporte pas les gestes brusques ou incompétents. Elle a en horreur les maladresses et les brutalités.

Dès les débuts de sa carrière de fil à tricoter, elle a été fortement traumatisée par l’intrusion dans les profondeurs de son intimité, d’un doigt nu qui la fouaillait sans pudeur pour trouver le bout d’entame du travail. Personne ne l’avait avertie d’une telle infamie à subir après son long sommeil dans un rayon bien protégé de sa mercerie natale. Et ce n’était que le début d’un véritable calvaire.

Son fil, au lieu de se dérouler lentement, avec componction, est tiré par brusques à-coups, lorsque l’avancement de l’ouvrage le nécessite. Sans prévenir, sans précaution. Alors, face à une telle ignominie, son sang ne fait qu’un tour et son fil aussi. Il se noue, s’emmêle et se tord en un nœud inextricable.

Ce n’est pas vrai ! Vite, mes ciseaux ! Voilà de nouveau cette s… de laine qui me joue des tours ! Maintenant, je ne chipote plus à essayer de la démêler. Cela me prendrait plus de temps que le tricot en lui-même ! J’en ai assez, je coupe !

 

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso nouvelles
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commentaires

danielle 31/07/2010 19:57



Ma foi, je me suis un peu reconnue dans cette chronique popote: je hais la cuisine,le ménage, je m'énerve sur des bricoles! Mon clavier lui aussi s'est reconnu, chocolats,gâteaux, bonbons, café,
jus de fruit. La suite sera sûrement délicieuse.



Yvonne Oter 29/07/2010 20:57



Chantal, Suzanne, Claude : merci. A lire vos réactions, j'ai pu voir que le message était bien passé et que vous aviez perçu combien les tâches ménagères, répétitives et routinières, pouvaient me
pourrir la vie, au risque de passer, parfois, à côté de choses bien plus importantes. Le but de ma rubrique de "La femme popote" est donc d'exorciser mes vieux démons en leur faisant un pied de
nez.


Et avec le recul, je m'aperçois que la méthode a l'air de fonctionner. Je pense donc qu'il y aura prochainement une suite à la série...



claude 25/07/2010 09:08



Toutes les choses insignifiantes du quotidien souffrent, crient, s'amusent et pleurent sous la plume piquante d'une excellente ménagère. 



Lastrega 24/07/2010 19:50



L'ambiance est lourde... L'air est épais, parfois pestilentiel... L'angoisse sourd... Des cris rauques, à peine humains, se font entendre...


Ce thriller au rythme extrêmement prenant décrit le parcours sanglant d'une petite Belge du Lot, et l'effroyable histoire relatée avec minutie, dans un feuilleton bien construit qui tarde
cependant à dresser le portrait psychologique d'un assassin patenté -pour lequel cette gentille provinciale a une passion obsessionnelle- et qui incarne tout ce que les femmes ont
pratiquement en horreur : le ménage*.


Un drame rural et humaniste où excelle ma copine Yvonne.


*Par ménage, on entend : tous les travaux domestiques : cuisine, soins de la maison...



BLANC Chantal 24/07/2010 19:30



Tellement vrai!


je n'ai pu m'empêcher de penser à Francis Ponge...?


Bravo pour ces délices! Chantal B.