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6 juin 2014 5 06 /06 /juin /2014 10:00

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Débarquement

Elisabeth Le Tutour

 

Dans les herbes rases de la cour de ferme, la petite fille regardait la poule qui emmenait sa couvée gratter entre les touffes et picorer les petits vers ou les graines qu'elle déterrait. Tout ce petit monde gloussant ou pépiant la fascinait et la réjouissait: elle en oubliait les précautions à prendre pour ne pas blesser ses pieds nus sur d'éventuels cailloux. 

Soudain, la porte de la cuisine s'ouvrit brusquement, et l'une des grandes sœurs cria à la cantonade : « Le débarquement! Ça y est ! Ils ont débarqué cette nuit! »,  « Tais-toi donc, ils sont encore loin, on ne crie pas ce genre de nouvelles dehors! » Quelqu'un attira la fillette à l'intérieur et referma la porte. La petite  rentra à son tour: dans la cuisine presque toute la famille était rassemblée. « C'est vrai? » demanda-t-elle: Les prisonniers vont rentrer ? « Pas tout de suite, la guerre n'est pas finie! ». Si elle pouvait finir bientôt, se disait l'enfant. Parce que cette toute petite fille de neuf ans,  elle, avait entendu les grandes personnes parler d'événements que certains, soi-disant, ignoraient.

Les termes « déportés », « camps de concentration », même « chambres à gaz, ou four crématoire » elle les avait entendus et elle songeait à des gens qui avaient été arrêtés et que l'on ne nourrissaient qu'à peine, elle espérait qu'ils reviendraient ! Surtout une certaine Marie, camarade de sa sœur ainée, arrêtée dans une « souricière », à Paris, et envoyée à Ravensbruck.

Elle ne se rendait pas compte combien, si petite, elle avait acquis de connaissances qui échappaient, soi-disant, à d'importants personnages qui, en fait, ne voulaient pas ouvrir les yeux.

Il allait se passer encore bien des semaines, même des mois, avant que les Allemands quittent cette région du Sud-Ouest et que la circulation des trains soit rétablie, leur permettant de retrouver leur quartier, de reprendre une vie normale, cette fois sans bombardements ni danger d'être arrêté. Et sur la porte de la Bibliothèque, on ne verrait plus ; « Interdit aux chiens, aux juifs et aux bicyclettes ».

 

Brève, 6 juin 2014

Jour J, plongée au cœur de l’évènement…

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Brèves revisitées
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commentaires

corinne 06/06/2014 10:31


sous la plage, les pavés