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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 08:00

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Depuis toujours, le théâtre est un formidable lieu de représentation de la nature humaine. Un cadre où se déploient les forces vives du désir et de ses désordres : amour, pouvoir, trahison, vengeance en sont des ferments incontournables. C'est dans la Grèce antique que s'est bâtie la cité d'Epidaure. Très vite, elle est devenue un haut lieu de la médecine et du théâtre. C'est là, sur un vaste plateau en plein air que les arts s'exprimaient, que les maladies de l'âme se dévoilaient, que l'émancipation et la servitude se défiaient, que la tragédie était à l'oeuvre.  

Avec pour titre Epidaure, Patrick Denys, écrivain, philosophe et psychologue, nous annonce d'emblée le lien privilégié qu'il entretient avec la dramaturgie. Pour autant, l'auteur n'est pas l'homme d'un passé recomposé et s'il entreprend de nous faire voyager du côté de ce théâtre là, c'est pour nous faire entendre ce qui se joue encore aujourd'hui sur toutes les places du monde. Voilà donc un recueil de cinq nouvelles, un drame en cinq actes où les personnages, pris dans le huis clos du manque et du ressentiment, sont incapables d'échapper au même destin funeste.

On le sait, pour sa tranquillité, l'homme est un animal capable de verrouiller sa mémoire, mais il reste souvent désarmé face aux images maudites qui l'assaillent, impuissant à maîtriser les mots réprouvés, et c'est dans cette force de la rumination que se fondent quelques unes des morsures qui font saigner l'écorce de la raison.

"Folie du désespoir qui me murmure, aux heures de trop forte brûlure, l'idée de ton meurtre.C'est moi qui serait punie et cette punition, je ne la mérite pas. Pourquoi me priver à jamais du spectacle de tes souffrances ? Je ne veux pas ta mort, mon Yannis. Je ne désire que la contemplation apaisée de ton supplice."

C'est cette musique particulière, cruelle et poignante que nous offre Patrick Denys, et elle entre en profonde résonance avec l'acoustique du théâtre antique.   

 

Epidaure de Patrick Denys aux éditions Orizons, 144 pages, 14€ 

 

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans chroniques littéraires
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commentaires

Yvonne Oter 11/09/2012 22:01


Ma première visite au théâtre d'Epidaure reste un de mes meilleurs souvenirs de voyage. Il était environ 13 heures, moment où tout le monde mange puis fait la sieste. Nous étions seuls avec une
famille allemande. Le père nous a fait comprendre de monter tout au-dessus des gradins. Puis, seul au milieu de la scène, il a commencé à déclamer des oeuvres antiques : il était professeur de
grec ! L'instant était magique, nous étions sous le charme et renvoyés vers une époque bien lointaine. Nous n'avions même pas envie d'applaudir pour ne pas briser l'enchantement.


Puis un car de touristes américains a débarqué ses visiteurs peu respectueux, tout s'est arrêté. Nous avons remercié l'acteur avec des yeux brillant autant de reconnaisance que d'émotion. Nous
avions vingt ans.


 


Depuis, quand je lis le mot "Epidaure", je rêve. Merci Patrick Denys.