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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 09:00

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Note du barman.

Les conflits d'intérêts ou de sentiments, les querelles de voisinage comme les embrouilles économiques, politiques, spirituelles et sexuelles sont autant de lignes de front largement ouvertes dans le champ des relations humaines. Le passage à l'acte est devenu la monnaie courante et le branle-bas de combat général le ferment de l'information.

La guerre laisse toujours plus de traces que la paix. La littérature s'en repait autant pour dénoncer les blessures qu'elle génère que pour défendre, justifier, sauver ses protagonistes.

Si l'écriture peut panser bien des blessures, elle peut tout autant en raviver au point d'envenimer la pensée. L'homme est ainsi fait qu'il lui faut sans cesse faire face aux dégâts causés par ses pulsions agressives et à sa propension à vouloir n'y être pour rien. La blessure est ressentie comme un échec, un défaut de résistance, une défaite qui enferme dans un lieu vide ne laissant plus de place à autrui. A vouloir s'en débrouiller par la seule voie de la dénonciation de l'autre, l'homme blessé érige une défense mortifère qui le conduit à guerroyer davantage. Certains se retrouvent dans les causes désespérées, s'érigent en justicier, écrivent des manifestes ou sombrent dans un cynisme débridé ; des répliques qui font que l'essentiel reste sur l'estomac, alimentant le ressentiment.

Et puis, il y a ceux qui essaient de mettre un voile sur leurs cicatrices et de faire entendre autre chose que la déchirure, qui entreprennent de faire signe au monde et de donner corps à une parole escamotée par la souffrance. Cette résistance-là est dure à mener. Il faut être un peu poète pour l'exercer.

 

Durant l'été, chaque vendredi , Corinne Jeanson nous propose de revisiter ces conflits qui nous occupent tant et tant...

 

Hommes blessés

En ces moments
ils se tiennent quelque part
assis sur un rocher
après les grands combats
ils mêlent leurs repos
la route est encore longue

autour du feu de camp
offre-leur un verre de vin
et deux cigarettes
cela leur fera du bien
reste silencieuse
ou chantonne de vieux refrains

là couchés sous le grand arbre
un lit de feuilles brunes
pour manteau
ils hument les fougères
aux frondes dressées
leurs tuiles arrondies évoquent
des airs de toit maternel

dans la nuit étoilée
sous vénus et la lune
ils campent
en hommes blessés
demain à l'aube
ils repartiront
pour l'ultime combat
tu veilleras sur eux

 

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Guerre et paix
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commentaires

Castor tillon 09/07/2011 12:58



Non, ça, ça nous refroidirait plutôt.


Céline a été un grand blessé de guerre, certes, mais il a jeté plus d'huile sur le feu qu'il n'a rafraîchi. Ce qui le met plutôt hors sujet dans cet article.



Klaire 08/07/2011 19:46



Et pour être encore mieux "rafraîchie" relisez Céline!



Yvonne Oter 08/07/2011 18:41



Le texte de Corinne Jeanson est rafraîchissant, dans le sens qu'elle ne nous parle pas de la guerre mais des hommes qui la font.


Toutes ces épopées au ton grandiloquent, tous ces écrivains et poètes qui ont chanté la gloire de la guerre, tous ces exaltés qui, à l'heure actuelle, appellent encore au combat, tous me font
vomir.


Alors que cette chronique humaine de ceux qui savent ce que signifie "se battre", m'a fait doucement frémir. 



paniss 08/07/2011 16:25



"Oh Barbara


Quelle connerie la guerre


Qu'es-tu devenue maintenant


Sous cette pluie de fer


De feu d'acier de sang"


de Jacques Prévert (Paroles 1946)



Castor tillon 08/07/2011 14:31



Le sujet est trop grave pour que je commente d'une de mes sottises habituelles.


Je dirai seulement que ce texte tout simple en vers libres met magnifiquement en exergue, avec cette fragile petite bulle de détente, la stupidité de la guerre et des conflits. En plus, c'est
fatigant, la guerre. Pourquoi faut-il que les gens compliquent toujours tout ?


 


Belle analyse, Barman !