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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 13:30

Foirer-papier-peint.jpg

On le sent bien à la fréquentation du café, les vacances sont là. Voilà six semaines que nos montagnes respiraient un grand air ensoleillé avec seulement deux ou trois nuages pour faire joli et hop, comme si tout cela était programmé, la météo nous annonce de la neige pour le premier jour des incontournables sports d'hiver. Ceux d'entre vous qui ont eu la chance de lire le dernier billet d'Ysiad sur le sujet savent à quoi s'en tenir et ont leur destin en main. Certains d'entre eux d'ailleurs en profiteront pour traverser la Méditerranée et vaquer du côté de l'avenue Bourguiba ou danser la Carmagnole sur la place Tahrir. Quant à ceux qui ne partent pas et qui voudraient en profiter pour refaire le salon ou la chambre du petit, Ysiad leur donne aujourd'hui quelques conseils pour bien foirer l'entreprise. On est quand même sympa au café, non ? Mais les autres, me direz-vous, tout ceux qui n'ont pas les moyens de partir ou qui n'ont pas de vacances du tout ? C'est pas compliqué, ils travailleront plus et apprécieront plus la neige à la télé surtout si elle vient à bloquer les routes des vacanciers. Mais attention, là, le petit qui aboie tout le temps, s'emparera alors de l'écran pour expliquer que c'est pas normal hein, qu'il y a des dysfonctionnements inadmissibles et que des sanctions exemplaires vont être prises…  

 

Comment bien foirer la pose du papier peint

par Ysiad

 

Aujourd’hui, reprenant à part soi la comptine selon laquelle "foirer c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux", nous nous lançons tout feu tout flamme dans le vaste univers des travaux manuels, en nous tournant plus particulièrement vers ceux qui présentent l’avantage de pouvoir être exécutés à quatre mains. En effet, il n’est pas nécessaire d’avoir fait l’ENA pour admettre qu’il vaut mieux poser du papier peint à deux que tout seul. Enfin, en principe. Tout dépend des poseurs, bien sûr, s’ils sont doués, ou non. Il ne suffit pas forcément d’avoir de bons outils. C’est toujours la même chose, n’est-ce-pas.

 

Cela fait des semaines que vous avez l’intention de retaper un peu la chambre des loupiots. La peinture des murs est franchement moche. Sa teinte coquille d’œuf tire sur le jaune sale autour des plinthes, les posters de l’occupant précédent ont laissé des marques partout, la petiote a écrit " côt, côt " au marqueur bleu à côté du placard, sous les encouragements pressants de son grand frère, bref, il est urgent de faire quelque chose, et c’est ainsi que par une belle fin de journée du mois de juillet, les bouts de chou ayant pris leur quartier d’été chez leurs grands-parents, vous arpentez, main dans la main, les allées de papier peint du magasin Leroy Merlin, non loin de Réaumur.

Le choix s’avère encore plus impressionnant qu’entre les pages du catalogue. Il y en a pour tous les goûts. Vous hésitez. Revenez sur vos pas. Retombez en enfance à la vue d’un motif représentant des petits éléphants trognons qui s’arrosent avec leur trompe. Au bout de l’allée, le conjoint s’est assis sur un pliant de courtoisie avec le journal. Il a trouvé son pot de colle, son éponge, sa brosse et son pinceau, sa mission s’arrête là. Il vous laisse carte blanche pour la suite. Après avoir fait la plouf entre différents imprimés, vous optez pour un papier bleu pâle décoré de moutons laineux à la bouille réjouie, gambadant par groupe de trois, tous les trente centimètres, au milieu de petits bouquets de pâquerettes. Motif qui, selon vous, présente le double avantage de permettre à l’enfant d’apprendre à compter tout en le prédisposant agréablement au sommeil, et c’est avec cette illusion à visée pédagogique que vous vous dirigez vers les caisses, en poussant le caddy contenant vos lés de papier et vos outils variés.

Trois jours plus tard, après avoir gratté, dépoussiéré et lessivé les murs, le conjoint vous appelle à la rescousse, car enfin, comme nous l’avons mentionné plus haut, coller du papier peint est une opération que l’on peut envisager de mener en couple, tout au moins est-il permis de l’espérer. Vous voici donc juchée sur l’escabeau, avec le premier lé que vous tentez d’ajuster le long de la plinthe, tout en suivant les conseils du conjoint. Incline un peu à droite. Pas trop. Redresse un chouïa. Stooop. Bien. Il ne vous reste plus qu’à lisser la feuille avec la brosse. Allez-y, c’est à vous. Miracle, il n’y a pas de bulles. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître ! Déplaçons l’escabeau et continuons dans la joie et la bonne humeur, encouragés que nous sommes par cette première victoire. On encolle le deuxième lé, on l’applique contre le mur et on lisse avec la brosse. Comme les chers petits vont être contents, et comme elle est riante, la perspective d’une pièce entièrement rénovée par vos soins ! Cependant, tout doux. Ne vous emballez pas trop vite, et soyez un peu à ce que vous faites. Il reste une bulle, regarde, deuxième rangée de moutons, côté gauche en partant du haut, indique le conjoint en pointant avec l’index l’endroit qui boursoufle. Allons bon. C’est embêtant. Il vous faut décoller entièrement le lé, et recommencer l’opération en lissant à partir du centre. Pas évident mais enfin on va y arriver, un peu de patience, on a toute la journée devant nous. Deuxième essai, allons-y alonzo, on se concentre. Il y a une autre bulle sous le ventre du mouton central, à droite en partant du bas, là, celui qui a les pattes dans les pâquerettes, fait le conjoint.

Effectivement. Le mouton est si déformé qu’il semble enceint. Ça ne va pas du tout. Pendant que vous essayez de chasser la bulle avec l’éponge, une autre bulle se forme cinq centimètres plus bas. Et une autre, plus grosse, encore un peu plus bas. Et une quatrième. Vous avez beau vous échiner, impossible de les éliminer. La barbe. Tout est à refaire. Ça cloque de partout. Veux-tu que je te relaie ? demande le conjoint avec une pointe d’impatience dans la voix. Pas la peine, rétorquez-vous en chassant une mèche de cheveux luisante de colle, tout baigne à mort! et comme si vous vouliez lui prouver que vous êtes parfaitement capable d’éliminer les bulles sournoises que fait ce putain de papier rien que pour vous contrarier, vous attrapez le lé suivant et le plaquez des deux mains contre le mur, paf !, dispersant d’un geste énergique la colle du centre vers le haut et rayonnant vers le bas avec la brosse, imitant en cela les poseurs d’affiche dans le métro, la dextérité en moins. Non seulement vous avez fait une estafilade de dix centimètres au centre de la feuille, mais vous l’avez trouée. Ah bravo. Tu as décapité le mouton, fait le conjoint. Effectivement. Le mouton a perdu sa tête. Quelle poisse ! Allez, on change, et vas-y mollo sur la colle, fait-il en vous confiant le pot.

Il est quatre heures de l’après-midi quand vous déclarez forfait. Vous avez eu envie de décapiter douze fois le conjoint avec ses T’as encore mis trop d’ colle ! Flûte. Pour l’heure, il est parti en racheter au magasin et des rouleaux aussi, tant vous avez gâché. Vous l’attendez, assise sur l’escabeau au milieu des copeaux de papier dispersés sur le sol, en comptant les moutons. Tu veux coller ou poser ? vous demande-t-il en rentrant. Coller, poser : vous aimeriez surtout vous reposer, mais c’est reparti, dans la fatigue et la mauvaise humeur, c’est pour la bonne cause, vous posez.

Les heures passent au milieu des moutons qui cloquent et des vapeurs de colle.

On arrête le massacre, décrète le conjoint sur le coup des vingt heures. Je continue seul. Il est tout juste minuit lorsqu’il sort de la chambre, le cheveu en bataille et les mains collées au tee-shirt. L’odeur est si forte qu’elle vous saisit en entrant dans la pièce. Vous inspectez les murs. Bon, quelques bulles subsistent çà et là comme des îlots de résistance, la spatule a laissé des traces, certains raccords sont troublants, un mouton a cinq pattes mais dans l’ensemble, pour des amateurs de votre catégorie, c’est pas si mal. Y a pas mort d’homme en tout cas. Non, franchement, c’est correct, affirmez-vous. Le conjoint n’est pas du tout de cet avis. C’est foiré, tranche-t-il d’une voix sans concession. A cause de ces putains de murs qui sont même pas droits conclut-il, tournant les talons sèchement et claquant la porte avec tant de colère virile, qu’un pan de papier se décolle aussitôt.

… Mais si par miracle, à peine rentrée de vacances, votre petiote dans sa robe à fleurs s’empare d’un marqueur noir et profite d’un instant d’inattention de votre part pour barbouiller les moutons de jolies arabesques sous la conduite de son grand frère, alors seulement, la petite entreprise de pose du papier peint un beau jour de juillet pourra être considérée comme bien foirée.

 

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Comment bien foirer...
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commentaires

ysiad 21/02/2011 12:55



Dans l'illustration du papier peint je vois un petit bonhomme avec un grand chapeau qui avance les mains en avant. J'aime beaucoup cette illustration du papier peint. Et beaucoup le titre aussi.
Bon, Dominique je suis de tout coeur avec toi mais maintenant ça doit être fini je pense. En espérant que vous vous en êtes sortis mieux que nous. Et le pire c'est que ça a l'air
amusant, dans le magasin.



jean 15/02/2011 18:58



La variation sur les moutons m'a ravi. J'ai même failli m'endormir tellement j'ai eu la sensation de les voir défiler. Heureusement que le style alerte, au diapason avec les coups de spatule, m'a
maintenu éveillé.


Encore merci pour cette nouvelle tranche de rigolade, Ysiad. Néamoins, je me demande si les habitués du café ne vont pas finir par abandonner les taches ménagères et les marathons dans les
magasins, mettre leur chat dehors et rester chez eux pénards pendant leurs vacances, tellement ton pouvoir de persuasion est fort.



dominique guérin 14/02/2011 15:31



C'est pas possible. Tu le fais exprès ! On est en train de souffrir en arrachant et posant du papier dans le futur F2
de notre chérubin en mal de nid... Le mouton décapité, non, mais les rayures qui ne concordent pas, oui. Sûr, ça grince un peu des dents ! Mais on espère encore (naïfs que nous sommes) rater
cette foirade-là.



M agali 14/02/2011 13:51



J'ai personnellement viré ma cuti en posant un papier peint à carreaux d'un délicieux écossais vert et rouge dans une pièce que traversait de part en part un conduit de cheminée intégré aux murs.


Un plaisir pur pour une astigmate....