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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 11:44

promenade-du-soir.jpg 

Il pleut, il fait froid, les crapauds sifflent et les dindons sont perchés, bref il fait un temps à ne pas mettre un chien dehors…

 

La promenade du soir sur la 17ème rue.

par Claude Bachelier

 

Tous les soirs, Miss Casswell et moi, nous nous promenons sur la 17ème rue. Avec nos maîtres, cela va sans dire. Autant pour nos petits besoins naturels que pour prendre l’air. Et aussi pour faire faire un peu d’exercice aux dits maîtres que nous trouvons trop sédentaires et pas assez sportifs.

Et, quelque soit le temps, nous sortons. Même si ces messieurs rechignent à mettre le nez dehors, au fallacieux prétexte qu’il pleut à verse, qu’il neige à gros flocons ou qu’il gèle à pierre fendre. De toutes façons, ils n’ont pas vraiment le choix. Ou alors, il leur faudra nettoyer la moquette, et ça, c’est vraiment pénible. Très pénible.

Miss Casswell et moi, Oberon, sommes deux petites chiennes, deux cockers adorables. Je le dis sans fausse modestie : nous sommes deux petites chiennes très belles, très distinguées. Même si un français, amis très proche de nos maîtres, ose nous appeler "sac à puces" ! Nous, des "sacs à puces" ? Nous qui sommes lavées, baignées, shampouinées, coiffées plusieurs fois par mois ! Nous qui sommes la propreté même, la distinction même ! Bien sûr, comme nous sommes bien élevées et civilisées, nous ne daignons même pas mordre les mollets poilus de ce maudit français. Pourtant un jour, nous lui avons quelque peu mâché ses mocassins qu’il avait laissé traîner au lieu de les ranger. Si vous aviez vu sa tête quand il a découvert ce qui lui restait de ses chaussures ! Nous avons failli nous rouler par terre de contentement. Mais nous sommes restées impassibles et avons superbement ignoré son regard courroucé.

Hier soir, comme tous les 19 mai, devant l’entrée de notre immeuble, des policiers avaient déposé quelques bougies sur le sol. C’était l’anniversaire de la mort de l’un de leur collègue, Anthony Sanchez, tué à cet endroit par des cambrioleurs. Un des policiers a même fait un petit discours où il a rappelé que le policier tué avait alors 31 ans, qu’il avait une femme, Elisabeth et un fils de 7 ans, John. Il a même parlé de son père, Antonio et de sa mère, Loretta. Il a dit que c’était quelqu’un de très courageux, qu’il avait été décoré de trois médailles du Devoir et de douze comme excellent policier de service. Puis, les policiers sont partis après avoir discuté quelques instants avec les passants. Mon maître, lui, a même commencé à se disputer avec quelqu’un qui affirmait que ce genre de cérémonie ne servait à rien et, qu’après tout, mourir en service faisait partie des risques du métier de policier. Quand il se met en colère, mon maître devient tout pale, il sert les mâchoires à se casser les dents et a les yeux qui lui sortent de la tête. Quand il a vu tout cela, le passant a préféré passer son chemin.

Je ne sais pas ce qui pousse les hommes à passer le plus clair de leur temps à s’entre-tuer. Quand nos maîtres écoutent la radio ou regardent la télévision, il n’est question que de meurtres, de massacres, de guerres ! A croire que les hommes ne savent pas faire autre chose que de s’assassiner. Pourtant, quand je vois tout ce qu’il y a de beau dans l’appartement de nos maîtres, des peintures, des dessins, des sculptures, des livres, de la musique, je me dis que ce serait tellement mieux si ces humains s’occupaient à créer de belles choses plutôt qu’à s’égorger un peu partout dans le monde.

Nous autres, chiens, en tout cas pour Miss Casswell et moi, nous aimons la tranquillité, le calme, la paix. Quand nous croisons nos semblables dans la rue, il ne nous viendrait jamais à l’esprit de les agresser ou de leur chercher querelle. Il est vrai que nous n’avons guère de fréquentations canines, et si, par hasard, un autre chien voulait se montrer par trop familier, nous aurions tôt fait de lui montrer les crocs ; et si cela ne suffisait pas, nos maîtres sauraient vite remettre chacun à sa place.

Pourtant, il arrive que certains chiens se comportent de façon bizarre : en plein milieu du trottoir, parfois même sur la rue malgré les voitures, il y en a un qui monte sur l’autre, puis s’agite frénétiquement. Ça ne dure jamais très longtemps, ils repartent un peu plus loin et recommencent le même manège. Souvent, des passants les chassent à coups de pied, mais sans vraiment les séparer. C’est quand même bizarre, d’autant qu’à la télé, j’ai vu des humains faire la même chose, sauf que ce n’était pas dans la rue. Pour ma part, je trouve ce genre d’occupation à la limite de la familiarité et pour tout dire, d’une vulgarité sans nom.

Mais heureusement, lors de nos promenades du soir, nous voyons rarement ce genre de spectacles. Les gens félicitent nos maîtres d’avoir de si belles et de si agréables petites créatures. Il arrive régulièrement de croiser les mêmes personnes avec leur chien. Alors, les maîtres parlent entre eux, de la pluie ou du beau temps ; des impôts trop hauts ou des salaires trop bas ; du dernier film de Woody Allen ou du dernier vainqueur de la Star Académy. Et nous, attendons patiemment la fin de ces bavardages sans fin.

Puis, nous rentrons. Nous retrouvons notre calme et notre tranquillité. Miss Casswell et moi disputons une dernière partie de balles, puis nous allons nous coucher après que nos maîtres nous aient longuement et tendrement câlinées. Demain matin, l’un d’entre eux se lèvera aux aurores, bruyamment, pour aller travailler. A peine aura t’il fermé la porte que nous nous précipiterons dans le lit de notre autre maître qui dort profondément. Très profondément.

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso nouvelles
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commentaires

Christiane 15/01/2011 21:11



Agréable à lire et reposant. Cela me rappelle le dialogue des bêtes, de Colette.



chantal blanc 14/01/2011 17:55



Très touchant et humain!



jean 14/01/2011 00:26



J'ai oublié de dire bravo pour la chute !



ysiad 13/01/2011 19:37



Une belle réflexion canine sur la vie. Ah, si les animaux pouvaient parler ! Remarquez, certains se font très bien comprendre sans les mots.


Bravo pour cette ballade pittoresque au pays du toutou.



jean 13/01/2011 18:43



Très agréable discours de nos amis les bêtes se lamentant sur le comportement guerrier des humains et qui défendent bec et ongles... pardon griffes et crocs leur territoire. Merci, Claude, pour
cette tranche d'humour écrite de manière allègre et enjouée.