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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 09:15

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Le chemin de terre finissait au pied d’un grand mur meurtri par les ans. Au lieu de revenir sur mes pas, j’ai entrepris d’en faire le tour. C’est en regardant par une banale trouée que je l’ai aperçu, engoncé dans un réduit de lumière. L’homme semblait attendre. Quelqu’un ou quelque chose, je ne sais pas. La nuit tombait et je n’avais aucune raison de m’attarder. Une pluie épaisse avait rendu le sol glissant et en voulant jeter un dernier coup d’œil par la trouée, j’ai perdu pied. Ma tête a heurté une pierre blanche et mes pensées se sont mises à zigzaguer à l’intérieur de vastes étendues obscures. Pendant que je bataillais avec les ombres pour reprendre mes esprits, l’homme se déplaçait et n’apparaissait plus que par intermittence. Il avait l’air vieux et fatigué, mais ses yeux n’étaient nullement défaits. Au contraire, on aurait dit qu’ils cherchaient le contact. J’ai fait un vague signe de la main auquel il a répondu par une sorte de hum, oui… Des voix ont commencé à suinter du mur. À ma surprise, certaines ne m’étaient pas inconnues. Elles me demandaient si j’allais bien, si j’avais besoin d’aide ou si je passais seulement prendre des nouvelles. Une autre voix – je crois bien que c’était la mienne – me commandait de me taire. L’homme avait fini par s’installer en pleine lumière et ne me quittait plus des yeux. Il avait pris un air sévère, comme s’il réprouvait mon silence. Le silence a duré. Des idées absurdes courraient dans ma tête. Des visages argentés tournoyaient autour de moi puis disparaissaient dans le sol détrempé. J’avais entendu parler de ces miroirs du rêve qui permettent de s’échapper un moment de la vie réelle et je restais dubitatif sur la conduite à tenir. Je m’efforçais de sourire quand des bruits de pas ont retenti derrière le mur suivi de chuchotements de femmes à proximité de la trouée.

On dirait qu’il n’a plus toute sa tête.

Je crois plutôt qu’il a perdu sa langue.

Le pauvre, il s’est lui-même emmuré.

N’y a-t-il vraiment rien que l’on puisse faire pour lui ?

J’ai ouvert la bouche pour parler ou pour crier peut-être. J’aurais aimé pouvoir articuler ne serait-ce que quelques mots, dire quelque chose de réconfortant, mais rien qu’une sale grimace m’est venue.

Heureusement, le docteur n’en saura rien. Comme toujours, il patientera dans mon dos. Seule son image continuera à bruire en moi.

 

 

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Image In
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commentaires

Jean 11/12/2013 13:30


Excellent pastiche de Sigmund Freud. Merci Patrick